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Sous le titre
"Whither Psychoanalysis in a computational Culture", la psychanalyste
Sherry Turkle a présenté aux conférences Freud
2002 (The Sigmund Freud Society de Vienne, 6 mai 2002) un
article repris par le réseau KurzweilAI, qui étudie
les relations inconscientes et conscientes s'établissant
entre les humains et tous les objets électroniques et robotiques,
depuis l'ordinateur jusqu'au robot autonome interagissant avec l'homme.
L'article est intéressant. Il y a manifestement beaucoup
de choses à dire. Parfois les observations paraissent un
peu naïves mais l'auteur ne peut que s'en tenir à des
généralités. Les investissements humains dans
des animaux ou des machines ne datent pas d'hier. Il est certain
que la robotique humanoïde multipliera les occasions d'interfaces
complexes avec l'humanité (elle-même peut-être
de plus en plus robotoïde?). Mais on peut se demander si la
psychanalyse renouvellera ses méthodes ou ses points de vue
en s'engageant dans cette direction. Personnellement, je pense qu'il
sera beaucoup plus efficace d'étudier les mèmes ou
"mèmes électriques", selon l'expression de Robert
Aunger, qui se développeront dans les cerveaux en interaction
avec des objets technologiques eux-mêmes interagissant avec
d'autres hommes. Le sujet sera en tous cas, quelles que soient les
méthodes retenues, de plus en plus actuel. A vos divans ou
à vos magnéto-encéphalogrammes.
Le
Center for Robotics and Embedded Systems de l'USC
JPB 01/11/02
L'USC
(Université de Calfornie du Sud) a crée le Center
for Robotics and Embedded Systems, comme département de son
Ecole d'Engineering. Le CRES comporte six laboratoires différents
et met en oeuvre plus de 60 robots autonomes, de toutes espèces
(marcheurs, sauteurs, hélocoptères, en team et humanoïdes).
Les recherches sont interdisciplinaires par nature, s'inspirent
notamment de modèles biologiques. Elles visent de nombreuses
applications, de la médecine à la création
artistique. A quand un investissement de cette importance de la
part d'une Université française?
Un article
de NewScientist du 12/10/02 présente en détail les
travaux du Dr Philippe Collas, de l'Université d'Oslo, portant
sur la reprogrammation des cellules adultes dite aussi transdifférentiation.
Contrairement à l'utilisation des cellules-souches qui sont
non-différenciées (prélevées soit sur
un embryon, soit dans certaines parties bien définies du
corps), cette technique vise à prélever dans n'importe
quel tissu d'un patient une cellule adulte et différenciée,
afin de la modifier de façon à ce qu'elle puisse,
une fois réimplantée chez ce même patient dans
un organe déficient, jouer le rôle des cellules de
l'organe d'accueil. Ainsi par exemple, une cellule de la peau, après
avoir été traitée, pourra reconstituer un neurone,
une cellule du foie ou de pancréas (producteur d'insuline),
afin de traiter un cancer, une maladie neurologique ou un diabète.
On voit l'avantage principal : supprimer les rejets puisque la cellule
provient de l'organisme lui-même. La transdifférentiation
se rencontre épisodiquement dans la nature. Elle avait fait
l'objet de travaux dans les années 1980 puis fut mise en
sommeil faute d'outils performants. L'équipe du Dr Philippe
Collas a repris ces travaux il y a quelques années, en réalisant
des broyats de cellules afin d'en imprégner les cellules
à différencier. On obtient un stock de cellules qui
peuvent se différencier différemment, sans repasser
par l'état indifférencié, de façon à
être compatibles avec n'importe quelles cellules de l'organe
où elles sont implantées.
Ce procédé
est encore contesté par certains biologistes. De toutes façons
il n'a pas encore fonctionné in vivo, même chez l'animal.
Mais Collas est très confiant. Il vient même de fonder
aux Etats-Unis une start-up, Nucleotech, afin d'étudier la
commercialisation de la technologie.
La grande question
qui demeure non résolue à ce jour est de savoir quels
sont les facteurs intrinsèques ou extrinsèques aux
cellules provoquant leur différenciation ou leur éventuelle
transdifférentiation. Ces travaux permettront peut-être
d'éclaircir ce mystère fondamental de la vie.
Question stupide du rédacteur de cette brève: est-ce
qu'éventuellement le code glycose, évoqué dans
la brève précédente, jouerait un rôle
dans le mécanisme en question?
Un
nouveau continent à découvrir : le glycome
JPB 31/10/02
On pouvait
penser avoir, avec le génome, c'est-à-dire l'ADN et
les protéines codées par elle, avoir découvert
l'essentiel de ce qui détermine les mécanismes biochimiques
de la cellule. Il n'en est rien. Un code bien plus complet et compliqué
est en train d'apparaître, qui met en uvre les sucres,
ou hydrates de carbone. Ceci doit nous intéresser, d'une
part parce qu'il s'agit d'une nouvelle approche systémique
sur l'immunologie, le développement cellulaire, la neurologie
et les pathologies, mais d'autre part et surtout parce que, face
à ce monde foisonnant, l'Intelligence Artificielle, associée
aux mathématiques et à l'informatique, sera indispensable..
Les molécules de monosaccharides constituant les briques
de base se combinent pour former des disaccharides puis des polysaccharides
ou sucres complexes. Il s'agit d'énormes molécules
comportant plus de 200 unités s'organisant en réseaux
inextricables à la surface de la cellule et commandant beaucoup
de leurs fonctions vitales, telle la reconnaissance cellulaire.
Or un simple sucre comportant six unités de base peut se
présenter sous 12 milliards de versions possibles. Il faudra
pourtant commencer à déchiffrer beaucoup de ces complexes,
comme on l'a fait pour le code génétique et les combinaisons
d'acides aminées qui constituent les protéines.
Il
s'agit d'une des plus grandes frontières de la biochimie.
On se trouve devant elle aujourd'hui comme on se trouvait devant
le génome en 1950, dit Gerald Hart de la John Hopkins University.
Les gènes ne codent pas directement pour les sucres, mais
pour les enzymes utilisées dans la construction du corps.
C'est à partir de l'étude de ces enzymes que, vers
les années 1990, les chercheurs ont commencé à
remonter vers les sucres, jusqu'ici considérés presque
comme des ornements de la cellule (identification vers 1990 du gène
codant pour la glycosyltransférase, laquelle permet d'apporter
du sucre à des lipides et à des protéines cellulaires).
Depuis on a découvert de nombreuses affections découlant
de défauts dans la présence de sucres au sein des
protéines. Aujourd'hui, plusieurs centaines de gènes
responsables de la glycosylation ont été isolés.
Mais il en reste encore vraisemblablement des milliers.
De nombreux
"secrets de la vie" seront donc découverts dans les prochaines
années, compte-tenu de la rapidité des progrès
faits en glycobiologie : par exemple la façon dont la cellule
peut modifier sa couverture de glycome pour faire face à
des invasions microbiennes ou des changements du milieu.
Nous avons
là un exemple montrant que la science actuelle est encore
loin de comprendre les mécanismes basiques de la vie, qui
sont eux-mêmes tout sauf élémentaires. Il ne
faut donc pas s'étonner si la synthèse de la vie ou
de proto-vie paraisse encore si lointaine. A quand pourtant un Human
Glycome Project? Les scientifiques restent sceptiques sur ses chances
d'aboutir avant une bonne cinquantaine d 'années
Ajoutons qu'on
étudie actuellement des glyco-puces (glyco-chips), analogues
aux puces à ADN, mais plus complexes, permettant d'identifier
les sucres en relation avec les composants cellulaires. Ces puces
serviront à reconnaître des pathogènes naturels
ou créés par le bio-terrorisme Comme quoi nous
retrouvons l'Axe du mal.
Un
rapport sur la robotique domestique, humanoïde et zoomorphe
au Japon
CJ 28/10/02
Signalons
le rapport "La robotique domestique, humanoïde et zoomorphe
au Japon" réalisé par le Service pour la
science et la technologie de l'Ambassade de France au Japon. Composé
de 9 chapitres principaux, ce rapport dresse en 29 pages un très
bon panorama du développement et de l'état davancement
des projets de robotique domestique au Japon, pays menant plus la
moitié des grands projets mondiaux de recherche en ce domaine.
Les entreprises japonaises se sont massivement lancées dans
le développement des robots à usage domestique. Ceux-ci,
souvent de forme humanoïde ou zoomorphe, ont pour fonction
de réaliser plusieurs tâches dans un foyer ou un bureau.
Il ne faut pas en douter : le robot domestique aura au Japon un
caractère de compagnon.
Nombreuses sont les applications : jouets, aide aux personnes âgées,
aide aux opérations de sauvetage, remplacement de l'homme
pour les opérations dangereuses. Selon les experts, le marché
des produits de la robotique domestique destiné aux personnes
âgées est aussi prometteur que celui destiné
aux enfants.
Si dans un premier temps les entreprises ont mené leurs projets
indépendamment les unes des autres, nous assistons depuis
peu à des regroupements et des alliances de sociétés
en raison d'un fort développement du secteur. Avec l'apparition
de robots dans les foyers, les robots "communicants" offrent un
marché non négligeable, domaine dans lequel le Japon
occupe aujourd'hui le premier rang en matière de recherche
et de développement.
Cependant, malgré les progrès rapides, et même
si l'offre relative aux robots domestiques est en pleine phase d'accélération
au Japon, la demande n'est pas aussi importante que prévue.
Dès lors, créer de nouvelles demandes est le point
clé pour maintenir aujourd'hui ce marché au niveau
des prévisions consistant à atteindre en 2005 le niveau
du marché actuel des robots industriels.
En savoir
plus : Ce
rapport est disponible gratuitement sur le site Internet de l'ADIT
(http://www.adit.fr)
dans la rubrique "Rapports d'Ambassade", sous la référence
2002/STIC/26. Consulter
aussi l'ensemble de notre rubrique Du
côté des labos, particulièrement les entrées
"Médecine du futur", "Intelligence artificielle", "Robotique,
jouets robotisés"...).
Fractales
et art
JPB 27/10/02
Un de nos correspondants,
Emmanuel Cayla, nous signale le programme de recherche qu'il poursuit
avec Evelyne Lutton (INRIA- équipe fractale). S'y sont joints
Bertrand Braunschweig, Marc Schoenauer et Michèle Sebag,
que vous connaissez déjà par nos interviews. Ils sont
membres du bureau de l'AFIA.
Le site référencé
ci-dessous présente un grand nombre d'oeuvres artistiques
réalisées à partir de fractales. Il faut s'y
reporter, si on dispose d'un accès à haut débit.
Le site donne de nombreuses explications sur le sujet. Nous traduisons
de la page d'accueil en anglais:
"Les
images fractales ont été considérées
comme des objets artistiques attirants car ils combinent la complexité
et une certaine structure "hiérarchique". La structure mathématique
qui sous-tend ces images fournit un accès indirect à
leurs caractéristiques et, de ce fait, permet leur manipulation
et leur exploration. Artie-Fract est un logiciel ergonomique pour
la création d'images fractales à partir d'un algorithme
évolutionnaire interactif.
Ici
un algorithme évolutionnaire est utilisé comme un
générateur aléatoire contrôlé
d'images. Le concept d'algorithme évolutionnaire interactif
signifie que la fonction à optimiser est en partie définie
par l'utilisateur, afin d'optimiser quelque chose qui pourrait correspondre
à ce que l'on appellerait la "satisfaction" du créateur.
L'approche interactive n'est pas nouvelle, mais nous l'avons améliorée
et rendue plus flexible."
Il semble à
première vue que la méthode proposée par l'équipe
fractale soit plus souple que les automates cellulaires. Mais cela
mériterait discussion.
Enormément
de choses ont été publiées sur la théorie
du Chaos et sur ses applications. On sait que les mathématiciens
français y ont joué un rôle important. Mais
l'ouvrage sans doute le plus complet et le plus vivant, tout en
étant le plus facile, reste un ancêtre, la Théorie
du Chaos, Vers une nouvelle science de James Gleick, traduit et
adapté en français par Christian Jeanmougin, lère
édition 1987, chez Flammarion. Il s'agit d'une présentation
historique, nous promenant à travers le monde chez tous les
chercheurs (y compris en France) qui, sans y croire d'abord,
ont progressivement découvert comment des lois simples peuvent
générer des systèmes complexes de façon
imprédictible. Les premiers travaux furent faits sans ordinateurs,
en développant à la calculette des fonctions mathématiques
simples non linéaires. Ils se heurtèrent longtemps
à l'incompréhension et à l'hostilité
des mathématiciens et des scientifiques bien établis
dans leurs disciplines, puisque les fractales et le chaos étaient
susceptibles d'applications "horizontales" bouleversant plus ou
moins complètement les représentations du monde que
s'étaient données ces disciplines. Le livre n'est
pas une simple compilation journalistique. Il a demandé à
son auteur un travail considérable de réflexion personnelle
et, quasiment, de recherche. Nous le rangerions volontiers dans
le type d'ouvrage que les sociétés modernes devraient
exiger des scientifiques de haut niveau pour mieux comprendre les
enjeux de la connaissance.
James Gleick,
à l'époque de la rédaction de Chaos, ne connaissait
pas les travaux de Stephen Wolfram, lequel commençait tout
juste à retrouver des lois semblables
dans le monde des automates cellulaires. C'est une raison de plus
pour être frappé par les ressemblances ou convergences
fortes entre la théorie du Chaos et la nouvelle sorte de
science proposée par Wolfram. Des règles simples génèrent,
à certains moments et de façon inattendue, des complexités
intrinsèques qui semblent se prolonger à l'infini
vers le très petit ou le très grand. Mais de
nouvelles questions se posent. Les modèles de chaos, dans
la description qu'en donne Gleick, sont générés
pour l'essentiel à partir d'équations mathématiques
greffées sur des observations en nombre toujours forcément
réduit.. Ceci restreint considérablement leurs champs,
puisque les possibilités de modélisation des mathématiques
sont limitées. Les modèles de Wolfram, qui excluent
en principe les règles mathématiques au profit de
règles informatiques pouvant être générées
sans limites a priori, ouvrent des champs beaucoup plus vastes.
Dans la mesure par ailleurs où les automates cellulaires
mettent en oeuvre des particules discrètes aussi petites
que l'on veut, et peuvent faire tourner des ressources informatiques
aussi riches que l'on veut, le chaos généré
par cette nouvelle forme de science, comme le dit Wolfram, pourrait
en principe se rapprocher de ce qui se passe vraiment dans l'univers,
au niveau des entités discrètes les plus élémentaires.
Reste il est vrai à les rapprocher des systèmes réels
qu'il s'agit de modéliser.
De la lecture
de Chaos, comme de celle de A New Kind of Science, on ne peut que
conclure à l'insuffisance de la connaissance des phénomènes
de rythme et de chaos, dans quelque discipline que ce soit - toutes
étant concernées, il faut le répéter.
Peu de progrès en fait ont été réalisés
depuis 1987. On dispose de quelques données statistiques
qui permettent vaille que vaille de faire face à l'évolution
des systèmes. Et puis, un jour ou l'autre, émerge
de l'attracteur une pointe inattendue, générant une
complexité inattendue, et on obtient l'explosion de l'usine
AZF, la fibrillation ventriculaire mortelle ou l'idée de
génie dans la tête du penseur. Il est étonnant
de voir que l'immense domaine de recherche ainsi ouvert est encore
loin d'être exploré systématiquement. Au-delà,
on ne peut pas ne pas penser que des mécanismes précis
encore inconnus, peut-être inconnaissables, génèrent
ces émergences, qui trouveraient leurs origines aux bases
mêmes de l'organisation de l'univers, à ces échelles
de Planck que la gravité quantique s'efforce actuellement
de maîtriser. Il y aurait donc alors une grande similitude
entre les modèles et la "réalité", dépassant
la simple analogie. Mais là encore, il serait urgent d'y
financer des recherches.
Compte tenu
de tout ce qui s'est produit dans les sciences de la computation
et des systèmes complexes depuis la première édition
de Chaos, on ne peut en tous cas que regretter l'absence d'une réédition
contemporaine de ce livre, faisant le lien entre les premiers travaux
de la théorie, et tout ce qui est apparu ensuite, auquel
nous venons de faire allusion. En fait, un grand ouvrage de synthèse
s'imposerait vraiment pour mieux comprendre ces aspects passionnants
de la science des systèmes évolutionnaires. Des lecteurs
de notre revue seraient-ils intéressés?
Pour en
savoir plus Vivien
Mallet: Contrôle de systèmes chaotiques http://membres.lycos.fr/vmallet/chaos/index.html Philippe
Gascuel: Structures dissipatives auto-adaptatives, et capacités
révolutionnaires http://perso.wanadoo.fr/philippe.gascuel/livre.htm;
Un projet pour appliquer la théorie du chaos à la
pratique militante. Jean-Claude
Heudin L'évolution au bord du chaos, Hermes sciences
publications 1998 Trinh
Xuan Thuan. Le chaos et l'harmonie - La fabrication du réel,
Fayard 1999 Dubois,
Pommeau, Bergé. Des rythmes au chaos, Odile Jacob 1997 Amy
Dahan-Dalmédico et Collectif. Chaos et déterminisme,
Le Seuil. 1992 Ivar
Ekeland Au hasard, la chance et le monde, Seuil 1991 Ivar
Ekeland Le Chaos, : collection Dominos, Ed. Flammarion 1998 F.Lurçat
Le Chaos, Que sais-je; Ed. PUF 1999 D.Ruelle
Hasard et Chaos, Collection, Opus, Odile Jacob, (244 p) ,
1998 Ian
Stewart Dieu joue-t-il aux dés ? : les nouvelles mathématiques
du chaos, Collection Champs, Flammarion, 1998. Le
chaos vulgarisé, http://www.sciencepourtous.qc.ca/dossier/Chaos_intro.html Ordre
et désordre, Hors-série de La Recherche, novembre
2002
Signalons dans nos colonnes le Hors-Série Sciences
"2002/2020 la vie techno"* que vient de publier Courrier
International.
Quelque 80 articles sélectionnés de la presse internationale**
et regroupés autour de 8 principaux chapitres (Visions, Puces,
Santé, Pouvoirs, Décors, Planète, Cartoons,
Bricoles) entraîne le lecteur à la découverte
d'un futur qui révolutionnera le quotidien. Futur peut-être
encore hypothétique (chacun décidera ce qu'il veut),
mais en tout cas futur très techno.
L'éditorial d'Olivier Blond explique notamment "Qu'il
s'agisse d'Internet, de la médecine, des transports ou de
la domotique, les experts les plus pointus sont déjà
au travail, et les plus grands centres de recherche imaginent déjà
les outils à venir (...). Prendre quelques repères,
c'est aussi se préparer aux choix décisifs qui s'ouvrent
à chacun de nous. Or précisément, la technologie
est en train de modifier ce "nous" et de donner un nouveau
sens au mots "individu", "multitude", "collectif",
"planétaire" (...) Au-delà de ces débats
politiques, ce hors-série invite aussi à l'imaginaire
et au jeu".
Chaque
article est complété de références internet.
Automates Intelligents y apparaît d'ailleurs en bonne place.
Le
génome et Internet
08/10/02 Source : Roger Amgot
Une analyse détaillée
du fonctionnement d'Internet, publiée dans les Proceedings
of the National Academies of Science, confirme ce que les concepteurs
de la Toile savaient depuis longtemps, à savoir que la complexité
"bionique" de ce réseau n'a pas été envisagée.
Dirigée par Albert-Laszlo Barabasi, l'un des fondateurs d'Internet,
aujourd'hui professeur de physique à l'Université
Notre Dame (Indiana), cette étude a porté sur plus
de 200 000 connexions sur Internet. Il en ressort que ces connexions
dessinent des liens complexes, souvent comparables aux relations
qui existent entre les cellules et les gènes.
Ainsi, les milliers de petites erreurs locales qui peuvent parfois
ennuyer les utilisateurs d'Internet se transforment rarement en
problèmes à grande échelle, probablement en
raison d'une redondance dans le réseau ressemblant à
ce qu'on observe parfois chez des êtres vivants.
Travaillant sur un modèle d'analyse des systèmes de
communication, une équipe de biologistes de la John Hopkins
University a décelé des similitudes entre des pannes
sur Internet et les cascades d'erreurs génétiques
qui caractérisent certains cancers. De son côté,
le groupe de recherche dit de "barabasi" s'est associé dès
l'an dernier aux pathologistes de Northwestern University afin de
cartographier les interactions de certaines protéines chez
une espèce de levure et y a découvert une structure
identique à celle prévalant sur Internet. CT 06/10/02
(Evolving Internet boggles the minds of its originators).
On sait que
les troubles du rythme cardiaque produisant des arythmies ventriculaires
potentiellement mortelles sont prévenus par l'implantation
de pace-makers ou stimulateurs. De moins en moins envahissants,
ceux-ci nécessitent cependant l'insertion d'appareils de
quelques dizaines de grammes, à recharger régulièrement
en énergie. Le cardiologue Eduardo Marban, de la Johns Hopkins
University de Baltimore (USA) , vient d'annoncer qu'en modifiant
le niveau de potassium dans un coeur de cochon d'Inde, il était
possible de développer un pace-maker biologique ou hybride,
qui n'aurait pas les inconvénients des solutions actuelles,
notamment chez les patients trop faibles ou trop jeunes pour supporter
celles-ci. Un virus a été utilisé pour importer
un gène qui modifie la balance de potassium et qui
a pu revivifier les cellules cardiaques jouant le rôle de
pace-maker naturel. Mais l'application à l'homme n'est pas
annoncée pour le moment. .
Nanocomposants
et développement durable
JPB 21/09/02
Michael Roco,
senior-consultant pour la National Science Foundation des Etats-Unis,
estime que d'ici 3 ans, et non plus 10 ans comme initialement prévu,
les nanocomposants pourront révolutionner la lutte en faveur
du développement durable. Il a cité de nombreux exemples
où des outils moléculaires permettront de détecter
puis supprimer les impuretés dans l'air, l'eau et les sols.
Plus généralement ces composants permettront avec
une pollution très atténuée d'obtenir de nombreux
produits pharmaceutiques, chimiques et alimentaires, susceptibles
de satisfaire à plus de la moitié de la demande mondiale
des prochaines décennies. On rappelle que la NSA a lancé
la National Nanotechnology Initiative visant à développer
les recherches dans les nanosciences et leurs applications. Derrière
cette initiative se trouvent de nombreuses firmes espérant
bénéficier d'importants chiffres d'affaire dans le
domaine du développement durable. Pour beaucoup d'observateurs,
pas seulement américains, ce seront ces perspectives qui
assureront la lutte contre l'effet de serre et la pauvreté,
mieux que des résolutions telles que le protocole de Kyoto.
On peut penser
qu'elles sont également nécessaires, les unes appuyant
les autres. Tant que le capitalisme libéral n'aura pas été
remplacé par d'autres formules économiques, il serait
dangereux de ne pas compter sur l'intérêt des firmes
technologiques pour les marchés du développement durable.
Les collectivités étatiques et locales auront aussi
avantage à favoriser de telles implantations. C'est ce que
laissait entendre le maire de Toulouse, Philippe Douste-Blazy, proposant
à l'occasion de l'anniversaire de l'accident de l'usine AZF,
de remplacer celle-ci, dans l'avenir, par des industries du vivant.
Restera cependant le principal. A supposer que ces technologies
voient le jour et se révèlent efficaces, qui financera
leur déploiement à grande échelle dans le tiers-monde
?
Une autre idée,
aussi importante, a été présentée récemment
par un certain James R. von Ehr II, President -directeur général
de Zyvex Corp. devant le Forum Economique de la Maison Blanche.
C'est celle de l'autosuffisance en énergie. Il s'agirait
de lancer un grand programme national pour résoudre définitivement
les besoins en énergie par l'appel aux nanotechnologies.
La dépense demanderait quelques milliards de dollars par
an mais en économiserait beaucoup plus (sans parler des 60
milliards qui sont dépensés tous les ans pour conserver
l'accès aux réserves de pétrole du Moyen-Orient).
Les nanocomposants permettraient de nombreuses applications prometteuses:
économies d'énergie grâce à des matériaux
et techniques de chauffage et climatisation moins consommateurs,
production d'énergies à partir de sources renouvelables
ou moins polluantes, tel le méthane sous-marin, stockage
amélioré d'énergie et de comburants tels l'hydrogène,
etc.
Ces perspectives
(et bien d 'autres) rendent particulièrement inopportunes
les appels à un Moratoire des recherches dans le domaine
des nanotechnologies, auxquels certains esprits attardés
s'accrochent encore.
Ajoutons que
le Sénat américain envisage actuellement la possibilité
d'une Loi visant à faire de l'U.S. National Nanotechnology
Initiative (NNI) un programme gouvernemental en bonne et due forme.
A quand la même chose en Europe?
Le
film S1mOne ou Simone de Andrew Niccol
met en scène une héroïne virtuelle, à
qui Rachel Roberts, 22 ans, prête ses traits. On constate
une fois de plus que les scénaristes, lorsqu'ils veulent
faire intervenir des robots intelligents, ne peuvent s'affranchir
du modèle humanoïde le plus fidèle - ce qui entraîne
des aventures faciles du type quiproquo. Personne n'essaye d'imaginer
des entités intelligentes vraiment différentes. Sans
doute est-ce dû au fait que l'être humain est pratiquement
incapable d'envisager des solutions vraiment autres. Ce serait pourtant
intéressant d'ouvrir un concours en ce sens. Les scientifiques
en tireraient peut-être de bonnes idées.
Théorie
de l'accommodation communicative :
des résultats surprenants
CJ 18/09/02
Stanford W. Gregory et Timothy J. Gallagher, sociologues à
la Kent State University, ont utilisé la
transformée de Fourier pour analyser les modifications
du langage de deux interlocuteurs lors de débats. Selon les
auteurs, la personne la moins à l'aise adapterait sa manière
de s'exprimer à celle de son interlocuteur, d'où la
proposition d'une théorie dite de "l'accommodation communicative".
Selon les expériences, on enregistre dans la fourchette très
réduite de tons vocaux à 500 hertz une sorte de bourdonnement
de la caisse de résonance de la personne la moins à
l'aise. Ceci a été notamment été testé
en s'appuyant sur un échantillon d'émissions du célèbre
interviewer américain, Larry King. Face à certaines
personnes comme Elizabeth Taylor, ce présentateur a nettement
modifié son "bourdonnement". Des tests identiques
appliqués aux candidats de trois élections présidentielles
ont permis à chaque fois aux chercheurs d'identifier le vainqueur.
Les résultats intriguent autant les physiciens que les sociologues...
A suivre...
Pour en savoir
plus : Article
: Sociology Psychology Quaterly, septembre 2002 : "Spectral
Analysis of Candidates Nonverbal Vocal Communication: Predicting
U.S. Presidential Election Outcomes" , par Stanford W.
Gregory Jr et Timothy J. Gallagher (septembre 2002) abstract : http://www.stanford.edu/group/spq/sep02abs.html#gregory Article
du New-York Times du 17/09/02 : "Research brings a new dimension
to'a candidate's voice". http://www.nytimes.com/2002/09/17/science/social/17DEBA.html