Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Le livre de Daniel
Lindenberg, Le rappel à l'ordre - Enquête sur les
nouveaux réactionnaires (Seuil) fait beaucoup parler de
lui. Joignons-nous au concert. Il ne s'agit pas de défendre
le progressisme des Houellebecq, Muray, Finkielkraut, Gauchet et Debray.
En revanche, on doit poser une question trop rapidement laissée
sans réponse par l'auteur et par ses commentateurs : qui sont
aujourd'hui les nouveaux modernes, les nouveaux progressistes ?
Pour nous, la réponse ne fait aucun doute. Ce
sont les scientifiques, les philosophes et tous autres qui, dans
la ligne de Darwin, défendent toutes les mutations et méta-mutations
actuellement en cours : la bio-informatique, la conscience artificielle,
la cosmologie évolutionnaire (Lee Smolin). Il ne s'agit pas
de revenir à Mai 68, mais, dans l'esprit contestataire d'alors,
d'attaquer avec de nouveaux arguments toutes les théologies,
tous les fixismes qui pour défendre des intérêts
matériels très précis, prêchent les vérités
révélées et les dogmes imposant l'idée
que rien ne doit bouger et que le futur est dans le passé.
Tant pis pour l'anti-américanisme, mais il faut
bien admettre que le cur de cette nouvelle évolution
se trouve non pas en France, mais chez quelques minorités
d'intellectuels américains, scientifiques ou philosophes
laïcs, ceux à qui nous sommes heureux de donner chaque
fois que possible la parole ici.
Vernor
Vinge et la singularité
JPB 28/11/02
Nous
avons signalé plusieurs fois ici les travaux de Ray Kurzweil
et de Hans Moravec extrapolant, à partir du développement
exponentiel des moyens de calcul, l'arrivée de super-intelligences
dans un délai de 20 à 30 ans. Mais un des pères
de cette réflexion fut sans conteste Vernor Vinge, auteur
de science-fiction et professeur (aujourd'hui retraité) de
mathématiques et d'informatique à l'Université
de San Diego, USA. Vinge estimait, dans un article de 1993, que
l'émergence de ces super-intelligence créerait un
changement brutal dans l'évolution de l'humanité,
qu'il nomma la Singularité - nom repris depuis par de nombreux
auteurs. Mais pour lui, les super-intelligences mettraient l'humanité
en danger, et celle-ci devrait s'exiler de la Terre dans des stations
spatiales géantes.
On peut penser que ces perspectives sont un peu fantaisistes,
mais il n'est pas mauvais de relire Vinge, d'autant plus que des
scientifiques sont en train de proposer des modèles pour
de telles stations spatiales. Il s'agit notamment du Lifeboat project,
défendu par la Lifeboat Foundation. Grâce à
elles, nous échapperions non seulement aux super-intelligences,
mais aux nanotechnologies et aux biotechnologies en folie. On pourrait
aussi s'en servir pour échapper aux terroristes. On se demande
seulement quels seraient les bénéficiaires de ces
canots e sauvetage cosmiques, et pourquoi les super-intelligences
nous laisseraient partir sans s'y opposer -sans parler des terroristes.
Personnellement je ne mettrais pas trop d'argent dans la Fondation.
La
gravitation quantique en lacets plus dynamique que jamais ?
JPB/CJ 28/11/02
Compte-tenu du succès médiatique
de la théorie des cordes, l'autre façon d'approcher
la gravitation quantique, dite Loop Quantum Gravity (LQG) ou gravitation
quantique en lacets, semblait un peu sur la défensive. Dans
notre recension du livre d'un des pères de la LQG, Lee Smolin,
nous avions indiqué que ladite LQG n'avait pas dit son dernier
mot. Ceci semble se confirmer puisque Fotini Markopoulou Kalamara,
jeune physicienne Italienne, vient de rejoindre l'équipe travaillant
avec Lee Smolin, Abhay Ashtekar du Pennsylvania State University et
Carlo Rovelli du Centre de physique théorique de Marseille.
Cette chercheuse produit des hypothèses qui semblent très
fécondes. Un article du Scientific Américan de décembre
2002 lui est consacré.
On constatera que l'Europe, et plus particulièrement l'Italie,
est très présente dans l'exploration de ce domaine
passionnant de la physique théorique.
Les
nanosciences face aux défenseurs de... de quoi au fait ?
JPB/CJ 28/11/02
Cela n'a pas
tardé. Les nanosciences et nanotechnologies suscitent des
militants activistes qui veulent faire arrêter les recherches.
Ils se sont déjà exprimés à Johannesburg.
Tous les arguments y passent - certains à prendre en considération
comme le risque qu'il y aurait à inhaler des nanotubes -
mais d'autres fantasmatiques ou intégristes (ne pas toucher
à l'organisation des molécules établie par
Dieu).
Bill Joy, industriel de l'informatique s'étant déjà
illustré en mettant en garde l'humanité contre l'intelligence
artificielle, semble trouver là un nouveau cheval de bataille.
Les gens des nanosciences souhaitent évidemment que l'opinion
toujours prête à s'inquiéter n'oblige pas les
politiques à décréter des moratoires. A quand
le José Bové de la destruction des laboratoires trempant
dans le nano ?
Il y a là une belle opportunité de carrière
à saisir.
Stephen
Wolfram : dernières nouvelles
JPB/CJ 28/11/02
Selon
la revue électronique News.com du 20 novembre 2002, Stephen
Wolfram n'est pas refroidi par l'accueil mitigé fait à
son livre A New Kind of Science. Mais plutôt qu'essayer
de convaincre les physiciens qui restent très réticents,
il a décidé de s'adresser aux informaticiens. Il espère
intéresser aussi les biologistes, plus attentifs que les
tenants des sciences dures et des mathématiques aux possibilités
des simples programmes pour créer de la complexité.
Il vient donc d'expliquer au Comdex 2002 de Las Vegas comment
selon lui le cosmos ne s'est pas créé à partir
de particules et d'ondes, mais suite au déroulement de myriades
d'algorithmes simples. Même des organismes aussi complexes
que l'homme en ont résultés. Il y a dans la nature
des systèmes simples qui font des computations aussi complexes
que celles correspondant à l'intelligence humaine.
Il faut absolument découvrir d'urgence ces algorithmes,
pour non seulement comprendre le monde, mais le refaire autrement,
si nécessaire. Ce sera le cas, par exemple, avec la réalisation
de modèles computationnels intéressant la formation
des cellules et des tissus. A partir de ces modèles, des
médicaments plus efficaces pourront être réalisés.
Reste évidemment à découvrir ces règles
simples. Wolfram n'explique pas très bien comment y arriver.
Clairement, les automates cellulaires sur lesquels il a travaillé
ne paraissent pas offrir une voie aisée (fast track) dans
cette direction. Mais il faut continuer à chercher, sans
en revenir à la séduction trompeuse des modèles.
On
dispose maintenant de plus d'informations sur le programme de 3
millions de dollars que le Department of Energy vient de confier
à l'impétueux Craig Venter.
Pourquoi le DoE ? Parce que l'objectif est de réaliser des
organismes vivants de synthèse pouvant offrir des formes
d'énergies alternatives.
Le programme est soutenu par l'IBEA (Institute for Biologic Energy
Alternative) crée récemment par Venter à son
usage, ainsi que par le prix Nobel de médecine Harry Smith,
spécialiste des enzymes de restriction. A partir du chromosome
du Mycoplasma Genitalium (dont certains messieurs ont gardé
de douloureux souvenirs), déshabillé d'un certain
nombre de "gènes inutiles ou dangereux", on construira
une bactérie artificielle capable de fabriquer de grandes
quantités d'hydrogène ou de piéger le gaz carbonique.
Pour cela, de nouveaux gènes seront introduits, déjà
identifiés dans d'autres cellules comme correspondants à
des fonctions de synthèse et de décomposition recherchées.
L'approche traditionnelle des généticiens consiste
à insérer des gènes provenant d'autres espèces
dans les bactéries dont ils veulent obtenir des comportements
nouveaux. Venter a entrepris, comme nous venons de le dire, d'enlever
au génome déjà très simple (quelque
500 gènes) de M. Génitalium l'essentiel de
ses gènes, afin véritablement de le détruire
et de le remplacer par un chromosome synthétique. Il reste
à vérifier l'aptitude de la cellule à supporter
cette opération et utiliser le nouveau chromosome comme base
de sa réplication ultérieure.
Compte-tenu de la réputation de Craig Venter et de son
Institute for Génomic Research, certains biologistes, notamment
en France, se disent dubitatifs ou inquiets. Mais n'expriment-ils
pas des préjugés bien implantés chez nous selon
lesquels tous ces travaux relèvent du bien connu et néanmoins
mythique apprenti sorcier. D'autres sont plus confiants.
On ne comprendrait pas en effet que ce domaine encore mal compris
de la génomique ne soit pas exploré, avec la prudence
nécessaire et à condition, à nouveau, de ne
pas produire de chimères brevetées qui donneraient
aux firmes de puissants moyens de monopoliser l'avenir à
leur profit. Comme ces recherches sont financées par le contribuable
américain, il serait bon de connaître les termes du
contrat liant l'administration fédérale et Craig Venter.
Systèmes
d'aide à la décision en cas de crise
JPB/CJ 24/11/02
On se souvient que nous avions proposé un dossier
décrivant notamment un système auto-adaptatif d'aide
à la décision à base d'Intelligence Artificielle
Répartie, permettant aux responsables des secours (et particulièrement
les préfets) de disposer d'un minimum d'outils modernes.
Le système avait été développé
par le Pr Alain Cardon et trois thésards. Ce dossier n'a
évidemment, bien que nous l'ayons présenté
à diverses autorités, éveillé le moindre
intérêt, non plus d'ailleurs que le concept. Il semble
que le téléphone soit encore considéré
comme le meilleur moyen de liaison entre intervenants.
Heureusement pour eux, les chercheurs du laboratoire Sandia ne
nous ont pas attendus et viennent de développer un premier
système de commandement permettant de faire face à
des attaques terroristes graves et étendues, de type chimique
ou biologique. C'est le WMD-DAC (Weapons of Mass Destruction Decision
Analysis Center). Encore jugé fruste, il intègre pourtant
en temps réel de nombreuses données de toutes sortes,
provenant de la zone attaquée ou des gestionnaires de secours
et de soins.
Il ne semble pas cependant que le système comporte actuellement
beaucoup d'IA répartie
Drones
robotisés et droit des citoyens JPB/CJ
24/11/02
La revue Robots.Net a posé à ses lecteurs la question
de savoir s'il était conforme aux droits du citoyen ou de
la guerre de détruire les terroristes (ou supposés
tels) avec des drones plus ou moins intelligents, comme cela s'est
fait récemment au Yémen (Missile Hellfire-C tiré
d'un Predator RQ-1A UAV).
Certains organismes, tels Amnesty International et World Socialist
News, émettent des doutes. La plupart des lecteurs au contraire
s'en félicitent. Robots.Net estime que la question se posera
de plus en plus, au fur et à mesure du développement
de robots militaires de plus en plus intelligents. Cela devrait
être le cas, notamment, du futur X-45 UCAV (Unmanned Combat
Air Vehicle) développé par la Defense Advanced Research
Projects Agency (DARPA). Ceci est à relier avec l'article
ci-dessous .
Nous serions curieux de connaître les positions de nos propres
lecteurs. A l'occasion de cette question, ils pourront découvrir,
si ce n'est pas fait, le site Robots-Net http://robots.net/,
regorgeant d'informations théoriques et pratiques sur les
robots et les problèmes sous-jacents.
Automates
conscients. De la DARPA à la NASA
CJ/JPB 24/11/02
Selon un article de Kathleen Melymuka, dans Computerworld du 11
novembre 2002, la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA)
sollicite actuellement des offres pour la réalisation d'un
premier système conscient de son environnement et de lui-même.
Il s'agirait d'un "cognitive system" qui raisonnerait de façon
autonome dans de nombreuses situations, s'enrichirait par l'expérience
et s'adapterait rapidement à l'imprévu. Il serait
conscient de son comportement et se l'expliquerait à lui-même
et aux autres. Il pourrait élaborer des scénarios
et des prévisions, ainsi qu'une planification stratégique.
Pour les militaires, un tel système aurait l'avantage de
donner aux systèmes d'armes une meilleure responsabilité,
notamment en ménageant la vie des hommes déployés
sur le terrain. Mais il pourrait avoir de nombreuses applications
civiles, comme on le devine.
On sait que la réalisation d'un robot conscient est sérieusement
envisagée par la NASA pour anticiper l'arrivée encore
hypothétique de l'homme sur Mars. Un robot ordinaire, faiblement
autonome, serait vite perdu dans un milieu complexe et mal étudié.
De même, la relance des visions du futur à laquelle
se livre actuellement l'Agence, dans le cadre de l'équipe
NEXT (Nasa Exploration Team) dirigé par Gary Martin, envisage
la mise en place aux points Lagrangiens (points situés en
équilibre gravitationnel entre la Terre, la Lune et même
le Soleil, de télescope de nouvelle génération
puis de stations orbitales de grande taille (à 380.000 km
au lieu des 400 km de l'actuelle Station Spatiale Internationale).
Ces stations serviraient à localiser des instruments ou à
permettre le lancement de diverses missions d'exploration, notamment
vers Mars.
Or toutes ces opérations ne pourraient pas être confiées
à des hommes pour le moment, vu l'ignorance des effets à
long terme de l'absence de gravité et, plus gravement, des
rayons cosmiques dont la magnétosphère de la Terre,
très affaiblie à ces distances ne protégerait
plus. La seule solution actuellement envisageable consistera à
confier toutes les tâches de montage, de maintenance et d'expérimentation
à des robots. Mais ceux-ci devraient être aussi intelligents
et conscients que des humains, pour mener à bien de telles
missions (NewScientist, 26 oct. 2002)
La Nasa ne manque pas d'autres projets plus ambitieux les uns
que les autres. Elle semble vouloir se donner la lourde tâche
et l'honneur de porter les espoirs de l'humanité dans l'exploration
du cosmos, en proposant après des années de silence
son ambitieuse "vision du futur". Le Dr. Richard Terrile, scientifique
affecté au programme Mars du Jet Propulsion Laboratory, a
ainsi présenté aux Etats-Unis, les 21 et 22 novembre,
un exposé intitulé "Rise of the machine. Intelligent
Robots and Space Exploration" qui recense les différents
systèmes et robots intelligents capables d'explorer le système
solaire, dans les prochaines années ou à plus long
terme.
Une édition de l'exposé peut être téléchargée
à partir du site de la NASA http://www.jpl.nasa.gov/events/lectures/nov02.html.
Malheureusement, même aux Etats-Unis, les visions de la
Nasa sont loin d'avoir encore acquis une crédibilité
budgétaire. Ne parlons pas de l'Europe, où des projets
de même nature (nous pensons en particulier à ceux
d'Alain Cardon - ouvrage à paraître) risquent de rester
longtemps à l'état de prototypes. Une nouvelle fois,
ce seraient les militaires américains qui tireraient la recherche
fondamentale en avant.
Biologie
computationnelle et bio-informatique
JPB/CJ 16/11/02
Sous le
titre Breaking the code, la revue The NewScientist du 9/11/02
consacre un article à la bioinformatique.
Il s'agit d'utiliser, pour éventuellement découvrir
des secrets encore cachés de ce qui fait la vie, les innombrables
données génétiques qui affluent en permanence
suite aux travaux de décryptage des génomes poursuivis
actuellement un peu partout dans le monde.
Suite au mouvement d'opinion qui s'était fait aux Etats-Unis
pour empêcher l'appropriation privée et commerciale
des données du génome humain, le NCBI (National Center
for Biotechnology Information) a été chargé
de collecter et de mettre à disposition publiquement les
séquences d'ADN résultant du travail réalisé
dans le cadre du Human Genome Project : c'est l'International Nucleotide
Sequence Database (INSD). Le NCBI partage cette responsabilité
avec l'EBI (European Bioinformatics Institute, EK) et le DNA Databank
au Japon.
Contrairement au principe selon lequel le secteur privé ne
doit pas s'approprier les sources du vivant, ce dispositif public
imposant n'interdit pas aux firmes génomiques de conserver
des génomes non humains résultant de leurs travaux.
Quoi qu'il en soit, et outre celui de l'homme, le NCBI et ses homologues
stockent actuellement plus d'une centaine de génomes complets
d'autres espèces et des séquences génétiques
partielles intéressant plus de 100.000 espèces jugées
intéressantes à des titres divers. Ce nombre va s'accroître
rapidement.
La question posée, outre celle du classement et de la recherche
dans ces bases de données, qui nécessite de gros moyens
informatiques, concerne ce que la bio-informatique et les réseaux
de recherche pourraient en tirer pour mieux comprendre la vie. Les
chercheurs soupçonnent qu'à l'aide d'hypothèses
révolutionnaires encore à inventer, ainsi que de recherches
croisées entre génomes, protéomes et articles
déjà publiés, de nombreux laboratoires pourraient
mieux coopérer et faire émerger des "secrets de la
vie' encore enfouis dans les bases de données. Tant que ce
travail d'investigation intelligente, à l'aide de moyens
informatiques de plus en plus puissants, ne sera pas entrepris,
l'arrivée incessante de nouvelles séquences dans les
bases créera plus de désordre que de lumière.
La puissance de calcul ne croît pas assez vite, car la loi
de Moore est dépassée par la croissance exponentielle
des données génétiques à traiter, ainsi
que des données concernant de multiples autres bases intéressant
d'autres aspects de la biologie et de la biochimie. Une solution,
en attendant, déjà envisagée en physique fondamentale,
sera d'utiliser des réseaux répartis sur le mode du
Grid. En l'espèce, on parle du @home approach. Mais ceci
ne suffira pas. Il faudra mettre en place des super-calculateurs
dans un certain nombre de centres, disposant en propre de l'ensemble
des bases afin de travailler sur celles-ci. Il faudra aussi recruter
des centaines de chercheurs joignant les compétences biologiques,
informatiques et statistiques. Data mining et Text mining deviennent
les clefs du succès pour le rapprochement des connaissances.
Il faut également standardiser les références
et les formats, comme l'entreprend le Interoperable Informatics
Infrastructure Consortium.
Mais, encore plus important, il faudra réaliser des méthodes
automatiques intelligentes permettant de gérer toutes ces
informations, de faire apparaître les "saillances" non suspectées
(c'est-à-dire des faits nouveaux pouvant amener à
modifier les théories) et, plus pratiquement, proposer des
modèles viables pour le génie génétique
du futur.
Dans le domaine des molécules, le problème est le
même, les modéliser en plusieurs dimensions incluant
le temps et mettre les recherches en relation. Aux Etats-Unis, les
National Institutes of Health ainsi que le National Institute of
General Medical Sciences, s'y investissent en coopération
avec les généticiens
Il était inévitable que dans ces nouvelles perspectives,
les firmes privées s'estiment aussi bien placées que
les laboratoires publics. C'est le cas de Craig Venter, ancien patron
de Celera, patron du Center for Advancement of Genomics à
Rockville, ainsi que d'autres instituts de recherche. Dans la mesure
où les résultats obtenus peuvent, outre de nombreuses
applications de grande importance, faire apparaître des éléments
essentiels de connaissance, cela posera une nouvelle fois la question
de savoir si le secret d'entreprise et les brevets peuvent être
opposés à la libre publication.
Dans le même temps, par décision du 13 novembre 2002,
sur requête de l' "Association alliance pour les droits de
la vie ", le Conseil d'Etat vient de suspendre pour quatre mois
l'exécution d'une décision du ministre de la recherche
en date du 30 avril 2002, qui autorisait le Centre national de la
recherche scientifique à importer d'Australie deux lignées
de cellules souches pluripotentes humaines d'origine embryonnaire
et à procéder à des recherches sur ces cellules.
Dans cette affaire, l'association requérante demandait au
Conseil d'Etat, juge de cassation, d'annuler l'ordonnance en date
du 18 juin 2002 par laquelle le juge des référés
du tribunal administratif de Paris avait d'abord rejeté sa
demande de suspension. No comment. http://www.conseil-etat.fr/ce/actual/index_ac_lc0208.shtml
René
Thom, mathématicien et philosophe est mort le 25 octobre
à l'âge de 79 ans.
René Thom a suivi un parcours de grand mathématicien,
de l'Ecole normale supérieure (1943-1946) à l'obtention
de la médaille Fields, équivalent du prix Nobel dans
cette discipline. Il fut professeur permanent à l'Institut
des hautes études scientifiques (IHES) de 1963 à 1988,
puis professeur émérite
Mathématicien, René Thom est sorti des sentiers
battus. Il reste dans l'opinion comme l'inventeur de la théorie
des catastrophes ou des discontinuités. "La théorie
des catastrophes consiste à dire qu'un phénomène
discontinu peut émerger en quelque sorte spontanément
à partir d'un milieu continu" . L'exemple souvent cité
est celui de la transition de phase, permettant à la glace
d 'apparaître à un certain moment dans une eau progressivement
refroidie. Mais un tel phénomène est beaucoup plus
courant qu'il ne semble. Il n'intéresse pas seulement la
physique. Tous les phénomènes sociaux, notamment,
sont susceptibles de changer brutalement de forme, une manifestation
se transformant par exemple en révolution. Stephen Wolfram
en a fait un de ses thèmes favoris.
La théorie des catastrophes rejoint celle du chaos. Pas
plus que cette dernière, si elle constitue un outil indispensable
de compréhension des phénomènes passés,
elle ne donne d'outils fiables pour prédire le futur.
Vers la fin de sa vie, dans Prédire n'est pas expliquer,
notamment, René Thom a reproché aux sciences de s'enfermer
dans l'expérimentation et de manquer de grandes hypothèses,
susceptibles de donner naissance à de grandes théories.
La critique demeure très valable aujourd'hui, mais là
encore, la recette permettant à un chercheur d'émettre
une hypothèse de grande envergure n'est pas évidente.
Faut-il faire appel à la philosophie, à l'art ou,
plus simplement, à l'interdisciplinarité ?
Décès
de Pierre Aigrain
Hommage de Benoît Eurin, président de l'université
Paris 7 - Denis Diderot
Pierre
Aigrain, âgé de 78 ans, est décédé
le 30 octobre 2002. Appelé par Yves Rocard à créer
à l'ENS, en 1949, une équipe qui deviendra plus tard
le Groupe de Physique des Solides, désormais un des plus
importants laboratoires de notre université, il a été
professeur à la faculté des sciences, puis opta avec
détermination pour l'université Paris 7 où
il enseigna jusqu'en 1978. Il a joué un rôle important
dans la création de notre université.
Pierre Aigrain prit ensuite de hautes responsabilités dans
la politique scientifique : directeur scientifique de la DRME, directeur
des Enseignements supérieurs, puis délégué
général à la Recherche scientifique et technique.
Il fut Secrétaire d'État à la Recherche scientifique
et technique de 1978 à 1981. Il devint alors directeur scientifique
général du Groupe Thompson CSF. Il fut élu
à l'Académie des Sciences en 1998. Son influence fut
déterminante dans la mise sur pied d'une politique de recherche
européenne.
Il a initié, en France, la recherche sur les semi-conducteurs
conduisant aux développements (transistors, lasers, circuits
intégrés) qui sont à la base de l'informatique
et de l'électronique qui façonnent désormais
notre vie quotidienne.
Sa grande culture scientifique, son imagination féconde,
son enthousiasme, son énergie et sa générosité
ont laissé une profonde influence sur ceux qui ont travaillé
avec lui. Pour ses élèves, il était, plus qu'un
maître, un ami toujours attentif et disponible.
L'université s'associe à la peine de sa famille
et de ses amis.
La
locomotion chez les robots
JPB 04/11/02
La lettre d'information Vie artificielle (www.vieartificielle.com)
signale un article de Tom McNicol publié par Wired sur le
thème de la locomotion des robots au regard des solutions
adoptées par les organismes vivants.
Il illustre la règle essentielle de l'approche bionique,
que le chercheur Robert Full applique avec succès: "THERE'S
NO REASON WE CAN'T IMPROVE UPON NATURE. FIRST OBSERVE, THEN THINK
SIDEWAYS" (on peut améliorer la nature. Il faut d'abord
observer ce qu'elle fait puis penser autrement).
La
Mémétique de plus en plus présente dans les
publications scientifiques
JPB 04/11/02
La mémétique ne semble pas encore reconnue au sein
de l'Université française comme thème de recherche,
publication et enseignement.
Certains de nos lecteurs nous indiquent qu'ayant proposé
ce thème à des directeurs de mémoire ou de
thèse, ils se sont fait vivement conseiller de chercher d'autres
sujets.
Il n'en est pas de même dans d'autres pays, notamment en Grande
Bretagne. On trouvera ici la référence d'un article
très documenté du chercheur anglais Derek Gatherer
dgatherer2002@yahoo.co.uk,
publié par le Journal of Artificial Societies and Social
Simulation. http://jasss.soc.surrey.ac.uk/5/4/5.html
L'article unit de façon très opportune les données
sociales, les thèmes mémétiques et le traitement
informatique évolué des populations d'agents. Nous
aimerions cependant que l'auteur en donne une version accessible
au grand public.
Le risque est grand que ce travail de valeur n'ait pas la portée
qu'il mérite, du fait de sa technicité.