Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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Un
robot contrôlé par des neurones de rats
JPB 02/01/03 Source
Kurzweil AI
Steve
Potter, professeur de biomedical engineering au Georgia Institute
of Technology, a mis au point un petit robot dont le comportement
(encore élémentaire) présente l'originalité
d'être contrôlé par une puce incorporant des neurones
de rat. Ce robot, nommé Hybrot, présente pour son inventeur
l'avantage de tester de futurs ordinateurs intégrant des neurones
vivants et susceptibles de computations complexes non réalisables
par les ordinateurs classiques binaires. Ils pourraient aussi s'évaluer
et s'auto-réparer. Dans le prototype, les neurones de rats
conversent entre eux et produisent des informations en sortie recueillies
par des électrodes. Ils peuvent à l'inverse recevoir
des données de l'extérieur. Les neurones acquièrent
ainsi de l'expérience et développent des capacités
de plus en plus intelligentes. Les applications pratiques de tels
systèmes sont jugées considérables. On veut bien
le croire.
Question naïve : que diraient les comités
d'éthique si l'Hybrot incorporait des neurones aimablement
fournis par un humain ? No difference, probably.
Un
robot virtuel pour détecter les muscles du
coeur endommagés
CJ 24/12/02
Des chercheurs hollandais du Centre Médical
Universitaire de Leyde ont développé un robot virtuel
qui scanne méticuleusement les muscles du coeur en utilisant
des images IRM (imagerie par résonance magnétique)
de celui-ci. En détectant finement les contours, le robot
permet de réduire le travail des médecins spécialistes.
Pour avoir un aperçu de l'état du coeur d'un patient,
les spécialistes utilisent jusqu'a présent des séries
d'IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) qui permettent
de visualiser 10 sections du coeur sur 20 phases pendant un simple
battement de cet organe, soit 200 images. Sur au moins 40 de celles-ci,
le médecin marque ensuite à la main les contours des
muscles du coeur. Ceci révèle précisément
- mais aussi subjectivement - les endroits où les muscles
du coeur sont les moins épais pendant le battement de cet
organe. Ces parties ainsi distinguées sont soit déjà
mortes, soit en manque d'oxygène. Pour de plus amples renseignements,
les médecins doivent alors marquer par la même méthode
les 200 images.
Le robot virtuel nouvellement développé* délimite
les frontières du coeur sur les images
IRM. Les contours ainsi dessinés permettent de détecter
précisément les parois cardiaques et, par conséquent,
l'épaisseur du muscle cardiaque en n'importe quel point.
Le robot est objectif et apprend aussi par lui-même. Ainsi,
lorsque l'image présente trop peu de contrastes pour qu'une
ligne de démarcation puisse être dessinée avec
certitude, il puise dans ses expériences précédentes
ce qui peut l'aider dans son choix.
Grâce à ses algorithmes de détection de contours
(intégrés dans le logiciel MRI-MASS
®), le système intelligent construit un contour chirurgicalement
précis, rendant désormais obsolète le marquage
fastidieux des contours à la main que devaient exécuter
les médecins.
Les patients n'ont pas connaissance du travail du robot car le processus
se déroule entièrement sur ordinateur à partir
des images IRM. Le robot se déplace le long des parois du
coeur, dessinant les contours sur les images. La vitesse, la taille
et le rayon de braquage sont ajustés par les chercheurs en
fonction des propriétés individuelles du coeur du
patient, tel que le poids et la quantité de sang que cet
organe peut pomper.
Des capteurs placés à l'avant et sur les côtés
du robot l'aident à naviguer sans se cogner contre les bords.
Stephen
Wolfram et l'univers calculable
JPB 19/12/02
La
Recherche de Janvier 2003 consacre un dossier à Stephen Wolfram
et à la question de l'univers calculable. Sur Wolfram, l'essentiel
du dossier est constitué d'un article bien fait et clair, traduit
de Mélanie Mitchell, dont l'original a paru dans Science (http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/298/5591/65,
accessible aux abonnés) Notons que le site de Stephen Wolfram
a recensé une centaine d'autres références. On
ne peut donc pas dire que A New Kind of Science serait passé
inaperçu des médias scientifiques. Voir http://www.wolframscience.com/coverage.html
Concernant l'univers calculable ou la mécanique
numérique, selon le terme de Edward Fredkin, l'article de
Olivier Postel-Vinay donne un bref aperçu de la question
: un algorithme numérique simple, voisin d'un automate cellulaire,
aurait été la base de la construction de notre univers.
Il a donné les complexités que nous connaissons simplement
parce qu'il a été exécuté suffisamment
longtemps. Il suffirait de le découvrir et de le faire tourner
pour retrouver sinon l'équivalent de notre monde, du moins
un univers aussi complexe que celui-ci. Pour les physiciens qui
pensent ainsi, l'univers n'est pas continu, mais composé
d'unités discrètes simples reliées par des
schémas ou patterns d'information eux-mêmes simples.
Seth Lloyd a calculé que si nous considérons l'univers
comme un gros calculateur simple, machine de Turing ou automate
cellulaire, il aurait réalisé 10 puissance 120 opération
au long de son histoire, en utilisant 10 puissance 90 bits d'information.
On remarquera que ces hypothèses retrouvent
celles des théoriciens de la gravitation quantique, tels
que Lee Smolin (voir
note de lecture), comme nous l'avons nous-mêmes relevé
à la lecture des ouvrages de ce dernier. Il y aurait un modèle
déterministe derrière l'indéterminisme du monde
quantique, qui générerait des versions successives
ou parallèles d'univers, lesquelles (pour Lee Smolin) entreraient
en compétition darwinienne les unes avec les autres.
Ceci ne règle pas la question de savoir
comment l'homme pourrait bien s'y prendre pour découvrir
l'algorithme de départ, englué qu'il est dans les
complexités accumulées générées
par l'histoire de l'univers au sein duquel il a émergé.
A supposer qu'il trouve cet algorithme, que pourrait-il bien en
faire, ne disposant ni du temps ni des ressources de calculs suffisantes
pour l'exécuter un nombre significatif de fois ?
Ces objections ne doivent pas, il est vrai, empêcher
d'approfondir la voie de recherche vers l'univers calculable. Sait-on
jamais ce qui pourra se découvrir ?
Un
article du New York Times (accessible seulement sur abonnement http://www.nytimes.com/2002/11/09/politics/09COMP.html)
"Pentagon Plans a Computer System That Would Peek at Personal Data
of Americans" décrit en détail le projet du Pentagone
visant à pourchasser sur les réseaux, y compris aux
Etats-Unis, toutes activités suspectes de servir le terrorisme.
C'est le Total Information Awareness System, déjà
évoqué dans notre revue. Le directeur de ce projet
est le vice-amiral John M. Poindexter, ancien National Security
Adviser auprès du président Reagan. En bon militaire,
l'amiral ne recule devant rien. Il ne s'arrête pas aux résistances
nombreuses jusque là manifestées tant par les entreprises
que par les défenseurs des libertés publiques à
un pouvoir d'investigation étendu conféré aux
autorités fédérales. Le nombre des bases de
données d'organismes fédéraux qu'il faudra
connecter, ou celui des communications qu'il faudra intercepter
et analyser, ne l'arrêtent pas davantage.
Il compte pour cela sur les cerveaux artificiels
très intelligents que le DOD cherche actuellement à
réaliser. Il sait de quoi il parle puisqu'il est en effet
responsable de l'Office of Information Awareness à la Defense
Advanced Research Projects Agency (DARPA).
Pour déployer ce projet du Total Information
Awareness, il sera nécessaire d'amender le Privacy Act de
1974. Mais les procédures en ce sens sont en cours, 11 septembre
obligeant.
Certaines voix s'élèvent, non seulement
pour protester contre les atteintes possibles (et probables) aux
libertés, mais contre le fait que les terroristes, malins
comme ils sont, trouveront bien le moyen d'échapper aux grandes
oreilles qui les guetteront - ou alors le système qui les
traquera devra faire preuve d'une intelligence et d'une autonomie
encore hors de portée des technologies actuelles.
Inutile de dire qu'aux Etats-Unis, on ne se privera
pas des possibilités d'espionnage ainsi ouvertes pour se
renseigner, non seulement sur les activités des autres gouvernements
souverains du monde, mais sur celles des entreprises économiques
concurrentes de celles des Etats-Unis. Airbus et Arianespace peuvent
en effet cacher, nul ne l'ignore, de redoutables actions terroristes.
On doit s'interroger sur l'attitude à adopter
face à de tels projets, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe.
En rire ou au contraire en appeler aux grands principes tout en
exigeant un moratoire sur les recherches en intelligence artificielle
répartie. Ne faudrait-il pas plutôt, notamment en Europe,
se doter d'outils équivalents pour ne pas être cannibalisés
? Il est certain qu'en tous cas, lorsque le système sera
en place aux Etats-Unis, il n'arrêtera pas de croître
et embellir, augmentant d'ailleurs ce faisant les compétences
technologiques des terroristes et criminels qui voudront y échapper.
19/12/02
Le
scandale des non-émissions scientifiques sur les chaînes
publiques
JPB/CJ 14/12/02
Suite au rapport de Catherine Clément remis au ministre
de la Culture sur ce que devrait être une politique culturelle
digne du secteur public de la radio et de la télévision,
personne n'a vraiment évoqué l'indigence (l'inexistence)
des émissions scientifiques qui permettraient notamment aux
enfants et aux gens qui travaillent de mieux connaître les
enjeux et les réalisations des sciences et des technologies.
Quelques rares émissions, sur France-Culture et Arte-La cinq
(en ce dernier cas toutes produites à l'étranger)
ne suffisent pas à répondre à l'immense besoin
qui se fait sentir.
Au moment où l'opinion toujours versatile
s'interroge sur l'intérêt d'une politique de lanceurs
européens, il aurait été très utile
que le gouvernement rappelle qu'elle constitue un véritable
service public, indispensable à l'autonomie de l'Europe face
aux Etats-Unis et à la Russie. Si nous devions mendier des
lancements à ces pays, par exemple pour mener à bien
le programme Galiléo*, nous pourrions toujours attendre.
Or qui dit service public, dit financements publics. C'est bien
de chercher des clients privés, mais il ne faudrait pas en
dépendre pour rentabiliser Ariane. C'est à nous de
financer ce lanceur, d'autant plus que les sommes par tête
d'habitant sont ridiculement basses. Un service public doit évidemment
chercher à travailler sans gaspiller les deniers de l'Etat
(comme c'est ce qu'on avait pu reprocher à la Nasa de faire,
il y a quelques années de cela). Mais ce n'est semble-t-il
vraiment pas un reproche que l'on puisse faire aux équipes
d'Arianespace.
Allons plus loin. L'Europe élargie a besoin
d'un symbole. Elle a également besoin d'un moteur technologique
puissant. Elle a des ressources à ne savoir qu'en faire,
quoi qu'on pense.
Dans notre précédent numéro, nous avons proposé
le projet d'un robot martien
disposant des capacités d'un automate conscient (cognitive
system). La France pourrait sans mal entreprendre un tel programme.
Mais à la réflexion, pourquoi ne pas aller plus loin
? Pourquoi l'Europe ne se donnerait-elle pas l'ambition d'aller
le plus vite possible avec ses propres moyens sur Mars, à
terme avec des équipages humains, mais en attendant avec
un robot intelligent - intelligence distribuée qui, dans
l'espèce, ne se limiterait pas au seul robot mais à
tout son environnement de lancement, d'atterrissage (martien) et
de suivi au sol ?
Il n'y aurait aucun mal à ce qu'un tel
projet, de la même façon que cela se passe aux Etats-Unis,
fasse l'objet d'un groupe de pression industriel européen
actif.
*Programme
dont le démarrage bute hélas encore chez-nous sur
des rivalités entre Rome et Berlin
Des
polymères en guise de muscles
JPB 13/12/02
La
Nasa est, comme nous l'avons indiqué souvent, et tout comme
la Darpa grande consommatrice d'idées dans le domaine de
la robotique et de l'Intelligence Artificielle.
Signalons le site http://ndeaa.jpl.nasa.gov/nasa-nde/lommas/eap/EAP-web.htm
à tous ceux
qui s'intéressent à la question des actuateurs ou
bras opérateurs des robots utilisant des polymères
en guise de muscles.
DARPA
brain-machine interfaces JPB/CJ
13/12/02
La
Darpa est, en plus imposant, l'équivalent de la Délégation
Générale de l'Armement au ministère Français
de la Défense. Elle a l'art d'attirer les cerveaux du monde
entier en exposant à tous ses ambitieux projets, qui laissent
loin derrière eux ce que nous pouvons faire en Europe, aussi
bien pour le civil que pour le militaire. On consultera en particulier
un dossier consacré à des interfaces évolués
ou bioniques entre les hommes et les systèmes artificiels.
On pense au combattant sur le nouveau champ de bataille. Mais il
suffit de lire le dossier pour comprendre que c'est tout l'avenir
de l'espèce humaine qui sera déterminé par
la réussite d'un tel projet. C'est avenir sera-t-il seulement
américain ?
Le site, il est vrai, n'affiche pas encore le
projet, tout aussi ambitieux, de cognitive system auquel nous avions
fait allusion dans le précédent numéro. Mais
cela sans doute ne saurait tarder. http://www.darpa.mil/baa/baa01-42mod1.htm