Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
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Spirit
et Oppotunity, les deux robots martiens américains se portent
bien. La sonde européenne Mars Express aussi CJ 30/01/04
Opportunity,
le robot martien frère jumeaux de Spirit (voir
notre actualité du 4 janvier) s'est posé sans
encombre le 25 janvier dans la vaste plaine désertique "Meridiani
Planum" (côté opposé de la planète
par rapport à Spirit).
Les
premières images, montrant un
affleurement rocheux dans le cratère à moins de 10
mètres d'où s'est posé le robot, excitent les
géologues : il pourrait sagir dun terrain sédimentaire,
peut-être autrefois formé dans de leau liquide...
Les analyses futures confirmeront ou non.
Quant
à Spirit, qui 5 jours après ses premiers tours de
roues a interrompu le 22 janvier toute liaison avec la Terre, il
semble qu'il soit aujourd'hui de nouveau opérationnel. Les
experts ont localisé le problème au niveau de la mémoire
flash* de l'ordinateur de bord, mémoire utilisée pour
stocker les informations télémétriques (état
des systèmes de bord) et certaines données en provenance
des instruments scientifiques. La liaison a pu être rétablie
avec la sonde au travers de sa mémoire RAM, ce qui a permis
de procéder ensuite aux traitements adéquats**. Selon
les techniciens, le rover devrait maintenant reprendre rapidement
son travail.
*
La mémoire flash (d'une capacité de 256 Mo sur Spirit),
à l'image des cartes mémoires utilisées couramment
dans les appareils photos numériques ou les PDA, autorise
à la fois la lecture et l'écriture d'informations
tout en étant capable de conserver les données stockées
en l'absence d'alimentation électrique.
** Les investigations poussées ont révélé
qu'une défaillance logicielle obligeait l'ordinateur de bord
à s'initialiser en permanence, empêchant toute communication
fiable avec la Terre. Le problème venait finalement d'un
manque de mémoire vive (RAM) pour gérer le nombre
et la taille des fichiers contenus dans le système de stockage.
En détruisant quelque 1700 fichiers, les ingénieurs
ont ainsi rendu de nouveau opérationnel l'ordinateur de bord
du robot. Une fois l'ensemble des données scientifiques récupérées,
le reformatage complet devrait être fini d'ici quelques jours.
A noter qu'Opportunity étant en tout point semblable à
Spirit, les ingénieurs lui ont d'office fait subir un nettoyage
de son propre système.
Si
Spirit peut apparaître comme un bijou de technologies, il
ne possède finalement qu'un tout petit "cerveau"
avec son processeur Power PC cadencé à 20 Mhz (20
millions d'opérations à la seconde), soutenu par 128
Mo de mémoire vive et augmentée de ses 256 Mo de mémoire
flash (ainsi que de quelques autres petits dispositifs de mémoire
non volatile). Ce matériel, en fait sélectionné
au milieu des années 90 par la Nasa, a dû subir de
longs traitements pour résister aux violentes radiations
issues de l'environnement spatial. En matière de communication,
et si le robot peut communiquer directement avec la Terre, c'est
à un débit maximal de quelque 12 000 bits/s, soit
5 fois moins vite qu'un modem 56 Ko. La communication peut se faire
également via les satellites en orbite martienne, et là
à un débit de 128 000 bits/s.
Du
côté européen, même si le robot britannique
Beagle 2 n'a jamais pu envoyer de message à la sonde Mars
Express actuellement en orbite autour de la planète rouge
[et donc peut être considéré aujourd'hui comme
définitivement perdu pour la science], il n'en reste pas
moins que les photos envoyées par la sonde sont impressionnantes
de qualité.
Le 18 janvier, de la glace - mélange de glace d'eau et de
glace de dioxyde de carbone) a déjà été
détectée au pôle sud grâce à l'instrument
français "Omega" [Observatoire, pour la Minéralogie,
l'Eau, les Glaces et l'Activité (caméra et spectromètre
dans linfrarouge) ] à bord, ce qui, finalement, est
moins une nouveauté (malgré certains articles que
l'on a pu voir dans la presse) qu'une confirmation de ce que l'on
savait quasiment déjà avec les mesures effectuées
par l'orbiteur américain Mars Odyssey depuis décembre
2002. Cela dit, on attend désormais une moisson de données
de la sonde Mars Express arrivée sur son orbite définitive
le 28 janvier. Un programme scientifique ambitieux qui prévoit
de dresser la cartes très précise de l'ensemble de
Mars (images haute résolution (10 m/pixel) ou des cartes
ultra-précises pour certaines régions (2 m/pixel)),
d'obtenir la carte de la composition minérale de la planète,
celle de la composition de son atmosphère et la détermination
de la circulation globale de celle-ci, la structure à faible
profondeur de la planète, déterminer l'effet de l'atmosphère
sur la surface, l'interaction de l'atmosphère avec les vents
solaires...
WebFountain
ou comment ceux qui ont l'argent peuvent rendre le web intelligent
JPB/CJ 25/01/04
En
jaune, les informations non structurées telles qu'elles
apparaissent sur le web.
Grâce à des "annotateurs", elles sont
transformées en un format uniforme et structuré,
permettant leur traitement.
Le
web mondial se compose de milliards de textes de toutes formes,
toutes origines et tous contenus. Depuis longtemps, les chercheurs
s'efforcent de donner à ceux qui souhaitent retrouver
une information des outils efficaces pour ce faire. Mais la
tâche semblait impossible. Les meilleurs outils connus,
c'est-à-dire les moteurs de recherche, se bornent à
orienter la requête vers une petite sélection
de documents contenant les mots objets de la recherche tels
que précisés par le demandeur. Le moteur peut
analyser, pour chaque requête, des millions de documents
en quelques secondes. Mais il n'en restitue que quelques dizaines.C'est
souvent déjà trop pour celui qui a posé
la question, notamment parce que le moteur ne sait pas faire
la différence entre les mots pertinents et ceux qui
ne le sont pas.
Si vous vous intéressez
à hot-dog, vous ne vous intéressez ni à hot ni
a dog. Les opérateurs booléens facilitent la sélection,
mais le résultat reste très approximatif.
Aujourd'hui,
IBM propose une solution permettant à des ordinateurs d'entrer
dans le contenu des informations en ligne et de restituer avec,
paraît-il, une grande sûreté, tous les documents
susceptibles de concerner une recherche donnée : analystes
économiques et financiers, observateurs politiques, vendeurs
de données et, bien évidemment ; encore que cela ne
soit pas dit, services de renseignement et de police. Les services
seront vendus (voir ci-dessous), ce qui veut dire que seules les
entreprises ou les administrations riches pourront en bénéficier.
Avec IBM, les solutions ne sont jamais simples ni réparties.
La firme a mis en place un énorme complexe de processeurs,
routeurs, disques et logiciels, occupant la superficie d'un demi-terrain
de football. Le système est appelé WebFountain. Il
sera mis en service en coopération avec l'entreprise Factiva
de New-York, dont le métier est de vendre des informations
économiques. Le projet emploie 120 personnes et coûte
plus de100 millions de dollars. Il est localisé à
l'IBM Almaden Research Center de San Jose. On peut se poser la question
de savoir si des réseaux d'analyse plus légers fonctionnant
en Grid sur le mode des systèmes multi-agents adaptatifs
pourraient rendre les mêmes services. Mais se poser la question
n'est pas y apporter une réponse opérationnelle.
Comment les documents sont-ils analysés ? Ceux-ci n'étant
dans leur écrasante majorité pas composés de
données préalablement structurées, telles que
résultant de l'emploi de XML, le système doit convertir
tout ce qu'il reçoit en un format qui permette leur analyse
automatique. Pour cela des programmes dits "spider" ou
"crawler" parcourent le web et archivent les pages qu'ils
rencontrent dans des bases de données, qui occupent 160 terabits
d'espace disque. Le web tout entier est parcouru en 1 semaine, mais
les échanges plus épisodiques, tels que ceux hébergés
sur des blogs ou produits dans des Chats, le sont quotidiennement.
Les données sont ensuite transférées dans le
cluster des processeurs centraux de WebFountain où ils sont
soumis à l'analyse de 40 programmes appelés "annotators".
Chacun des annotateurs recherche dans le document analysé
les mots ou phrases qu'il peut reconnaître, qu'il identifie
en cas de succès par un tag XML. Les annotateurs sont spécialisés
par type de recherche.
Les documents une fois labellisés (ce qui peut multiplier
leur longueur par 10) sont stockées dans des bases de données
où ils sont soumis automatiquement à des procédures
de data mining ou fouille de données, en fonction des informations
recherchées. Certains annotateurs sont suffisamment complexes
pour inférer le sens ou la signification des documents qu'ils
analysent, si bien que ces derniers sont mémorisés
dans des bases de connaissances (Knowledge bases) lesquelles peuvent
ou non être mises à la disposition du public ou des
clients payants. D'autres restent la propriété d'IBM
et de ses partenaires privilégiés - par exemple ceux
qui concernent la pétrochimie ou l'industrie pharmaceutique.
Bien d'autres procédures utilisant l'intelligence artificielle
permettent de faire la chasse aux ambiguïtés, rechercher
les liens qu'un document ou un site entretient avec les autres et
plus généralement fournir à la demande des
diagnostics fins. On comprendra mieux le processus d'ensemble en
grossissant l'image ci-dessus (source IEEE).
Le matériel informatique constituant le cur de WebFountain
voit sa puissance augmentée tous les 9 mois. Les promoteurs
du système veulent en effet faire face à l'augmentation
de la demande venant des grandes entreprises, cherchant à
analyser leur image, connaître les activités et produits
de la concurrence, réaliser rapidement des études
de marché. Le service sera fourni par abonnement, dans un
premier temps par Factiva, pour un coût variant entre 150
000 et 300 000 dollars par an. Tout ceci laisse espérer que
WebFountain deviendra très rapidement incontournable dans
le monde économique et, plus généralement,
permettra à ses heureux utilisateurs de trouver dans l'univers
du web l'intelligence que celui-ci, laissé à lui-même,
ne peut fournir.
Le lecteur concluera de lui-même cette courte présentation.
Les entreprises bénéficiant des services de WebFountain
prendront sur les autres des avances qui risquent d'être définitives.
Cela ne pourra que favoriser les firmes déjà riches
et dominantes. Mais il faudrait être bien naïf pour penser
qu'un tel système fonctionnera en toute transparence. La
guerre économique étant ce qu'elle est, les entreprises
américaines seront certainement "mieux servies"
que leurs concurrentes du reste du monde. Quant aux usages qui seront
faits du système en vue du renseignement (sous prétexte
de lutte contre le terrorisme), il n'est pas nécessaire de
faire un dessin. Il faut bien se persuader que tout document, y
compris celui-ci qui vient d'être écrit, entrera dans
le système, sera analysé, classé, utilisé
et possiblement détourné sans évidemment que
les auteurs n'en sachent rien.
Comme
toujours, les optimistes diront que rien dans la démarche
d'IBM et de ses soutiens n'est nouveau, que le web sera de plus
en plus touffu et in-analysable, que les firmes européennes,
de toutes façons, doivent s'en méfier. C'est possible,
mais ce qui nous apparaît, peut-être à tort,
c'est l'importance et la concentration des moyens rassemblés
par le projet WebFountain. Nous ne connaissons pas les technologies
déjà mises en oeuvre par les Etats-Unis dans le cadre
de la guerre économique et la lutte contre le terrorisme,
mais ce projet, de toutes façons, leur apportera un plus
qu'il ne faut pas négliger.
Comment
concevoir une usine à fabriquer des nano-objets moléculaires
(nano-factory)
JPB 25/01/04
On
sait qu'aux Etats-Unis les nanotechnologies moléculaires
font l'objet de débat dans le monde des nanosciences. Si
certains estiment leur avènement encore hors de portée,
d'autres pensent le contraire et voudraient voir financer des recherches.
Rappelons-le, les nanotechnologies moléculaires concerneront
les nano-objets capables de se reproduire comme des organismes vivants.
Ils seront fabriqués dans des nano-usines (nano-factories)
qui "assembleront" des molécules matérielles,
le cas échéant en synthèse avec des molécules
vivantes, afin de produire automatiquement de grands quantités
de produits finis, à partir de programmes définis
à l'avance compte tenu du résultat recherché.
La science-fiction a déjà imaginé que le processus
pourra échapper à ses inventeurs (voir par exemple
La Proie, de Michael Crichton, roman paru chez Robert Laffont
en septembre dernier).
C'est
dans la conception de ces nano-factories que réside tout
l'avenir de cette technologie. Le pays ou le groupe de personnes
qui auront mis au point la meilleure technique de fabrication gagnera
la bataille des nanotechnologies. Certains pensent que la Darpa
y travaille secrètement pour le ministère de la défense
américain. D'autres vont même jusqu'à soupçonner
des Etats ou des mouvements terroristes de s'y essayer.
Mais
la tâche n'est pas facile. Ceux qui s'intéressent au
sujet trouveront un long article (que nous pensons pertinent, mais
sans pouvoir le garantir) de Chris Phoenix, directeur de recherche
au Center for Responsible Nanotechnology (voir
notre article). Ce document a été publié
dans le Journal of Evolution and Technology http://www.jetpress.org/volume13/Nanofactory.htm)
et repris par le KurzweilAI-net (voir http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0607.html).
Tous ceux qui imaginent que les nanotechnologies se résument
aux nanotubes de carbone ont intérêt à étudier
ce texte attentivement. Mais qui se préoccupe de ces questions
dans notre beau pays ?
Les
futurs super-ordinateurs du département de la défense
américain
JPB 25/01/04
La
Darpa, agence de recherche du département américain
de la défense, a passé un contrat de 4,5 millions
de dollars au Los Alamos National Laboratory pour étudier
l'architecture, les composants et les logiciels des futurs super-ordinateurs
dont aura besoin le DOD. En 2008, celui-ci voudrait disposer de
machines capables de réaliser 1 million de milliards d'opérations
par seconde, soit 1 petaflop. L'équipe en charge de l'étude
vient d'éliminer un gros bug qui génait le fonctionnement
de l'ordinateur de Los Alamos dit Q, le second du monde en puissance.
Elle a reçu en 2003 le prix de la meilleure publication au
Supercomputing Conference.
Ceci
montre bien que, tant que l'Europe n'aura pas de telles machines,
conçues par de telles équipes, il lui sera vain de
tenter de s'aligner sur les Etats-Unis, que ce soit dans le domaine
civil ou dans le domaine militaire. Mais nous n'avons plus de De
Gaulle pour s'en rendre compte et lancer un nouveau Plan Calcul.
En
route vers la société Transhumaniste ou Posthumaniste
JPB 25/01/04
Le
réseau d'information de Ray Kurzweil publie, conjointement
avec The Village Voice, un article du journaliste scientifique américain
Erik Baard relatant un débat qui s'est tenu en 2003 à
Yale University sous le titre Should Humans Welcome or Resist
Becoming Posthuman? Ce débat faisait partie de la Conférence
2003 de la World Transhumanist Association. Nous invitons nos lecteurs
à lire l'article, très riche en informations diverses.
Ensuite, ils pourront se demander si en France pourrait exister
une Association comme la WTA, si elle pourrait être accueillie
par une grande université et si ses travaux pourraient faire
l'objet d'articles de presse autres qu'ironiques ou alarmistes.
Notons qu'en Europe, divers pays abritent des correspondants nationaux
de la WTA, comme l'indique le site de celle-ci.
Deuxième
édition du Traité de la réalité virtuelle
JPB 25/01/04
On
connaissait la première édition de ce traité*,
produit par un collectif encadré par Philippe Fuchs et Guillaume
Moreau, et publié avec le soutien de l'Ecole des Mines de
Paris. Il vient de faire l'objet d'une seconde édition considérablement
mise à jour compte tenu des enrichissements permanents que
présentent la théorie et la pratique dans le domaine
de la réalité virtuelle. On tend à limiter
celle-ci à certaines applications où les sens de l'homme
ne peuvent intervenir directement. Ou bien on en fait l'outil de
jeux et de spectacles. Mais les perspectives sont infiniment plus
vastes, comme on le constatera en lisant le livre. Encore se trouvera-t-il
des enthousiastes pour trouver que les auteurs modèrent un
peu leur imagination. On verra en lisant la critique que nous consacrons
dans ce numéro au livre de David Deutsch, L'étoffe
de la réalité, que certains physiciens en font
un des modes principaux de construction du cosmos en cours de complexification.
Succès
remarquable de l'océanographie française
JPB/CJ 18/01/04
Il
faut saluer l'exploit que représente la récupération,
en un temps record, par le robot Scorpio 2000* de France
Télécom marine, piloté à partir du navire
Ile de Batz, des deux boîtes noires du Boeing de Flash Air
line. Il s'agissait d'une exploration visuelle entre 600 et 800
mètres de fond, dans une zone prébalisée approximativement
par des bouées sonar de la marine. L'exploit est aussi le
fruit de la compétence des hommes à bord du navire
de l'Ifremer Beautemps-Beaupré qui a coordonné les
recherches. Le robot Super-Achille de la société
maritime privée d'exploration sous-marine COMEX était
aussi prêt à intervenir. On peut en profiter pour regretter
les réductions budgétaires aussi importantes que subites
qui frappent actuellement ce secteur de l'océanographie,
où la France s'est taillée une place remarquable face
aux gros moyens déployés par la marine américaine.
*D'un poids de 3,4 tonnes, ce
sous-marin téléguidé équipé de
bras manipulateurs articulés peut récupérer
des poids allant jusqu' à 500 kg. Très précis,
il peut également récupérer de petits objets.
Ses bras peuvent également découper. Sept personnes
sont nécessaires pour la manipulation de l'engin, équipé
de plusieurs caméras reliées au navire. A bord plusieurs
moniteurs de TV permettent de suivre et d'enregistrer l'évolution
de l'engin.
Des
robots militaires destinés à jouer les mulets JPB 14/01/04
Il s'agit de donner une version moderne aux antiques mulets utilisés
jadis par les troupes alpines de la vieille Europe pour faire franchir
le Saint Gothard à des pièces de 75 et autres impedimenta.
C'est le TACOM Tank-automotive and Armaments Command, dépendant
du ministère américain de la défense, qui fait
étudier l'équivalent de mulets ou de chiens de montagne,
susceptibles d'aider les fantassins à porter les 50 kg que
représente leur charge habituelle en opération. Un
contrat de 2.25 millions de dollars vient d'être attribué
pour cela à deux firmes robotiques.
L'objectif plus général du DOD est de s'inspirer de
la nature, où l'on n'avait jamais remarqué d'animaux
à roues, mais plutôt à 4 pattes, voire 6 à
pattes. L'enjeu n'est pas évident car un robot de cette taille
doté de jambes constitue un système lourd et fragile,
contrairement à un robot-cafard ou un robot-chenille, dont
les militaires espèrent par ailleurs faire une forte consommation.
On peut penser cependant que de tels robots pourront aussi s'aventurer
sur la Lune ou Mars, dans le cadre des missions d'exploration robotisées
annoncées par le président Bush dans son programme
spatial.
Confirmation
du programme spatial américain visant la Lune et Mars
JPB/CJ 14/01/04
Comme
prévu, le Président Bush a présenté,
du siège de la Nasa, le 14 janvier 2004, le nouveau programme
spatial qu'il propose à la nation. Celui-ci comporte deux
grandes phases : une réoccupation plus ou moins permanente
de la Lune à partir de 2015, précédée
de l'envoi de missions robotiques d'ici 2008 - l'envoi d'une mission
habitée sur Mars une dizaine d'années après,
elle-aussi précédée d'explorations robotisées
dont le succès récent de Spirit ne constitue qu'un
modeste précurseur.
A cette fin, dans l'immédiat, la Nasa devra développer
un vaisseau sur le modèle de l'ex-capsule Apollo (Crew Exploration
Vehicle). Elle aura plusieurs usages : servir de capsule de sauvetage,
envoyer des hommes dans l'espace proche, permettre l'exploration
de l'espace profond. Les navettes seraient retirées du service
d'ici 2010, et la Station Spatiale Internationale verrait son rôle
réduit.
Ce programme devrait coûter sur 5 ans $12 mds, dont 11 mds
proviendraient d'économies réalisées par la
Nasa sur ses programmes actuels, ou permis par une amélioration
de la gestion de l'Agence. Le coût total d'un programme Mars
est évalué, très approximativement, à
$60 mds, qui répartis sur 30 ans, entreraient sans difficultés
dans le budget de la Nasa, qui est actuellement de $15,5 mds, augmenté
de $1 md dans les 5 prochaines années.
Une Commission sera créée, présidée
par l'ancien secrétaire à l'Air Pete Aldrich, pour
établir un rapport précisant la mise en uvre
de cette nouvelle "vision".
- Nombre d'observateurs européens doutent de la sincérité
de l'annonce, présidentielle, qui serait motivée uniquement
par les échéances électorales : George W. Bush
s'insèrerait ainsi, pour l'opinion, dans la lignée
glorieuse de John Kennedy, ouvrirait des perspectives technologiques
qui ne peuvent que plaire à l'industrie et finalement, ferait
oublier les difficultés de la "démocratisation"
de l'Irak. Mais il ne s'agirait que de promesses qui seront vite
oubliées. Ils en concluent qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter,
le rapport de force entre la suprématie technologique et
scientifique américaine et le reste du monde n'en sera pas
modifié. Ces observateurs avisés oublient une chose,
c'est que le projet Mars, comme beaucoup d'autres grands programmes
américains, a été délibérément
conçu par des stratèges qui voient loin et font tout
ce qu'ils peuvent pour maintenir et renforcer cette suprématie
technologique et scientifique, dans tous les domaines. Le projet
Mars sera pour ce faire une excellente locomotive. Au plan purement
spatial, l'opération, telle qu'elle est identifiée
dans le jargon politique américaine est sans ambiguïté
: Renewed U.S. space dominance. Il s'agit donc bien de domination.
Elle montre clairement au monde que la voie du spatial, maintenant
et pour tout le siècle, sinon plus tard, sera explorée
par les Américains qui se seront unilatéralement attribué
le titre d'ambassadeurs de l'humanité tout entière.
-
D'autres observateurs, ou les mêmes, font observer que si,
éventuellement, il s'agissait de renforcer la suprématie
américaine, ce serait en vue d'une future confrontation USA-Chine,
et non dans l'objectif de rabaisser l'Europe. Peut-être, mais
tout le monde sait que ce que les Etats-Unis supporteraient le plus
mal en ce moment, serait de voir l'industrie aéro-spatiale
européenne, qui les agace profondément, renforcée
par un projet Mars européen. Ils doivent donc occuper le
terrain martien, si l'on peut dire.
- Plus prosaïquement, le projet Mars ne sera possible que si
la Nasa réforme profondément ses méthodes industrielles
et de gestion. Il s'agit d'un objectif essentiel qui serait difficilement
envisageable si l'administration ne mettait pas une forte pression
sur l'Agence.
- Dans le cadre de cette réforme, l'abandon ou la mise en
sommeil des ruineux programmes hérités de la décennie
dernière, navettes et l'ISS, pourrait se faire sans choc
dans l'opinion, un programme plus grandiose prenant le relais. Tant
pis pour les Japonais et les Européens qui avaient investi
dans la réalisation de modules scientifiques devant s'intégrer
à l'ISS. Ils pourront toujours faire appel aux Soyouz...
- Cependant, dans la perspective d'une action politique visant à
soutenir l'indépendance de l'Europe en renforçant
ses ambitions technologiques et scientifiques, l'annonce de George
W. Bush peut avoir du bon. Un programme Mars européen indépendant
de celui des Etats-Unis apparaîtra de plus en plus justifié.
Les budgets réévalués par la Nasa deviennent
abordables pour l'Esa, d'autant plus que celle-ci est réputée
bénéficier d'une gestion bien plus rigoureuse. Par
ailleurs, les acquits de nos industries européennes de l'aéronautique
et de l'espace, comme ceux d'autres industries (nucléaire
par exemple pour la fourniture de moteurs atomiques destinés
aux fusées, ou robotique pour la réalisations de robots
autonomes), sans avoir l'importance de ceux immédiatement
disponibles pour la Nasa, sont loin d'être négligeables.
Enfin, l'effet d'entraînement d'un tel programme Mars européen
sur l'ensemble des sciences et technologies concernées serait
considérable, à une époque où la croissance
européenne se languit.
Antoine
Petit est nommé directeur du département STIC du CNRS
CJ/ 06/01/04
Antoine
Petit vient d'être nommé nouveau directeur du département
scientifique des Sciences et technologies de l'information et de
la communication (STIC), créé il y a trois ans au
CNRS. Nommé le 1er janvier 2004 par Bernard Larrouturou -directeur
général du CNRS-, il succède à cette
fonction à Francis Jutand.
Rappelons
que le département STIC, important pour le domaine de la
robotique en France, s'appuie sur l'activité de 134 unités
de recherche, structurées autour de quatre grands domaines
disciplinaires : informatique et traitement de l'information ; système,
signal et composant ; dispositifs et technologies micro et nano
; interactions humaines et cognition. Ses champs des recherches
vont des composants aux logiciels, du traitement du signal au traitement
des connaissances, des réseaux de communication aux interfaces
homme-machine, des méthodes et outils de conception à
la commande des systèmes.
Le STIC regroupe plus de 9000 personnes, dont 800 chercheurs CNRS,
3800 enseignants-chercheurs, 250 chercheurs d'autres organismes,
3700 doctorants ou post-doctorants et 1800 personnels ingénieurs,
techniciens et administratifs.
Le
rover MER-A (Spirit) est arrivé sans encombre sur Mars CJ 04/01/04
MER-A
(Mars Expedition Rover), le robot d'exploration de la NASA transporté
par la sonde Spirit lancée le 10 juin 2003, s'est posé
comme prévu ce 4 janvier sur la surface de Mars, au coeur
du cratère Gusev. Les premières images transmises
de son environnement (voir panorama ci-dessous) confirment que tout
s'est bien déroulé. Le robot doit y mener une mission
géologique d'au moins trois mois. D'ici quatre jours, après
avoir fourni nombre de clichés*, il partira en reconnaissance
autour de son site d'atterrissage.
Objectif de la mission
: déterminer
si les traits géologiques qui caractérisent le cratère
Gusev - couches stratifiées - sont bien des dépôts
sédimentaires dus à la présence prolongée
deau liquide en son sein. Les spécialistes pensent
en effet que le site a pu être alimenté en eau pendant
des millions dannées par le fleuve censé courir
au fond de la vallée Maadim.
Gusev, dont le diamètre avoisine les 145 km, aurait été
formé il y a trois ou quatre milliards dannées
par la chute dun astéroïde vers le sud de léquateur
martien.
Au-delà du témoignage de cette présence d eau,
cest naturellement un environnement propice à lapparition
de la vie qui est recherché. Outre dresser un panorama de
son environnement avec un luxe de détails jamais atteints
et se déplacer vers les endroits les plus intéressants,
le robot sera notamment capable de décaper la roche superficielle
des échantillons quil examinera afin davoir accès
à des minéraux préservés des rayonnements
qui baignent la surface martienne : si Gusev a été
le berceau dun lac géant, certains minéraux
spécifiques sont encore susceptibles de se trouver dans les
roches.
La réussite de la sonde Spirit est
dexcellent augure pour la sonde Opportunity, partie
de la Terre le 7 juillet dernier avec à son bord le
robot MER-B, et qui doit rejoindre le sol martien le 25 janvier
prochain du côté de Terra Meridiani.
L'europe est moins chanceuse avec la sonde Mars Express : si celle-ci
s'est mise impeccablement en orbite autour de Mars et pourra réaliser
de nombreuses analyses, on est toujours sans nouvelle du robot Beagle
2 censé sêtre posé à la surface
le 25 décembre dernier et qui reste désespérément
muet à ce jour.
*
C'est la première fois que des images
de la planète rouge sont prises en stéréoscopie,
procédé qui permet d'obtenir une impression de relief
et davantage de profondeur de champ, ce qui permettra aux scientifiques
de repérer encore plus précisément les zones
à explorer.