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Juin-Juillet-Août-Septembre
2009
Nouvelle
estimation du rythme de mutations chez les humains
Jean-Paul Baquiast - 13/09/2009 

Locations of the four confirmed mutations in the family. The two
sequenced chromosomes are indicated by red highlights. Each mutation
is shown by a lightning bolt of a different colour, and multiple
lightning bolts of the same colour mean that the mutation could
have occurred in any of these positions. (Credit: Image courtesy
of Wellcome Trust Sanger Institute)
Une équipe
internationale a fait connaître le 01/09/2009 (en cours de
publication dans la revue Current Biology) le résultat
d’une étude portant sur les mutations génétiques
ayant affecté une même séquence d’ADN
du chromosome sexuel masculin Y (environ 10.000.000 nucléotides)
prélevée chez deux individus mâles non parents
vivant dans un village isolé de Chine. Il était à
peu près certain qu’ils descendaient par les mâles
d’un ancêtre commun séparé d’eux
par 13 générations.
Nous n’entrons pas dans le détail de la recherche,
qui a fait appel aux techniques de séquencement direct les
plus modernes. On se bornera à retenir le nombre estimé
des mutations pour l’échantillon, soit 4. Ceci correspond
grossièrement à des évaluations moins précises
faites auparavant par les généticiens.
Il
en ressort que l’ADN de chaque individu est porteur d’environ
100 à 200 mutations nouvelles, soit 1 mutation pour quelques
15 à 30 millions de nucléotides(1). La plupart
de celles-ci n’entraînent pas de conséquences
visibles, ni sur la santé ni sur l’apparence. Quand
elles affectent les chromosomes sexuels, elles sont évidemment
transmissibles à la descendance.
Il
ne nous parait pas possible cependant de tirer de grandes conséquences
de l'observation qui vient d'être faite. Rappelons que la
génétique traditionnelle caractérise une espèce,
l’espèce humaine comme les autres, par le partage d’un
génome commun. Celui-ci n'évoluerait que dans le cadre
des mutations affectant telle ou telle portion de l'ADN. Or, selon
les hypothèses récentes selon lesquelles l’espèce
n’a de signification que statistique, et ne saurait être
considérée comme une réalité génétique
en soi, on a pu montrer(2) que les caractéristiques
de l’individu, ou phénotype, ne peuvent être
déduites directement du génome. Ce que Jean-Jacques
Kupiec a nommé l’expression stochastique ou aléatoire
des gènes permet des combinaisons de protéines très
différentes à l’intérieur d’une
même population dont les membres présentent des traits
suffisamment semblables pour qu’ils puisent être regroupés
en une espèce commune. Mais parler de traits globalement
semblables ne signifie pas des individus rigoureusement comparables.
A la naissance (avant que n’interviennent les différenciations
culturelles) aucun individu ne ressemble rigoureusement à
un autre. Si les circonstances s’y prêtaient, chacun
d’eux pourrait donc diverger assez vite d’avec les autres.
Ceci
conduirait selon nous à relativiser l’importance du
nombre des mutations affectant les ADN. L’apparition chez
les phénotypes de nouveaux caractères (visibles ou
invisibles), transmissibles lors de la reproduction sexuelle, peut
en effet provenir selon le schéma classique de mutations
affectant les nucléotides de l’ADN. Mais elle peut
aussi provenir de l’expression aléatoire de gènes
identiques. Ce qui compte finalement est la sélection par
les différents [niveaux de milieux] des caractères
donnant aux phénotypes les meilleures chances de survie.
C’est ce que Jean-Jacques Kupiec appelle l’hétérosélection.
(1)
L'article ne précise pas à partir de quelle origine
ce calcul est fait: début de la vie de l'individu ou début
de l'autonomisation d'un ADN caractéristique de l'homo sapiens.
Mais peu importe en ce qui nous concerne ici.
(2) Jean-Jacques Kupiec, L'origine des individus, Fayard.
Voir aussi notre
article.
Pour
en savoir plus
Article
de Science Daily
http://www.sciencedaily.com/releases/2009/08/090827123210.htm
Pour
une intelligence artificielle capable de se dépasser
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 11/09/2009 
Dans
un article de la Technology Review daté du 4 septembre 2009,
le chercheur en intelligence artificielle du MIT Edward Boyden s’interroge
sur la façon de doter un robot, supposé déjà
très intelligent, d’une capacité à dépasser
sans cesse ses propres acquis. Ce type de réflexion pourrait
paraître assez loin de nos préoccupations quotidiennes,
voire quelque peu naïf, mais comme toujours, ce que l’on
peut dire d’un robot s’applique parfaitement au fonctionnement
de l’intelligence humaine actuelle et aux mécanismes
de prises de décisions politiques s’y référant.
Edward
Boyden rappelle que les processus purement intellectuels, détachés
des contingences apportées par l’existence d’un
corps et de motivations découlant d’affects fussent-ils
primaires, ne peuvent à eux seuls obliger une intelligence
à se surpasser, afin de repousser toujours plus loin l’état
de ses connaissances ou de ses performances.
Un
premier danger, selon lui, menacerait une intelligence très
supérieure, ce serait celui de se satisfaire de ce qu’elle
a compris, en se désintéressant des moyens d’améliorer,
même médiocrement, la situation dans laquelle se trouve
le corps qui l’héberge. De ce fait, elle renoncerait
à mettre en pratique ses connaissances. Boyden imagine par
exemple que des extraterrestres particulièrement évolués
pourraient modéliser en détail l’existence d’autres
vies que les leurs, sur d’autres planètes, s'enlevant
ainsi le désir d’y aller voir physiquement.
Un
autre danger menacerait selon lui une intelligence très supérieure,
fut-elle décidée à agir et à ne pas
se satisfaire de la contemplation intellectuelle de ce qu’elle
a découvert. Ce serait l’incapacité à
choisir entre les multiples voies qui s’offrent à qui
est capable d’envisager les tenants et les aboutissants innombrables
d’une démarche quelconque. Là encore, tel l’âne
de Buridan, l’intelligence supérieure se ramènerait
d’elle-même sans cesse au point qu’elle aurait
atteint, faute de se décider à explorer tout du long
une des options possibles, en négligeant les autres.
Le
titre de l’article est “La Singularité et
le point fixe”. Boyden rappelle que la singularité
repose sur une récursion mathématique : inventez une
superintelligence et celle-ci inventera une intelligence encore
supérieure. Mais un processus itératif peut aboutir
à un autre résultat : ramener constamment à
un point fixe. Un point fixe est un point que l’on retrouve
toujours en appliquant une fonction donnée à des points
voisins. Autrement dit, il s’agit d’une impasse évolutive.
Pour notre auteur, c’est un peu ce qui caractérise
les sociétés technologiques évoluées.
A titre d’image, il évoque les populations nombreuses
d’humains qui se satisfont désormais de la pratique
des jeux vidéo ou de l’exploration du web sans buts
définis. Il ne nous dit pas comment il compte faire pour
éviter que des intelligences artificielles tombent dans ces
travers. Mais c’est à nous d’y réfléchir.
Des processus récursifs simples, sur le modèle d’un
algorithme du type : «je suis un Je doté d’une
conscience volontaire. Que pourrais-je faire pour exploiter cette
propriété ?» devraient faire l’affaire.
Article http://www.technologyreview.com/biomedicine/23354/
Le
Zinc serait-il indirectement à l’origine de la vie
?
Jean-Paul Baquiast - 11/09/2009 
L’expérience
classique de Miller et Urey, réalisée en 1953, avait
montré qu’une atmosphère supposée analogue
à celle de la Terre primitive, contenant un mélange
de méthane, d’ammoniaque, d’hydrogène
et de vapeur d’eau, pouvant produire des acides aminés
précurseurs de la vie sous l’influence de décharges
électriques. Mais il n’avait pas été
possible de montrer comment ces acides auraient pu s’assembler
en éléments capables de réplication tel que
l’ARN.
Aujourd’hui, Armen Mulkidjanian de l’Université
d’Osnabrück, Allemagne et Michael Galperin des U.S. National
Institutes of Health ont présenté une nouvelle hypothèse
et les moyens de la vérifier dans deux articles publiés
sur le site Biology Direct (voir références
ci-dessous).
Ils sont partis de l’hypothèse selon laquelle l’atmosphère
primitive n’était pas celle imaginée par Miller
et Urey, mais simplement une atmosphère principalement constituée
de CO2, avec un peu d’hydrogène et d’azote, analogue
à celle se trouvant sur Mars et Vénus. Ceci semble
conforme aux vues actuelles selon lesquelles cette atmosphère
provenait principalement de phénomènes éruptifs
très actifs à ces époques (–4,5 millions
d’années environ). Il s’agissait d’une
atmosphère neutre et non fortement réductrice comme
celle de Miller et Urey. Mais dans ce cas, il fallait expliquer
comment cette atmosphère de C02 avait pu donner naissance
à la vie.
Aujourd’hui, les cellules végétales font appel
à la photosynthèse pour extraire le carbone du C02
et rejeter de l’oxygène. L’énergie utilisée
est celle de la lumière solaire. Mais la fonction chlorophyllienne
qui permet cette réaction fut un acquis de la vie et n’existait
pas avant que celle-ci se forme. Existait-il sur la Terre primitive
des corps capables de jouer le rôle de la chlorophylle, c’est-à-dire
réduire le CO2 et produire des composés organiques
à base de carbone, en utilisant la lumière solaire
?
Les chercheurs proposent une réponse apparemment si simple
que l’on pourrait s’étonner de constater qu’elle
ne soit venue à l’idée de personne avant eux.
Selon leur hypothèse, le composé nécessaire
à la réduction du CO2 fut le sulfure de zinc (ZnS)
dit aussi blende ou, en anglais, phosphor (à ne pas confondre
avec le phosphore). Ce corps est connu pour ses propriétés
phosphorescentes. Il se forme spontanément sous de fortes
pressions, telles celles rencontrées dans les sources hydrothermales.
Il est utilisé aujourd’hui par de nombreux animaux
dotés d’organes phosphorescents, dont l’intérêt
en termes de compétitivité n’est d’ailleurs
pas toujours facile à démontrer.
Pour Mulkidjanian et Galperin, les continents primitifs exposés
au soleil et à la forte pression d’une atmosphère
où dominait le CO2 ont pu favoriser la création de
sulfure de zinc. Il s’agit de ce que Mulkidjanian nomme l’hypothèse
du ZNworld ou monde du zinc(1). Ce sulfure de zinc éclairé
par la lumière solaire aurait alors, comme la chlorophylle,
réduit le CO2 et permis la construction des composés
organiques nécessaires à la vie primitive. Reste à
expliquer pourquoi ces composés n’ont pas été
détruits à peine formés et à montrer
qu’un tel processus pourrait éventuellement être
reproduit aujourd’hui en laboratoire. Les deux chercheurs
proposent dans leurs articles des directions de recherche en ce
sens. En attendant, ils signalent la surprenante proportion de zinc
dans les protéines biologiques « archaïques »
liées à la constitution des ARN et ADN.
En attendant, les astrobiologistes qui s’intéressent
à la possibilité de vie sur d’autres planètes
ont reçu cette hypothèse avec beaucoup de faveur.
(1)
Les légionnaires français stationnés avant
la seconde guerre mondiale à Djibouti l’avaient sans
le savoir anticipé, ayant imaginé le célèbre
Palmier en zinc à l’ombre duquel ils buvaient des bières
et pour les plus raffinés des blue lagoons (photo récente)
Pour
en savoir plus
http://www.biology-direct.com/content/4/1/27
http://www.biology-direct.com/content/4/1/26
Communiqué
de l'Internet Society France :
Hadopi 2 et pandémie : ne coupez pas l'éducation en
ligne !
09/09/09

Nous publions ce communiqué
qui met en évidence une nouvelle incohérence de la
loi dite Hadopi 2 (que l'on ne présente plus). Automates
Intelligents
Paris,
09 septembre 2009
Les solutions proposées pour affronter la pandémie
grippale mettent au jour l'inanité des dispositions contenues
dans la loi dite Hadopi 2, à commencer par la coupure de
l'accès pour toute une famille.
Prochainement proposée au vote du Parlement,
cette loi fait suite à la loi Hadopi 1 qui a été
partiellement invalidée par le Conseil constitutionnel. Dès
le début de la discussion relative à ce premier texte,
le chapitre français de l'Internet Society a contesté
que la coupure à Internet puisse être une sanction
acceptable.
Pour faire face aux fermetures d'établissements,
le gouvernement voudrait proposer des cours de substitution par
Internet. En attendant que les classes puissent rouvrir normalement,
Internet permettra ainsi à nos enfants de continuer à
apprendre.
Or, si les dispositions de la Loi Hadopi 2 étaient
en vigueur aujourd'hui, l'accès au net de milliers de famille
pourrait être suspendu et leurs enfants privés de facto
du droit à l'éducation.
Peut-on punir une famille entière, pour
les errements supposés d'un de ses membres (ou de ses voisins)
? Quelle législation nationale, pour préserver les
profits de quelques artistes et industriels du divertissement, priverait
des milliers de familles de laccès au réseau?
La pandémie grippale vient rappeler qu'on
ne peut pas prétendre entrer dans la société
du 21e siècle avec des conceptions disciplinaires d'un autre
âge. La société de la connaissance qui s'annonce
est une société ouverte, où l'échange
direct entre les individus est créateur de richesse et de
sens. En votant l'Hadopi 2, les parlementaires français voteront
pour le monde d'avant-hier.
La suspension d'Internet ne peut pas être
la sanction au téléchargement illégal ou au
défaut de sécurisation de sa connexion. L'Isoc France
demande aux députés français de penser au présent
et l'avenir de nos enfants, au moment du vote.
Un
pas de plus vers la création d'organismes entièrement
synthétiques
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 20/08/09
Craig
Venter, le pionnier bien connu de la génomique, avait annoncé
en 2007 avoir construit en laboratoire, nucléotide par nucléotide,
un chromosome composé de parts empruntées au génome
de la bactérie Mycoplasma genitalium. Il l'avait
baptisé Mycoplasma genitalium. Restait à
montrer que ce chromosome pouvait se reproduire dans les conditions
de la vie. Pour ce faire, l'équipe avait implanté
un chromosome artificiel analogue (inspiré de M.mycoides)
dans une levure afin de profiter de certains de ses mécanismes
reproducteurs. Il fut ensuite réimplanté dans une
autre bactérie voisine, M. capricolum.
Mais l'opération n'avait pas réussi. Le génome
modifié fut immédiatement identifié comme étranger
et détruit. Pour contrer ce rejet, l'équipe de Craig
Venter a d'abord isolé et désactivé l'enzyme
de M. capricolum responsable de la destruction de l'ADN
importé. Elle a ensuite pour plus de sûreté
isolé et désactivé les enzymes de la bactérie
responsable de la reconnaissance des éléments étrangers.
Celle-ci était désormais devenue "aveugle".
Aujourd'hui, le transplant semble en voie d'être toléré.
Restera à démontrer que la nouvelle bactérie
pourra se reproduire de façon robuste.
Pour Craig Venter, il s'agira d'un succès susceptible de
révolutionner la biologie moléculaire. On notera qu'il
reposera, entre autres, sur le transfert d'un gène d'un organisme
procaryote dans un organisme eucaryiote (à noyau) avant le
retour dans un procaryote. La méthode devrait permettre dans
un premier temps d'introduire des génomes entièrement
synthétiques dans les génomes bactériens, connus
comme particulièrement résistants aux modifications.
Les génomes synthétiques peuvent être réalisés
plus facilement que des génomes modifiés par les voies
traditionnelles du génie génétique. Le passage
par la levure doit faciliter leur implantation. Mais il faut éviter
leur reconnaissance et leur destruction par la cellule destinée
à les héberger.
La réussite de l'opération en cours, attendue dans
un mois environ, devrait aboutir à la création d'un
organisme entièrement nouveau. En étendant cette méthode,
Craig Venter espère pouvoir bientôt fabriquer des organismes
synthétiques capables de fonctions entièrement nouvelles,
telles que produire des carburants biologiques ou de l'hydrogène(1).
Il
restera à montrer avec quelle fidélité les
chromosomes artificiels produiront des cellules conformes aux modèles
que les chercheurs voudront obtenir. Le schéma néo-darwinien
rigide selon lequel un gène produit un caractère et
un seul est désormais critiqué de toutes parts. Jean-Jacques
Kupiec, comme nous l'indiquons dans d'autres articles, propose d'y
substituer le schéma de l'expression stochastique des gènes.
Autrement dit, les gènes artificiels produiront inévitablement
(à supposer qu'ils réussissent à se dupliquer)
des descendants plus ou moins différents. Ce sera l'environnement
qui sélectionnera les plus aptes.
On
peut penser que Craig Venter jouera au début ce rôle
de filtre. Mais que se passerait-il si certains variants lui échappent.
On ne manquera pas de reprocher à ces expériences
d'être les premiers pas permettant de créer des vies
synthétiques potentiellement dangereuses, non seulement pour
les bactéries existantes, mais pour les espèces supérieures
et les humains.
______________________________________________
Note
(1) Ajoutons que parallèlement, des chercheurs de la Harvard
Medical School viennent de mettre au point un dispositif baptisé
MAGE (multiplex automated genome engineering) visant à modifier
simultanément des douzaines de gènes dans l'ADN d'une
bactérie afin de créer des millions de mutants différents,
parmi lesquels ils isoleront les souches les mieux à même
de produire un résultat désiré.
Ceci permettra d'éviter les longs et laborieux tâtonnements
du génie génétique traditionnel. Avec les méthodes
anciennes, quand l'on veut obtenir un résultat donné,
par exemple la production d'une enzyme, il faut isoler le gène
qui en est responsable avant de le modifier. Comme en pratique,
ce sont plusieurs gènes qui interviennent dans un même
processus, il faut les identifier puis les modifier les uns après
les autres, au risque de mal interpréter leurs interactions.
Nous renvoyons à l'article de "Nature" pour la
description du procédé MAGE. Retenons que de cette
façon, on pourra en quelques jours et à des coûts
faibles modifier des génomes entiers. Il s'agira d'un outil
puissant au service de l'ingénierie génétique.
* http://www.nature.com/nature/journal/v460/n7257/full/nature08187.html
_______________________________________________
Pour en savoir plus
Article de NewScientist :
Genome
smuggling is step towards synthetic life
Craig Venter Institute : http://www.jcvi.org/
Voir sur le site l'article
sur ce sujet, et l'historique.
Lire
aussi notre article d'archives : "Vers
une vie artificielle" (25 septembre 2008)
Vers
des anti-viraux polyvalents ?
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 18/08/09
Les
théoriciens du complot s'en donnent à coeur-joie aujourd'hui
en soupçonnant les firmes pharmaceutiques de grossir les
risques de pandémie grippale afin de faire financer par les
Etats aussi bien leurs recherches que leurs usines de fabrication.
Certains vont plus loin et accusent ces firmes de collusion avec
les laboratoires travaillant pour la défense. On les suspecte
de mettre intentionnellement en circulation des virus nouveaux résultant
de manipulations génétiques afin de créer de
nouveaux marchés.
Tout
est possible, et cette éventualité n'est pas à
rejeter d'emblée. Cela-dit, il nous semble que les virus
naturels sont suffisamment nombreux pour qu'il ne soit pas nécessaire
d'en créer de nouveaux.
Par ailleurs et surtout, il n'est pas anormal que les laboratoires
pharmaceutiques cherchent à trouver de nouvelles protections
contre eux, sous forme de vaccins ou d'anti-viraux. Des erreurs
et accidents sont toujours possibles, mais globalement ces traitements
paraissent préférables à l'inaction, comme
la prônent certaines sectes. Il reste que la santé
ne devrait pas faire l'objet de spéculations économiques
et boursières. Dans des pays où le sens du service
public revenait d'actualité, on pourrait très bien
concevoir de confier les recherches sur les vaccins et traitement
d'urgence à des laboratoires publics non intéressés
aux résultats. Ils feraient sans doute aussi des erreurs,
mais elles n'auraient peut-être pas la même ampleur
que celles pouvant survenir de la part de gens visant l'augmentation
continue de leurs bénéfices. Les firmes pharmaceutiques
s'en tiendraient aux produits de beauté, que nul n'est contraint
à acheter (1).
Ceci
dit, l'information qui suit ne concerne pas les vaccins mais les
anti-virus. Selon un article récent publiée par le
NewScientist, un certain Michael Goldblatt, qui avait dirigé
le programme de biodéfense de la Darpa avant de créer
sa propre entreprise de biotechnologie, Functional Genetics, à
Gaithersburg, Maryland, vient d'annoncer être sur la voie
d'un nouvel anti-virus qui serait polyvalent, autrement dit susceptible
d'être efficace contre la plupart des virus existants voire
de futurs virus mutants, le tout sans créer d'accoutumance.
Le procédé consiste à inhiber, virus par virus,
les quelques dizaines de protéines présentes dans
les cellules de l'hôte, nécessaires à la reproduction
du virus sans être vitales pour la cellule.
Les
essais en cours semblent donner de bons résultats. Resteront
de longs délais avant d'obtenir des protections susceptibles
d'être utilisées à grande échelle et
sans risques pour l es
hôtes. Mais si, comme le souligne l'article, cette technique
quasi miraculeuse se révélait fiable, il s'agirait
d'une percée aussi importante que celle de la pénicilline
dans la lutte contre les maladies contagieuses. Encore faudra-t-il
de longs essais afin de vérifier son efficacité. Si
cela était le cas, il s'agirait d'une retombée intéressante
des travaux
des scientifiques ayant travaillé pour la défense.
|
(1)
Note de Christophe Jacquemin sur les vaccins:
On
ne doit pas oublier que le processus vaccinal risque d'affaiblir
le système immunitaire. Trente fabricants de vaccins
dont Novartis, Sanofi, Solvay, GSK se sont réunis à
Genève en mai dernier sous l'égide de l'OMS.
L'objectif affiché était alors de produire 4,9
milliards de doses vaccinales contre le H1N1.
Outre la possibilité de contenir certains composés
chimiques comme l'éthylène glycol (substance
contre la congélation) le phénol, voire certaines
antibiotiques, ou aussi un adjuvant, la principale composante
d'un vaccin est, soit un virus mort, soit un virus vivant
qui a été atténué (donc rendu
inoffensif). Mais selon certains spécialistes -médecins
et chercheurs - utiliser un tel virus n'est pas forcément
sans danger à cause du risque de "commutation"
de ce virus, c'est-à-dire le passage du patrimoine
génétique d'un virus mort ou atténué,
à des cellules saines qui peuvent alors reproduire
une forme virale mutante plus virulente et tueuse.
L'adjuvant utilisé pour le vaccin sera du MF59 (par
exemple chez Novartis -si c'est approuvé par la FDA),
ou du ASO3 (pour Glaxo), tous deux contenant du squalène
(molécule d'huile [un isoprénoïde à
trente atomes de carbone et 50 atomes d'hydrogène]).
Or, si le système immunitaire reconnaît naturellement
le squalène comme étant une molécule
produite par notre propre corps (on en trouve par exemple
dans le sébum humain, le cerveau et le système
nerveux), il existe un "bon" et un "mauvais"
squalène : tout dépend de la façon de
l'introduire dans l'organisme. L´injection est une voie
d´entrée anormale qui incite le système
immunitaire à s´attaquer à tous les squalènes
présents dans l´organisme, et non pas seulement
à l´adjuvant du vaccin.
Il faut savoir que les vétérans de la guerre
du Golfe ont reçu des vaccins contre le charbon qui
contenaient du squalène. Le MF59, adjuvant squalène
utilisé par Novartis, était une composante non
autorisée du vaccin expérimental contre le charbon.
Depuis, il a été associé aux maladies
meurtrières dont souffrent d´innombrables soldats
ayant participé à la guerre du Golfe.
Pour certains, le squalène serait responsable de la
production de maladie auto-immunes (qui peuvent mettre plusieurs
années à être décelées).
Il aurait contribué à la cascade de réactions
appelées "syndrome de la guerre du Golfe (GWS)"
chez les soldats. Parmi les symptomes : arthrite, fibromyalgie,
lymphadénopathie, éruptions cutanées,
fatigue chronique, maux de têtes chroniques, perte de
cheveux anormale, étourdissements, perte de mémoire,
convulsion, problèmes neuropsychiatriques, anémie,
sclérose en plaques, diarrhée chronique, transpirations
nocturnes, températures subfébriles...
L'adjuvant pourrait donc créer des déficiences
immunitaires, ce qui va compliquer encore plus les choses
si la commutation mène à un virus muté.
Signalons
aussi que Kathleen Sebelius, secrétaire d'Etat américaine
à la santé, aurait signé très
récemment un décret libérant les laboratoires
de toute responsabilité en cas de poursuites judiciaires.
Comme cela se fait souvent Outre-Atlantique, c'est un fonds
public d'urgence sanitaire qui prendra en charge les éventuelles
contreparties financières.
Pour
finir, rappelons aussi qu'il est souvent bon d'avoir une bonne
mémoire... C'était en 1976.... Cette année-là,
le gouvernement américain déclarait que la grippe
porcine ferait des milliers de morts... (voir vidéo
ci-dessous).
Il revient donc à chacun d'être vigilant. Mais
comment avoir tous les tenants et aboutissants ? Alors, en
cas de vaccination, il faudrait exiger la signature dun
"consentement éclairé" dans lequel
seraient clairement expliqués les bénéfices
et les risques, ainsi que la façon de procéder
en cas de demandes de réparation pour effets secondaires.
|
Pour
en savoir plus
Article de New Scientist
Functional-genetics : http://www.functional-genetics.com/
Les
beta-tests de Nao
17/08/2009

Un
de nos correspondants, Fabien Sauleman, nous envoie le message suivant,
que nous vous transmettons:
Je
voulais vous signaler l'existence de mon blog dans lequel je tiens
un suivi de la beta test du robot Nao pour laquelle j' ai la chance
d'avoir été retenu:
http://droidstation.wordpress.com
Vous
pouvez vous servir de mes billets et de mes vidéos, elles
sont là pour ça.
Rappelons
qu'à
la fois intelligent et communicant, Nao est un robot humanoïde
de 60 cm de haut, entièrement programmable grâce à
son ordinateur embarqué et destiné à des applications
variées dans des domaines tels que l'éducation, les
divertissements, l'assistance à domicile ou la sécurité.
La commercialisation des premiers modèles, destinés
aux laboratoires et universités, a commencé à
l''automne 2008 ; celle grand public est prévue pour la fin
de cette année.
Pour
en savoir plus
Aldebaran Robotics :
http://www.aldebaran-robotics.com/pageProjetsNao.php
Bienvenue
dans l' «Internet interplanétaire»
Jean-Paul Baquiast - 25/07/2009 
Le
futur réseau dit de l'Internet Interplanétaire dispose
désormais d'un premier « nœud » permanent.
Il est situé dans l'espace, à bord de la Station Spatiale
Internationale (ISS). Il permettra d'envoyer des données
à partir d'engins spatiaux avec la même commodité
que le téléphone ou l'Internet entre interlocuteurs
terrestres . Aujourd'hui, il faut réserver des créneaux
pour ce faire, dans les réseaux dédiés aux
expéditions spatiales, notamment le Deep Space Network
de la Nasa dont les antennes nécessitent une refonte
complète. Demain, le nouveau système permettra de
transmettre des flux de données librement, entre la Terre,
les astronautes et les différents satellites en orbite, notamment
les satellites météorologiques d'alerte.
C'est l'entreprise américaine BioServe Space Technologies
qui a installé à bord de l'ISS le calculateur,
les modules et les logiciels nécessaires. Le nouveau programme
est déjà entré en service, envoyant des données
scientifiques obtenues sur la station. Les délais d'échange
sont divisés par 3. Une application permet de restaurer automatiquement
des informations éventuellement perdues.
L'Internet Interplanétaire n'utilise pas le protocole terrestre
TCP/IP pour connecter les machines, mais une procédure dite
delay-tolerant networking (DTN), tolérante aux interruptions
tenant notamment aux passages des satellites derrière des
planètes ou aux pertes de puissance temporaires de leurs
émetteurs. Dans ce but, les nœuds conservent automatiquement
les données non transmises, jusqu'à ce qu'un nouveau
nœud disponible soit détecté.
La Nasa, qui pilote ce programme, espère avoir définitivement
mis au point le protocole DTN pour 2011. L'ISS est actuellement
utilisée pour mettre le programme à l'épreuve
et le débogger. Un second nœud sera ajouté ultérieurement
à bord de l'ISS. Des discussions sont en cours pour en installer
d'autres dans les laboratoires orbitaux européen et japonais
reliés à l'ISS.
On
se posera inévitablement bientôt la question d'éviter
le piratage de ce réseau par d'éventuels malfaisants.
Les transmissions des satellites militaires ont évidemment
leurs propres sécurités.
* BioServe Space Technologies : http://www.colorado.edu/engineering/BioServe/
Inauguration
en Espagne du Grand Télescope Canaries
Jean-Paul
Baquiast - 24/07/2009
Dans
le domaine de l'observation astronomique, l'Europe s'est toujours
montrée très performante, sans doute au premier rang
des puissances scientifiques, ceci aussi bien par les observatoires
à terre que satellisés. Elle vient de confirmer ce
rang avec l'inauguration, le 23 juillet 2009, en Espagne, du GTC
(Grand Télescope Canaries) présenté comme le
plus grand et le plus moderne télescope optique-infrarouge
du monde.
Le GTC, installé sur l'île de la Palma, dans l'archipel
des Canaries, restera l'instrument le plus puissant dans cette gamme
d'ondes jusqu'à l'arrivée de la prochaine génération
de télescopes, qui auront entre 30 et 40 mètres de
diamètre. Il est constitué de 36 segments qui forment
une superficie équivalente à un miroir circulaire
de 10,4 mètres, pour une superficie de collecte de lumière
de 81,9 m2.
Cette réalisation dépasse par la taille le Keck américain,
installé à Hawaï, les quatre VLT européens
installés au Chili, et les Gemini chiliens et hawaïens.
L'objectif est de produire des images comparables à celles
des télescopes spatiaux, mais de meilleure qualité,
vue la taille supérieure du GTC. Cependant, contrairement
aux télescopes orbitaux, le GTC sera nécessairement
perturbé par l'atmosphère terrestre (malgré
sa localisation sur le site exceptionnellement protégé
du Teide) et les émissions diverses provenant de la Terre.
Le promoteur du projet est l'Institut d'astrophysique des Canaries
(IAC). Sa genèse remonte à la fin des années
1980. Le GTC a coûté 104 millions d'euros (somme très
faible au regard des résultats attendus), dont 90% ont été
versés par l'Etat espagnol avec une forte contribution de
fonds européens. Le reste est apporté par le Mexique
et l'université de Floride aux Etats-Unis.
Le GTC disposera d'outils originaux : Osiris, qui permet d'observer
des phénomènes visibles à l'oeil nu, comme
les supernovas et la CanariCam, caméra d'avant-garde en termes
de technologie infrarouge qui permet d'observer les objets froids
de l'espace, c'est à dire invisibles à l'oeil nu,
comme les étoiles en formation ou les galaxies les plus lointaines.
D'ici la fin 2010 sera aussi mis en route Emir, un outil novateur
combinant les capacités d'Osiris et de CanariCam. En 2010
également débutera Frida, un outil mexicain permettant
de neutraliser les perturbations de vision causées par les
turbulences atmosphériques. Il est prévu d'installer
sur le GTC un nouvel outil tous les 3 ou 4 ans.
Les
différentes cellules d'un même organisme n'ont pas
nécessairement le même ADN
Jean-Paul Baquiast - 23/07/2009 
Une
étude de scientifiques québécois (Dr. Morris
Schweitzer, Dr. Bruce Gottlieb, Dr. Lorraine Chalifour et al.) vient
apporter un argument de poids à la théorie de l'ontophylogenèse
présentée par Jean-Jacques Kupiec et plusieurs fois
mentionnée dans notre revue. Ils ont montré que chez
un même patient, les cellules du corps n'ont pas nécessairement
le même ADN. Cette croyance universellement répandue
découlait du préjugé selon lequel le programme
génétique détermine rigoureusement les différents
développements de l'organisme, y compris évidemment
en ce qui concerne le point essentiel qu'est l'ADN de chacune des
cellules du corps. Or selon l'hypothèse de l'expression stochastique
des gènes dite aussi du darwinisme cellulaire, l'expression
finale dépend de façon probabiliste des interactions
aléatoires des cellules avec leur environnement. Ici, l'environnement
serait, soit l'organisme tout entier avec lequel chaque organe interagit,
soit le milieu exterieur avec lequel l'organisme entier ou certains
de ses organes interagissent. De ces interactions différentes
découlent des ADN adaptés aux situations différentes
et ne présentant dont pas rigoureusement la même organisation.
Selon
les scientifiques québecois, l'habitude d'utiliser les cellules
du sang pour déterminer le génome des cellules de
l'organisme d'un patient a longtemps masqué la diversité
des génomes. C'est en recherchant les causes génétiques
d'une prédisposition aux aneuvrismes aortiques adbominaux
que les chercheurs ont été conduits à prélever
des cellules spécifiques aux tissus concernés et à
constater qu'elles n'avaient pas le même génome que
les globules du sang du même individu. L'observation a ensuite
été étendue et généralisée.
Cette
découverte, dont on peut s'étonner qu'elle n'ait pas
eu lieu plus tôt (effet du conformisme intellectuel imposé
par la biologie moléculaire classique?) aura de nombreuses
conséquences thérapeutiques, permettant d'adapter
les traitements aux types de tissus concernés. Elle aura
aussi des conséquences considérables sur la validité
des banques d'ADN existantes. Pour bien faire, il faudrait les multiplier
afin d'obtenir des profils génétiques correspondant
à la diversité des situations réelles. Peut-être
vaudrait-il d'ailleurs mieux renoncer à de telles banques,
pour privilégier l'observation des patients eux-mêmes.
Mais le coût ne serait pas le même.
Au
plan épistémologique, il est inutile de souligner
l'importance de cette découverte, si elle était confirmée.
Moins que jamais on ne pourra défendre l'idée que
toutes les cellules d'un même organisme disposent du même
ADN, par la grâce d'un programme génétique s'appliquant
rigoureusement. En dehors de la thérapeutique, les applications
d'un tel changement, par exemple en sociobiologie, dans les croyances
fondant encore l'empire des gènes, devraient être considérables.
L'épigénétique s'ouvrira ainsi de nouveaux
espaces de recherche considérables.
Pour
en savoir plus
Article
de ScienceDaily: DNA Not The Same In Every Cell Of Body: Major
Genetic Differences Between Blood And Tissue Cells Revealed
http://www.sciencedaily.com/releases/2009/07/090715131449.htm
Lancement
de la National Ignition Facility à Livermore (Californie)
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 07/06/2009 
La fusion thermonucléaire artificielle est produite de deux
façons : la fusion par confinement magnétique et la
fusion inertielle.
La première est réalisée au sein d'enceintes
dites tokamaks et nécessitent de puissants champs magnétiques
pour isoler les plasmas.
La seconde utilise un faisceau de lumière laser concentrée
sur une bille de combustible de quelques millimètres de diamètre.
La première solution est actuellement en cours de développement
à grande échelle dans le cadre du projet international
de réacteur expérimental Iter, prévu à
Cadarache (France). La seconde est utilisée sur de nombreux
sites, notamment en France dans le cadre du programme Laser Mégajoule
du CEA militaire.
Nous avions déjà indiqué (voir
actualité ci dessous) que les responsables du
programme Iter redéfinissaient actuellement le déroulement
du projet, compte tenu de diverses contraintes notamment économiques.
Un scénario dit 1 permettra à moindre coût d'expérimenter
une version aux spécifications réduites. Dans le même
temps, les Américains viennent d'annoncer le lancement à
Livermore (Californie) d'un réacteur à fusion inertielle
de grande taille. C'est le célèbre Lawrence Livermore
National Laboratory qui est en charge de l'appareil.
Ce projet estimé à 3,5 milliards de dollars est connu
sous le nom de National Ignition Facility ou NIF. Il comporte 192
lasers dont les émissions seront concentrées sur une
éprouvette contenant de l'hydrogène de la taille d'une
tête d'allumette. Les atomes d'hydrogène ainsi chauffés
fusionneront en atomes d'hélium tout en produisant de l'énergie.
Selon le directeur de la NIF, Ed Moses, la réalisation de
ce dispositif, qui a demandé une douzaine d'années,
a occupé 3.000 entreprises et 7.000 travailleurs. Il comporte
aujourd'hui 60.000 points de contrôle, soit 30 fois plus que
la station spatiale. Il s'agira du plus puissant réacteur
à fusion inertielle existant au monde. Il est prévu
pour durer 30 ans. Les applications prévues sont nombreuses
: militaires d'abord, pour simuler les explosions thermonucléaires,
énergétiques ensuite. Il s'agira là d'une part
d'obtenir un modèle de centrale nucléaire à
fusion et d'autre part de tester les matériaux et autres
dispositifs destinés à entrer dans la composition
des centrales à fission de 4e génération, où
les Etats-Unis comptent bien obtenir de nombreux marchés
dans les 20 prochaines années. Le laser pourrait aussi avoir
des applications en matière d'analyse des processus stellaires
de fusion.
Les lasers ont été mis à feu pour la première
fois en février 2009. Il faudra encore une année pour
atteindre le point de fusion. Mais rien ne garantit, comme le concèdent
les responsables, que cet objectif se révèle accessible.
Le projet a été très critiqué, parce
que représentant une dépense inutile et risqué.
Il a été caricaturé sous le nom de National
Almost Ignition Facility. Mais les promoteurs du programme répondent
qu'avec le réchauffement climatique, ce projet sera un atout
majeur pour l'Amérique.
Nous partageons évidemment cet avis. Aussi bien Iter que
la NIF seront essentiels demain lorsqu'il s'agira de remplacer les
énergies fossiles. On doit absolument rapprocher les coûts
des bénéfices beaucoup plus importants qui sont attendus.
Ajoutons qu'en ce qui concerne l'Europe, le démarrage de
la NIF présente une raison supplémentaire de ne rien
concéder sur Iter. Ce devrait être aussi une raison
de poursuivre et renforcer le laser Mégajoule implanté
à Bordeaux. Ses applications civiles pourraient être
aussi importantes que son rôle dans la simulation des explosions
thermonucléaires.
Avancée
en matière de navigation intragalactique
Jean-Paul Baquias t- 07/06/2009
Des
chercheurs français proposent une solution révolutionnaire
pour naviguer en 3 D dans la galaxie. Il s'agit de retrouver les
avantages de la géolocalisation terrestre permise par des
batteries de satellites circumterrestres (GPS ou Galiléo).
Mais, comme de tels satellites cessent d'opérer dès
que l'on s'éloigne de leurs orbites (à quelques centaines
de kilomètres de la Terre), les chercheurs Bertolomé
Coll et Albert Tarantola, de l'Observatoire de Paris, proposent
de se repérer sur des sources émettrices si lointaines
qu'elles en paraîtront fixes.
Pour cela, ils ont sélectionné les signaux de 4 pulsars
: 0751+1807 (3.5ms), 2322+2057 (4.8ms), 0711-6830 (5.5ms) and 1518+0205B
(7.9ms), qui génèrent des émissions radio régulières
d'une milliseconde. Ces sources dessinent grossièrement un
tétraèdre centré sur le système solaire.
Bertolomé Coll propose de définir l'origine de ces
coordonnées à 0h le 01/01/01 au foyer du radiotélescope
de Cambridge dit Interplanetary Scintillation Array. Le système
de coordonnées une fois établi, un engin spatial pourrait
déterminer sa position avec une précision de quelques
nanosecondes, soit environ 1 m.
Connaissant l'impérieuse nécessité pour les
engins spatiaux de se situer avec précision dans la galaxie,
cette proposition économique et semble-t-il fiable parait
presque trop belle pour être crédible.
Pour en savoir plus
http://arxiv.org/abs/0905.4121:
Using Pulsars to Define Space-Time Coordinates
Utilisation
militaire des tags et répondeurs pour la localisation des
cibles
Jean-Paul Baquiast - 07/06/2009 
Dans
un article précédent, nous avons mentionné
le rôle essentiel que prennent désormais dans les forces
armées américaines les drones ou UAV (Unmanned Armed
Vehicles). Ceux-ci sont de plus de plus dotés de capacités
robotiques les rendant aptes à opérer sans contrôle
humain, fut-il distant. Les UAV emportent différentes armes
destinées à des frappes très sélectives,
visant un immeuble, un véhicule, un homme bien déterminés.
On considérait généralement que pour ce faire,
des agents appartenant à des troupes spéciales à
terre localisaient en temps réel les objectifs au profit
des drones.
Depuis
quelques années cependant, la CIA et d'autres agences américaines
ont fait développer des étiquettes électroniques
ou répondeurs, sur le modèle des puces RFID utilisées
dans le commerce, permettant d'identifier des cibles à relativement
longue distance et sans imposer la présence d'un indicateur
humain lors de l'attaque. Il suffit de taguer, si besoin longtemps
à l'avance, les dites cibles. S'il s'agit de véhicules
ou d'humains, ceux-ci emporteront avec eux le répondeur qui
causera leur perte le moment venu. Ces technologies, classées
Secret Défense, répondent au nom de TTL pour Tagging
tracking and locating devices.
L'information
à leur égard commence à circuler. Un article
de Wired, cité en note, en propose un recensement
intéressant. Il semblerait que les TTL ont depuis déjà
plusieurs années été utilisés en Irak,
avant de l'être aujourd'hui au Pakistan et en Afghanistan.
Ils auraient permis l'élimination discrète d'un certain
nombre de responsables parmi les "insurgés" et
autres chefs talibans, dans des conditions qui apparaissaient mystérieuses
lorsque ces éliminations avaient été rendues
publiques. L''US Army considère qu'elle dispose là
d'une "arme secrète" de grande valeur. Des centaines
de millions de dollars ont été dépensés
par la Darpa pour développer les produits correspondants.
.
Il
s'agit de réflecteurs radar, de puces RFID, de balises permettant
le "homing", tous dispositifs extrêmement puissants
bien que miniaturisés, de façon à pouvoir être
dissimulés dans des objets très ordinaires, jouets,
vêtements, journaux. Ce sont des versions militaires dérivées
de produits existant déjà dans le commerce, pour l'identification
radio et internet des objets dits intelligents. Des industriels
travaillant pour la défense, tels EWA Government Systems
Inc ou Sandia National Laboratories produisent des versions duales
de ces dispositifs, dont l'usage dans la société civile
se répand de plus en plus.
Les
versions militaires sont évidemment plus coûteuses
et plus performantes, puisqu'elles peuvent être activées
à des distances de plusieurs kilomètres, à
travers divers obstacles tels que murs ou parois de véhicules.
Des teintures (dye) invisibles, sensibles aux détections,
dont seraient marquées à leur insu des personnes suspectées
de terrorisme, sont par ailleurs étudiées. Le complément
des tags sont des capteurs susceptibles d'être utilisés
manuellement et surtout d'être embarqués à bord
des UAV et les missiles radio-guidés.
Au-delà de ces TTL, la 2006 Quadrennial Defense Review du
Pentagone a recommandé d'étudier diverses techniques
chimiques d'identification des individus, notamment par leurs odeurs
personnelles ou les émanations provenant de blessures corporelles,
susceptibles aussi bien d'aider à rechercher des victimes
dans une catastrophe que des "terroristes" en fuite dans
un environnement urbain.
L'article
de Wired est diversement accueilli par les internautes. Les
uns s'inquiètent à juste titre des risques pour les
droits individuels découlant de la généralisation
de telles méthodes appliquées à la vie civile.
Les autres au contraire considèrent que, si elles peuvent
servir au repérage et à la destruction des "bad
guys" (vaste rubrique), ce sera une excellente chose.
A la limite, ils blâment Wired d'en faire publiquement état.
Pour
en savoir plus
Article
de Wired :
http://www.wired.com/dangerroom/2009/06/inside-the-militarys-secret-terror-tagging-tech/
Notre
article sur les UAV
: http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2009/97/UAV.htm
Iter
: un scénario moins ambitieux mais sans doute plus réaliste
Jean-Paul Baquiast - 07/06/2009 
Face
à la montée des coûts de développement
du programme Iter, destiné à réaliser les premiers
éléments d’un réacteur international
à fusion nucléaire, les responsables du projet discutent
actuellement d’un “scénario 1” qui sera
vraisemblablement adopté en juin-novembre 2009. Les réductions
budgétaires et la hausse des prix de certains composants
obligeraient à définir un planning de réalisation
plus long que prévu, et aux spécifications réduites.
Dans le cadre du scénario 1, le réacteur expérimental
sera initialement construit sans certains composants cruciaux mais
coûteux. Il s’agirait notamment du bouclier interne
servant de protection et aussi de banc de test pour de nouveaux
matériaux destinés à résister aux neutrons
rapides qui seront générés. L’installation
d’autres dispositifs permettant d’utiliser du deutérium
et du tritium comme combustible sera retardée. Iter ne fera
appel dans un premier temps qu’à des plasmas d’hydrogène.
Les
scientifiques et ingénieurs, dirigés par Norbert Holtkamp,
principal deputy director general), considèrent
que ce scénario est le seul réaliste. Il permettra
de vérifier que le dispositif sera opérationnel avant
que l’on y injecte du tritium, qui en rendra beaucoup de parties
inaccessibles.
Il faut ajouter que les modalités administratives de gestion
du projet rencontrent beaucoup de difficultés de mise en
place, compte tenu du caractère international de l’opération.
Enfin, comme prévisible, des jalousies latentes et procès
d’intention entre pays partenaires ne cessent de nuire au
déroulement du programme, au moins au niveau politique. Les
Etats-Unis sembleraient faire montre d’une particulière
agressivité. Rappelons que c’est l’éminent
scientifique français Robert Aymar, responsable jusqu’alors
du Tokamak du CEA à Cadarache, qui a réalisé
le premier dessein du futur système.
Nous pensons pour notre part que toutes ces difficultés ne
devraient pas être une raison pour réduire à
l’excès les ambitions du projet, ni en performances
ni en délais. Le réchauffement climatique grandissant
rend l’énergie de fusion de plus en plus vitale pour
l’humanité. Quelques milliards de plus ou de moins
ne devraient pas entrer dans la balance coûts-avantages.
Inutile
de dire que les anti-nucléaires de toutes origines font plus
que jamais campagne pour l'abandon du programme Iter, en mêlant
allègrement les enjeux de la fusion et ceux de la fission.
Pour
en savoir plus
Article
de Nature :
http://www.nature.com/news/2009/090527/full/459488a.html
Site
ITER : http://www.iter.org/default.aspx
Serge
Haroche, médaille
d'or 2009 du CNRS
Jean-Paul Baquiast - 03/06/2009
La
Médaille d'or 2009 du CNRS a été décernée
au physicien Serge Haroche. Cette distinction récompense
une personnalité scientifique dont les travaux ont contribué
de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement
de la recherche française. Serge Haroche est spécialiste
de physique atomique et d'optique quantique. Il est l'un des fondateurs
de l'électrodynamique quantique en cavité, domaine
qui permet, par des expériences conceptuellement simples,
d'éclairer les fondements de la théorie quantique
et de réaliser des prototypes de systèmes de traitement
quantique de l'information. Professeur au Collège de France
depuis 2001, Serge Haroche dirige le groupe d'électrodynamique
des systèmes simples au sein du laboratoire Kastler Brossel
(École normale supérieure/Université Pierre
et Marie Curie/CNRS).
Ce
scientifique s'est fait récemment connaître du grand
public par la mise au point d'un "piège à photons"
permettant d’observer un seul photon à la fois, sans
le détruire. Avec Michel
Brune et leurs collègues du laboratoire Kastler Brossel,
ils ont emprisonné dans un boitier aux parois réfléchissantes,
refroidi à une température proche du zéro absolu,
un photon isolé, ceci pendant quelques centièmes de
seconde. Le photon pendant cette période, a rebondi 1 milliard
de fois et parcouru 40.000 km.
Le
photon, particule élémentaire ou quantum de la lumière,
est normalement détruit lorsqu’il est observé,
le détecteur absorbant son énergie. L’équipe
a mis au point une boîte à photon qui permet de l’étudier
sans le détruire. Il s’agit d’une cavité
composée de deux miroirs supraconducteurs, séparés
de seulement 2,7 cm et refroidis à une température
approchant le zéro absolu (–273°C)
(photo)
Au
lieu d'introduire dans cette boîte des atomes capables d’absorber
les photons, comme dans les dispositifs habituels, les chercheurs
ont choisi des atomes qui ne peuvent pas absorber l’énergie
du grain de lumière. En revanche, le champ électrique
du photon modifie légèrement l’orbite des électrons
autour du noyau de l’atome. Ainsi, en repérant cette
subtile différence, ils peuvent détecter le passage
du photon dans la boîte et le mesurer plusieurs fois de suite.
Le photon apparaît et disparaît soudainement dans la
cavité. Il se produit alors un saut quantique : le photon
passe d’un état à un autre de façon inattendue.
Ces sauts avaient été observés avec des électrons,
des ions mais jamais avec des photons .
Serge
Haroche est par ailleurs un fervent défenseur de la recherche
fondamentale. Comme beaucoup de grands scientifiques, il déplore
la politique gouvernementale actuelle, qui vise en priorité
les résultats économiques (NDLR: lesquels ne sont
d'ailleurs pas toujours au rendez-vous). La richesse d'un pays repose
pour lui dans le nombre et la qualité de ses chercheurs et
de ses enseignants. Supprimer des postes et généraliser
des conditions de travail misérables ne rend pas service
à la collectivité. Nous ne pouvons qu'approuver ce
diagnostic.
Pour
en savoir plus
Communiqué
du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1606.htm
Wikipedia
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Haroche
Sur la
"boite à photons"
Communiqué
du CNRS :
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1049.htm
Article
dans Nature Quantum jumps of light recording the birth and death
of a photon in a cavity, Sébastien Gleyzes, Stefan Kuhr,
Christine Guerlin, Julien Bernu, Samuel Deléglise1, Ulrich
Busk Hoff, Michel Brune, Jean-Michel Raimond, Serge Haroche, Nature,
15 mars 2007
Le
Centre d'analyse stratégique s'intéresse à la
biologie synthétique
Communiqué
Les
Notes de Veille 2009 n°136 et 137 du Centre d'analyse stratégique
viennent de paraître.
http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=997
Au Sommaire : La biologie synthétique - De la bioingénierie
à la bioéthique
La biologie synthétique est un nouveau domaine de recherche
en plein essor, à l'interface entre la biologie moléculaire
et les sciences de l'ingénieur. Son principe est d'utiliser
des composants biologiques connus (gènes, promoteurs, protéines,
etc.) pour modifier le comportement des cellules à des fins
utiles. Ses applications potentielles vont de la synthèse
de médicaments à la production de biocarburants en
passant par la création de biomatériaux. Ce domaine
pose cependant de nombreuses questions économiques, sociales,
environnementales et éthiques à la hauteur de ses
applications.
Note de Veille n° 136 (Juin 2009)
Vers une bioindustrie de synthèse ?
La biologie synthétique consiste à organiser des éléments
d'information génétique (des gènes, leurs éléments
de régulation et leurs partenaires) pour créer des
fonctions biologiques nouvelles. Ainsi, on ne considère plus
la cellule et son patrimoine génétique comme une entité
vivante mais comme une librairie de fonctions, qu'on peut réorganiser
selon les finalités souhaitées. Les opérations
programmées peuvent être des fonctions spécialisées,
utiles pour une application, ou bien un moyen d'acquérir
des connaissances biologiques nouvelles. Les applications potentielles
de la biologie synthétique sont d'ores et déjà
variées et prometteuses. Elles mobilisent de nombreux acteurs,
essentiellement américains, qui, des laboratoires publics
et privés aux industriels de la chimie, de l'énergie,
de l'agriculture ou encore de la pharmacie, en passant notamment
par des start-up synthétisant des fragments d'ADN, jettent
les bases d'une bioindustrie de synthèse.
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille136-1.pdf
Note de Veille n° 137 (Juin 2009)
Les enjeux des futurs organismes vivants synthétiques
À l'instar d'autres technologies, la biologie synthétique
nous ferait entrer, selon certains spécialistes, dans une
nouvelle ère, celle de la « biolithique », où
le vivant devient l'outil. Chaque avancée de la recherche
biologique contient son lot d'interrogations sur les implications
juridiques (propriété intellectuelle), sanitaires,
environnementales, sociales et éthiques des applications
possibles de ces découvertes. Que voulons-nous faire de ces
technologies du vivant ? Quels risques sont acceptables ? Quelles
conséquences ces représentations nouvelles peuvent-elles
avoir sur nos systèmes de valeurs, notre conception de la
vie ? À ces questions anciennes, le développement
de la biologie synthétique donne de nouvelles dimensions.
Par les enjeux majeurs qu'elle recouvre en matière de sécurité,
de protection et de contrôle, cette technologie émergente
amène à repenser les relations entre la vie et le
« pouvoir ».
Les enjeux de la propriété intellectuelle : quelle
alternative aux monopoles sur la vie synthétique ?
De la biosûreté à l'éthique : de nouvelles
questions posées par la biologie synthétique ?
Quelles régulations de la biologie synthétique ?
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille137-1.pdf
Automates
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