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On trouve de tout dans Sciences et Avenir. Le dernier
Hors-Série (octobre-novembre 2000) est consacré
à l'examen du problème de la finalité dans
les sciences, plus particulièrement dans les sciences de
la vie. Ce vaste sujet peut-il nous intéresser ici? Oui,
parce que les différents auteurs qui en traitent présentent
de façon différente mais concordante une image très
actuelle du transformisme et du darwinisme. On rejoint là
des thèmes sous-jacents à toutes les approches évolutionnaires
de la vie artificielle. Au delà de cela, le problème
de la finalité est constamment posé face au développement
des nouvelles technologies, notamment des réseaux et de la
robotique. S'agit-il d'une évolution voulue par l'homme,
voire par une sorte d'élan vital, avec l'espoir qu'elle
nous apportera divers bienfaits? S'agit-il au contraire d'une espèce
de mutation de la société humaine actuelle, se faisant
au hasard, sans finalité particulière, et dont nul
ne peut anticiper les effets favorables ou défavorables au
regard de l'espèce humaine en particulier, de la vie en général?
Si l'on considère que les auteurs interrogés ici s'accordent
à ne pas voir de sens dans l'évolution, ni de finalité
vers laquelle cette dernière pourrait tendre, nous sommes bien
obligés de conclure que les travaux et recherches sur la robotique
qui nous intéressent ne sont pas autre chose qu'une nouvelle forme
de développement aveugle de la branche des espèces animales
où nous nous situons. Cela n'enlève rien à leur
intérêt, à la curiosité avec laquelle nous pouvons
suivre leur déroulement. Mais cela nous empêche d'imaginer a
priori que ces travaux s'inscrivent dans une inexorable marche vers le
progrès.
Nous nous limiterons à commenter ceux des articles du Hors-Série
qui nous ont paru les plus significatifs.
- Henri Atlan Introduction
Résumé: L'idée de finalité
correspond à la 4e des causes qui produisent les choses:
matérielles, formelles, efficientes et finales. La cause finale a
disparu des sciences physiques au 17e siècle, avec la révolution
mécanique. Les mouvements s'expliquent par leurs équations,
sans recours à l'idée d'entéléchie ou cause finale.
Seules demeurent les causes efficientes: rien ne peut s'expliquer sans cause.
A partir de cette date cependant la cause finale est revenue, pour comprendre
le vivant. C'est le vitalisme. Pour Kant et la plupart de ses contemporains,
seule une intelligence planificatrice peut expliquer le développement
de l'embryon, comme l'évolution des espèces. Au 19e et 20e
siècle, chez les biologistes, le combat entre vitalistes-finalistes
et mécanistes-causalistes s'est poursuivi. Aujourd'hui les
découvertes de la biologie moléculaire signent la victoire
du mécanisme sur le vitalisme, en mettant en évidence des processus
finalisés non intentionnels qualifiés de téléonomiques
(description des lois d'une transformation à partir d'une grandeur
qualifiant l'état final de cette transformation). La pensée
scientifique accepte dorénavant l'absence de sens a priori. Les concepts
constamment utilisés aujourd'hui d'émergence et d'auto-organisation
traduisent seulement des situations où des éléments
relativement simples pris individuellement produisent des phénomènes
compliqués du fait de leurs interactions quand ils sont associés
en grand nombre. Ces phénomènes n'étaient pas
prévisibles par la simple observation des constituants. Le hasard
y joue un rôle sous forme d'indétermination, mais c'est une
indétermination probabiliste résultant de notre ignorance des
causes. Il est possible par contre de concevoir des modèles
mécanistes d'intentionnalité, où celle-ci, avec les
significations qu'elle produit, est une propriété émergente.
L'intelligence artificielle étudie des modèles où la
représentation de la réalisation finale d'un projet est la
cause de l'action qui y conduit, en transformant une séquence
aléatoire d'évènements en une procédure
finalisée. La finalité intentionnelle devient une production
émergente de mécanismes auto-organisateurs.
Question: en automatisme et robotique, des mécanismes auto-organisateurs
peuvent -ils faire émerger un produit final qui apparaîtra
doté d'une intentionnalité réorganisant en "son"
sens et en instrumentalisant l'ensemble des processus et entités ayant
abouti à son apparition? Nous aurions là un modèle
intéressant permettant de se représenter la suite des
phénomènes ayant pu conduire à l'émergence de
l'homme.
Pour en savoir plus sur Henri Atlan, voir Yahoo http://google.yahoo.com/bin/query_fr?p=Henri+...
Notamment un article déjà ancien (avril 1985), mais
montrant l'évolution des conceptions en matère d'auto
organisation http://www.guetali.fr/home/castjpau/resscom/atlan.htm
Selon l'auteur de l'article: "Henri ATLAN
fait partie de la " galaxie des auto ", selon l'expression de P.
Rosanvallon, c'est-à-dire qu'avec d'autres auteurs comme
E. Morin, C. Castoriadis, M. Serres, I. Srangers, F. Varela... il
participe à l'élaboration d'un nouveau modèle
de l'organisation du vivant: " l'auto-organisation ".Ce formalisme
qui, pour certains, aura des conséquences épistémologiques
aussi importantes que le mouvement structuraliste, consiste à
considérer les êtres vivants comme des systèmes
autonomes. Ceci permet de concevoir des notions comme: le nouveau,
la variété, la complexité, limprévu,
difficilement appréhendables dans les anciens paradigmes.L'apparente
autonomie des systèmes vivantsn par rapport à leur
environnement (à l'échelle cellulaire, individuelle,
sociétale, selon les auteurs) ne renverrait pas à
un principe ou à une substance spécifié que
- comme chez les vitalistes -mais, à une logique d'organisation
qu'il s'agit d'étudier. Henri ATLAN est médecin et
biologiste, professeur agrégé de biophysique à
la faculté de médecine de Paris VI et de l'Université
hébraïque de Jérusalem. C'est à lui que
l'on doit la théorie de " l'ordre par le bruit ", qui formalise
la capacité qu 'ont les systèmes biologiques d'évoluer
(construction et/ou destruction) grâce à l'environnement
et à ses aléas. En effet, ces systèmes, de
par leur logique structurelle et fonctionnelle (principe de redondance
initiale. de fiabilité, de complexité) utilisent le
" bruit " pour en faire un ordre nouveau à un niveau plus
grand de complexité et dimprobabilité. Les travaux
d 'H. Allan élargissant la théorie de l'information
de B. Shannon, visent à résoudre certains paradoxes
logiques de l'auto-organisation: comment et à quelles conditions
peut se créer de l'information à partir du bruit ?
Comment et à quelles conditions, le hasard peut-il contribuer
à créer de la complexité organisationnelle
au lieu de n'être qu'un facteur de désorganisation
?..."
- Sur le dernier livre de Henri Atlan Les Étincelles
de hasard, Tome I. Connaissance spermatique, Seuil, voir
http://www.imultimedia.pt/ifporto/savoir.htm
Il faut noter qu'Henri Atlan se dit Kabbaliste, ce qui peut parfois
l'éloigner des conceptions de la science matérialiste.
Résumé. Extrait: La notion de
téléonomie, utilisée par exemple pour expliquer le
rôle de l'ADN, remplit le vide entre biologie et mécanisme,
en forgeant l'idée d'une finalité non intentionnelle. Les
systèmes auto-régulés en cybernétique et biologie
(homéostasies) montrent qu'un système aveugle et inconscient
peut évoluer et se conserver grâce aux processus de feed-back.
Les théories et expériences connexionnistes ont montré
que les interactions entre neurones sous l'effet des stimuli extérieurs,
aboutissent à des systèmes adaptés à leur milieu,
sans qu'il soit nécessaire de postuler une intention. Mais ceci crée
pour l'homme, au plan métaphysique, un vide. découlant de l'absence
de sens.
Question: le besoin de sens n'est-il pas chez l'homme le produit d'une
émergence vécue de l'intérieur?
Résumé. Exposé classique de
la théorie darwinienne de l'adaptation par sélection naturelle.
L'auteur distingue les différentes écoles darwiniennes, depuis
le darwinisme naïf jusqu'à ceux qui refusent - à juste
titre - de confondre darwinisme et production d'un sens dands l'évolution.
Les limites de l'adaptationnisme sont également rappelées:
ne pas évoquer l'adaptation quand une explication de nivreau
inférieur est suffisante - ne pas demander à l'adaptation de
sortir radicalement des structures existantes (faire apparaître un
animal se déplaçant sur des roues!).
Résumé: Le principe anthropique est
constamment évoqué pour justifier le finalisme. Le réglage
des propriétés de l'univers, tel qu'il apparait, des origines
cosmologiques jusqu'à celle de la vie terrestre, parait avoir
été conçu pour l'apparition de l'homme. Une infime
modification des constantes fondamentales aurait rendu impossible le monde
tel que nous le connaissons. L'homme est-il alors le produit d'un improbable
hasard, ou celui d'une volonté extérieure? L'auteur présente
la version faible du principe anthropique, consistant à analyser les
conditions physico-chimiques pour que la vie soit possible. Ceci est
intéressant, pour la recherche de vie extra-terrestre, ou pour la
reconstitution de conditions permettant la vie de synthèse ou la vie
artificielle (animats). Il s'agit d'une proposition n'ayant pas à
être justifiée par une théorie plus générale,
mais qui permet d'ordonner des constatations empiriques. C'est un principe
heuristique, que l'on peut transposer à l'étude de tous les
phénomènes évolutifs, notamment cosmiques. L'auteur
pour éviter les confusions, préfère parler de conditions
anthropiques, ou même biotiques. Un tel principe faible n'a pas, sauf
cas particuliers, de pouvoirs prédictifs. Nous ne sommes pas en
présence d'un dessein qui s'est accompli et continuera à
s'accomplir contre vents et marées.
Le principe anthropique fort indique au contraire
que l'univers est tel que la vie devait nécessairement y apparaître.
Si ce principe sous entend l'idée d'une finalité , la science
ne peut que le refuser - sauf à admettre l'hypothèse des univers
multiples: il y aurait autant d'univers qu'il y aurait de types
d'émergence. Mais, dans notre univers, la science ne peut
reconnaître ni cause finale, ni principes vitaux à l'oeuvre
au travers de l'évolution. Ceci n'exclut pas cependant la constatation
d'une cohérence globale des composants de l'univers, vus du moins
avec nos moyens d'observation et de conceptualisation. On retrouverait ainsi
l'espoir, pas encore satisfait, d'une Théorie de Tout. Mais celle-ci
ne pourrait apparître et n'aurait de sens sans l'intervention du physicien
c'est-à-dire de l'homme; Cette place de l'homme, certes éminente
, resterait une place au sein de l'univers de la connaissance, dont la
consistance ontologique ne peut être affirmée sans sortir du
champ de la science.
Question: les travaux sur la vie artificielle ne feront-ils pas constamment
appel à des sous-ensembles du principe anthropique faible: quelles
sont par exemple les conditions permettant l'apparition et la survie d'une
population d'animats au sein de notre univers? Ces conditions une fois obtenues,
faut-il pour autant dire que l'univers était tel que semblables artefacts
devaient nécessairement y apparaître?
Résumé. Dans la "querelle du
panthéisme" les adversaire de Kant (1724-1804) ont voulu l'enfermer
dans la contradiction entre le rationalisme - le monde est déterminé,
ce qui exclut l'éthique et le libre choix (Critique de la Raison Pure
1781) - et la morale, qui oblige de tourner le dos à la science et
s'en remettre à la foi.(Critique de la Raison Pratique 1784). Dans
la Critique de la Faculté de Juger 1790, Kant a voulu justiifier une
lexture finaliste des phénomènes que nous estimons dotés
de sens. L'idée de finalité n'a pas pour le chercheur de valeur
absolue, mais elle fournit un principe, presque une recette pour l'exploration
de la nature. Sans elle le monde apparaîtrait comme une "mécanique
aveugle". Aujourd'hui, il n'est guère de scientifique qui n'utilise
le principe de finalité ou de téléonimie pour comprendre
les "projets" des objets observés; la cellule, l'organisme, la
particule...La finalité intervient comme principe régulateur
mais non comme présuposé métaphysique. Mais c'est important,
car l'attitude contraire, le matérialisme déterministe,
poussé à l'extrème, pourrait mettre fin aux questionnements
des hommes, en niant la possibilité même d'un tel
questionnement.
Question: dans la théorie computationnelle de l'évolution,
tout se passe comme si la compétition darwinienne entre algorithmes
génétiques faisait émerger des entités dotées
de finalités propres. Mais il ne s'agit que de finalités
précaires, ne s'inscrivant pas dans un Dessein plus général,
tel qu'aurait pu le concevoir un Dieu Horloger ou un Dieu Mécanicien.
Ceci doit il empêcher l'observateur ou l'acteur que nous sommes d'attendre
avec curiosité et intérêt les "sens" locaux nouveaux
susceptibles d'émerger, fussent-ils dénuées d'un "sens
ontologique" véritable?