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Dominique
Lestel est philosophe et éthologue. Il enseigne les
sciences cognitives à l'Ecole Normale Supérieure.
Il est aussi chercheur associé en éco-anthropologie
pour le Muséum d'histoire naturelle.
Il a écrit deux autres ouvrages relatifs aux rapports
entre cultures animales et humaines :
- Paroles de singes. L'impossible dialogue hommes/primates.
La Découverte 1995
- L'animalité. Essai sur le statut de l'humain, Hatier
1996.
On regrette de ne pas trouver de site consacré à
ce chercheur et à son livre sur le web. L'un comme
l'autre en vaudraient la peine.
Nos lecteurs savent
que nous avons toujours porté attention aux expérimentations
et publications intéressant l'animal. Le domaine est immense
et ne peut pas être systématiquement exploré par
un généraliste, cependant les dernières années
ont vu émerger un nouveau regard sur les êtres vivants
et l'évolution qui fait des études sur l'animal un complément
indispensable des travaux portant sur l'intelligence artificielle.
L'imposant livre de Dominique Lestel, qu'il qualifie
trop modestement d'essai, sur ce qu'il appelle (toujours trop modestement)
"les origines animales de la culture," nous paraît devoir
être une base indispensable pour la compréhension du
problème majeur de notre époque : la compatibilité
entre la survie d'espèces ayant précédé
l'homme depuis des dizaines de millénaires, celle des diverses
formes de l'humanité actuelle et ce qu'il adviendra de ces
dernières lorsque, dans moins d'une cinquantaine d'années
peut-être, de nouvelles formes de super-intelligences se seront
développées en symbiose entre les machines et les
êtres vivants. Il ne s'agit pas, en d'autres termes, d'un
livre n'intéressant que les seuls spécialistes de
la vie animale, mais tous les lecteurs de notre revue.
Dans son domaine de l'éthologie animale, Dominique
Lestel s'inscrit parmi ceux - encore bien rares - qui refusent les
barrières interdisciplinaires, plaies des sciences animales
et humaines, que l'on retrouve à l'identique quand il s'agit
de passer des études sur l'homme à celles des produits
des technologies de l'information, vie artificielle, robotique,
intelligence artificielle. Il refuse en particulier le diktat de
la supériorité ou de la spécificité
de l'humain, qui oblige la plupart d'entre nous à ne pas
remarquer ni comprendre ce qui n'est pas directement comparable
à l'homme. Il montre avec courage et clairvoyance, par de
multiples exemples intéressant les formes de vie biologique
les plus diverses, que l'animal ne peut se comprendre ni par comparaison
avec la machine, ni par comparaison avec l'homme dont il ne serait
qu'une ébauche inachevée. Son livre restitue à
l'animal toute sa dignité, toute son épaisseur, et
finalement toutes ses différences au regard des modèles
anthropomorphiques qu'avec suffisance les hommes cherchent à
lui imposer. Mais de ce fait il nous invite d'avance, implicitement,
à porter, lorsque le moment sera venu, le même regard
compréhensif sur ce que sont et seront, selon l'expression
de Hans Moravec, les enfants de notre cerveau, c'est-à-dire
les robots intelligents et conscients annoncés pour le début
du 21e siècle.
Le livre est trop riche pour que nous le résumions.
Il faut absolument le lire in extenso. Indiquons seulement rapidement
le contenu des chapitres.
Après une introduction et avant une conclusion qui situent
la nécessaire révolution qui s'impose dans l'étude
des cultures et des "sujets" dans le monde animal, 6 chapitres constituent
le corps de l'ouvrage. L'auteur note d'emblée que, pour ne
pas trop alourdir celui-ci, il n'a pas traité les questions
pourtant très riches des relations entre l'animal domestique
et l'homme, non plus que celles des comparaisons entre cultures
animales et cultures humaines. C'est un peu regrettable. Nous sommes
persuadés que là encore il nous aurait appris à
voir des phénomènes auxquels, imbus de notre supériorité,
nous ne pensons pas spontanément. Ceci dit, l'auteur n'évite
pas, par la force des choses, la question de la comparaison entre
cultures animales et humaines. Nous partageons avec les animaux
des séquences génétiques presque semblables,
ce qui n'est pas sans conséquences, comme le montre la socio-biologie,
sur la survivance chez l'homme d'un très grand nombre de
comportements inconscients présents chez l'animal, comportements
qui eux-mêmes servent de substrat aux constructions culturelles.
Des animaux-machines aux animaux
de culture
Le premier chapitre, Des animaux-machines aux animaux
de culture, tente un historique de la façon dont les
sciences ont traité le sujet de l'animal, depuis l'Ancien
régime jusqu'à nos jours. Les écoles et les
étiquettes se sont succédées, chacune apportant
indéniablement quelque chose à l'uvre commune
mais bâtissant en même temps le mur qui la séparera
des autres. C'est indiscutablement par l'observation de l'animal
dans son milieu naturel que les observations les plus pertinentes
peuvent être faites dorénavant. Mais on en mesure la
difficulté, accrue malheureusement par la disparition rapide
de beaucoup de ces milieux. Les technologies modernes peuvent dans
certains cas prendre le relais (capteurs GPS par exemple), mais
elles ne sont pas elles-mêmes d'un emploi facile.
Peut-être à la fin de ce chapitre, l'auteur
aurait-il pu indiquer le rôle, à nos yeux très
important, joué par les sciences de la vie artificielle,
notamment la programmation évolutionnaire, qui a obligé
les chercheurs à analyser les processus évolutifs
de la nature, à distinguer le génétique du
culturel, à étudier en détail les mécanismes
de la compétition darwinienne et de la symbiose, les diverses
formes de co-évolution, l'apparition du langage et celle
des réplicants culturels que sont les mèmes Nous
sommes pour notre part persuadés que, sans cette révolution
dans l'approche scientifique des systèmes complexes, la révolution
de l'éthologie moderne (éthologie cognitive, psychologie
comparée, communication animale, etc.) n'aurait pas pris
l'ampleur qu'elle montre aujourd'hui. Nous y reviendrons amplement
ci-dessous.
Les médiations de l'action
chez l'animal
Le second chapitre, Les médiations de l'action
chez l'animal, étudie la question absolument déterminante,
non seulement de l'outil (comme on le dit trop simplement) mais
de la façon dont un très grand nombre d'espèces
très différentes (ou plutôt d'individus au sein
des espèces) utilisent soit leurs propres corps, soit des
objets de l'environnement voire de véritables artefacts pour
mener des actions leur permettant de s'adapter à des milieux
différents. C'est là que s'impose la question inéluctable
des causes de la divergence ayant permis aux primates qui allaient
devenir des hominiens de développer à la fois le langage
symbolique et des outils devenus symboles de leur propre usage,
autrement dit des technologies. Il est indispensable aujourd'hui
d'admettre le grand nombre des formes que prennent les "médiations
de l'action" chez les animaux, ainsi que l'importance des adaptations
culturelles ou individuelles enregistrées au sein de la même
espèce, dans le temps ou dans l'espace. L'idée simpliste
n'a plus court, selon laquelle l'utilisation de l'outil ne résulterait
que d'adaptations génétiquement programmées
(des "instincts" selon le terme si nuisible).
Mais a contrario, il faut bien essayer d'expliquer
ce qui s'est passé chez les hominiens, ceci peut-être
d'ailleurs dès trois ou quatre millions d'années avant
le présent, puisque les origines de l'homme semblent reculer
sans cesse dans le temps au fur et à mesure des nouvelles
découvertes des paléontologues. Les réflexions
actuelles, de plus en plus modélisées par le calcul
évolutionnaire, mettent l'accent sur l'émergence de
mécanismes incrémentiels constructivistes qui se déroulent
tant au niveau symbolique (les représentations) qu'au niveau
de l'action langagière et de l'action manufacturière.
Ce sont finalement les technologies, se développant d'abord
très lentement pendant des millénaires, puis explosant
actuellement, qui on scellé la divergence entre les animaux
et l'homme. On rappellera à ce propos, concernant les origines
de cette branche de l'évolution, les hypothèses de
Jean-Louis Dessalles que nous avions évoquées précédemment
dans notre revue, relative
à l'apparition du langage-afficheur.
L'étude de la transition de l'animal vers l'homme
permet de mieux comprendre la culture animale. Rien n'oblige alors
à la considérer comme un préalable nécessairement
inférieur à l'émergence de la culture humaine.
On la verra comme différente, répondant à des
besoins et offrant des solutions qui ont leurs propres logiques,
dont la plupart d'ailleurs ne nous apparaissent pas encore, et que
nous aurions le plus grand intérêt à découvrir,
voire à reprendre à notre compte dans certains cas.
Animal de culture(s)
Le chapitre 3, Animal de culture(s) étend
les observations faites à propos des outils à l'ensemble
des comportements collectifs pouvant faire parler de culture animale,
au sein d'une espèce ou même au sein de groupes différents
dans cette même espèce. Il faut définitivement
reconnaître l'existence de cultures animales, mais renoncer,
de nouveau, à les comparer aux cultures humaines. Les unes
et les autres ont des statuts particuliers, sans que la culture
humaine ait un statut spécial. Des chimpanzés aux
macaques japonais et aux mésanges anglaises, les comportements
collectifs transmis par l'éducation des jeunes et l'imitation,
voire par d'autres procédures qui nous sont encore obscures,
à la suite d'une innovation heureuse imputable parfois à
un seul individu, sont nombreux. Encore ne s'agit-il que de ceux
qui ont pu être observés facilement. La vie sociale
dans des milieux opaques à l'homme, comme les océans
ou les forêts denses, doit en offrir de nombreux autres exemples
encore à découvrir et comprendre.
Dominique Lestel, une nouvelle fois, insiste sur le
fait que les éthologues, pour accepter de ranger de tels
comportements dans la catégorie des cultures, doivent admettre
que la culture animale n'est pas obligatoirement analogue à
celle de l'homme, qui se transmet par l'apprentissage, l'enseignement
et l'imitation. Les cultures animales résultent le plus souvent
d'une imbrication complexe entre l'évolution génétique
et celle des comportements acquis et transmis collectivement, la
co-évolution gène/culture. Finalement, pour lui, cultures
animales et cultures humaines ont des origines communes, mais se
sont trouvées séparées au cours de l'évolution
par des différences qui les ont rendues relativement étrangères
les unes aux autres - de même d'ailleurs que la "culture"
des fourmis est étrangère à celle des chimpanzés
ou des baleines.
La réflexion sur les conditions par lesquelles
les cultures des premiers hominiens se sont définitivement
éloignées des cultures animales, dans la suite de
l'évolution humaine, n'est peut-être pas suffisamment
poussée par Dominique Lestel. Il ne faudrait pas s'arrêter
à la différenciation animaux-hommes, mais expliquer
aussi l'explosion et la diversification des cultures humaines au
cours des millénaires, ceci jusqu'à nos jours où
coexistent (pour combien de temps ?), les cultures urbaines, rurales
et celles des chasseurs-cueilleurs. Là encore, on devrait
pouvoir mettre en évidence le rôle des technologies
comme réplicants autonomes générant un processus
darwinien de mutation/sélection qui se superpose à
l'évolution des gènes et à celles des mèmes
culturels. Le point est important pour la validité des hypothèses
que nous pourrons faire concernant le rôle possible des futures
machines intelligentes, susceptibles de provoquer un nouveau décrochage
entre les sociétés animales et humaines ne possédant
pas ces technologies, et les sociétés animales et
humaines (nous disons bien animales) qui pourront s'associer aux
super-intelligences artificielles pour faire naître de nouvelles
cultures à dominante techno-scientifique.
Est-ce que les animaux disent
quelque chose à quelqu'un ?
Le chapitre 4, Est-ce que les animaux disent quelque
chose à quelqu'un ? est plus particulièrement
consacré au domaine encore largement incompris, lui aussi,
de la communication animale. De nouveau l'auteur souligne le fait
que ce n'est pas parce que les animaux ne disposent pas du langage
spécifique de l'homme qu'ils n'ont pas de représentations
symboliques, qu'ils ne s'expriment pas et qu'ils ne communiquent
pas. Il pose pour mieux aborder ce sujet la question de la rationalité
animale. Les animaux ont sans doute une rationalité différente
de la nôtre, que nous ne sommes pas encore capables de comprendre.
Il suggère trois pistes pour commencer à le faire
: certains modes de communication animale sont plus complexes que
nous ne l'avons imaginé - nous pourrions les comprendre en
recourant à des communications non langagières pour
en briser le code - la communication est fondamentale pour comprendre
l'émergence des comportements culturels animaux. De nombreux
et passionnants exemples sont donnés pour montrer comment,
à travers la diversité des espèces et des milieux,
se réalisent des séries d'actions répondant
souvent à des finalités identiques, qui ne sont pas
toutes directement liées aux besoins de la survie immédiate
ou de la reproduction. L'animal peut s'exprimer pour le plaisir
de le faire, il pratique le jeu et l'humour, mais aussi des activités
que nous rangerions chez l'homme dans la catégorie de l'art,
musical ou plastique. Mais ce qui apparaît le plus souvent
à nouveau, c'est qu'il le fait d'une façon qui nous
demeure très largement opaque, si bien que nous avons tendance
à en sous-estimer la complexité et le rôle.
Un long développement est consacré aux chants des
oiseaux, qui représentent effectivement un des nombreux mystères
qu'offrent ces animaux particuliers, dont les chants sont aussi
mal connus aujourd'hui que ne le sont leurs aptitudes à la
navigation trans-continentale.
C'est dans ce chapitre que nous aurions aimé
trouver plus de détails sur les communications verbales ou
non, ainsi que sur leur rôle, s'établissant entre les
animaux et les hommes, notamment dans la domesticité. Mais
le sujet aurait certainement exigé un volume à lui
seul.
L'animal comme sujet
Le chapitre 5 aborde enfin le point décisif
: L'animal comme sujet. Par sujet, il faut entendre l'aptitude
à se représenter soi-même dans son présent,
voire son passé et son futur, à élaborer des
stratégies de communication avec d'autres sujets, y compris
les hommes - bref à faire montre non seulement d'intelligence
mais de conscience. Les roboticiens savent que cette même
question est désormais posée de façon récurrente
à propos des machines intelligentes. A quel moment pourra-t-on,
devra-t-on, les considérer comme conscientes? La réponse
classique consiste à dire qu'une entité pourrait être
considérée comme consciente si elle passait avec succès
le test de Turing, c'est-à-dire si elle se comportait d'une
façon qu'il ne serait pas possible de distinguer du comportement
d'un homme conscient. Mais ce test perd tout intérêt
si on fait l'hypothèse qu'il existerait, chez l'animal, des
formes de consciences différentes des nôtres, mais
néanmoins tout à fait présentes. Comment alors
les identifier ? Dans ce cas, la prudence, sinon la bienveillance
à l'égard de l'entité étrangère,
consisterait à dire que la conscience n'est pas démontrable
objectivement et qu'il vaut mieux supposer que l'interlocuteur inconnu
auquel on s'adresse est un sujet conscient (quitte à en rabattre)
plutôt que le traiter d'emblée en objet inconscient.
Dominique Lestel a voulu approfondir ce sujet en étudiant
les travaux de 4 éthologues ou psychologues qui, contrairement
à la grande majorité de leurs homologues, ont posé
en principe et tenté de démontrer le fait que les
animaux ne sont pas des machines programmées par les gènes,
mais disposent de subjectivités individuelles. Ces travaux
sont intéressants, parfois un peu datés historiquement
pour être pleinement utilisables aujourd'hui. Mais ils obligent
à se familiariser avec des approches et des concepts qui
sont souvent propres à leurs auteurs, et dont les conclusions
n'apparaissent pas évidentes au lecteur non professionnel.
Nous aurions préféré pour notre part que l'auteur,
comme nous l'avons esquissé ci-dessus, utilise les définitions
courantes de la conscience telles que proposées par les neurosciences
cognitives ou la robotique, et recherche si elles correspondent
à quelque chose, chez les animaux en général
ou dans telle espèce en particulier.
Pour notre part, nous admettrions volontiers que les
animaux, même les plus insignifiants, peuvent héberger
au moins par flash des états de conscience analogues aux
nôtres, ce qui nous permettrait de nous retrouver au moins
momentanément semblables à eux face aux grands événements
de la vie. On éviterait alors de les massacrer sans pitié.
Au contraire on pourrait militer pour leur faire reconnaître
certains droits, dont beaucoup d'hommes malheureusement se montrent
indignes.
Vers une ethnographie des
mondes animaux
Le chapitre 6 et dernier du livre conclut par la nécessité
d'établir désormais une véritable ethnographie,
multidisciplinaire, des mondes animaux. Mais, pour en revenir à
notre propos, celle-ci devrait désormais faire partie des
travaux qu'il faudra mener pour mieux comprendre, voire défendre,
les acquis de l'évolution dans le domaine biologique lorsque
se posera la question, prochainement, de ce que ces acquis deviendront
face à l'émergence des machines intelligentes et des
entités biologiques associées avec elles.
Dans ce cas, il faudra peut-être admettre de
compléter les références aux grands ancêtres,
tel Leroi-Gourhan et les structuralistes, afin d'utiliser
les nouvelles approches de la science des systèmes complexes
évolutionnaires.
A tort ou à raison, nous pensons que cette ethnographie
prendrait toute sa portée si elle s'appuyait sur quelques
directions de recherche souvent évoquées dans notre
revue. Citons, parmi de nombreuses autres possibles :
- Le concept très général de super-organisme
(tel que récemment décrits par les livres
de Howard Bloom), et les simulations informatiques qui peuvent
en être faites (voir par exemple l'article de Guy Théraulaz
"Comment les insectes sociaux peuvent-ils nous aider à
résoudre des problèmes complexes", in Cognition
et création, Mardaga 2002)
- Le concept de mème, qu'il n'y a pas de raison
de réserver à l'homme, tel que décrit par Richard
Dawkins, Richard Brodie et Susan
Blackmore;
- Les automates cellulaires, tels que présentés
par Stephen Wolfram
comme modèle de la façon dont des règles simples
peuvent générer des résultats complexes de
façon semblable dans un très grand nombre de cas d'évolution
naturelle ou artificielle.
- Les études de bionique (entrées sensorielles
ou sorties motrices) comportant la réalisation de cartes
cognitives en 2 ou 3 dimensions qui semblent correspondre aux représentations
de l'espace (différentes selon les espèces ) dont
les animaux se dotent.
- Les simulations de la vie artificielle portant sur
les animaux et les groupes d'animaux, en interaction avec un milieu
donné.
- Les robots évolutionnaires inspirés
de l'animal, individuel ou en groupe.
- Les modèles de génération de
systèmes intelligents et conscients tels qu'ils commencent
à apparaître (Voir par exemple les travaux
d'Alain Cardon).
- Les perspectives d'observation fine de l'animal (par
imagerie fonctionnelle ou autres méthodes invasives et non
invasives) et de reconstruction par retro-ingénierie, génie
génétique... de solutions animales sur des artefacts.
Il est évident q'une ethnographie des mondes
animaux prenant en compte ces diverses perspectives devra déboucher
sur la question fondamentale, au triple plan de la science, de l'économie
et de la morale, relative à l'avenir à terme de l'animal
(au moins des animaux dits supérieurs) dans la future société
technologique super-intelligente dont on peut rêver. Si, comme
nous le souhaiterions tous, on admettait que l'animal, sauvage ou
domestique, pourrait encore "servir à quelque chose", il
faudrait dès maintenant prendre pour assurer sa pérennité
les mêmes précautions que l'on prendra sans doute afin
d'éviter la relégation des neuf dixièmes de
l'humanité dans la catégorie de ceux n'ayant pas accès
aux intelligences de demain.