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Sir
Martin Rees est Royal Society Professor à l'Université
de Cambridge, Fellow du Kings College et Astronome Royal d'Angleterrei.
Il a obtenu en 2001 le prix de Cosmologie de la Fondation
Peter Gruber.
Astronome et cosmophysicien réputé, il a aussi
écrit beaucoup d'ouvrages décrivant l'Univers
et son évolution, dans lesquels il n'hésite
pas à présenter les hypothèses scientifiques
les plus exotiques concernant la matière et le cosmos.
Ouvrages précédents
:
"Cosmic Coincidences" Bantam (USA) 1989, nouvelle édition
Penguin 1995
"New perspectives in astrophysical cosmology" (CUP, 1995.,
nouvelle édition 2000).
"Before the beginning - our universe and others" 1997) Simon
& Schuster
"Gravity's fatal attraction: black holes in the universe".
1995 (Freeman, NY), nouvelle édition .1998
"Just Six Numbers" Basic Books (US) 2000
"Our Cosmic Habitat". Princeton University Press, US, (2001).
On n'attendait pas d'un spécialiste de
l'espace et du cosmos qu'il sorte de sa discipline pour alerter
l'humanité des risques qui la menacent, risques naturels
mais aussi et surtout risques provenant de l'incapacité grandissante
des hommes à maîtriser les technologies découlant
du progrès incessant des sciences. La première réaction
du lecteur est de se dire que les mises en garde face aux catastrophes
que nous nous préparons nous-mêmes constituent un thème
médiatique très vendable, comme en témoignent
les nombreux témoignages et ouvrages sur ce sujet. Martin
Rees (qu'il nous pardonne de ne pas recourir au Sir Martin qui serait
peut-être de rigueur) a-t-il voulu augmenter le nombre de
ses déjà nombreux lecteurs en s'inscrivant dans cette
ligne ? Le livre va-t-il présenter la liste déjà
souvent faite des nombreux domaines scientifiques où s'imposerait
l'incontournable principe de précaution, souvent évoqué
par des gens qui dans le même temps ne s'indignent pas des
morts évitables provoqués par l'automobile, le tabac
et autres drogues, sans parler de la guerre et de la malnutrition
?
Les astrophysiciens sont cependant les mieux placés
pour nous donner le recul nécessaire. La prise en considération
de l'univers dans l'étendue de son espace et de son temps
les sensibilise à la fois aux très longues durées
évolutives et aux catastrophes soudaines. Mais surtout, mieux
que d'autres, ils peuvent se rendre compte du caractère unique
et fragile de la vie sur la Terre. Ils peuvent mieux que d'autres
mettre en lumière ce qui devrait être l'objectif premier
de l'homme, sauver cette forme d'intelligence que porte l'humanité.
A côté la recherche d'une croissance et de profits
sans limites n'a rien d'indispensable, et devrait être arrêtée.
Our Final Hour s'inscrit dans cette philosophie
globale. C'est la mise en garde de quelqu'un qui a étudié
en profondeur l'univers, au sens cosmologique du terme, tel du moins
que nous pouvons nous le représenter avec nos instruments
et nos théories actuelles. Le précédent livre
de Martin Rees, Our Cosmic Habitat, constitue d'ailleurs une lecture
préalable presque indispensable à la compréhension
de la philosophie de celui-ci. Nous avions l'intention d'en faire
nous-mêmes une présentation pour ce magazine, mais
devant l'abondance des matières (selon la formule consacrée)
ceci n'a pas été entrepris. Bornons-nous à
dire que, dans Our Cosmic Habitat, Notre Maison Cosmique, Martin
Rees rappelait tout ce que l'astronomie moderne sait ou suppose,
à propos notamment des planètes, des étoiles,
des galaxies et de l'espace profond. Mais le livre constitue aussi
une présentation des hypothèses actuelles de la physique
théorique, qui concernent comme on sait les origines de l'univers
(le Big Bang), la nature du vide et l'existence possible d'univers
parallèles ou multiples. Parti très scolairement,
si l'on peut dire, Our Cosmic Habitat rejoint les perspectives les
plus exotiques des théoriciens, celles présentées
et développées, par exemple, dans l'ouvrage de Lee
Smolin, The Life of the Cosmos, que l'on pourrait traduire par Biologie
du Cosmos. Ce qui fascine l'imagination, à la lecture de
tels ouvrages, est qu'ils font oublier la condition humaine avec
ses limitations dans le temps et dans l'espace On se projette par
l'esprit dans l'infini des mondes et des temps. Mais Martin Rees
a raison de nous mettre en garde, dans son ouvrage actuel. Il nous
rappelle que si nous pouvons nous représenter, fut-ce imparfaitement,
le cosmos et son devenir, c'est parce qu'une petite étincelle
d'intelligence est apparue, en même temps que la vie, sur
la planète Terre, que cette intelligence est peut-être
seule, ou quasiment seule dans l'univers et surtout, que son avenir
est loin d'être assuré. Il est au contraire très
menacé, et ceci, nous dit l'auteur, non pas dans les siècles
futurs mais dans les 50 prochaines années. Or si la vie,
un sommet de complexité au regard de la solitude des espaces
de particules et d'atomes constituant l'univers, l'homme avec la
vie et l'intelligence avec l'homme disparaissaient, que restera-t-il
au cosmos pour se comprendre, se donner un sens et peut-être
se donner une direction ? Tant que des arguments solides n'auront
pas prouvé que l'évolution darwinienne ayant produit
la vie et à l'intelligence sur Terre n'est pas en action,
sous cette forme ou autrement, dans le cosmos, il faut faire comme
si l'intelligence biologique était une flamme unique et vacillante
à préserver du mieux possible.
Les décennies de tous
les périls
Or, nous dit l'auteur, l'humanité va rencontrer
les plus grands risques de sa courte histoire lors des 50 prochaines
années. Elle risque même de disparaître purement
et simplement. Le très grand cosmos présente, nous
dit l'auteur dans sa conclusion, des potentialités qui pourraient
être infinies. Mais il dépend de nous, dans les prochaines
années, que ces vastes étendues de temps soient peuplées
de vie, ou restent aussi stériles que l'était la Terre
à ses origines. Cinquante ans, ce n'est rien. Pour les sexagénaires,
ceci représente un avenir hors de portée. Mais pour
les enfants, et à plus forte raison les petits-enfants de
ceux-ci, c'est demain. Or il y a, nous dit Martin Rees après
quelques calculs que chacun peut refaire, 50 chances sur 100 pour
que lesdits enfants et petits-enfants n'atteignent jamais la vieillesse.
Voir l'humanité disparaître dans les 50 prochaines
années, au moment même où elle pourrait commencer
à explorer puis peupler l'espace, serait particulièrement
désobligeant. Mais certains prennent cette perspective avec
fatalisme. Ce ne sont pas seulement ceux qui n'ont pas la distance
nécessaire pour juger du problème, mais des philosophes
très avertis. L'auteur cite les "philosophe du jour du Jugement
dernier". Pour eux, la vie sur Terre est de toutes façons
condamnée à terme, et les civilisations technologiques
sont probablement destinées à disparaître, avant
d'avoir pu faire connaître à d'autres leur trop brève
existence (Doomsday argument).
Le titre de l'ouvrage est certainement très
alarmant : Our Final Hour, que l'on pourrait peut-être traduire
par "Notre dernière heure". Il commence par présenter
les risques qui nous menacent. L'exercice a souvent été
fait. Il est nécessaire. Quels sont ces risques ? Il s'agit
d'abord de la dissémination déjà en cours du
nucléaire et des produits de la bio-ingénierie. Viendra
ensuite, à échéance de quelques décennies,
l'apparition des nano-organismes capables de s'auto-répliquer
sur le mode viral. A cette époque, les machines pensantes
et conscientes capables d'autonomie par rapport à l'homme
seront également devenues des réalités. Martin
Rees sur ce point partage les prévisions "optimistes" de
Ray Kurzweil et Hans Moravec, que nous avons souvent évoquées
dans nos articles. Mais il y ajoute une prévision pessimiste.
Il y a beaucoup de chances pour que, suite à des erreurs
ou des malveillances, ces entités devenues autonomes échappent
à l'homme, se multiplient et finissent par l'éliminer,
dans un mécanisme de réplication en chaîne et
d'emballement comparable à ceux d'organismes biologiques.
Nous reviendrons sur cette perspective à la fin de notre
article. Classiquement aussi, l'auteur évoque, sans d'ailleurs
s'y appesantir, les conséquences des comportements reproductifs,
consommateurs et prédateurs irresponsables de l'humanité,
détruisant la bio-diversité et les équilibres
géo-climatiques de la Terre.
En ce qui concerne les risques cependant, il développe
deux autres sujets de préoccupation, plus rarement évoqués
dans les scénarios catastrophes. D'abord il rappelle que
notre planète, comme toutes celles de son type, est menacée
en permanence par des chutes d'astéroïdes ou des éruptions
volcaniques de très grande ampleur, qui pourraient à
tout moment compromettre la biosphère et détruire
les civilisations. Le second risque découlerait d'erreurs
de manipulation ou d'une méconnaissance des mécanismes
fondamentaux de la physique, liés aux expériences
prochaines de la physique instrumentale. Personne n'y pense quand
on énumère les risques qui nous menacent, mais ces
expériences pourraient provoquer par accident des catastrophes
susceptibles d'entraîner (à la vitesse de la lumière
au sens propre du terme) la destruction non seulement de la Terre,
mais peut-être celle du système solaire, de la galaxie,
voire de l'univers entier. Ce serait ennuyeux, d'un point de vue
philosophique, si disparaissait à cette occasion l'étincelle
d'intelligence que nous représentons, laquelle permet à
l'univers de se comprendre lui-même. Comme rien ne permet
d'affirmer aujourd'hui que d'autres formes d'intelligence existent
ailleurs, il vaudrait mieux que la nôtre ne s'élimine
pas d'elle-même, avant d'avoir commencé à comprendre
le cosmos.
Ce point mérite un développement. Martin
Rees nous rappelle un phénomène mal connu. Les collisions
entre ions lourds mises en uvre dans l'accélérateur
de Brookhaven ou dans le futur grand collisionneur de hadrons du
CERN pourraient produire des énergies ne se rencontrant nulle
par ailleurs dans l'univers. Quelles en seraient les conséquences
: formation de mini-trous noirs ou pire encore de " strangelets
" constitués d'un plasma de quarks et gluons compressés,
représentant une nouvelle forme de matière qui pourrait
provoquer la coalescence ou transformation épidémique
de la matière ordinaire ? De tels évènements,
nous dit l'auteur, découleraient du fait que nous manipulons
des forces dont on ignore encore la nature. En se rapprochant de
l'échelle de Planck, selon la théorie des super-cordes,
encore purement conjecturelle il est vrai, on rencontre des dimensions
d'espace supplémentaires et autres étrangetés
qui pourraient nous conduire à revoir en profondeur les modèles
d'univers où nous croyons nous situer. Or, vu l'insuffisance
des connaissances, il serait peut-être imprudent de s'engager
dans des manipulations qui jetteraient des pavés dans des
mares dont nous sommes loin encore d'avoir sondé la profondeur
et la nature. Le risque est quasiment nul, mais il existe. Vu l'importance
du risque, c'est-à-dire la disparition de la Terre, faut-il
le courir ? L'argument est intéressant. Mais il sera contesté
par les physiciens qui attendent beaucoup de la mise en service
des nouvelles générations de grands accélérateurs.
Il leur serait difficilement acceptable de renoncer à faire
progresser la physique.
Terreur, erreur et folie
Mais des dangers beaucoup plus immédiats nous
menacent, au fur et à mesure que se développent des
technologies susceptibles de devenir des armes de destruction massive.
Ils proviennent de la combinaison d'un trio infernal, que Martin
Rees décrit sous le nom de "terreur, erreur et folie". Le
propos n'est plus très original aujourd'hui, mais mérite
d'être rappelé. C'est l'utilisation par certains Etats
ou par des internationales terroristes des technologies ABC, atomiques,
biologiques et chimiques qui constitue le risque principal, et le
plus immédiatement susceptible de se réaliser. Tout
ce qui, comme actuellement la guerre en Irak, renforce les antagonismes
entre riches et pauvres, exalte les fanatismes et motive les candidats
décidés à se suicider pour la bonne cause,
nous rapproche d'une catastrophe planétaire de moins en moins
facile à éviter. La seconde cause de dissémination
est l'erreur humaine au sein des laboratoires ou des usines manufacturant
les produits dangereux. Le risque est moindre, mais il n'est pas
négligeable. Des réactions en chaîne ou d'emballement
non maîtrisables sont toujours possibles. Martin Rees nous
rappelle enfin que les hommes étant ce qu'ils sont, il n'est
jamais possible d'exclure l'acte de folie d'un individu isolé
; lequel peut, comme l'ont montré les agressions à
l'anthrax après le 11 septembre, paralyser des villes entières,
sinon déclencher des épidémies meurtrières.
Que faire pour diminuer les chances de voir se produire
de tels évènements ? L'auteur sur ce point n'est guère
prolixe, mais on peut le comprendre, car les remèdes préventifs
éventuellement utilisables ne paraissent pas près
d'être acceptés par ceux qui ont les cartes en mains.
Le plus efficace consisterait à partager systématiquement
les richesses entre Nord et Sud, pour atténuer les frustrations
et prévenir les révoltes. Mais il est illusoire, sans
une mobilisation politique gigantesque, de seulement envisager cette
possibilité. On pourrait aussi généraliser
des méthodes policières de surveillance et prévention.
Mais d'une part, les sociétés n'en voudront pas, et
d'autre part ces méthodes ne peuvent mettre à l'abri
des déviances et perversions venant du cur même
des systèmes de surveillance. Quis custodes custodiat ? demandaient
les Latins.
Quant à arrêter la science, geler les
développements technologiques, en revenir à des méthodes
et des outils du passé, ce serait évidemment un crime
contre l'esprit. En fait, que les scientifiques se rassurent, aucun
pouvoir au monde, le voudrait-il, ne pourrait arrêter le développement
techno-scientifique des méga-machines qui nous emportent,
sauf sur des développements très ponctuels où
le risque (suite d'ailleurs à des calculs qui seront toujours
très subjectifs) apparaîtrait infiniment supérieur
au bénéfice attendu. Il est également impossible
de censurer les publications scientifiques, sauf à tuer le
mécanisme même de la recherche. Il ne reste qu'à
faire confiance aux scientifiques pour qu'ils s'auto-limitent lorsqu'ils
s'engageront dans des voies trop hasardeuses. Cette protection sera
toujours fragile vue la concurrence qui règne entre laboratoires
et la pression des firmes pour obtenir sans cesse de nouvelles sources
de profit.
Militer
Aussi passionnant que soit le livre, et riches les
références qu'il donne, le lecteur se sent un peu
frustré par le manque d'ambition de la réflexion politique
et philosophique de l'auteur. On ne peut pas évoquer la perspective
de voir l'humanité disparaître dans les 50 prochaines
années sans proposer immédiatement des formes d'action
et de militance susceptibles d'arrêter ou de ralentir la marche
à la mort. Il est vrai que ceux qui luttent contre ce que
l'on appelle la mondialisation libérale, la croissance économique
irresponsable et l'aggravation permanente des inégalités
entre riches et pauvres ne sont pas toujours très fréquentables.
Les mouvements politiques, des Verts aux ONG telles que Greenpeace
ou Attac, mêlent souvent aux revendications les plus légitimes
une phobie de la science et de la technologie qui n'est pas acceptable
(quand il ne s'agit pas, comme en Grande Bretagne, des excès
extrémistes des défenseurs des droits de l'animal).
Cependant, ce n'est pas une raison pour ne pas rejoindre leur camp,
ne fut-ce que pour apporter dans la discussion les informations
et les arguments que l'on juge susceptibles d'éclairer l'action
collective.
Sur ce plan, nous aurions attendu de Martin Rees un
engagement plus fort en faveur de la lutte politique pour la sauvegarde
de la Terre et de l'humanité. Pour cela, il faut distinguer,
selon nous, deux types de risques, qui exigent des contre-mesures
(et des combats politiques) très différents. Il y
a d'abord et en urgence tout ce qui concerne la croissance irresponsable
et les conséquences qu'elle entraîne sur les équilibres
géo-physiques, le climat et la bio-diversité. Sur
ce point, les choses sont claires. Le protocole de Kyoto a fixé
des objectifs certes insuffisamment ambitieux mais qui ont le mérite
d'avoir recueilli un large accord international. Il faut d'abord
les ratifier, ensuite appliquer les mesures nécessaires et
progressivement mettre la barre plus haut en fonction de l'évolution
des paramètres. La lutte pour une écologie et une
technologie politiques doit d'abord être là. Cela suppose
que les militants de cette cause fassent des pressions fortes sur
leurs gouvernements et leurs entreprises pour qu'ils appliquent
les prescriptions des experts. Notons que le mépris "arrogant"
et "unilatéral" des Etats-Unis face aux objectifs de Kyoto
nourrit, légitimement selon nous, une grande partie de l'anti-américanisme
qui se développe dans le monde entier. Mais l'Occident tout
entier est coupable, car il ne s'engage pas suffisamment. Nous aurions
aimé entendre Martin Rees dire cela très fort, du
haut de sa position scientifique prestigieuse.
Il serait intéressant à cet égard
de connaître la position qu'il adopte actuellement vis-à-vis
de l'intervention américano-britannique en Irak. Cette guerre
va coûter au bas mot 350 milliards de dollars, qui auraient
été bien mieux utilisés à lutter contre
la dégradation de l'environnement et l'inégalité
entre le Nord et le Sud. De plus elle va exciter d'innombrables
occasions de guerre sainte et donc de terrorismes organisés
ou individuels. Ceux qui n'ont rien fait pour empêcher cette
guerre ont directement contribué à faire avancer l'heure
qui nous reste à vivre, dans la perspective de l'horloge
du Jugement dernier mise en place par les scientifiques opposés
au développement de l'armement nucléaire. Rappelons
que cette horloge était une façon spectaculaire de
montrer l'évolution du risque nucléaire imaginée
à la fin de la seconde guerre mondiale par les scientifiques
associés au sein du mouvement Pugwash et du Bulletin of Atomic
Scientists, rappelée par Martin Rees. Sa grande aiguille
indiquait les chances de survie qui demeuraient avant l'Apocalypse.
Un deuxième type de risque semble à la
fois un peu plus lointain et surtout un peu mieux gérable.
C'est celui pouvant découler de l'usage criminel des technologies
émergentes, bio et nanotechnologies notamment. Dans ce cas,
on peut penser que l'écologie et la technologie politiques
peuvent apporter des solutions : privilégier les recherches
scientifiques désintéressées et ouvertes, menées
dans des laboratoires publiques, aux recherches militaires ou couvertes
par le secret des grandes entreprises - organiser des débats
citoyens et un véritable regard sur les recherches - assurer
des retombées bénéfiques à celles-ci,
pour les rendre plus populaires. Les mouvements citoyens devront
se battre contre les grands intérêts économiques
et même contre beaucoup de scientifiques refusant le dialogue
social. Mais on se trouve là dans une problématique
relativement familière, celle de la lutte contre l'arme nucléaire
ou les excès du tout nucléaire en matière d'énergie.
Des terroristes ou des fous peuvent toujours s'en saisir. Il faut
mettre en place les mesures, y compris éventuellement policières,
susceptibles de les en empêcher. Le risque restera présent.
Mais il devrait être gérable.
Nous négligerons pour le moment, car les urgences
ne sont pas là, la perspective de voir des robots intelligents
échapper à leurs concepteurs et se transformer en
ennemis des humains. Cette question a souvent été
abordée dans notre revue. Nous avons rappelé un argument
de bon sens qui paraît acceptable: les concepteurs et utilisateurs
de robots intelligents et autonomes s'allieront sans doute avec
eux pour augmenter leurs propres performances, plutôt qu'ils
ne les combattront. Le risque sera ailleurs : voir une minorité
d'humains "augmentés" par l'intelligence artificielle s'opposer
aux immenses majorités d'humains ordinaires. Mais c'est déjà
le cas aujourd'hui, où peu de choses sont communes au citoyen
américain surarmé et au paysan du Bangladesh. On retrouve
là l'inévitable problématique de la divergence
de développement entre pays pauvres et pays riches, qui doit
être au cur de la lutte pour une traversée sans
encombre d'un 21e siècle aux périls innombrables.
Pour en savoir plus Sur le
même thème, les non-anglophones pourront lire le dernier
livre de l'astrophysicien franco-québécois bien connu,
Hubert Reeves: Hubert Reeves et Frédéric Lenoir, Mal
de terre, Ed. du Seuil. Notre propre ouvrage, Sciences de
la complexité et vie politique I
et IIanalyse en détail
ces questions Sur les
strangelets, beaucoup d'articles sont disponibles sur le web. Voir
par exemple http://www.wired.com/wired/archive/8.05/rhic.html
ou http://www.phy.cam.ac.uk/teaching/literature/litrev052.html