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Dan
Gillmor est un ancien journaliste professionnel américain,
bien informé de toutes les problématiques de
la presse-papier. Il s'est investi depuis les débuts
de l'Internet dans les nouvelles technologies de l'édition
en ligne, dont il maîtrise aujourd'hui tous les secrets.
Ce faisant, il propose une philosophie de la communication
interactive qui dépasse largement aujourd'hui les questions
relatives à l'avenir de la presse, des journalistes,
des auteurs en ligne et des simples consommateurs d'information.
Nous
situant nous-mêmes, d'une certaine façon, ainsi
que nos lecteurs, dans la sphère de la nouvelle presse,
nous ne pouvons qu'être intéressés par
le paysage évoluant très vite que Dan Gillmor
nous décrit.
Dans
son introduction, Dan Gillmor rappelle que, jusqu'au 11 septembre
2001 environ, l'opinion publique, aux Etats-Unis, suivait les grands
événements politiques à travers les médias
classiques, que ce soit ceux de la presse ou de la télévision.
Des journalistes professionnels se chargeait de chercher l'information
aux sources et de l'interpréter au profit des lecteurs et
auditeurs.
Mais dans le même temps, un phénomène nouveau
est apparu et s'est répandu rapidement. Des gens estimant
avoir quelque chose à dire en dehors du discours des entreprises
de presse officielles ont pris la parole, grâce aux nouveaux
outils de publication disponibles sur l'Internet. Dès les
années 1995 on a vu se multiplier les sites émanant
d'organisation ou de particuliers jusque là silencieux faute
de moyens d'expression bon marché et faciles à utiliser.
De plus les journalistes ont commencé à recevoir par
l'intermédiaire du courrier électronique un nombre
de plus en plus grand d'informations généralement
pertinentes. Il s'agissait de sources non-officielles que les médias
traditionnels n'avaient pas l'habitude ou ne voulaient pas consulter.
Ainsi a commencé à se dessiner ce que pourrait être
le visage futur de l'information.
Ce ne fut pas seulement la presse qui fut affectée, mais
plus généralement les institutions publiques et privées.
Ainsi les assemblées générales d'actionnaires,
dans les grandes corporations, ont commencé à recevoir
des informations venant en contradiction avec le discours affiché
des conseils d'administrations et directeurs exécutifs. Beaucoup
s'en trouvèrent déstabilisés et durent céder
la place à d'autres. L'auteur cite le cas d'un certain Nacchio,
CEO de Qwest, un grand du téléphone régional,
qui fut contraint de reconnaître lors d'une séance
où il annonçait de bons résultats un certain
nombre de malversations dont il s'était rendu coupable. C'étaient
des journalistes assistant à la séance et informés
en temps réels par des blogs circulant sur leurs ordinateurs
portables qui dénoncèrent ses manœuvres. Une
boucle en temps réel s'était mise en place entre des
actionnaires ou partenaires économiques de Qwest jusque là
privés de parole, des journalistes et finalement l'instance
de décision, c'est-à-dire l'assemblée générale.
Nacchio dut se démettre. Un nouveau pouvoir d'information
venait de se manifester, au-delà de la presse et même
des sites Internet, celui des blogs alimentés et consultés
en temps réel.
Le livre vise à décrire les transformations du journalisme
traditionnel, depuis les structures lourdes des entreprises de presse
du XXe siècle jusqu'à ce que la presse est en train
de devenir, un phénomène bien plus proche qu'auparavant
des gens et des évènements, c'est-à-dire, en
principe, plus démocratique. Il s'agit d'une longue histoire
d'adaptation susceptible d'être décrite en termes darwiniens.
Mais c'est aussi l'histoire de la révolution technologique,
loin d'être terminée, qui a bouleversé le rapport
des individus et des organisations avec l'information.
Dan Gillmor raconte cette histoire du point de vue du journaliste
qu'il est : comment les Grands Média (Big Medias), institutions
arrogantes qui s'étaient baptisées elles-mêmes
le Quatrième pouvoir, obligeaient les journalistes, leurs
salariés, à traiter sans la moindre interactivité
non seulement l'information mais les relations avec les lecteurs
ou auditeurs. Les journalistes étaient pratiquement contraints
de ne pas tenir compte de la façon dont le public recevait
l'information et y réagissaient. Les formules donnant en
apparence la parole à celui-ci, telles que les courriers
des lecteurs et autres «séquences des auditeurs»
n'exprimaient qu'une part infime et très contrôlée
de l'opinion. Aujourd'hui au contraire, les frontières s'effacent
entre le producteur de l'information et son consommateur. C'est
le réseau lui-même, avec ses multiples voix, qui devient
un média.
Il en découle que les communautés d'intérêt
en présence vont être obligées de changer :
les journalistes, les media, les utilisateurs finaux de l'information.
Les journalistes doivent se persuader que les personnes à
qui ils s'adressent en savent souvent plus qu'eux. Ils conserveront
par contre un rôle indispensable : élargir les visions,
prendre du recul, donner à réfléchir –
sans rien imposer. Les médias doivent apprendre à
utiliser eux-aussi les formes distribuées des nouveaux réseaux
et s'appuyer sur les nouveaux lecteurs et auditeurs auxquels ceux-ci
leur donneront accès. Les utilisateurs finaux de l'information,
enfin, c'est-à-dire les personnes composant l'audience, doivent
abandonner leurs anciens réflexes de consommateurs passifs.
Ils ne doivent pas hésiter à critiquer, compléter
et si besoin est prendre en charge eux-mêmes une partie de
la mission générale d'informer qui s'impose en démocratie.
Journaliste depuis 25 ans, Dan Gillmor sait que ses confrères
auront du mal à prendre ces tournants. Soutenus par les grandes
entreprises de presse qui craindront de perdre leur influence actuelle
et leurs profits, ils risquent de s'enfermer dans le corporatisme,
refusant le dialogue avec leur public. Pire encore, ils risquent
d'accepter sous la pression des entreprises de réduire la
qualité de leurs prestations au bénéfice d'une
augmentation à court terme des profits de leurs employeurs.
Il se trouve en effet que, malgré le développement
des médias interactifs, les anciennes formules, dopées
par les nouvelles technologiques de diffusion (par exemple celles
mises en œuvre dans la télé-réalité)
attirent de plus en plus non seulement d'annonceurs mais de spectateurs
près à payer pour une apparence de participation.
Ce sont donc, dans l'immédiat, des affaires très profitables
qui n'hésitent pas à corrompre la déontologie
des journalistes qu'elles emploient. Gillmor constate sans illusions
que le Premier amendement de la constitution américaine,
lequel donne aux journalistes le droit d'enquêter et de publier
librement, ne pèse plus face aux intérêts économiques.
A cela s'ajoute la concentration des entreprises, destinées
à donner à des acteurs de plus en plus intégrés
une maîtrise aussi grande que possible du paysage culturel.
Le journalisme professionnel sérieux, et la confiance que
le public lui accordait, en sont les victimes.
On peut cependant rester optimiste, espérer que ceci laisse
une porte grande ouverte aux nouveaux journalistes, ceux que Gillmor
appelle les journalistes citoyens. Mais leur avenir reste problématique.
C'est cet avenir qu'il veut explorer.
Quel
sera en effet le modèle économique d'un journalisme
citoyen ? Qui va remplacer les journaux traditionnels, dotés
d'un fort capital de confiance, si ceux-ci perdent leurs revenus
anciens, vente au numéro, petites annonces et publicité
? Comment financeront-ils des enquêtes longues et délicates,
tel celle du Washington Post qui avait dénoncé le
scandale du Watergate ? Comment paieront-ils les frais de justice
que leur imposeront les gros intérêts qu'ils contrarieront
? Qui va tenter d'incarner le point de vue d'une région,
d'un Etat face au reste du monde ? Ne va-t-on pas constater qu'une
anarchie de voix discordantes s'est substituée à ce
que l'on appelait hier encore le quasi service public de l'information
?
Le
pire peut arriver, qui se traduirait, face à l'explosion
d'un nombre illimité de pamphlétaires irresponsables,
par un retour de la censure officielle ou un blocage par les grandes
entreprises de l'accès aux sources. Ceci pourra prendre des
formes apparemment inoffensives au début, par exemple pour
protéger la sécurité publique. On sent très
bien, dans l'Amérique d'aujourd'hui, comment une collusion
entre ce que Gillmor appelle le «cartel du copyright»
et des mesures gouvernementales interdisant l'usage de certaines
technologies, pourraient rétablir une censure préalable,
légale ou de fait, à toute volonté de publication
ne bénéficiant pas de la bénédiction
des pouvoirs en place. Alors les journalistes refusant ces interdits
ne pourront plus compter sur l'émergence d'un journalisme-citoyen
de terrain, utilisant les technologies interactives, pour leur donner
accès à des informations de terrain qui leur seront
plus que jamais nécessaires et dont les sources officielles
leur seront désormais inaccessibles.
Mais Gillmor reste optimiste. Il estime qu'un équilibre peut
s'établir entre l'anarchie des paroles s'exprimant sur les
nouveaux réseaux et un blocage général et officiel
de l'accès aux sources gouvernementales ou privées.
Il veut avec son livre proposer certaines perspectives, s'adressant
en priorité au journaliste professionnel qui voudrait continuer
à vivre honorablement d'un métier dont il continue
à valoriser l'éthique. La première est de se
tourner, grâce aux nouveaux outils de l'édition interactive,
vers ceux que les grands médias continuent à mépriser,
malgré leurs prétentions, des gens ne se situant pas
dans la frange supérieure de l'opinion dite intellectuelle.
Mais comme ceux qu'ignore la presse traditionnelle, aujourd'hui
comme hier, souffrent de l'inégalité sociale, sous
la forme dite notamment en France de la fracture numérique,
il ne sera pas simple de leur donner la parole. Il ne sera pas simple
de le faire sans condescendance ni a priori. Il faudra donc inventer
de nouvelles formes d'écoute et d'expression. C'est un des
buts du livre que d'explorer ces voies difficiles.
Pouvons-nous,
en ce qui nous concerne, y voir un effort honnête pour jouer
la carte de la démocratie de l'information, qui est aussi
la carte de la démocratie tout court ? Ne sommes-nous pas
au contraire en présence d'un professionnel qui cherche à
sauver ce qu'il peut de ses prérogatives face à l'émergence
de nouvelles voix politiques et sociales. C'est ce qu'une lecture
attentive du livre devrait nous permettre de juger. Voyons cependant
ici les arguments de ceux qui restent sceptiques devant l'enthousiasme
d'un Gillmore et de ses semblables(1).
Les
arguments des sceptiques
Tout
le monde, même parmi les praticiens de l'Internet, ne partage
pas l'enthousiasme de Dan Gillmor relativement à l'apparition
d'un nouveau media qui changerait profondément les conditions
selon lesquelles les citoyens pourraient accéder aux informations
et exprimer leurs opinions. Mais ces sceptiques sont eux-mêmes
diversement crédibles, car ils représentent parfois
des intérêts hostiles à la nouvelle société
de l'information que l'explosion des réseaux numériques
peut laisser espérer.
Les journalistes traditionnels sont immédiatement concernés.
Les plus conservateurs de ceux-ci craignent manifestement l'apparition
de nouveaux métiers qu'ils devront apprendre et de nouveaux
concurrents qu'ils devront combattre. Ils ne sont pas les derniers
à utiliser les sources d'information disponibles sur Internet,
mais ils le font sans le dire, c'est-à-dire sans citer leurs
sources et sans honorer ceux qu'ils pillent d'un minimum de dialogue
constructif. Ce qui est loin d'être correct au regard de la
déontologie de la presse dont ils se font par ailleurs les
défenseurs agressifs. Les journaux et les stations de radio
et de télévisions se sont tous néanmoins dotés
de versions en ligne dont certaines sont bien faites et pourraient
sérieusement concurrencer la vente au numéro, si les
lecteurs avaient plus de facilités pour consulter l'Internet.
On peut penser qu'à terme cependant, un équilibre
satisfaisant s'établira entre les versions papier ou hertziennes
et les versions web, dans la presse comme dans l'édition.
Les deux formules peuvent très bien se compléter,
comme le montre Dan Gillmor.
D'autres
types de sceptiques, infiniment plus dangereux, se recrutent parmi
ceux qu'effrayent la liberté d'expression et ses avancées
possibles. Inutile d'en faire la typologie. On y trouve d'abord
les gouvernements autoritaires telle celui de la Chine qui lutte
encore, sans grand succès il est vrai contre le libre accès
de la jeunesse à l'Internet et même aux téléphones
cellulaires utilisés comme moyen de publier des blogs(2).
Mais en Occident, même dans les pays européens traditionnellement
libéraux, les esprits conservateurs sont nombreux pour condamner
les « licences » que permettra le développement
généralisé de la liberté d'expression
sur les réseaux. Il est certain que l'Internet a vu et continuera
à voir se multiplier les comportements nuisibles (comme la
propagation de virus et les spams), délictueux et même
mettant en cause directement la sécurité publique.
Mais ces comportements (qui prolifèrent aussi sous d'autres
formes dans les medias traditionnels) se combattent par des moyens
appropriés, qu'il faut adapter au caractère mondialisé
du support. Prétendre vouloir tout arrêter ou tout
contrôler serait non seulement impossible mais terriblement
dangereux pour les libertés publiques et la créativité
sociale en général. On en reviendrait au syndrome
chinois, dont nous venons de voir qu'il évoluera sans doute
lui-même plus vite que l'on imagine vers plus d'ouverture.
Les critiques les plus fondées face à l'optimisme
d'un Gillmor ou d'un Rheingold, viennent des réalistes. Il
ne faut pas faire croire, disent-ils, à l'émergence
d'une nouvelle forme d'information, associant journalistes professionnels
et bénévoles, dans la mesure où ces derniers
risquent de rester longtemps des minoritaires favorisés.
Même en Occident, dans des pays dotés des plus hauts
niveaux de vie du monde, la plupart des citoyens ne disposent pas
encore de l'accès aux hauts débits, de la culture
journalistique et surtout du temps qui pourraient vraiment leur
permettre de se transformer en agents actifs d'une nouvelle forme
de démocratie informationnelle. Certes, le développement
de la culture de l'Open Source et du bénévolat militant
faciliteront les choses, mais combien de gens resteront encore,
qu'ils le veuillent ou non, prisonniers de la facilité que
représente la consommation passive des produits médiatiques
du commerce ?
On fait valoir aussi un phénomène plus étonnant,
qui sans tomber dans le délictueux, relève de l'attrait
pour les comportements destructeurs qui caractérise beaucoup
d'individus et de groupes y compris dans les sociétés
développées. C'est que très vite un site mis
en libre accès, comme un forum ou même un blog ouvert
aux contributions externes, attire des propos sans objet sinon débiles
qui en éloignent les contributeurs sérieux. Pour éviter
cela, il faut renforcer la « modération », mais
celle-ci demande du temps et peut réintroduire des formes
de censure d'autant plus pernicieuses qu'elles ne s'avouent pas.
On peut excuser ces comportements négatifs en montrant que
(comme les graffiti dans les transports en commun) ils émanent
d'individus en ayant besoin pour affirmer une existence que la société
parait leur dénier. Mais c'est pourtant une forme de pollution
qui fait beaucoup de mal à la morale de la gratuité
et de l'ouverture, du moins chez ceux qui n'ont pas le recul philosophique
suffisant pour s'en accommoder comme un moindre mal.
Que conclure en terminant cette brève revue des critiques
que susciteront les thèses de Dan Gillmor et de ceux qui
comme lui voient se lever une nouvelle société démocratique
reposant sur la généralisation des médias partagés
? C'est qu'il s'agit bien évidemment d'un phénomène
systémique profond, commencé depuis une cinquantaine
d'années et qui ne fera que s'accélérer : la
part croissante des contenus numériques (on les appellera
idées, théories scientifiques ou, mieux encore, mèmes)
dans l'évolution adaptative des sociétés humaines.
Ceux qui maîtriseront les techniques de la recherche et de
la production des informations numériques auront plus de
chances d'y survivre que ceux restant, volontairement ou du fait
de la fracture numérique, à l'écart du mouvement.
Notes (1)
Voir un de nos précédents éditoriaux, Vive
le Libre et les SMS, où nous présentions
les thèses, allant dans le même sens que celles de
Dan Gillmor, d'un autre Gourou américain de la nouvelle culture,
le prospectiviste américain Howard Rheingold, auteur notamment
de l'ouvrage à succès "Smart mobs, the next social
revolution"(2001) (2)
On lira à cet égard l'interview dans le NewScientist
du 27 novembre 2004 (Chinese whispers, p. 40) de Xiao Qiang, directeur
du China Internet Project à Berkeley et animateur du China
Digital News blog (http://journalism.berkeley.edu/projects/chinadn/en/).
Il est aussi militant expatrié pour les Droits de l'Homme
en Chine, ce qui en fait un témoin partisan mais précieux.
Xiao Qiang considère que le blog est « une véritable
révolution. Les gens peuvent l'utiliser sans formation et
cela ne coûte pratiquement rien ». Les blogs se sont
énormément développés en Chine, malgré
la police du Net qui a fermé la moitié des cafés
Internet, qui surveille étroitement les échanges et
poursuit les déviants jugés les plus dangereux. Mais
rien n'y fait et des sites hébergeant les bloggers se développent
à l'intérieur même de la Chine, c'est-à-dire
à l'intérieur du Grand Firewall officiel qui permet
de censurer les relations avec le reste du monde. Ces blogs, il
est vrai, traitent de tout, notamment de sexe, sport, vie culturelle
et pas particulièrement de politique. Cependant, comme ils
sont plus de 2 millions aujourd'hui (faire bo ke sur Google) ils
permettent la circulation d'opinions que les hébergeurs de
l'Internet traditionnel soumis au contrôle policier auraient
refusées comme « sensibles ». : Taiwan, la corruption,
les droits de l'homme, les réformes administratives, les
questions de santé publique. Ils le font souvent en utilisant
des euphémismes non détectables par les censeurs.
Le développement du Moblogging, c'est-à-dire des blogs
texte et image sur téléphone mobile, ne fera que renforcer
cette entrée en force d'un début de liberté
d'expression dans les couches sociales profondes.
Nous avons noté dans cette Revue le paradoxe qui fait que
dans le même temps qu'il renforce sa censure, le gouvernement
Chinois négocie avec Microsoft et d'autres grandes entreprises
américaines divers accords destinés à associer
étroitement ces dernières au développement
des TIC dans le pays. Le gouvernement Chinois n'est certainement
pas naïf. Il sait que ces technologies permettront inévitablement
aux occidentaux et notamment aux Américains d'étendre
leur pénétration culturelle et économique en
Chine. Mais sans doute les dirigeants le font-ils en considérant
qu'une grande partie de ces « Américains » seront
en fait des Chinois de la diaspora, provenant notamment des universités
et des grandes entreprises de la côte Ouest. Les stratèges
gouvernementaux font peut-être le pari qu'il est temps de
créer une véritable communauté d'échanges
entre les meilleurs cerveaux de l'intérieur et de l'extérieur,
préfigurant peut-être le retour en force des expatriés,
dans quelques décennies, au sein d'une Chine pan-chinoise
face à laquelle l'Amérique WASP, comme d'ailleurs
l'Europe, si elle continue à se tenir à l'écart
de ce qui se passe en Asie, ne pèseront pas très lourd.
Notes
(1) Avouons que les mêmes causes entraînant
les mêmes effets, la lecture d'écrivains philosophes
pourtant réputés, y compris outre atlantique, comme
Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Jean Baudrillard
et, avant eux, Gilles Deleuze, m'a toujours rebuté. J'y ai
sans doute perdu, encore que…Finalement je me suis plus instruit,
autant que je sache, à la lecture de véritables scientifiques,
faisant un effort de la vulgarisation, qu'à celle de philosophes
s'enfermant dans leurs jargons.
(2)http://1libertaire.free.fr/BStiegler03.html
(3) Nous avions nous-mêmes développé
cette conception de l'art dans un article consacré
à l'artiste numérique Bernard Caillaud,
aujourd'hui décédé.
(4) Sur ce sujet, on pourra lire notre dossier
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/60/cult.htm