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Jared
Diamond est professeur de géographie à l'université
de Californie, Los Angeles. En fait, avec ou sans titres,
il est bien plus que cela: biologiste évolutionnaire,
physiologiste, biogéographe, anthropologue, historien,
sociologue, environnementaliste et finalement philosophe. Ajoutons que le Pr Diamond parle une dizaine
de langues et conserve une grande activité physique
bien qu'ayant quelque peu dépassé l'âge
de la retraite.
Il
s'est fait connaître précédemment par
les ouvrages suivants:
* Guns, Germs,
and Steel: The Fates of Human Societies (1997),
* Why is Sex Fun? The Evolution of Human Sexuality (1997),
* The Third Chimpanzee: The Evolution and Future of the
Human Animal (1992),
On citera aussi ses études sur l'avifaune sauvage:
* The Birds of Northern Melanesia: Speciation, Ecology,
& Biogeography (with Ernst Mayr, 2001),
* Avifauna of the Eastern Highlands of New Guinea, Publications
of the Nuttall Ornithological Club, No. 12, Cambridge, Mass.,
pp. 438 (1972).
On pourra relire
une courte présentation de Guns,
Germs and Steel dans dans le (voir l'article
de fin de la page Actualités de septembre 2001)
photo Sean Carpenter. On peut y voir la mort d'un monde
Position
du problème
Paul
Valéry, inspiré comme il l'était souvent, avait
lancé au début du XXe siècle une phrase devenue
célèbre : Nous autres civilisations savons désormais
que nous sommes mortelles. On avait appliqué ce propos
aux conséquences de la première guerre mondiale, puis
on n'y avait plus pensé. Le propre en effet de la civilisation
occidentale, à l'époque, était de se croire
immortelle. Aujourd'hui, le doute s'installe, mais la question n'est
pas généralement traitée avec les outils scientifiques
qui seraient nécessaires. L'ouvrage exceptionnel de Jared
Diamond, Collapse, vise à nous fournir quelques méthodologies
rigoureuses pour aborder le sujet.
Ce travail vient tout à fait opportunément. La possibilité
d'un effondrement, non seulement de la civilisation dite occidentale
(nous reviendrons sur ce que ce terme peut signifier) mais de l'ensemble
des civilisations humaines est aujourd'hui envisagé comme
une perspective crédible par beaucoup de ceux qui veulent
réfléchir à l'avenir. Ceci paraîtra paradoxal
à une époque où l'explosion des sciences et
des techniques fait au contraire espérer que les problèmes
actuels du monde global pourraient trouver des solutions nouvelles
résolvant par miracle toutes les difficultés. Mais
pour beaucoup d'économistes et d'environnementalistes, il
s'agit d'une illusion, d'autant plus dangereuse qu'elle dispense
de réfléchir aux remèdes éventuels.
Pour Jared Diamond, l'avenir est sombre, mais il conserve néanmoins
ce qu'il appelle un optimisme raisonné (dont on verra cependant
les limites à la fin de cet article). Il croit possible,
en analysant grâce aux outils des sciences modernes les causes
des déclins et des effondrements sociétaux du passé
et du présent, d'éviter que les sociétés
humaines subissent passivement les effets pervers de leur propre
développement, comme elles l'ont fait jusqu'à présent.
A-t-il raison, et dans quelle mesure ? C'est la principale question
que nous devons nous poser en le lisant. Nous allons en discuter.
Rappelons
cependant avant de le faire que dans notre revue, nous ne tombons
pas dans la facilité du pessimisme morbide. Au contraire.
Nous donnons systématiquement la parole aux chercheurs et
praticiens des nouvelles sciences, en mettant en valeur les innombrables
améliorations que celles-ci apportent déjà
et pourraient apporter dans l'avenir. Nous pensons qu'il s'agit
d'un devoir essentiel : montrer que des solutions technologiques
et organisationnelles existent et que ces solutions devraient faire
l'objet des investissements collectifs et des évolutions
culturelles leur permettant d'exercer leurs effets favorables. Il
faut d'autant plus le montrer que la plupart des décideurs
ignorent encore, notamment en Europe, les problématiques
d'un développement que l'on pourrait dire techno-centré.
Ils ne jouent donc pas le rôle qui devrait être le leur
pour abandonner les traditions devenues inadaptées et permettre
aux sociétés de s'ajuster en profondeur aux nouvelles
contraintes de la survie collective.
Nous
allons même plus loin dans l'optimisme, en donnant chaque
fois que cela nous semble pertinent la parole aux futurologues qui
prévoient l'avènement de ce que l'on nomme désormais
la Singularité, selon le mot de Ray Kurzweil. Par ce terme,
on désigne, rappelons-le, une modification radicale des modalités
d'action de la vie intelligente sur Terre, permise par la convergence
de toute une série de technologies, notamment celles du calcul
et du traitement de l'information. Elle permettrait l'apparition
d'humains « augmentés » ou de post-humains mieux
à même que nous de résoudre les difficultés
actuelles et futures de la planète dans son ensemble.
Mais
à l'inverse nous avons toujours voulu, par rigueur intellectuelle,
donner aussi la parole aux scientifiques alarmistes voire catastrophistes,
dans la mesure où ils présentent des arguments rationnels
et non inspirés par une mystique de l'apocalypse de plus
en plus répandue dans les groupes religieux. Nous avons notamment
cité les synthèses impressionnantes proposées
par Martin Rees et Jacques Blamont. Martin Rees évoque certes
des risques cosmologiques contre lesquels on ne peut rien aujourd'hui.
Mais la plupart de ceux dont il traite, comme des menaces dont Jacques
Blamont fait de son côté le recensement, résultent
de l'activité humaine et, dans une large mesure, de mauvaises
décisions prises, parfois en connaissance de cause, par les
responsables politiques et économiques. Il faut bien convenir
aujourd'hui que rien ne permet d'affirmer ce qu'apporteront les
cinquante prochaines années : triomphe ou effondrement de
la vie intelligente et des sociétés humaines qui prétendent
en être les porteuses.
Ces
auteurs, comme tous ceux qui décrivent abondamment la dégradation
probable prochaine de l'environnement terrestre, évoquent
des menaces qui concernent, relativement à court terme, les
sociétés les plus développés et les
plus solides en apparence. Or le grand public considère généralement
que si des sociétés devaient s'effondrer, dans un
proche avenir, ce seraient les sociétés traditionnelles
et plus généralement celles du tiers-monde, accablées
par des maux paraissant insolubles. Mais rien ne permet d'affirmer
que les sociétés les plus puissantes ne sont pas elles
aussi menacées de destruction. Cette destruction se produirait
pour des causes internes, tenant à des dysfonctionnements
propres aux sociétés développées. Elle
ne serait donc pas liée à l'effondrement des sociétés
du tiers-monde, même si celui-ci, se produisant en parallèle,
n'améliorerait en rien le sort des sociétés
développées. C‘est d'ailleurs la conscience
du fait que malgré leur richesse, les occidentaux ne sont
pas à l'abri des grandes menaces qui rend beaucoup d'entre
eux pessimistes et les porte à rechercher des consolations
religieuses face à un avenir terrestre qu'ils ne peuvent
plus considérer avec optimisme.
Plus
concrètement, pour les Européens que nous sommes,
la question de l'avenir de l'Europe en tant que telle est de plus
en plus posée. Les échecs de la construction européenne,
l'impuissance des gouvernements et des peuples à se regrouper
pour étudier des solutions communes pourtant théoriquement
possibles fait douter du futur. L'Europe disparaîtra-t-elle
à court terme comme l'ont fait jadis les empires étudiés
par Jared Diamond ? Beaucoup d'Européens commencent sans
doute à le penser mais ils semblent s'y résigner.
.
L'Europe
n'est pas seule en cause. L'avenir de l'Amérique du Nord
réputée toute puissante paraît aussi de plus
en plus incertain. Nombreux sont les analystes qui prévoient
la fin de l'Empire américain, incapable de surmonter ses
propres contradictions sociologiques et emporté par une ubris
technologique qui se retournera finalement contre lui. Est-ce à
dire que les empires émergents, notamment la Chine et l'Inde,
pourront prendre le relais de l'Empire américain pour guider
l'humanité vers un avenir plus rassurant? Les observateurs
avertis en doutent aussi - Jared Diamond est de ce nombre. Ils montrent
les faiblesses structurelles qui risquent de bloquer le développement
de ces nouveaux géants et d'entraîner le reste du monde
dans les impasses que leur croissance non maîtrisée
aura fait naître.
S'interroger
sur l'effondrement des sociétés humaines ne fait donc
pas partie des jeux d'esprit destinés à faire peur
aux favorisés afin qu'ils apprécient mieux le confort
dont ils jouissent. Il s'agit au contraire d'un comportement de
survie, d'autant plus indispensable que l'on se croit protégé.
Mais une objection vient tout de suite à l'esprit : est-ce
bien efficace ? Autrement dit, les sociétés sont-elles
dotées d'une personnalité collective et d'une sorte
de libre-arbitre qui leur permettraient de choisir, comme l'indique
le sous-titre de « Collapse », entre la chute et le
succès. A lire Jared Diamond comme les nombreux auteurs qui
exhortent à lutter contre les déclins divers, la science
le permet. Comprendre les lois qui gouvernent les sociétés
permettra d'éviter les accidents devant lesquels sont impuissantes
les sociétés ne disposant pas des éléments
modernes de l'analyse scientifique, sociétés primitives
ou sociétés animales. Mais ne s'agit-il pas d'une
illusion ?
On
retrouve là la question bien connue du volontarisme politique
et plus généralement de la décision qui se
prétend volontaire. Les super-organismes que sont les sociétés,
comme les organismes individuels que sont les humains en société,
ne sont-ils pas les produits de mécanismes complexes, inconnaissables
dans leur totalité et par conséquent aux résultats
imprédictibles ? On pourrait à la rigueur expliquer
le passé, voir donner quelques éclairages sur le présent.
Mais en aucun cas cela ne permettrait de choisir effectivement la
bonne solution pour le futur. Si nous reprenons l'exemple de l'Europe,
les explications toutes valables concernant son éventuel
déclin ne manquent pas. Le nombre d'Européens qui
les ont assimilées et qui voudraient réagir n'est
pas nul. Est-ce pour autant que, jour après jour, les décideurs
divers, y compris les citoyens dans leur ensemble quand ils sont
appelés à se prononcer, prennent les solutions de
survie qui semblent s'imposer? Sans doute pas. Il semble au contraire
qu'un mécanisme pervers soit à l'oeuvre, qui entraîne
inexorablement les Européens à faire tout ce qu'il
faut pour que l'entité européenne perdre de l'influence
et finisse par se dissoudre.
Mais
à cette objection, on fera la réponse classique de
la philosophie moderne de la connaissance. Les systèmes complexes
que sont les hommes et les organismes sociaux qui les regroupent
sont de plus en plus capables aujourd'hui de générer
des représentations mentales produites par l'expérience
qui leur permettent de se situer avec un certain recul dans leur
environnement. Il s'agit sans doute d'une propriété
où le libre arbitre n'a rien à voir. Ces représentations
constituent des propriétés émergeant spontanément
au sein de l'espèce humaine, si l'on peut dire. Mais leur
influence bénéfique sur les choix comportementaux
conditionnant la survie n'est pas négligeable. C'est d'ailleurs
pour cela qu'elles sont apparues dans les cerveaux et qu'elles y
ont persisté. Les scientifiques tels que Jared Diamond qui
s'efforcent d'analyser l'histoire des phénomènes sociaux
peuvent être considérés comme les yeux et le
cerveau de l'organisme social dont ils émanent. Il en est
de même en ce qui nous concerne quand nous lisons leurs études
et cherchons à en tirer des conclusions. Nous faisons tous
partie d'un dispositif de veille et de mise en garde, d'ailleurs
encore très imparfait, lequel caractérise notre super-organisme
sociétal et civilisationnel. Les sociétés primitives,
comme les sociétés animales, malheureusement pour
elles, n'en sont pas pourvues. C'est ce qui fait leur fragilité.
Autrement dit, quand nous traversons une route, nous savons qu'une
voiture peut survenir et nous regardons à gauche et à
droite, consciemment ou pas. C'est ce que ne savent pas faire ceux
qui se font écraser.
Les
facteurs de l'effondrement sociétal selon Jared Diamond
Venons-en
au contenu du livre, sans d'ailleurs prétendre le résumer,
même sommairement, car il s'agit d'un ouvrage considérable
et abondamment documenté. Il synthétise en quelque
550 pages ce qui a certainement représenté des années
de travail, tant de l'auteur que de ses correspondants. De plus,
le travail réalisé a été en grande partie
conduit sur le terrain et par discussion avec les représentants
des sociétés citées en exemple, quand ceux-ci
n'ont pas disparu. Il ne s'agit donc pas seulement de compilations
d'études déjà faites par d'autres.
Jared
Diamond a souhaité commencer son livre en exposant la situation
d'un Etat des Etats-Unis, le Montana, qu'il connaît bien.
Il étend ensuite sa réflexion à la Californie.
Ces deux Etats semblent à première vue prospères
et non menacés d'effondrement. Pourtant, pour lui, ils symbolisent
les Etats-Unis dans leur ensemble, dont les facteurs de fragilité,
nombreux, destructeurs et pourtant mal connus, méritent au
moins d'être pris au sérieux et d'être traités
au plus haut niveau politique. C'est que ces facteurs sont les mêmes
que ceux ayant entraînés la disparition des innombrables
sociétés du passé dont il ne reste aujourd'hui
que des vestiges, voire aucune trace d'aucune sorte. Ces facteurs,
on les retrouve aussi à l'oeuvre dans des sociétés
modernes non américaines, par exemple l'Australie, dont on
loue actuellement, à tort selon lui, la prospérité
actuelle ou la solidité du développement en cours.
Il est donc essentiel de les identifier.
Le
livre n'examine pas bien entendu toutes les sociétés
anciennes et modernes. Il se limite à quelques exemples significatifs,
sur lesquels l'auteur disposait de sources d'observation suffisantes.
Mais les exemples présentés sont assez nombreux et
divers pour nous convaincre de la justesse de son point de vue.
Il s'agit, outre le Montana, déjà cité, de
l'Ile de Pâques, des îles pacifiques isolées
de Pitcairn et Henderson, des sociétés américaines
primitives du Chaco, de l'empire Maya, des colonies Viking installées
dans le grand Nord, Islande, Groenland et Canada, des populations
de la Nouvelle Guinée enfin. Parmi les sociétés
modernes, il présente les cas du Ruanda, de Haïti (opposé
à celui de la République Dominicaine), de la Chine
et finalement de l'Australie. Mais le lecteur pourra sans difficulté
transposer ces observations à la situation des pays qu'il
connaît mieux, notamment à celle des pays européens.
Un
premier commentaire s'impose. Le talent de l'auteur est tel qu'il
fait de l'exposé de la naissance et de la chute des sociétés
prises en exemple de véritables petits romans, passionnants
et poignants. Ils sont d'autant plus éclairants que l'on
connaît mal généralement, à part le cas
de l'Ile de Pâques et des Mayas, l'histoire des peuples décrits.
Les lecteurs peu au fait du passé des sociétés
primitives découvriront à cette occasion comment,
dès pratiquement la fin du paléolithique, et certainement
dès le 10e millénaire avant JC, des sociétés
très évoluées, savantes, efficaces, s'étaient
mises en place, dans des endroits du monde apparemment inhabitables.
Autrement dit, l'histoire de l'humanité moderne remonte à
des millénaires avant l'apparition de l'écriture,
bien avant les sociétés d'Asie mineure et de l'Egypte
que nous connaissons par leurs monuments et leurs écrits
et bien avant les civilisations grecques et romaines qui sans doute
se sont bornées à reprendre et systématiser
ce qui avait été inventé des milliers d'années
auparavant. Ce que l'on sait maintenant des grandes migrations de
l'homo sapiens primitif, voire des néanderthaliens, à
travers l'Europe, l'Asie puis l'Amérique, montre d'ailleurs
que les solutions néolithiques étaient elles-mêmes
certainement l'héritage des premiers groupes humains de chasseurs-cueilleurs
explorateurs, dont l'organisation sociale était certainement
plus complexe qu'on ne l'imagine naïvement aujourd'hui, notamment
dans le domaine de l'observation et de l'exploitation des ressources
naturelles.
Malheureusement
pour elles, malgré leur niveau certain de développement
et d'adapatabilité, ces sociétés n'ont pas
été capables d'observer les limites fortes auxquelles
elles se heurtaient et les facteurs susceptibles d'entraîner
leur déclin. A plus forte raison n'ont-elles pas été
capables d'y porter remède. A des échelles différentes,
nous comprenons bien en lisant Jared Diamond que le même sort
nous menace. Nous non plus, nous ne percevons pas bien le seuil
qu'il ne faudrait pas dépasser, notamment en matière
de protection de l'environnement, pour ne pas provoquer de catastrophes
irréversibles où nous disparaîtrions. Plus grave,
quand nous le percevons, nous sommes incapables de mettre en oeuvre
les mesures collectives qui pourraient empêcher la marche
vers le désastre.
Quel
est le principal facteur ayant provoqué la disparition des
sociétés anciennes et menaçant la survie des
sociétés modernes ? Pour Jared Diamond, il s'agit
de la destruction de l'environnement naturel, autrement dit le suicide
écologique dit aussi « écocide »
ou « écosuicide ». L'écosuicide
résulte lui-même de plusieurs causes qui peuvent s'ajouter
mais dont la plupart suffisent à elles seules pour ruiner
une société : la déforestation et la destruction
des habitats naturels ; la ruine des sols par érosion, salinisation,
perte de fertilité ; la mauvaise gestion des ressources en
eau ; la surchasse et la surpêche ; l'introduction d'espèces
étrangères dans les écosystèmes originaux
; la croissance non maîtrisée des effectifs de la population
; le développement de l'impact per capita de la population
sur les ressources, c'est-à-dire le développement
des prélèvements sur le milieu résultant d'une
augmentation non contrôlée des consommations individuelles.
Mais
l'auteur se refuse à juste titre d'attribuer au facteur écologique
le seul rôle dans les effondrements sociétaux. Il y
ajoute, selon les cas, plusieurs autres grands facteurs. Viennent
d'abord les changements naturels de l'environnement climatique,
contre lesquels on ne peut pas grand-chose mais auxquels on doit
savoir s'adapter. Il faut ensuite tenir compte du rôle des
sociétés voisines, que celles-ci soient des partenaires
coopératifs ou des rivaux hostiles. Viennent ensuite les
capacités propres de la société à se
gérer efficacement. La mauvaise gestion politique et administrative
– on dirait aujourd'hui la mauvaise gouvernance – se
traduit par l'incapacité d'observer et de prévoir
le futur à long terme, l'incapacité de définir
et de faire appliquer les mesures correctrices, l'aveuglement des
chefs engagés dans des luttes internes pour le pouvoir et
sacrifiant volontairement les ressources disponibles pour engager
des politiques ruineuses destinées à assurer leur
prestige. Plus en profondeur, Jared Diamond signale un facteur essentiel
qui ne permet pas à une société de percevoir
les risques qu'elle court et d'y porter remède. Il s'agit
de la persistance en son sein de valeurs traditionnelles, servies
par des hiérarchies religieuses et politiques lesquelles
en tirent bénéfice. Ceci empêche la société
d'adopter de nouvelles valeurs susceptibles d'assurer sa survie.
Ces valeurs traditionnelles avaient été utiles à
une époque précédente, mais elles deviennent
mortelles quand les différents changements résumés
ci-dessus font sentir leur pression.
Cette
typologie des causes d'effondrement sociétal est intéressante
car elle est, si l'on peut dire, générique. On retrouve
ces causes à l'oeuvre, inégalement selon les cas,
le plus souvent sous des formes différentes, mais inévitablement,
dans l'histoire des sociétés anciennes comme dans
l'histoire moderne. Ainsi la destruction des sols naturels a provoqué
la ruine des habitants de nombreuses îles du Pacifique mais
elle menace aussi à grande échelle la Chine et l'Australie
d'aujourd'hui. Les dépenses somptuaires engagées de
façon irresponsable par des chefs en compétition interne
ou internationale pour le pouvoir demeurent – sans même
mentionner la guerre – une des principales sources de gaspillage
et de destruction de l'environnement. La persistance de valeurs
mal adaptées, celles qui par exemple encouragent une forte
natalité et proscrivent le contrôle des naissances,
a provoqué l'étouffement par surpopulation d'innombrables
sociétés anciennes. Elle menace encore aujourd'hui
la plupart des pays africains et arabo-musulmans. Elle est encouragée
par l'idéologie religieuse américaine qui refuse aujourd'hui
aux pays pauvres l'accès aux moyens de contraception et d'avortement.
L'irresponsabilité en matière démographique
représente d'ailleurs un risque global pour l'humanité
tout entière car, nous rappelle Jared Diamond, la vieille
loi de Malthus est toujours d'actualité. Selon cette loi,
la croissance des ressources ne peut qu'augmenter arithmétiquement
tandis que celle de la population, sans stabilisation stricte des
naissances, augmente exponentiellement. Il ne sert donc a rien de
vouloir améliorer le niveau de vie des pays pauvres si leur
population n'est pas bloquée au niveau actuel. Les efforts
d'amélioration, à supposer qu'ils soient consentis
par les pays riches, n'ayant aucune chance pour le moment d'être
accompagnés d'un contrôle strict et général
des naissances, maintiendront inexorablement un pourcentage important
de la population mondiale au seuil de la famine, avec les conséquences
politiques en résultant.
Commentaires
Les
critiques pointilleux trouveront certainement des points à
contester dans la grille de lecture des causes de la disparition
des sociétés proposée par le livre, ou dans
les applications qui en sont données. Ceci permettra d'ailleurs
aux intérêts économiques qui veulent que rien
ne change dans les pratiques de production et de consommation d'éviter
que le message d'alerte lancé par Jared Diamond soit politiquement
pris en compte par les opinions publiques. L'auteur, en bon scientifique,
a prévu les objections. Il a voulu faire la liste des critiques
qui lui seront faites, que ce soit par les industriels mis en cause
(par exemple les entreprises minières, pétrolières
et forestières refusant les pratiques protectrices de l'environnement)
ou par les écologistes lui reprochant un discours insuffisamment
radical. Nous avons trouvé ses arguments convaincants. Ceci
ne veut pas dire que le livre fasse un inventaire exhaustif des
causes qui ont conduit dans le passé à la disparition
d'un certain nombre de civilisations aussi valables que les nôtres.
Cela ne veut surtout pas dire qu'il insiste suffisamment sur la
nature spécifique des menaces qui pèsent aujourd'hui
sur l'humanité dans son ensemble – ni d'ailleurs sur
les solutions que certaines sociétés modernes, mieux
que d'autres, pourraient apporter. Pour voir cela de plus près,
sans prétendre pouvoir ici traiter la question à fond,
proposons nous un jeu rapide de questions-réponses.
-
Le rôle spécifique des super-puissances dotées
d'avances technologiques décisives
Dans
son ouvrage précédent, Guns, Germs and Steel,
Jared Diamond avait analysé les quelques derniers siècles
du millénaire précédent pendant lesquels les
peuples européens, jusque là à égalité
avec leurs concurrents arabes, asiatiques et indo-américains,
avaient réussi à conquérir ou asservir économiquement
une grande partie de la planète, en faisant disparaître
des sociétés bien plus anciennes que les leurs. Il
insistait sur le rôle des technologies militaires ou associées
développées par les Européens après
la Renaissance, sans lesquelles la volonté de conquête
des découvreurs et des colonisateurs serait restée
impuissante. Curieusement, dans Collapse, il ne mentionne
plus ce facteur, sauf par allusion. Nous pensons qu'il faut au contraire
le faire, non seulement pour expliquer le passé mais pour
comprendre le présent. Aujourd'hui, les sociétés
humaines se séparent en deux groupes, celles qui maîtrisent
les technologies dites de puissance et les autres. Parmi les premières,
il y a celles qui non seulement possèdent ces technologies
mais qui disposent d'une avance de quelques années, dans
la découverte et la mise en oeuvre des produits émergents.
Posséder cette avance et la conserver est décisif
pour l'avenir compétitif de ces sociétés.
C'est
l'avantage dont disposent aujourd'hui les Etats-Unis. Ils ne sont
pas prêts de l'abandonner. On rappellera qu'une des devises
de la Darpa, l'agence de recherche scientifique du département
de la défense américain, signifie à peu près
ceci : « Etre partout avant les autres et le rester ».
D'autres pays, le Japon, la Chine, l'Inde et, dans une certaine
mesure l'Europe, font de grands efforts pour disputer cette avance
aux Etats-Unis, mais ils sont encore loin derrière. D'autres
encore, les plus nombreux, ont quasiment renoncé à
rester dans la course, non pas de leur plein gré mais parce
qu'ils constatent qu'ils sont probablement définitivement
dépassés et dominés. Ceci veut dire que, sur
tous les plans, la civilisation américaine, avec ses bons
et ses mauvais côtés, va continuer dans les prochaines
années à subvertir les autres formes de civilisation
et réduire la diversité culturelle et la multipolarité
politique. Elle imposera aux autres peuples, bien que sans entraîner
en principe leur disparition physique, comme cela se faisait naguère,
ses formes d'économie, de culture, de consommation. En d'autres
termes, elle en fera des dépendances, des arrière-cours
de sa puissance, pour ne pas dire des colonies. Cet avantage se
poursuivra-t-il longtemps ? Peut-être pas, mais si recul il
y a de la domination américaine, il ne pas résultera
sans doute pas des progrès faits par les autres sociétés
dans leur effort de rattrapage, mais d'une crise systémique
de type économique liée aux excès non maîtrisés
de la conquête américaine. Cette éventualité,
que nous allons examiner ultérieurement, nous ramène
aux propos du livre de Jared Diamond. Une société
au fait de sa puissance peut se suicider sans le vouloir ou sans
pouvoir l'empêcher.
-
Le rôle des facteurs environnementaux
Jared
Diamond, bien qu'il s'en défende, est persuadé que
la cause principale de la ruine des sociétés humaines
complexes, lorsqu'elle s'est produite au cours de l'histoire, a
résulté de leur incapacité à maintenir
les écosystèmes naturels, sous la pression principalement
de leur croissance démographique non maîtrisée.
Son ouvrage présente suffisamment d'arguments pour nous en
convaincre. Sa lecture surprend d'ailleurs ceux qui n'étaient
pas suffisamment informés de la situation de certains pays.
C'est ainsi que l'auteur de cet article a découvert ce qu'il
ne soupçonnait pas : que l'Australie était un pays,
ou plutôt un continent, au bord de la faillite. L'Australie,
désertifiée par deux siècles d'erreurs écologiques
et de faiblesse politique à l'égard de ceux qui «
minent » ses potentiels géographiques, n'existe plus
que par ses 5 grandes villes. Celles-ci font illusion, car elles
ne vivent que de l'économie virtuelle et n'ont pas de sources
leur permettant de créer des valeurs ajoutées en propre.
Elles seront les premières à s'effondrer en cas de
crise économique systémique du type de celle que nous
allons évoquer ci-après.
On
ne peut donc que s'étonner de voir la timidité avec
laquelle Jared Diamond évoque l'immense problème actuel
du réchauffement climatique et des modifications de l'environnement
physique et des écosystèmes qui en résulteront.
Il paraît désormais acquis que cette évolution
catastrophique, qui s'accélère, résulte en
très grande partie des excès de la consommation d'énergie
fossile elle-même provoquée, non seulement par la pression
démographique dans les pays pauvres et émergents,
mais par l'égoïsme consommateur des pays riches, au
premier rang desquels les Etats-Unis. Jared Diamond fait bien allusion
au problème, mais on s'attendrait à ce que, s'appuyant
sur les prémisses de son étude, il mène une
attaque en règle contre l'administration américaine
actuelle et contre son chef G.W.Bush. Il aurait eu là l'exemple
parfait moderne, à échelle planétaire, de ce
qu'il a montré concernant l'effondrement de l'île de
Pâques ou de Haïti : l'entêtement des gouvernants,
pour maintenir leur pouvoir, à renoncer aux changements de
pratique et aux économies qui auraient permis la survie.
Lorsque que G.W. Bush continue à affirmer que le mode de
vie américain n'est pas négociable, pour protéger
les intérêts des industries pétrolières,
et qu'il refuse par conséquent de ratifier les objectifs
pourtant minima du protocole de Kyoto, c'est l'avenir du monde tout
entier qu'il met en danger.
Par
ailleurs, le lecteur européen sera surpris de voir le peu
d'importance qu'il accorde à l'Europe dans cet effort nécessaire
pour lutter contre la dégradation des écosystèmes.
Est-ce par ignorance de l'Europe ou par volonté expresse
de lui refuser le beau rôle ? Peu importe. Mais il faut souligner
ici que, même si les politiques environnementales, agricoles
et économiques des Etats européens et de l'Union européenne
ne sont pas exemplaires (par exemple en matière de pêche
océanique), elles sont cependant bien plus en avance sur
ce que fait le reste du monde en général, et les Etats-Unis
en particulier, pour éviter un collapse mondial à
base de destruction des milieux naturels. On n'insistera pas sur
ce point. Rappelons seulement que l'Europe a su, en général,
conserver ses sols, ses forêts, ses eaux et sa diversité
animale. Elle a lancé la première des politiques d'économie
d'énergie et de recours aux énergies de substitution.
Ceci parce qu'elle a compris, plus tôt que les autres, qu'elle
était sur la voie de l'auto-destruction et qu'il lui fallait
réagir, dans son domaine territorial d'abord, au sein des
organisations internationales ensuite. Pourquoi l'Europe fait elle
montre de plus de discernement que les autres ? Peut-être
parce qu'elle dispose d'une longue expertise dans la prise en compte
des évolutions à long terme, grâce notamment
à ses excellents corps d'ingénieurs et au rôle
demeuré essentiel de ses services publics d'intérêt
général. Malheureusement pour le monde, le poids global
de l'Europe dans la préservation des facteurs environnementaux
est faible. Cependant son exemple mérite d'être étudié
et suivi. On aurait aimé que Jared Diamond le dise.
-
L'Empire américain peut-il s'effondrer ?
Nous
avons évoqué ci-dessus cette question. Jared Diamond
ne se la pose pas dans toute son ampleur, même s'il l'aborde
incidemment à propos du Montana. Si nous nous appuyons sur
la grille des facteurs destructeurs des civilisations que nous propose
son livre, que répondre ? Les Etats-Unis sauront sans doute
globalement défendre leur environnement, même s'ils
sont moins attentifs que les Européens sur ce point. Ils
ne seront pas non plus en butte à des attaques massives de
pays belliqueux, comme cela aurait pu être le cas du temps
de la guerre froide. Ils ont en effet acquis une « global
dominance » militaire et technologique qui les met à
l'abri. Le terrorisme, toujours évoqué par le pouvoir
mais sans doute très grossi, ne sera jamais sans doute non
plus de taille à ruiner la société américaine.
Néanmoins, les études stratégiques pronostiquant
l'effondrement de l'Empire américain ne manquent pas. Nous
avons suggéré plusieurs fois dans cette revue que
le risque principal qui les menace tient aux abus de leur propre
puissance, dont sera en premier lieu responsable le complexe militaire-industriel-économique-politique
et religieux qui semble avoir pris définitivement le pouvoir
dans ce pays, malgré les efforts de l'opposition démocratique
libérale interne. On parlera d'un risque systémique.
Bornons-nous
pour illustrer ce point à évoquer à titre d'exemple
un scénario qui pourrait devenir d'actualité. Il circule
actuellement dans certains cercles stratégiques européens.
Citons en particulier, sans nous risquer à cautionner ces
prévisions, ce qu'en dit le think tank Europe2020 dans son
bulletin d'anticipation n°5 de mai 2006 (http://www.europe2020.org/fr/section_global/120506.htm).
LEAP2020 annonce pour les prochains mois de 2006 une crise systémique
globale, qui affectera le monde entier mais en priorité les
Etats-Unis. Qu'est-ce qu'une crise systémique.
Nous citons : «Une crise systémique
globale se développe selon un processus complexe qu'on peut
découper en quatre phases qui peuvent se chevaucher :
. une première phase dite « de déclenchement
» qui voit soudain toute une série de facteurs, jusqu'alors
disjoints, converger et se mettre à interagir et qui reste
essentiellement perceptible pour les observateurs attentifs et les
acteurs principaux.
. une deuxième phase dite « d'accélération
» qui est caractérisée par la prise de conscience
brutale par la grande majorité des acteurs et observateurs
que la crise est bien là car elle commence à affecter
un nombre rapidement croissant de composantes du système.
. une troisième phase dite « d'impact » qui est
constituée par la transformation radicale du système
lui-même (implosion et/ou explosion) sous l'effet des facteurs
cumulés, et qui affecte simultanément l'intégralité
du système.
. et enfin, une quatrième phase dite de « décantation
» qui voit se dégager les caractéristiques du
nouveau système issu de la crise.
…
LEAP/E2020 considère donc que c'est au cours du mois de Juin
2006 que ces pertes de confiance sectorielles, en voie de généralisation
dans chaque secteur, devraient converger pour produire l'accélération
du processus de crise. Cette accélération, qui devrait
s'étendre sur 3 à 6 mois, aura notamment sept conséquences
concrètes essentielles :
1. L'effondrement accéléré du Dollar
2. Une crise socio-politique interne aux Etats-Unis
3. Un conflit militaire Iran/Usa/Israël
4. Une inflation mondiale accrue
5. La rupture du processus de globalisation commerciale et économique
6. L'émergence accélérée de nouveaux
« blocs » régionaux/continentaux
7. Un rééquilibrage de la valeur relative des actifs
mondiaux.
Le passage à la phase 3 (dite « d'impact ») du
processus de crise systémique globale interviendra lorsqu'au
moins quatre des facteurs précités seront avérés.
Parallèlement, au cours de cette phase d'accélération,
il est ainsi déjà possible de discerner certaines
tendances qui façonneront le futur système global,
et donc de commencer à engager les décisions et les
politiques qui préparent l'avenir post-crise.
Répétons encore une fois que nous n'avons pas les
moyens ici de valider de telles prévisions. Bornons-nous
à indiquer que si des crises systémiques de cette
nature se produisaient, elles résulteraient en premier lieu,
comme indiqué précédemment, des abus de puissance
de l'empire américain. Ce serait sans doute les Etats-Unis
qui en seraient les premières victimes. La crise n'entraînerait
évidemment pas la disparition de l'Etat américain,
mais la puissance américaine telle que nous la connaissons
serait certainement déstabilisée. D'autres puissances
prendraient nécessairement le relais, la Chine en premier
lieu. L'Europe pourrait peut-être se trouver revigorée
par une telle crise, malgré ses liens étroits avec
l'économie en dollar. Elle pourrait profiter de son rôle
central au cœur d'une future zone euro mondialisée résultant
de l'abaissement général de la devise américaine.
-
L'ensemble des civilisations humaines pourrait-il s'effondrer ?
Cette question doit être posée à la lecture
du livre de Jared Diamond. Il se la pose lui-même. Nous ne
reviendrons pas sur les scénarios de catastrophes majeures,
notamment ceux décrits par les ouvrages de Martin Rees et
de Jacques Blamont précités, précisant ce que
serait une telle marche à l'apocalypse (doomsday).
Jared Diamond a le courage d'envisager cette perspective. Dans la
logique de son analyse, en dehors de l'aveuglement ou l'impuissance
des décideurs politiques et économiques, il évoque
comme cause majeure du futur effondrement la croissance démographique
globale. Pour lui, rien ne pourra arrêter celle-ci avant des
dizaines d'années, c'est-à-dire avant qu'elle ait
cessé de faire peser son impact sur l'environnement et sur
les ressources naturelles. De toutes façons, même si
la population mondiale était stabilisée aux quelque
6 milliards actuels, l'accroissement de la consommation de cette
population serait suffisant pour ruiner l'écosystème
et les équilibres politiques actuels.
De plus, il ne compte absolument pas – et sans doute a-t-il
raison – sur les nouvelles technologies et sur l'hypothétique
Singularité techno-scientifique pour apporter de nouvelles
ressources. Les temps de développement et de montée
en puissance à échelle mondiale de ces technologies
seront beaucoup trop longs pour qu'elles remplacent les sources
actuelles d'énergie, de matière premières et
de produits de subsistance.
Pour lui, la seule solution permettant d'éviter le destin
emblématique de l'île de Pâques, c'est-à-dire
un effondrement mondial violent, à base de guerres, famines
et maladies, serait que le monde développé accepte
de réduire dramatiquement son niveau de vie et de consommation,
en transférant les ressources ainsi économisées
aux pays pauvres. Mais il avoue ne pas vraiment croire à
la possibilité d'un tel altruisme, même sous la pression
d'une urgente nécessité. Les populations favorisées,
pensent-ils, préféreront le suicide à la diminution
de leurs consommations matérielles et de prestige. Nous serions
assez tentés, pour notre part, de partager cette vue réaliste,
aussi pessimiste puisse-t-elle paraître.
- Que peuvent faire les individus
pour éviter l'effondrement global ainsi pronostiqué
?
A la fin de son livre, Jared Diamond donne quelques conseils aux
personnes de bonne volonté qui voudraient contribuer à
retarder la catastrophe finale qu'il a évoquée. Il
n'innove guère en ce domaine, mais que pourrait-il dire d'original
? Il recommande les campagnes d'opinion en faveur de l'écologie
et de la croissance zéro, le boycott des produits et techniques
détruisant les milieux naturels, la pression citoyenne sur
les hommes politiques en faveur de bonnes décisions privilégiant
le long terme, plutôt que des choix démagogiques aux
conséquences désastreuses. Tout ceci vaudra mieux
que ne rien faire.
Mais
nous retrouvons la question philosophique et scientifique centrale
posée en début de cet article : dans un univers complexe,
les sociétés humaines sont-elles, de façon
consciente et volontaire, à la fois prédictibles et
gouvernables ?