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2 juillet 2007 Présentation
et commentaires par Jean-Paul Baquiast
d'après
l'original en anglais). Texte relu et complété par
Philippe Lequesne 01/08/07
The trouble
with physics
The
trouble with physics
The Rise of String Theory,
the Fall of a Science and what comes next
Houghton
Mifflin Cie
2006
Traduit
en français par Alexeï Grinbaum sous le titre
Rien ne va plus en physique !
L'échec de la théorie des cordesavec
une préface d'Alain Connes
Dunod - Quai des sciences
Avril 2007
Lee
Smolin est un physicien théoricien la vaste culture.
C'est aussi, même s'il ne l'affiche pas, un philosophe,
un sociologue et un pédagogue de la science remarquable.
Il est actuellement chercheur au Perimeter Institute, dans
la province canadienne de l'Ontario, qu'il a contribué
à fonder afin d'encourager les remises en question
et idées nouvelles en science, venant de la part de
ceux qu'il appelle des visionnaires (seers) dans son livre.
Ouvrages
précédents:
* 1999. The Life of the Cosmos
* 2001. Three Roads to Quantum Gravity (voir
notre présentation). Nous renvoyons le lecteur
à cet article. Il y constatera que dès 2002
nous avions voulu rendre hommage au travail profondément
original de Lee Smolin.
Pour
en savoir plus
Page personnelle : http://www.leesmolin.com/
Le site du livre :http://www.thetroublewithphysics.com/
Les spécialistes étudieront sur ce site deux
séries de réponses faites par l'auteur à
diverses observations et critiques:
* In a recent letter to friends and colleagues I emphase
the main themes and conclusions of TTWP.
* Here is a response to a review by Joe Polchinski that
several people asked for.
Le Perimeter Institute : http://www.perimeterinstitute.ca/
On
pourrait croire, si l’on s’en tenait au titre du livre,
The Trouble with Physics (TTWP) que Lee Smolin ne se borne
pas à constater l’impasse dans laquelle se trouverait
selon lui la théorie des cordes, mais qu’il étend
ce constat d’échec à la physique fondamentale
toute entière. Il est vrai que si, loin d’apparaître
comme la théorie ultime en physique, la théorie des
cordes se révélait incapable de fournir de preuves,
après bientôt quarante ans de recherches, à
l’appui des visions profondément contre-intuitives
du monde qu’elle propose, l’ensemble de la physique
fondamentale en souffrirait. Jusqu’alors en effet, pour les
physiciens en général et les cosmologistes à
en particulier, c’est l’expérience instrumentale,
et non la production de modèles mathématiques aussi
élégants soient-ils mais non vérifiables, qui
constitue la première source du savoir sur le monde. Il en
est de même d’ailleurs pour toutes les sciences.
Mais
TTWP (bien que l’auteur s’en défende) n’est
pas seulement une critique sévère de la théorie
des cordes. C’est aussi un acte de foi dans l’avenir
de la physique, à condition que celle-ci sache renouveler
en profondeur les questions qu’elle pose à la nature.
Lee Smolin consacre plusieurs chapitres importants de son livre
à recenser les directions dans lesquelles pourrait se développer
une nouvelle physique, à la fois théorique et expérimentale,
capable de dépasser les blocages actuels. Pour ce qui nous
concerne, comme la présentation de la théorie des
cordes a déjà fait l’objet de nombreuses publications,
c’est à la discussion des nouvelles voies de recherche
présentées par l’auteur que nous voudrions consacrer
l’essentiel de cet article.
Avant
cependant d’en venir à ce thème, qui est de
la plus haute actualité, nous devons indiquer que TTWP comporte
plusieurs chapitres de réflexion sur la science, sur les
scientifiques et sur les divers intérêts qui la financent.
Ce travail est intéressant, mais il nous paraît faire
montre d’une certaine naïveté. Disons seulement
ici, sans entrer dans la discussion, que Lee Smolin ne va sans doute
pas encore assez au fond des critiques nécessaires. Si l’on
considère en effet que l’essentiel des crédits
de recherche dans le monde intéressent les applications militaires
et économiques dites de puissance, on peut craindre que la
recherche fondamentale, y compris en physique, soit de moins en
moins bien dotée. Or, comme Lee Smolin le montre, pour aboutir
à des résultats susceptibles de préciser les
nouvelles visions du monde physique qu’il appelle de ses vœux,
il faudrait admettre que seuls 10% des projets pourraient éventuellement
apporter des changements de paradigme, les 90% restant n’aboutissant
pas. Si les universités et plus généralement
les Etats acceptaient de tels ratios pour la recherche fondamentale,
tout à fait reconnus par les capital-risqueurs en matière
industrielle et commerciale, il faudrait multiplier par 10 les crédits
de recherche fondamentale. Il faudrait aussi sans doute créer
des structures de recherche non finalisée (blue sky research)
beaucoup plus nombreuses et mieux dotées que les quelques
rares fondations et instituts existant actuellement. Comme rien
ne laisse espérer que cela sera fait, on ne pourra donc compter
que sur des hasards heureux pour imposer de nouvelles révolutions
conceptuelles, notamment avec l’entrée en service des
nouvelles générations d’instrument – et
aussi de nouvelles générations de chercheurs moins
enfermés dans leurs spécificités disciplinaires.
Les
cinq grands problèmes non résolus par la physique
contemporaine
Lee
Smolin commence son ouvrage par le recensement des cinq grands problèmes
qui se posent aujourd’hui à la physique théorique
(que nous préférerions appeler physique fondamentale,
pour la distinguer de la physique appliquée). Ce recensement
est de la plus haute importance, non seulement parce que dans la
suite du livre, Lee Smolin montrera que la théorie des cordes
n’offre à ce jour de perspectives sérieuses
que pour la résolution d‘un seul de ces problèmes,
mais aussi parce que ce catalogue de nos ignorances doit rester
présent à l’esprit lorsque l’on s’interrogera
sur les nouvelles solutions que pourraient proposer de nouveaux
concepts appuyés sur de nouvelles observations expérimentales.
Nous dirions pour notre part, en nous adressant aux lecteurs de
notre revue, que garder constamment en esprit la liste de ces problèmes
constitue la seule façon d’évaluer l’intérêt
des innombrables événements qui constituent l’actualité
de la physique contemporaine. Bien évidemment, les questions
fondamentales que pose la physique, à la frontière
de la métaphysique, sont bien plus nombreuses. Mais cette
liste à l’intérêt de mettre l’accent
sur les problèmes vraiment « chauds », compte-tenu
de l’actualité. Reprenons donc la liste de Smolin,
sans entrer dans la définition des termes employés,
supposée connue de nos lecteurs.
*
Premier problème : unifier la relativité générale
et la mécanique quantique dans une théorie générale
de la nature qui a déjà été baptisée
du terme de gravitation quantique. Celle-ci n’a jamais
encore été produite à ce jour. Or la nature
est une et devrait donc relever d’une théorie unifiée.
Une telle unification devrait en particulier faire disparaître
l’apparition de valeurs infinies qui perturbent chacune de
ces deux théories dans son domaine, alors que la nature n’a
jamais présenté de phénomènes infinis.
Il s’agirait alors d’obtenir avec la gravitation quantique
une théorie finie (finite theory).
On
pourra discuter évidemment de cette exigence d’unification.
La nature est-elle vraiment une ? On discutera aussi le postulat
« réaliste » posé implicitement par cette
question : existe-t-il une nature en soi que l’on pourrait
décrire comme l’on décrit une chaise ou un organisme
vivant ? Nos concepts scientifiques ne sont-ils pas seulement construits
par notre cerveau, en fonction du degré de développement
du « super-organisme scientifique » dont nous faisons
partie ?
*
Second problème : donner des fondements « réalistes
» à la physique quantique. Si celle-ci a ouvert
des domaines d’applications en grand nombre, elle n’a
jamais voulu ni pu décrire les phénomènes en
termes déterministes. En particulier, elle ne cherche pas
à définir précisément l’entité
observée, la mesure, l’observateur. Elle se borne à
présenter des probabilités d’occurrence. Une
théorie unifiée de la gravitation quantique devrait
pouvoir résoudre ce problème.
La
encore, on discutera de l’intérêt soit de donner
une interprétation « réaliste » à
la physique quantique, soit d’inventer une nouvelle physique
quantique qui soit déterministe (on retrouve là la
question des variables cachées). Mais Lee Smolin reconnaît
qu’il se range dans la vaste classe des physiciens réalistes,
pour qui l’indétermination de la physique quantique
reste une tare. Dans la suite du livre, il montre que les fondements
de la relativité comme ceux de la théorie quantique
ne paraissent pas aujourd’hui aussi établis que l’on
pense généralement. Comment alors construire une théorie
de la gravitation quantique sur de telles bases ?
*
Troisième problème : décrire par une
seule théorie les diverses particules et forces identifiées
par la physique. Dans un premier temps, se pose la question
de la pertinence du modèle dit standard des particules élémentaires
formulé dans les années 1970. Celui-ci, considéré
comme un des grands succès de la physique de ces années,
décrit les interactions forte, faible et électromagnétique,
ainsi que l'ensemble des particules élémentaires qui
constituent la matière. Il regroupe six espèces de
quarks (composants des protons et neutrons) et six espèces
de leptons (incluant l’électron et le neutrino). Les
forces d’interactions connues, auxquelles correspondent des
bosons, sont l’électromagnétisme, les forces
nucléaires faibles et fortes et la gravité. Développé
entre les années 1970 et 1973, c'est une théorie quantique
des champs compatible avec les principes de la mécanique
quantique et de la relativité, en bon accord avec les données
expérimentales. Mais il ne s’agit pas d’une théorie
complète des interactions fondamentales principalement parce
qu'il ne décrit pas la particule supposée correspondant
à la force de gravitation, le graviton, qui n’a pas
encore été identifiée. De plus et surtout,
il présente une longue liste de constantes ajustables ou
paramètres libres, qui décrivent entre autres les
masses des particules élémentaires ainsi que leurs
différents couplages. Ces paramètres doivent être
déterminés expérimentalement car le modèle
standard n’est pas une théorie fondamentale permettant
de comprendre pourquoi les valeurs observées sont ce qu’elles
sont.
* Quatrième problème : expliquer comment et
pourquoi les variables ajustables du modèle standard sont
déterminées par la nature. Il serait nécessaire
d’obtenir une théorie unifiée des particules
et de leurs forces d’interaction, comportant toutes les particules
actuellement observées ou susceptibles de l’être
prochainement avec l’arrivée de nouveaux instruments.
Rappelons que ces particules et forces ne sont généralement
pas considérées comme existant en elles-mêmes,
mais comme des phénomènes manifestant l’existence
de dynamiques plus profondes encore inconnues. Cependant, comme
elles ne se produisent pas au hasard, elles doivent bien obéir
à quelque chose qu’il faudrait faire apparaître,
existant soit dans la nature, soit dans ce que nous appelions dans
un paragraphe précédent le super-organisme scientifique.
* Cinquième problème, particulièrement d’actualité
: obtenir une théorie qui explique les phénomènes
dits de la matière noire et de l’énergie noire.
Ceux-ci sont considérés comme de grands succès
récents de l’observation expérimentale du cosmos,
montrant que les modèles théoriques purement mathématiques
ne peuvent jamais prétendre donner des prévisions
complètes de ce qu’est la nature. L’observation
surprend toujours. On sait, concernant la matière noire,
que l’observation des vitesses orbitales des étoiles
dans les galaxies ne correspond pas à ce qu’elle doive
être compte tenu des masses visibles. L’erreur est dans
un facteur de plus de 10, ce qui laisse supposer l’existence
de formes de matière ou d’énergie non encore
détectables. Concernant l’énergie noire, il
s’agit d’une force d’expansion (dite aussi constante
cosmologique, pour des raisons que nous ne rappellerons pas ici)
qui s’ajoutant à l’expansion du cosmos depuis
le Big Bang, a été récemment observée
et paraît responsable d’une accélération
uniforme du cosmos tout entier. Ainsi, il apparaît dorénavant
que 96% des propriétés observées de l’univers,
propriétés que l’on regroupe désormais
dans un « modèle standard de la cosmologie »,
correspondent à des phénomènes dont on ne sait
absolument rien.
Ou bien la matière noire et l’énergie noire
existent et il faut expliquer à quoi elles correspondent.
Ou bien elles n’existent pas, mais alors il faut expliquer
pourquoi la gravité apparaît modifiée sur de
grandes échelles. A nouveau se pose la question inhérente
à la physique fondamentale : pourquoi les constantes du modèle
standard (ici le modèle standard de cosmologie, incluant
l’énergie noire), ont les valeurs qu’elles présentent
à l’observation – étant supposé,
évidemment, que cette dernière soit fiable ?
Le rêve
de l’unification
Les chapitres suivants de TTWP (2, 3 et 4) explicitent, avec la
clarté pédagogique caractéristique de l’auteur,
le développement des théories d’unification
en cosmologie et en physique. Cette histoire commence vraiment avec
l’affirmation de Giordano Bruno, selon laquelle les étoiles
étaient des soleils comme le nôtre (affirmation qui
causa sa condamnation à mort et son exécution par
l'Inquisition). Elle se poursuit encore aujourd’hui, jusqu’à
la dernière hypothèse en date, la théorie des
cordes. Lee Smolin s’interroge sur la pertinence du besoin
d’unifier les théories. En dehors du fait que les hypothèses
unificatrices répondent à un besoin d’esthétique,
elles correspondent le plus souvent à des avancées
conceptuelles et paradigmatiques, entraînant de nouvelles
hypothèses et de nouvelles découvertes. Mais il arrive
qu’elles induisent des erreurs, surtout lorsqu’elles
ne sont pas démontrables par l’expérience.
La théorie de la relativité générale
d’Einstein a fait plus qu’unifier, elle a introduit
une géométrie de l’espace et du temps indépendante
de l’arrière-plan (background independent).
Ce caractère est fondamental pour Lee Smolin et devrait être
retrouvé par toutes les théories unificatrices futures,
visant notamment à intégrer mécanique quantique
et relativité dans la future gravitation quantique. Dire
que la théorie de la relativité générale
est indépendante de l’arrière plan (background)
signifie qu’elle peut être formulée sans fixer
auparavant une métrique. Tous les champs y sont dynamiques,
tous interagissent, tous s’influencent respectivement. Cependant
Einstein échoua dans sa tentative de créer une géométrie
de l’espace-temps capable d’unifier la gravité
et l’électromagnétisme. Avec le développement
de la physique quantique après 1930, il ne lui fut pas davantage
possible d’unifier cette nouvelle physique avec les autres
forces. Lee Smolin raconte comment Einstein perdit tout crédit
dans cette tentative vaine, alors que l’élite de la
physique mondiale se tournait vers la physique quantique.
Dans
le cadre des deux grandes théories de physique fondamentale
du XXème siècle, la relativité et la mécanique
quantique, notons que la culture et la formation de Smolin sont
essentiellement orientées vers la relativité, à
contre courant de la plupart des physiciens théoriciens contemporains.
Il est étonnant d’ailleurs, que lors qu’il parle
de mécanique quantique, il ne cite que très rarement
le nom de Paul Dirac dont les travaux sur l’anti-matière
et l’équation relativiste de l’électron
ont à la fois couronné les débuts de la mécanique
quantique des années 1930, et servi de point de départ
à l’électrodynamique quantique, continuée
par la suite, entre autres par Richard Feynmann.
Les efforts d’unification se poursuivirent néanmoins,
à partir de la physique quantique, dans la direction des
forces autre que la gravitation : l’électromagnétisme
: théorie quantique des champs, électrodynamique quantique)
…jusqu’au modèle standard des particules élémentaires
proposé en 1970. Mais au-delà, les tentatives d’unification,
dites de grande unification, ne purent aboutir. Il fallait inventer
une symétrie capable de transformer les quarks, constituant
des protons, en leptons. Le nom de code en est SU(5). Mais il n’a
pas été possible à ce jour de prouver la désintégration
du proton prévue par la théorie. Il paraît nécessaire
à Lee Smolin d’en conclure que la grande unification
SU(5) était une hypothèse fausse.
La rupture enre
théorie et expérience
L’échec
des premières théories de grande unification n’a
pas empêché les théoriciens de formuler de nouvelles
hypothèses, mais cet échec a, selon l’expression
de Lee Smolin, ouvert en physique une crise qui se poursuit encore.
La théorie et l’expérimentation ont cessé
de travailler main dans la main comme elles l’avaient toujours
fait jusqu’alors. A partir des années 80, un certain
nombre de physiciens restés fidèles à l’expérimentation
se sont contentés d’approfondir le modèle standard.
Cependant la plupart des théoriciens se sont engagées
dans des hypothèses encore plus ambitieuses que celles concernant
la grande unification. Le chapitre 5 du livre décrit les
orientations retenues, hormis la théorie des cordes examinée
dans les chapitres suivants. Il s’agit d’une histoire
compliquée que nous n’évoquerons évidemment
pas ici. Bornons-nous à dire que ces hypothèses ont
principalement visé à unir les deux grandes classes
d’objets supposés construire le monde : les particules
(quarks et leptons) et les champs (ou forces) au sein desquels elles
interagissent. Selon la théorie quantique, les particules
sont aussi des ondes mais la théorie n’unifie pas pour
autant les particules et les champs. La théorie distingue
au contraire deux grandes classes de particules élémentaires,
les fermions et les bosons. Les fermions sont les particules de
matière (électrons, photons, neutrinos). Les bosons
sont les particules associées au champ. Le photon est un
boson, de même que les bosons faibles W+, W- et Z° de
la force nucléaire faible et les gluons de l’interaction
nucléaire forte (voir encadré ci-dessous).
Pour poursuivre les tentatives d’unification, il a paru nécessaire
de définir un processus dit de supersymétrie dans
lequel il serait possible de remplacer un fermion par le boson correspondant
sans changer les conditions de l’expérimentation. Dans
ce cas, chaque particule aurait un superpartenaire à découvrir,
dit « s », par exemple le sélectron pour l’électron.
L’encore hypothétique « boson de Higgs »,
objet de toute l’attention de la presse technique, serait
le boson correspondant, dans les théories de supersymétrie,
à la force électrofaible (interaction entre électromagnétisme
et force nucléaire faible du modèle standard). C’est
la seule particule de ce modèle non encore observée.
Sa découverte aurait un rôle capital car elle permettrait
d’expliquer la différence de masse entre les autres
particules élémentaires, particulièrement entre
le photon sans masse et les bosons W et Z. Elle légitimerait
ainsi l’ensemble du modèle standard des particules
élémentaires, alors que sa non-découverte remettrait
en cause beaucoup des hypothèses correspondantes. D’où
l’intérêt qui s’attache à ce que
montrera le futur LHC du Cern quand il entrera en fonction dans
les prochains mois.
En attendant, la supersymétrie reste une hypothèse.
Mais même au cas où l’hypothèse serait
vérifiée, Lee Smolin considère qu’elle
ne répondrait à aucun des cinq problèmes qu’il
a identifiés au début de son livre, notamment pourquoi
les constantes du modèle standard sont ce qu’elles
sont. En effet, la supersymétrie comporte un grand nombre
de variables libres, que le théoricien peut fixer à
son gré pour justifier ses choix de modélisation.
La
réponse résulte dans l'interaction des quatre
forces physiques : la gravité, la force nucléaire
forte, la force nucléaire faible et la force électromagnétique.
Ces
forces agissent sur les fermions élémentaires
par l'échange de bosons de jauge, l'autre classe de
particules élémentaires. On appelle aussi les
bosons de jauge des "particules de rayonnement".
Responsables
des forces de la nature
Il existe 12 bosons de jauge dans le modèle standard
: le photon, 8 gluons et 3 bosons faibles. En plus, on prédit
l'existence du graviton qui n'a pas encore été
observé, et celle du boson de Higgs.
Chaque
boson de jauge est associé à une force. Le photon
transmet la force électromagnétique. Les gluons
transmettent la force nucléaire forte. on peut comparer
cette force à un élastique incassable : il faudrait
une force infinie pour séparer les quarks qui sont
unis grâce aux gluons. Enfin, les bosons faibles transmettent
la force nucléaire faible, et le rôle du graviton
est de transmettre la force gravitationnelle.
Notons que le graviton ne fait pas partie du modèle
standard. Son existence est purement théorique et aucune
expérience n'a encore démontré sa présence.
Quant
au boson de Higgs, il serait responsable de la masse des autres
particules. Son existence n'a jamais été démontrée
non plus.C’est en particulier l’enjeu du futur grand
accélérateur LHC du Cern, qui devrait démarrer
fin 2007.
Le
chapitre 6 évoque les tentatives, engagées aussi dans
les années 1989, pour développer une théorie
consistante de la gravitation quantique. Lee Smolin y reprend les
grandes lignes de son précédent ouvrage, Three
Roads to Quantum Gravity, référencié en
introduction. Il y rappelle que pour lui une telle théorie
doit être indépendante de l’arrière-plan
comme l’est la théorie de la relativité. Ceci
veut dire que la géométrie de l’espace ne doit
pas y être fixée à l’avance. L’espace
évolue dynamiquement selon les mouvements de la matière
en son sein. Il existe aussi des ondes gravitationnelles qui parcourent
la géométrie de l’espace. L’espace peut
avoir dans certains cas plus de trois dimensions. Il n’y a
pas de loi qui définisse ce que doit être une fois
et pour toutes la géométrie de l’espace, il
y a seulement une loi qui définit comment la géométrie
évolue. Ainsi la géométrie de l’espace
ne fait pas partie des lois fondamentales de la nature. Elle évolue
en fonction de lois plus profondes. Il en est de même du temps.
Le monde doit être décrit en termes d’événements
et de relations, d’où découlent des causalités.
Mais ces événements ne sont pas référencés
à un temps défini de l’extérieur.
Lee Smolin observe que les hypothèses relatives à
la gravitation quantique proposées à partir des années
1970 sont toutes du type « indépendant de l’arrière-plan
», sauf la théorie des cordes. C’est
là pour lui le plus grand défaut de celle-ci.
La responsabilité en a incombé à Einstein et
aux relativistes qui ne surent pas dès l’apparition
de la mécanique quantique obliger celle-ci à prendre
en compte l’hypothèse de l’existence d’ondes
gravitationnelles (il est vrai particulièrement faibles,
si elles existent et jusqu’à ce jour inobservées)
et faire ainsi de la mécanique quantique une théorie
indépendante de l’arrière-plan. Elle ne l’est
toujours pas, ce qui limite nécessairement ses ambitions
cosmologiques. D’intéressantes recherches sont conduites
aujourd’hui autour des trous noirs, qui disposent de champs
gravitationnels suffisamment forts pour y étudier la supergravité.
Mais rien de substantiel ne permet encore d’en tirer les bases
d’une théorie substantielle de la gravitation quantique.
Les
révolutions avortées de la théorie des cordes
La seconde partie de TTWP est consacrée à la théorie
des cordes. On sait que pour Lee Smolin, il s’agit essentiellement
d’une impasse, pour la raison principale que les hypothèses
qu’elle propose ne sont pas testables. Elles sont de toutes
façons en si grand nombre que les théoriciens des
cordes peuvent toujours prétendre, face à un résultat
contredisant telle variante, qu’il en existe une autre susceptible
d’être ultérieurement confirmée. Lee Smolin
au contraire s’en tient fermement aux considérations
de Karl Popper, selon lesquelles une bonne théorie scientifique
doit, non seulement être prouvable, mais aussi falsifiable.
Il a été décrit comme un « popperrazzi
», ce qu’il accepte volontiers d’être. Là
encore, nous n’entrerons pas dans les nombreux arguments permettant
à Smolin et ceux qui, de plus en plus nombreux, prennent
leurs distances vis-à-vis de la théorie des cordes,
de justifier leur refus d’y voir la Théorie du Tout
que ses promoteurs ont voulu faire.
Toujours
d’un point de vue épistémologique, ce livre
est d’ailleurs aussi un remarquable exemple d’application,
sur un cas contemporain, des thèses de Thomas Kuhn dans son
œuvre célèbre « La structure des révolutions
scientifiques » : on assiste « en direct »
à la fissure d’un « paradigme » de science
« normale »
Les
chapitres 7, 8, 9, 10 et 11 du livre analysent ce que Lee Smolin
appelle les prémisses, la première révolution
et la seconde révolution de la théorie des cordes,
ainsi que les développements ayant suivi de la part des défenseurs
de la théorie. Le Chapitre 12 suivant recense les points
que la théorie des cordes expliquerait, c’est-à-dire
les apports positifs qu’elle aurait fait à la cosmologie
et à la gravitation quantique. Mais on verra que ses apports
sont pour lui limités. La théorie ne répond
à aucun des 5 grands problèmes de la physique contemporaine
qu’il a identifiés au début de son livre, sauf
au troisième de ces problèmes : l’unification
des particules et des forces, ceci il est vrai dans une perspective
« dépendante de l’arrière-plan qui limite
la portée de la démarche. Ce faisant, la théorie
des cordes évoque une « simple loi » permettant
de comprendre pourquoi les particules sont ce qu’elles sont
à l’observation. C’est que les cordes qui leur
correspondent se déplacent dans l’espace-temps de façon
à minimiser l’aire qu’elles occupent (comme le
font des bulles de savon). On retrouverait là une loi fondamentale
des théories constructales selon laquelle les formes de la
nature sont ce qu’elles sont du fait que la concurrence entre
elles les obligent à minimiser l’énergie qu’elles
consomment.
Rappelons
rapidement que pour la théorie des cordes, toutes les
particules et les forces (bosons) que l’on observe découlent
de la vibration d’objets minuscules en forme de cordes,
linéaires ou bouclées. La théorie des cordes
se veut une théorie de la gravitation quantique puisqu’elle
intègre dans son approche les forces gravitationnelles.
Les différentes espèces de particules correspondent
à des modes différents de vibration de ces cordes
élémentaires. Pour produire les formes complexes
correspondant à ces particules, les cordes se développent
dans des espaces dotés d’un plus grand nombre de
dimensions que l’espace ordinaire, au moins six dimensions
supplémentaires. Mais celles-ci n’ont pas été
observables à ce jour du fait de leurs tailles submicroscopiques.
De plus, les formes pouvant être ainsi adoptées
sont en très grand nombre, correspondant à différents
univers, avec des particules différentes et des constantes
fondamentales également différentes. On ajoutera
que pour les théoriciens des cordes les trois dimensions
de l’espace sont confinées à la surface
de membranes ou branes flottant dans un espace multidimensionnel.
Ces branes peuvent entrer en collision et provoquer des explosions
d’énergie analogue à la collision matière-anti-matière.
Les défenseurs de la théorie des cordes (il en
reste) dont notamment Joe Polchinski, de l’université
de Californie, à qui Lee Smolin répond sur le
site de son livre (voir notre encadré introductif), ne
désespèrent pas cependant d’obtenir prochainement
certaines preuves, sinon décisives, du moins encourageantes.
Un article d’ Amanda Gefter, dans le New Scientist du
14 juillet 2007, p. 30, les énumère. Les possibilités
sont les suivantes :
- détecter des supercordes ayant subi une forme d’inflation
leur ayant donné des dimensions cosmologiques. Ces objets
exerceraient un effet de lentille gravitationnelle, au cas où
ils s’interposeraient entre la Terre et une étoile
lointaine. Plus généralement, ils devraient produire
des ondes gravitationnelles très puissantes, détectables
dans l’ observatoire LIGO et le futur LISA. De telles
ondes devraient aussi perturber le rythme des émissions
radio émanant d’un pulsar.
A l’inverse, des ondes gravitationnelles trop fortes,
qui seraient observées dans les image micro-ondes du
fonds de ciel (CMB) obtenues par l’observatoire orbital
Wilkinson ou le futur observatoire européen Planck seraient
incompatibles avec la théorie des cordes.
- expliquer pourquoi des plasmas de quarks et gluons obtenus
dans les collisions entre atomes d’or dans le Relativistic
Heavy Ion Collider de Brookhaven se comportent non comme le
gaz prévu par la chromodynamique quantique mais comme
un liquide auquel correspondrait un trou noir prévu par
la théorie des cordes. Cela ne serait pas une preuve
définitive de la validité de cette dernière,
mais pourrait en être un indice fort.
- prouver l’existence des extra-dimensions prédites
par la théorie des cordes au cas où le futur LHC
du Cern montrerait que des débris résultant des
collisions organisées par ce dernier seraient «
avalés » au lieu d’être conservés.
Ils pourraient l’être au sein des extra-dimensions
de la théorie des cordes. Au-delà, si le LHC prouve
la supersymétrie en faisant apparaître de superparticules,
il fournirait un nouvel indice fort en faveur de la théorie
des cordes.
Lee Smolin prend soin, dans son livre et ses articles, de ne pas
condamner à l’avance toutes perspectives expérimentales
pouvant apporter des preuves à la théorie des cordes.
Il est plus prudent et, en bon scientifique, il réserve l’avenir.
Mais il nous prévient du fait, déjà signalé
dans cet article, qu’existant non pas une mais des millions
de théories des cordes ou de modèles en découlant,
il est trop facile aux théoriciens de trouver l’explication
ponctuelle à telle ou telle observation pouvant être
considérée comme une preuve de la théorie.
De même, les expériences qui la contrediraient explicitement
peuvent toujours être considérées comme invalidant
telle version de la théorie et non les autres.
Pour notre part, nous pensons, avec Lee Smolin, que la
cause de la théorie des cordes est entendue. Elle est fausse
ou, en tous cas, gravement inadéquate. Il en
est de même de la théorie du Tout et la M.théorie
qui en sont des versions « journalistiques », destinées
à encourager de généreux donateurs. Il est
temps, comme le fait TTWP, de passer à autre chose, c’est-à-dire
aux hypothèses, reposant sur de nouvelles observations, pouvant
montrer que des approches résolument révolutionnaires
doivent dorénavant être poursuivies pour comprendre
l’univers ou, tout au moins, pour interpréter les nouvelles
expériences qui s’accumulent en ce moment. Ce ne seront
pas alors les seuls fondements de la théorie des cordes qui
seront remis en cause, mais ceux des piliers désormais centenaires
de la physique fondamentale, les deux relativités et la mécanique
quantique.
Vers une nouvelle
physique
La Troisième partie de TTWP, avec les chapitres 13, 14 et
15, vise à évoquer les différentes approches
que Lee Smolin recommande aux lecteurs d’analyser, s’ils
veulent interpréter correctement les nombreux articles publiés
par la littérature scientifique et qui contribuent, soit
ponctuellement, soit plus systématiquement, à définir
les contours d’une nouvelle physique. Celle-ci n’est
pas encore fixée sous forme d’un paradigme susceptible
de remplacer les paradigmes relativiste et quantique, mais les visionnaires
(ceux que Smolin appellent des « seers » dans son livre),
commencent à en faire apercevoir les contours.
Comme
visionnaires, outre des physiciens qu’il côtoie, Lee
Smolin prend l’exemple d’un mathématicien français
contemporain (il a 79 ans) , Alexander Grothendieck, médaille
Fields, génie des mathématiques du XXème siecle,
dont les concepts – théorie des motifs, topos..- sont
repris par Alain Connes, préfacier de TTWP, dans un livre
de physique mathématique de plus de 600 pages qui vient de
sortir mi-juillet « Non commutative geometry, Quantum
fields and motives ». Alain Connes, pour traiter en mathématicien
de la physique fondamentale, s’appuie aussi sur les concepts
formulés en 1832 par un autre génie mathématique
visionnaire de 20 ans : Evariste Galois.
Le paysage reste complexe, sans directions encore privilégiées,
car la nouvelle physique explore de nombreuses voies. Ces voies
peuvent apparaître contradictoires mais rien n’exclut
qu’elles convergent à terme dans une nouvelle grande
synthèse. Parmi les visionnaires, Lee Smolin range un certain
nombre de chercheurs travaillant autour du Perimeter Institute ou
provenant des laboratoires européens dont la culture scientifique
s’oppose nettement, selon lui, à la culture américaine
dominante trop impliquée dans la théorie des cordes.
Nous n’hésiterons pas, pour notre part, à ranger
Lee Smolin au premier rang des visionnaires sur lesquels il compte
pour renouveler la physique. Il n’a peut-être pas encore
produit une hypothèse théorique appuyée sur
une preuve expérimentale capable de lui mériter le
prix Nobel. Mais il est un des seuls à pouvoir décrire
la physique avec la hauteur de vue qui s’impose non seulement
à un physicien digne de ce nom mais à ce qu’il
est aussi sans le reconnaître, c’est-à-dire un
philosophe des sciences.
A nouveau, nous ne pouvons entrer dans les détails des directions
de recherche évoquées par TTWP, dont chacune mériterait
un article circonstancié. Inutile de dire que la plupart
ne sont pas compatibles avec la théorie des cordes. Bornons-nous
à en donner une liste abrégée, en suivant l’ordre
du livre :
* Les régularités étonnantes pouvant apparaître
suite aux analyses de plus en plus précises de la température
de fond de ciel cosmique (CMB) résultant des données
recueillies par l’observatoire orbital Wilkinson, en attendant
celles du futur observatoire européen Planck. Des pics et
des axes privilégiés de radiation (axe du Diable)
semblent contredire l’hypothèse encore généralement
admise de l’inflation supposée avoir homogénéisé
le paysage à grande échelle.
* Les différences d’accélération entre
étoiles au sein des galaxies pouvant laisser suspecter l’existence
d’une modification, dans certaines conditions, de la loi de
Newton. Il s’agit de la désormais célèbre
MOND ou Modified Newtonian Dynamics dont la prise en compte obligerait
de modifier la relativité générale à
certaines échelles.
* Les expériences susceptibles de remettre en cause les constantes
dites fondamentales de l’univers. De plus en plus, comme nous
l’avons nous-mêmes indiqué dans divers articles,
il serait peu scientifique de considérer qu’à
toutes les échelles, celles-ci soient effectivement et à
jamais invariables. C’est en premier lieu le cas de la vitesse
de la lumière, qui pourrait être dépassée
aux très grandes énergies, comme le montre notamment
l’observation des rayons cosmiques extrêmement énergétiques
arrivant sur Terre. Le détecteur de rayons cosmique Pierre
Auger, qui commence à fonctionner en Argentine, apportera
prochainement des informations décisives. L’observation
des sursauts ou explosions gamma pourrait donner des éléments
comparables. Le prochain Gamma Ray Large Area Space Telescope permettra
de préciser les informations reçues de l’espace.
Rappelons que nous avons présenté dans le site le
livre «Faster
than the Speed of Light», dans lequel João
Magueijo avait défendu une première version de sa
thèse, d’ailleurs toujours controversée, relative
au caractère non absolu de la vitesse de la lumière.
* Si la vitesse de la lumière n’était plus une
constante, ce serait à son tour la relativité restreinte
d’Einstein qui devrait être modifiée ou, tout
au moins approfondie. On sait que celle-ci repose sur deux principes
: la relativité du mouvement et le caractère absolu
de la vitesse de la lumière. Remettre en cause ce dernier
principe conduit à ce que l’on désigne du terme
de relativité doublement restreinte (en anglais, DDR, deformed
ou doubly special relativity). Celle-ci entraînerait
à son tour une remise en cause de la valeur absolue de la
longueur de Planck. Encore controversée, cette hypothèse
postulée pour la première fois par Giovanni Amelino-Camelia,
rejoint par João Magueijo et Lee Smolin, postule qu’une
échelle basée sur celle de Planck devrait rester invariante
dans les transformations relativistes, et serait donc indépendante
de la vitesse de l’observateur et de l’unité
de mesure qu’il utilise. Lee Smolin a rattaché ces
points à l’exploration qu’il continue à
faire de la gravitation quantique en boucles. Les promoteurs de
la DDR espèrent bientôt pouvoir tester ses prédictions.
* Les nouveaux développements de la gravitation quantique,
reposant sur une théorie indépendante de l’arrière-plan,
et respectant ainsi le postulat fondamental de la relativité
générale. De nouvelles hypothèses ne font pas
de l’espace ou de ce qui s’y déplace le cadre
à considérer en premier. Elles s’inspirent de
la physique quantique. L’espace pour elles doit être
une propriété émergente, comme la température
d’un corps émerge du mouvement des atomes qui le constituent.
Les propriétés fondamentales seraient alors discrètes
et s’organiseraient autour de relations où la causalité
jouerait un rôle premier. Lee Smolin consacre plusieurs pages
à l’état actuel de la théorie de la gravitation
quantique en boucles qui, s’inspirant de ces considérations
et contrairement à la théorie des cordes, représente
à ses yeux et à ceux de beaucoup de théoriciens
renommés, dont semble-t-il le mathématicien français
Alain Connes, inventeur de la géométrie non commutative,
une perspective crédible.
Nous observerons ici pour notre part que l’hypothèse
selon laquelle le monde physique que nous connaissons, avec ses
constantes fondamentales, serait constitué de propriétés
émergentes d’un monde quantique sous-jacent,
est de plus en plus explorée. L’article
que nous publions dans nos colonnes en fournit un exemple, avec
notamment le thème qui nous paraît très prometteur
du darwinisme quantique, que Lee Smolin ne pouvait pas connaître
en 2005, quand il écrivait son livre.
* Nous mentionnerons pour finir les hypothèses, non citées
par Lee Smolin, mais révélatrices de l’effervescence
de la jeune physique, relatives aux particules dites Axion et Chameleon
susceptibles d’expliquer l’énergie noire (voir
notamment le NewScientist, 21 juillet 2007, p. 10).
En conclusion, les visionnaires
Le
chapitre final 18 du livre élargit le regard en présentant
une série de visionnaires de la physique dont les approches,
même si elles ne sont pas toujours reconnues par la science
dominante (mainstream), lui paraissent devoir elles-aussi contribuer
au renouveau des fondements conceptuels et paradigmatiques de la
physique. Nous retiendrons ici les noms de Roger Penrose,
Robert Laughlin, Holger Bench Nielsen (inventeur des random
dynamics), Gerard ‘t Hooft, Julian Barbour
(auteur de The End of Time, 2001), David Finkelstein, Antony
Valentini (auteur de Pilot-wave Theory of Physics and Cosmologie,
à paraître, où il reprend et généralise
l’hypothèse des variables cachées en physique
quantique)…sans oublier David Deutsch et
Seth Lloyd, dont nous avions en leur temps présenté
les ouvrages.
Cette liste, comme les noms que nous n’avons pas cités
ici, sont pour Lee Smolin comme pour nous la preuve que la physique
fondamentale, loin d’être en crise, à la suite
des errements de la théorie des cordes, serait au contraire
en plein renouveau. Voici qui devrait exciter les imaginations des
jeunes chercheurs, s’il en reste dans un monde dominé
par la Télé-réalité.