Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Position du problème
La question que nous nous posons est de savoir comment fonctionnent
les organisations sociales et politiques humaines. Disposent-elles
d'une conscience collective différente de celle des individus
qui les composent (c'est-à-dire qui n'en soit pas la simple
moyenne statistique). Si oui, comment cette conscience collective
s'élabore-t-elle, se manifeste-t-elle et interfère-t-elle
avec les consciences individuelles? Est-ce que les individus peuvent
coopérer consciemment avec cette conscience collective pour
améliorer ses performances? Si oui, comment?
On ne peut traiter de cette question indépendamment des travaux
plus généraux des sciences cognitives, qui distinguent
en général l'intelligence et la conscience, à
quelque niveau de l'échelle des êtres vivants que l'on
se place.
1.1. Ressemblances
- l'intelligence et la conscience sont des processus génériques,
ne s'attachant pas spécifiquement à telle espèce
vivante, à tel organe, à tel ou tel type d'organisation
en réseau. Ils mettent en jeu, d'une façon générale,
l'ensemble corps-esprit considérés comme un tout.
- ces processus ont été historiquement et demeurent
sélectionnés par la compétition darwinienne
compte-tenu des avantages apportés aux organismes en disposant
(ce que l'on analyse généralement dans le cadre de
la théorie computationnelle de l'esprit). La sélection
se fait aux trois niveaux classiques du développement; niveau
génétique pour les grandes structures neurales et
sensori-motrices (phylogénèse), niveau de l'individu
au cours de l'histoire de l'embryon et du jeune, niveau social lors
de l'interaction de l'individu avec ses homologues au cours des
rapports sociaux.
- ces processus remontent à un très lointain passé.
Dans les organisations humaines, la plupart d'entre eux ont été
sélectionnés au profit des primates et préhominiens,
ou plus récemment de nos ancêtre chasseurs-cueilleurs.
Tant que les solutions acquises ne s'avèrent pas radicalement
inadéquate à la survie de nos sociétés,
elles demeurent opérationnelles, sans être pour autant
nécessairement conscientes. Il est vrai que de nos jours,
elles viennent de plus en plus en contradiction, semble-t-il, avec
les exigences de la survie de l'humanité dans un environnement
profondément modifié, notamment par les techno-sciences
et la croissance démographique. Mais ces conflits ne sont
pas toujours suffisamment évidents pour faire l'objet de
recherche consciente et rationnelle de solutions.
- l'intelligence et la conscience sont aujourd'hui considérés
par les scientifiques comme des domaines de recherche analogues
aux autres. Le dualisme, pour qui qui l'esprit ne peut faire l'objet
d'études scientifiques, n'est plus admis que par les mystiques.
Cependant ces processus restent encore profondément mystérieux,
compte-tenu de la complexité de l'organisation cérébrale,
neurale et somatique, complexité encore accrue si l'on considère
les relations de cette organisation avec l'environnement, notamment
informationnel, imposé à l'individu par la société
moderne. Les sciences cognitives constatent plus qu'elles n'expliquent
en détail les causes de l'apparition desdits processus dans
certaines espèces vivantes, les origines et modalités
de leur développement, la façon dont ils ont été
favorables à la survie et à l'expansion des espèces
qui en étaient dotées. L'on ne comprend pas non plus
clairement pourquoi certains de ces mécanismes présents
aux origines n'ont pas encore évolués, alors qu'ils
semblent avoir commencé à se révéler
contre-productifs aux regard par exemple, des intérêts
de certaines espèces confrontés à divers deséquilibres
écologiques induits par ces mêmes mécanismes.
- l'intelligence et la conscience, enfin, peuvent toutes deux aujourd'hui
être simulés par des solutions artificielles de type
artefact. L'intelligence artificielle est apparue depuis plus de
50 ans, selon des logiques inspirées de la programmation
sur ordinateur. L'on programme sur des plateformes matérielles
des fonctions imitées de celles des organismes vivants. Les
travaux relatifs à la vie et la conscience artificielle sont
plus récents, et font généralement appel aux
algorithmes génétiques. Il s'agit de laisser différentes
formules d'organisation entrer en compétition dans le cadre
d'arguments sélectifs choisis ou aléatoires, afin
de faire apparaître les solutions les plus aptes, sans idée
préconçue de l'expérimentateur. C'est cette
dernière formule, dite parfois "ascendante", qui a la préférence
aujourd'hui. Dans les deux cas, y compris dans le second, il faut
disposer de technologies de plus en plus sophistiquées et
flexibles pour atteindre à la richesse de l'environnement
biologique et sociétal. Les solutions naturelles, dans un
organisme ou dans un groupe, font en effet appel à des millions
de connexions simultanées, dans des délais de quelques
millièmes ou centaines de seconde. Malgré ces réserves,
il faut admettre que des robots intelligents et conscients vont
de plus en plus être interconnectés avec des êtres
vivants et des humains, au plan des individus ou des organisations.
1.2. Différences
Les concepts d'intelligence et de conscience ne se recoupent pas
exactement.
- l'intelligence peut être considérée comme
un processus universel. Il est courant d'en donner diverses définitions,
que nous ne reprendrons pas ici. Elle est liée à l'existence
de l'organisation neuronale, en relation avec les capteurs et effecteurs
de l'organisme le plus simple (théorie computationnelle de
l'esprit, déjà mentionnée). Dans le cadre de
la sélection darwinienne, cette fonction a permis le développement
d'organismes capables d'inventer sur un rythme rapide des solutions
nouvelles aux problèmes rencontrés, plutôt que
de n'avoir le choix qu'entre endurer stoïquement ou périr.
Les solutions intelligentes peuvent elles-mêmes être
améliorées par de meilleures structures neuronales
ou procédures organisationnelles. On considère généralement,
ainsi, que si les systèmes intelligents sont obligés
à coopérer, c'est-à-dire à mutualiser
leurs ressources, ils peuvent devenir plus intelligents encore,
en inventant de nouveaux problèmes et de nouvelles solutions
à ces problèmes.
- la conscience apparaît au contraire comme un phénomène
plus restreint. Elle n'émerge que dans les organismes suffisamment
complexes et auto-informés pour générer l'apparition
du soi (à commencer par le proto-soi signalé par A.Damasio).
Avec la conscience, les organismes sont capables de se représenter
les modifications que leur soi subit en interaction avec les objets
de l'environnement, dans le présent, puis par extension dans
le passé et même dans le futur (le présent du
futur, de Damasio). La conscience en elle-même n'est pas facteur
d'invention. Elle peut être au contraire un agent de conservation,
sinon de conservatisme. Bien que l'intelligence ne s'accompagne
pas nécessairement de conscience, l'idéal est quand
intelligence et conscience s'interconnectent. L'organisme prend
alors conscience du fait que l'intelligence est sa meilleure arme
de survie, ce qui peut déclencher un cercle vertueux d'approfondissement
respectif. L'intelligence en ce cas permet d'enrichir les informations
de références, et de se comparer aux autres (bench-marking).
Ceci est précieux en politique.
- les procédures et les produits de l'intelligence sont collectifs,
peuvent être formalisés, mémorisés, communiqués
à travers des réseaux. Leur sphère est sans
limites, quant aux contenus, au temps, à l'espace, aussi
longtemps qu'existent des agents intelligents pour en tirer parti.
Ils sont relativement stables. Les sciences sont considérées
comme la production la plus élaborée et la plus efficace
de l'intelligence.
- les procédures et les produits de la conscience sont privés,
ne peuvent en principe être formalisés, mémorisés,
communiqués. Ils sont limités à des contenus,
un temps et un espace spécifiques. Mais ils peuvent changer
avec des temps de réponse très courts, pendant lesquels
la conscience peut balayer des champs très nombreux, en fonction
des besoins de la compétition darwinienne. Ces champs sont
encore plus nombreux quand la conscience peut coopérer avec
les mécanismes et les contenus de l'intelligence.
- les mathématiques sont souvent considérées
comme le meilleur langage possible non seulement pour les sciences
mais aussi pour l'intelligence. Au contraire, les langages de la
conscience ne sont pas clairement identifiés. On y trouve
des images, des marqueurs somatiques, des flux inconscients ou pré-conscients.
Si l'on considère que la conscience est un processus privé,
le problème des langages de communications entre consciences
peut être un faux problème. La conscience, dans ce
cas, sera reconnue de l'extérieur uniquement par ses manifestations
comportementales objectives. Mais la question des langages internes
à la conscience, la façon dont un système conscient
comprend et utilise le travail réalisé par ses différents
niveaux de prise de conscience, constitue une vraie question, loin
d'être résolue.
Qu'appellerons-nous une organisation politique? Comme nous nous
intéressons ici aux structures administratives et gouvernementales,
nous suggérons de retenir trois niveaux d'organisations où
se pose aujourd'hui avec acuité la question d'une amélioration
de la "gouvernance".
- le premier niveau sera le citoyen lui-même, répondant
au profil moyen de l'électeur de base, normalement éduqué
et motivé par l'action civique. Ce citoyen, doté de
multiples activités et centres d'intérêt, doit
être envisagé comme aussi complexe à lui seul
qu'une organisation collective. Il constitue, notamment dans les
démocraties, un acteur capable de réactions, oppositions
mais aussi innovations. Il agit dans son intérêt propre
mais peut aussi le faire dans celui du groupe. Aux citoyens, l'on
pourra ajouter les associations permettant aux individus de se regrouper
dans des objectifs déterminés. Malheureusement, les
gouvernements ne considèrent généralement pas
les citoyens ni leurs associations comme des acteurs à part
égale, mais plutôt comme des sujets passifs et manipulables
à volonté.
- en deuxième niveau, nous retiendrons la collectivité
locale qui est l'institution la plus proche géographiquement
et humainement du citoyen. En France, il s'agit de la commune ou
même de subdivisions de celles-ci dans les grandes villes.
- le troisième niveau enfin sera obligatoirement celui de
l'Etat national, où se prennent encore toutes les grandes
décisions, politiques et législatives, conditionnant
la vie du groupe géopolitique étendu (la nation),
en relation avec les autres Etats ou les institutions internationales.
Que peut-on dire des capacités d'intelligence et de conscience collective
se manifestant à ces trois niveaux d'organisation?
- les organisations politiques sont d'origine très anciennes.
Elles trouvent leur origine dans deux sources principales. La première
découle de l'autorité d'un chef dominant, disposant
d'assez de ressources et d'autorité pour obliger les autres
membres du groupe à lui obéir. Les éthologistes
ont depuis longtemps constaté la prévalence de telles
solutions dans les sociétés animales, pour qui sans
doute, elles représentent des avantages compétitifs
importants en vue de la survie. Le leader est évidemment obligé,
en échange du pouvoir qu'il demande aux autres de lui reconnaître,
de rendre différents services à ses sujets. Mais il
n'encourage pas véritablement la démocratie, autrement
que sous forme d'une démarche subtile lui permettant de mieux
asseoir sa domination.
La deuxième source à la base de la constitution des
organisations politiques est très différente. Elle repose
sur un consensus commun des membres de la communauté pour s'imposer
des règles et des arbitres capables de prévenir les
conflits internes et de mieux utiliser les ressources communes. Les
citoyens en ce cas acceptent les leaders comme des maux nécessaires,
mais s'efforcent en permanence de contrôler leurs pouvoirs et,
si possible, de les partager avec eux.
- ces deux types de solutions sont rarement conscientes, comprises
et acceptées par les divers protagonistes. Elles sont quasiment
programmées génétiquement, si l'on peut dire.
Si bien que, lorsqu'elles deviennent obsolètes, au regard de
nouvelles contraintes apportées par l'environnement, il est
difficile de les faire évoluer rationnellement. Lorsque des
résistances et conflits nouveaux se font jour, les gens ne
comprennent pas pourquoi l'organisation ne fonctionne pas comme elle
devrait le faire au regard des critères de la gouvernance moderne.
- aussi, la priorité aujourd'hui devrait être de rendre
plus intelligibles les motivations profondes des comportements collectifs,
tant aux yeux des citoyens que des responsables eux-mêmes. Les
blocages hérités du passé, notamment à
l'égard du partage du pouvoir, doivent être mis en lumière.
De nouvelles solutions, délibérément innovantes
doivent être discutées, expérimentées,
généralisées. L'on se trouve face aux dysfonctionnements
des collectivités comme le clinicien face à ceux d'un
organisme mal adapté à de nouvelles conditions de vie.
Il faut progressivement l'inciter à se déconstruire
puis se reconstruire pour lui rendre sa robustesse et sa flexibilité.
Pour cela, les nouvelles technologies en réseau, et surtout
les nouveaux usages en découlant, doivent jouer un rôle
majeur.
- pour mieux comprendre les problèmes qui se
posent, et rechercher les solutions les plus adéquates, il faut
rappeler que les organisations politiques, comme toutes les sociétés
humaines, se comportent nécessairement comme un tout. Elles
sont, peut-on dire, holistes. Elles rassemblent de nombreux individus,
eux-mêmes partagés individuellement entre de nombreux
centres d'intérêts. Les objectifs d'ensemble que se
fixent les organisations, et qu'elles imposent aux individus, sont
souvent , nous l'avons vu, encore héritées des
impératifs de survie des chasseurs-cueilleurs. Le caractère
apparemment élaboré des constructions juridiques ou
des pratiques d'usage cachent en général cette réalité
profonde. De leur côté les citoyens disposent d'un
corps et d'un cerveau contrôlant leurs comportements privés
et collectifs, selon des modalités elles-mêmes très
profondément inscrites dans les gènes. Si les citoyens
sont encore programmés en partie pour obéir aux règles
de survie imposées par l'organisation, ils disposent parallèlement
de plus en plus de moyens pour s'émanciper et se comporter
en centres de décisions plus autonomes. Les besoins de l'organisation
et ceux du citoyen, qui ont toujours été en compétition
darwinienne, le sont de plus en plus avec le développements
des technologies réparties favorisant l'initiative locale
et individuelle. Or la compétition darwinienne n'offre aucune
garantie concernant le caractère intelligent ou non des choix
qui en résultent. Les conflits se multiplient, sans être
toujours provoqués par des stratégies conscientes
et intelligentes. Certains individus adoptent des attitudes que
les éthologistes qualifient d'"altruistes", d'autres des
attitudes plutôt "égoïstes". Une telle diversité
compétitive n'est pas mauvaise en soi. Elle est au contraire
source d'invention et d'adaptation - sauf peut-être quand
apparaissent des comportements collectifs ou individuels que l'on
pourrait qualifier de destructeurs ou suicidaires, tant pour les
groupes que pour les individus. Cependant, il sera de plus en plus
nécessaire d'analyser en détail les différentes
motivations et actions en résultant, avec l'aide des méthodes
des sciences modernes et des outils nouveaux de la société
de l'information, au fur et à mesure, qu'ils se développeront
et s'affineront.
- dans cet objectif, la question de fond qui se pose en premier
est celle de savoir si l'intelligence et la conscience collective
d'une organisation politique sont ou non la somme (ou le résultat
agrégé) de l'intelligence et de la conscience des
individus qui la composent. Si c'était le cas, pour améliorer
les premières, il suffirait d'enrichir par divers moyens
(éducation, information, etc.) les secondes.
Au contraire, ne doit-on pas suspecter qu'il existe un esprit
collectif, de type computationnel, plus ou moins ignoré des
individus, y compris des chercheurs en sciences sociales, qui détermine
le comportement de la collectivité en contrôlant, chaque
fois qu'il le peut, le comportement des individus composant l'organisation.
L'on pourrait transposer au collectif l'analyse faite par de nombreux
neurologues, tel Antonio Damasio, pour lequel la réaction
d'ensemble d'un organisme individuel, intégrant le corps
et l'esprit, peut être déterminée par ce qu'il
appelle une émotion, c'est-à-dire en fait un "marqueur
somatique" (par exemple une sécrétion endocrinienne)
né d'une interaction de l'organisme avec un événement
extérieur. C'est bien ainsi, semble-t-il que fonctionnent
les collectivités biologiques, insectes ou animaux sociaux.
- Il paraît plus productif d'explorer cette dernière
hypothèse, qui nous conduira à conduire des analyses
en profondeur sur la symbiose du corps et de l'esprit social, en
prenant en compte à cette occasion l'irruption rapide des
technologies nouvelles de la communication et de la vie artificielle.
Chez l'individu le comportement d'ensemble résulte d'innombrables
et très rapides interactions ou compétitions entre
aires cérébrales archaïques et récentes,
entrées-sorties sensori-motrices, input et output informationnels,
au sein d'un environnement sélectif. Le comportement collectif
pourra être analysé de même, comme résultant
de l'interaction compétitive entre réflexes plus ou
moins archaïques hérités du monde animal, éventuellement
reconditionnés pour s'adapter à de nouveaux environnements
: dominance, compétition sexuelle, mainmise sur les biens
et les territoires, agressivité belliqueuse, etc. Au delà
de ces analyses, qui peuvent n'aboutir qu'à des banalités,
il faudra aller plus loin, c'est-à-dire étudier comment
se forme l'esprit collectif, à partir d'échanges interactifs
entre individus pouvant répondre à des algorithmes
génétiques assez simples, comme ceux que mettent en
évidence les travaux sur les colonies d'animaux artificiels
ou animats (par exemple les fourmis artificielles). Quels sont en
ce cas les médiateurs des échanges entre individus?
Plutôt que des phéromones, l'on pourra étudier
le rôle des langages imageaires, messages subliminaux, marqueurs
somatiques divers. Bien entendu, de telles analyses devront prendre
en compte l'extraordinaire diversité des échanges
inconscients permis par les technologies de l'information ou la
chimie (alcool,drogues), dans les sociétés modernes.
Même si les collectivités publiques en font un usage
moindre que les entreprises commerciales cherchant à souder
leur clientèle, elles en sont de plus en plus utilisatrices,
pour assurer leur propre survie politique.
La neurologie moderne propose aujourd'hui des modèles intéressants
de ce que sont des systèmes intelligents et/ou conscients
dans la nature. Réutiliser ces modèles supposera de
développer le schéma du proto-soi présenté
par Antonio Damasio dans ses travaux sur l'émergence de la
conscience chez les êtres vivants, ainsi que celui des liens
ré-entrants analysés par Gérald Edelman . Ces
schémas peuvent déjà être utilisés
pour simuler à petite échelle des comportements pré-conscients
sur des machines automates. Rien n'empêchera de tenter la
même chose en travaillant sur des groupes sociaux, eux-mêmes
considérés comme des machines plus ou moins automatiques
dont l'on s'efforcera d'améliorer les capacités à
l'intelligence et à la conscience. De proche en proche, les
mêmes solutions pourront être étendues, avec
il est vrai des difficultés croissantes, à des systèmes
politiques (et d'ailleurs économiques) de grande taille.
Voici quelques suggestions (pour lesquelles nous fournirons ultérieurement
des exemples pratiques) de ce que pourraient être les caractères
d'une organisation gouvernementale disposant de capacités
de conscience étendues:
disposer de sous-systèmes aussi nombreux, aussi fonctionnellement
différents, aussi décentralisés que possible.
L'unité et les hiérarchies verticales sont à
exclure dans l'architecture de base.
relier ces sous-systèmes par des liens fonctionnels
ré-entrants aussi nombreux que possible. Par lien ré-entrant,
l'on désignera en l'espèce des modalités
d'informer en temps réel chaque sous-système de
l'activité de tous les autres. Ce sont eux qui assureront
la cohésion nécessaire, dans une architecture réticulaire
en évolution permanente.
organiser des plans et flux constamment renouvellés
de méta-représentations permettant d'élaborer
de proche en proche des représentations de plus en plus
complètes des activités de l'ensemble, chaque niveau
subordonné informant le niveau supérieur.
Assurer si nécessaire des réponses coordonnées
des systèmes effecteurs (des moyens d'action dont dispose
l'organisme) au service des stratégies s'étant imposées
après compétition interne comme prioritaires ou
dominantes.
A cela, il conviendra d'ajouter des recettes plus classiques:
multiplier les facilités d'acquisition de nouveaux savoirs
et compétences, garantir la plus grande souplesse d'invention
et de réinvention dans tous les domaines structurants, comme
les règles de droit, les habitudes comportementales, les
contenus cognitifs et même les valeurs. Il conviendra par
ailleurs et dans le même but d'ouvrir le plus largement possible
le système aux influences et exemples extérieurs,
dès lors que la consistence de ses liens internes sera une
garantie de maintien de ses principaux paramètres internes
(homéostasie).
Rien de tout cela ne sera possible sans un appel systématique
aux technologies nouvelles, actuelles ou en développement,
notamment grâce aux recherches sur la vie artificielle intelligente.
l'intercommunication sera considérée comme prioritaire.
Ceci signifiera qu'il faudra multiplier les moyens et réseaux
d'échanges entre individus, petites et grandes organisations,
avec des trafics montants et descendants s'auto-organisant à
la demande (émission-réception de messages, dialogues
aussi contradictoires que possible, saisie et rediffusion d'indices
manifestant l'état instantané du système,
aides à la mémorisation et à la recherche
de contenus pertinents, etc.)
les structures et procédures, les politiques publiques,
les sources diverses d'information, devront être rendus
clairement accessibles à tous par des moyens faisant appel
aux techniques de la réalité virtuelle et des sciences
cognitives. Chacun doit pouvoir, non seulement avoir accès
aux grandes et petites informations concernant la vie de l'organisation
et son environnement, mais aussi formuler ses propres propositions,
et les voir discuter.
les méthodes permettant d'encourager l'innovation, sur
le mode de l'inventivité anarchique, seront à encourager.
La grande masse des citoyens risquant de rester conservatrice,
il conviendra d'identifier et d'encourager des "champions" du
changement, à qui seront faites des conditions particulièrement
favorables pour mener toutes expérimentations utiles. Ces
champions seront évidemment mis en réseau de façon
systématique.
Enfin, sans remplacer nécessairement les techniques de
la démocratie représentative, il conviendra d'expérimenter
progressivement celles de la consultation "officielle" directe des
citoyens, en se rapprochant sur de nombreux points des méthodes
de la démocratie directe. Plus les individus et les petits
groupes deviendront capables d'élaborer par eux-mêmes
leur propre opinion, plus il sera légitime qu'ils s'associent,
sans point de passage obligé par des intermédiaires
pas nécessairement représentatifs, aux choix politiques
et de société, quels que soient l'ambition et le champ
géographique de ces choix. Pour ce faire et préalablement,
comme évoqué ci-dessus, il conviendra d'étudier
des senseurs ou capteurs permettant à tous moments de résumer
l'état de l'opinion sur les points en débat. Les conséquences
des votes ultérieurs seront ainsi mieux connues, ce qui contribuera
à éviter les décisions inconséquentes.