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Nous sommes en 20**. Jean, citoyen ordinaire, s'intéresse
aux affaires publiques. Il se tient informé des questions
qui le préoccupe. Il fait connaître son opinion et
ses souhaits aux parlementaires, au gouvernement et à ses
concitoyens en général. De cette façon, il
s'efforce de participer à des décisions qui influencent
aussi bien sa vie quotidienne que son avenir. Ceci est devenu possible
avec les progrès foudroyants de l'intelligence artificielle.
Quelques années auparavant, les citoyens ne pouvaient s'exprimer
qu'à l'occasion des élections, sur des programmes
très généraux. Entre temps, à moins
de consacrer beaucoup d'énergie à militer, il était
difficile de participer à la vie politique.
Jean se soucie aujourd'hui d'une question concrète, la possibilité
de détaxer les sources d'énergies renouvelables. A
partir de son Internet 3e génération, il
appelle le réseau Agora, qui met en relation une centaine
de sites consacrés aux questions économiques et politiques.
Sur son écran apparaît une salle, en trois dimensions,
aux murs comportant des portes. Au centre se trouve un personnage
de synthèse, qui le représente. Il peut lui donner
des ordres en commande vocale. Ce personnage s'appelle un avatar
de lui-même. Il l'a construit (configuré) à
son image, à partir de photos numériques, de façon
à ce que le personnage lui ressemble. Ce n'était pas
indispensable, mais donne du réalisme à la scène.
La salle, les portes et ce qu'il y a derrière ont été
mises en place par le système en fonction des questions précédemment
posées par Jean. Aujourd'hui, il s'intéresse à
la détaxation du carburant vert. Il commande à son
avatar d'ouvrir la porte intitulée Ministre de l'environnement,
et voit apparaître un autre avatar, celui de la ministre elle-même.
Il pose sa question : "que comptez-vous faire au gouvernement
pour encourager l'usage du carburant vert ?"
Le système est relié à de grandes banques de
données, où se trouvent stockés les études,
rapports, débats parlementaires, discours ministériels,
modèles permettant de simuler les effets de telle ou telle
décision. Un agent intelligent logiciel va y chercher
le point de vue le plus récent de la ministre, et l'avatar
de celle-ci répond à Jean en quelques secondes. Celui-ci
n'est pas satisfait. Il estime que le gouvernement n'est pas assez
énergique.
Avant de le lui dire, il veut s'informer davantage. Il ouvre, par
l'intermédiaire de son propre avatar, une autre porte, intitulée
"questions énergétiques" . L'avatar d'un expert en
la matière apparaît. Il lui pose diverses questions,
et reçoit diverses réponses, soit tirées des
banques de données existantes, soit de la consultation de
spécialistes. Le réseau Agora à l'avantage
de mutualiser les connaissances des participants, chacun
acceptant d'apporter des réponses aux questions de sa spécialité,
en temps différé, et parfois, quand l'expert est disponible,
en temps réel. Le système réalise en quelques
minutes une synthèse de ces diverses opinions et la soumet
à Jean. Celui ci suppute, compute et se fait une opinion.
Il peut alors rouvrir le bureau de la ministre, ainsi que celui
de son député, et leur communiquer son point de vue.
Le système Agora transmettra au vrai ministre, comme au vrai
député, l'opinion de Jean. Si celle-ci apparaît
vraiment originale aux agents intelligents du système, elle
sera communiquée à ces personnalités. De toutes
façons, elle sera prise en compte dans des courbes d'opinion
très détaillées publiées en temps réel,
qui informeront tout le monde des points de vue des citoyens sur
la question, ainsi que des conséquences pouvant découler
de tel ou tel choix. Ainsi Jean, modeste citoyen, n'aura-t-il
pas l'impression d'avoir travaillé pour rien.