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Voir notre introduction
dans le n° 1
Comment rendre la vie politique plus intelligente et plus réfléchie
?
Nous avions indiqué dans les chroniques précédentes
que la première chose à faire pour rendre une collectivité
quelconque plus intelligente était de connecter les individus
la composant à des réseaux, web en général
et intranets en particulier. Ainsi pourra-on espérer voir
se constituer petit à petit des modalités d'échange
et de travail coopératif analogues à ce qui se passe
entre neurones du cerveau.
Mais la connexion suppose aujourd'hui de disposer d'un micro-ordinateur
et de l'accès à un réseau fixe. Les servitudes
et les contraintes d'apprentissage sont importantes. En contre-partie,
l'utilisateur bénéficie en général d'un
écran lui permettant d'accéder sans difficultés
aux documents texte et multimédia importants.
Il ne serait pas raisonnable d'espérer se passer d'une
telle solution pour de nombreuses tâches supposant l'accès
facile aux textes et images lourds. Par contre, la solution de l'internet
sur téléphone portable permet de remplacer (ou compléter)
le micro-ordinateur dans de nombreuses tâches supposant la
mobilité ou la réactivité : par exemple la
possibilité de pratiquer la messagerie ou lire des fichiers
courts n'importe quand et n'importe où.
Les opérateurs européens disposent d'une avance
certaine dans le domaine de l'internet sur portable. L'offre actuelle
est encore très sommaire, c'est le WAP. Mais elle sera prochainement
complétée d'un accès à des débits
améliorés et, dans un délai d'environ deux
ans, par la solution dite UMTS. Celle-ci offrira, sur des matériels
restant portables, des débits et des écrans suffisants
pour retrouver une grande partie du confort d'utilisation de l'Internet
sur poste fixe.
On sait que les opérateurs ont consenti d'importants investissements
pour obtenir les licences d'utilisation de l'UMTS. Ils cherchent
donc, ainsi qu'un certain nombre d'entreprises de service, à
trouver des usages et des clients permettant de créer un
marché. Mais dans ce domaine, l'imagination manque un peu.
Aujourd'hui la météo ou les cours de Bourse ne suffisent
pas à attirer les gens, compte-tenu des contraintes du Wap.
Pour l'avenir, deux méthodes d'approche se superposeront
: laisser les utilisateurs découvrir eux-mêmes des
usages qui seront d'ailleurs souvent inattendus des prévisionnistes
(que l'on se souvienne du minitel rose) et, parallèlement,
exploiter de " bonnes idées " proposées par divers
experts ou organismes.
Parmi ces idées, à côté de toutes celles
qui viendront à l'esprit des promoteurs du e-commerce et
de l'e-formation, nous devrions trouver celles qui doivent intéresser
l'e-démocratie.
Que pourront apporter, d'ores et déjà le Wap, à
terme l'UMTS, en matière de démocratie ? Voici quelques
perspectives :
- multiplier les réseaux de messagerie permettant aux gens
d'échanger des idées et construire des propositions,
par professions, zones géographiques, centres d'intérêt,
etc. Ce sera une aide à la formation d'une opinion publique.
- donner à partir de cette première couche d'échange
et de travail en commun la possibilité de s'adresser aux
élus, institutions ou entreprises, toujours par messagerie,
afin de questionner, suggérer, contester. Les " pouvoirs
" à qui le citoyen se fera connaître de cette façon
seront sans doute obligés de mieux prendre en considération
les opinions présentées. Ce n'est pas le cas lorsque
celles-ci s'expriment par les voies classiques ou restent silencieuses.
- permettre à toute personne intéressée de
créer facilement son propre site web, et de le gérer
en temps réel. Les gestionnaires de sites, actuellement simples
consommateurs de pages sur le web, se transformeront pour certains
en créateurs-éditeurs et obtiendront de ce fait, un
poids plus important, même si leur site n'intéresse
pas l'univers tout entier.
- accéder à la demande à des informations
pour ce moment difficiles à obtenir ou même volontairement
cachées. Dans la première catégorie, on trouvera
par exemple les pages actuelles du web, ou les contenus de la presse
en ligne, qui devront être relookés ou réécrits
pour atteindre un plus large public. Mais le vrai problème
viendra des informations stratégiques que les institutions
de toutes natures ne veulent pas pour le moment mettre en ligne,
pour diverses raisons, dont la volonté non-avouée
de ne pas informer. En ce cas, il faudra que les consommateurs finaux
et les professionnels des services UMTS réunissent leurs
efforts afin d'obtenir l'accès à ces informations.
Selon les cas, il faudra s'adresser - avec les arguments politiques
adéquats - à l'Etat, aux collectivités locales,
aux entreprises.
- Participer enfin à des modes d'expression politique jusqu'ici
réservés aux périodes électorales ou
à des minorités. Il s'agira par exemple de multiplier
les sondages ou les forums, à partir si possible de dossiers
techniques convenablement préparés, permettant à
chacun de se faire une opinion. Toutes les questions d'actualités
pourront relever de ce mode de consultation. Les résultats
obtenus devront évidemment être convenablement interprétés.
Mais leur publication en continu, avec les outils adéquats
de mise en synthèse, donnera de l'opinion une image beaucoup
plus vivante que celle obtenue actuellement.
Les sceptiques expliqueront que de telles possibilités
rencontreront l'indifférence des gens, ou seront détournées
par des intérêts minoritaires ou occultes. On voudra
aussi des régulations précises concernant les processus
à suivre. D'autres verront là des initiatives marketing
venant des vendeurs de technologie, à repousser d'emblée.
En fait, dans la perspective de la compétition darwinienne
qui est celle des systèmes vivants, la meilleure façon
de faire sera de laisser jouer le plus librement possible les initiatives
de toutes origines, dès lors qu'elles n'entreront pas directement
en infraction des législations en vigueur. Les associations
" citoyennes " auront là un rôle important à
jouer pour tenter de fédérer des points de vue encore
trop dispersés et mal informés.
Quant aux citoyens, nous pouvons leur faire confiance. Toute solution
leur permettant de s'exprimer plus facilement, tout en s'informant
davantage, bref de devenir plus intelligents, rencontrera un nombre
de gens suffisants pour changer en profondeur les rapports à
la politique et à la participation.