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Futurologie :
Cellules auto-apprenantes dans la soupe informationnelle

Février 2001
La Chronique de Jean-Paul Baquiast

WAP-UTMS, une chance pour la démocratie ?

Voir notre introduction dans le n° 1
Comment rendre la vie politique plus intelligente et plus réfléchie ?

Nous avions indiqué dans les chroniques précédentes que la première chose à faire pour rendre une collectivité quelconque plus intelligente était de connecter les individus la composant à des réseaux, web en général et intranets en particulier. Ainsi pourra-on espérer voir se constituer petit à petit des modalités d'échange et de travail coopératif analogues à ce qui se passe entre neurones du cerveau.

Mais la connexion suppose aujourd'hui de disposer d'un micro-ordinateur et de l'accès à un réseau fixe. Les servitudes et les contraintes d'apprentissage sont importantes. En contre-partie, l'utilisateur bénéficie en général d'un écran lui permettant d'accéder sans difficultés aux documents texte et multimédia importants.

Il ne serait pas raisonnable d'espérer se passer d'une telle solution pour de nombreuses tâches supposant l'accès facile aux textes et images lourds. Par contre, la solution de l'internet sur téléphone portable permet de remplacer (ou compléter) le micro-ordinateur dans de nombreuses tâches supposant la mobilité ou la réactivité : par exemple la possibilité de pratiquer la messagerie ou lire des fichiers courts n'importe quand et n'importe où.

Les opérateurs européens disposent d'une avance certaine dans le domaine de l'internet sur portable. L'offre actuelle est encore très sommaire, c'est le WAP. Mais elle sera prochainement complétée d'un accès à des débits améliorés et, dans un délai d'environ deux ans, par la solution dite UMTS. Celle-ci offrira, sur des matériels restant portables, des débits et des écrans suffisants pour retrouver une grande partie du confort d'utilisation de l'Internet sur poste fixe.

On sait que les opérateurs ont consenti d'importants investissements pour obtenir les licences d'utilisation de l'UMTS. Ils cherchent donc, ainsi qu'un certain nombre d'entreprises de service, à trouver des usages et des clients permettant de créer un marché. Mais dans ce domaine, l'imagination manque un peu. Aujourd'hui la météo ou les cours de Bourse ne suffisent pas à attirer les gens, compte-tenu des contraintes du Wap. Pour l'avenir, deux méthodes d'approche se superposeront : laisser les utilisateurs découvrir eux-mêmes des usages qui seront d'ailleurs souvent inattendus des prévisionnistes (que l'on se souvienne du minitel rose) et, parallèlement, exploiter de " bonnes idées " proposées par divers experts ou organismes.

Parmi ces idées, à côté de toutes celles qui viendront à l'esprit des promoteurs du e-commerce et de l'e-formation, nous devrions trouver celles qui doivent intéresser l'e-démocratie.

Que pourront apporter, d'ores et déjà le Wap, à terme l'UMTS, en matière de démocratie ? Voici quelques perspectives :

- multiplier les réseaux de messagerie permettant aux gens d'échanger des idées et construire des propositions, par professions, zones géographiques, centres d'intérêt, etc. Ce sera une aide à la formation d'une opinion publique.

- donner à partir de cette première couche d'échange et de travail en commun la possibilité de s'adresser aux élus, institutions ou entreprises, toujours par messagerie, afin de questionner, suggérer, contester. Les " pouvoirs " à qui le citoyen se fera connaître de cette façon seront sans doute obligés de mieux prendre en considération les opinions présentées. Ce n'est pas le cas lorsque celles-ci s'expriment par les voies classiques ou…restent silencieuses.

- permettre à toute personne intéressée de créer facilement son propre site web, et de le gérer en temps réel. Les gestionnaires de sites, actuellement simples consommateurs de pages sur le web, se transformeront pour certains en créateurs-éditeurs et obtiendront de ce fait, un poids plus important, même si leur site n'intéresse pas l'univers tout entier.

- accéder à la demande à des informations pour ce moment difficiles à obtenir ou même volontairement cachées. Dans la première catégorie, on trouvera par exemple les pages actuelles du web, ou les contenus de la presse en ligne, qui devront être relookés ou réécrits pour atteindre un plus large public. Mais le vrai problème viendra des informations stratégiques que les institutions de toutes natures ne veulent pas pour le moment mettre en ligne, pour diverses raisons, dont la volonté non-avouée de ne pas informer. En ce cas, il faudra que les consommateurs finaux et les professionnels des services UMTS réunissent leurs efforts afin d'obtenir l'accès à ces informations. Selon les cas, il faudra s'adresser - avec les arguments politiques adéquats - à l'Etat, aux collectivités locales, aux entreprises.

- Participer enfin à des modes d'expression politique jusqu'ici réservés aux périodes électorales ou à des minorités. Il s'agira par exemple de multiplier les sondages ou les forums, à partir si possible de dossiers techniques convenablement préparés, permettant à chacun de se faire une opinion. Toutes les questions d'actualités pourront relever de ce mode de consultation. Les résultats obtenus devront évidemment être convenablement interprétés. Mais leur publication en continu, avec les outils adéquats de mise en synthèse, donnera de l'opinion une image beaucoup plus vivante que celle obtenue actuellement.

Les sceptiques expliqueront que de telles possibilités rencontreront l'indifférence des gens, ou seront détournées par des intérêts minoritaires ou occultes. On voudra aussi des régulations précises concernant les processus à suivre. D'autres verront là des initiatives marketing venant des vendeurs de technologie, à repousser d'emblée.

En fait, dans la perspective de la compétition darwinienne qui est celle des systèmes vivants, la meilleure façon de faire sera de laisser jouer le plus librement possible les initiatives de toutes origines, dès lors qu'elles n'entreront pas directement en infraction des législations en vigueur. Les associations " citoyennes " auront là un rôle important à jouer pour tenter de fédérer des points de vue encore trop dispersés et mal informés.

Quant aux citoyens, nous pouvons leur faire confiance. Toute solution leur permettant de s'exprimer plus facilement, tout en s'informant davantage, bref de devenir plus intelligents, rencontrera un nombre de gens suffisants pour changer en profondeur les rapports à la politique et à la participation.

Automates Intelligents © 2001

 

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