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Billet d'humeur
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Le clonage à fins thérapeutiques
Le gouvernement vient d'annoncer que, contrairement
à ce qu'il avait précédemment envisagé,
il ne proposera pas de loi autorisant la pratique du clonage thérapeutique.
Rappelons que la procédure prévue par
le projet de loi consistait, dans des conditions d'ailleurs très
limitatives, à permettre le prélèvement de
cellules sur des personnes volontaires. Les noyaux de ces cellules
auraient été inclus dans des ovocytes (cellules germinales
maternelles) énuclées, afin de constituer des embryons
humains, non utilisables à des fins de reproduction. L'objet
était d'obtenir des embryons produisant des cellules susceptibles
d'être utilisées dans de nombreuses applications de
recherche thérapeutique, combattre aussi les phénomènes
de rejet par transfert de cellules. Le projet était soutenu
par les ministres de la santé et de la recherche, que l'on
ne soupçonne pas d'être de dangereux aventuriers du
clonage.
Malheureusement, le Président de la République
s'était élevé contre, soutenu le 14 juin par
l'assemblée générale du Conseil d'Etat, qui
s'est prononcée à une voix de majorité dans
le même sens. Le Premier ministre, en conséquence,
aurait estimé qu'un "large débat s'imposait sur
ce sujet sensible" qui pourrait être repris... après
les élections, si le gouvernement d'alors le veut bien.
Débattons donc, en une phrase. Les malades actuellement
incurables que la médecine espérait guérir
grâce à ces pratiques, attendront. Le Conseil d'Etat,
dont la compétence médicale est indiscutable, en a
ainsi décidé. Les mots qui tuent (réification
de l'embryon, clonage reproductif, dérapages multiples, apprentis-sorciers...)
battent le rappel des conservatismes de tous bords.
Inutile d'ajouter que les recherches en matière
de clonage thérapeutique sont en pleine expansion à
l'étranger, et qu'il faudra bien se résoudre à
acquérir le moment venu au prix fort les produits que nous
aurons refusé de développer.
Une suggestion pour terminer : pourquoi ne pas soumettre
à l'autorisation d'une loi bien de chez nous, contre laquelle
on espère bien que le Conseil d'Etat se prononcera également,
la réalisation de robots humanoïdes.
On ne sait jamais ce sur quoi ces recherches pourraient déboucher...
Indiquons que, sur un sujet beaucoup
plus difficile, le Comité consultatif national d'éthique,
saisi par Mme Guigou, ministre de l'Emploi et de la Solidarité,
vient de se prononcer le 15 juin contre (nous simplifions) le droit
d'un enfant né atteint d'un grave handicap à se retourner
contre ses parents ou les médecins qui l'ont laissé
naître. La crainte est de voir les parents et professionnels
de santé, pour se prémunir contre d'éventuelles
poursuites de la part de leur enfant handicapé, l'empêcher
de naître par un avortement thérapeutique préventif.
Deux conceptions de la vie s'opposent là :
- celle de la préservation de la vie à tous prix,
ou pour respecter "la liberté de décision de la mère"
voulant conserver un foetus pouvant présenter des handicaps
insupportables,
- celle, plus pragmatique, que les parents ont une responsabilité
vis-à-vis de leur enfant, comme vis-à-vis de la société,
pour que leur descendance ait les meilleures chances de vie heureuse.
Le CCNE prend parti clairement
pour la première conception, sauf, selon la presse, deux
de ses membres, Henri Caillavet et Jean-Pierre Changeux, qui se
seraient abstenus avec de sérieuses réserves.