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14 Mars 2002
Génétique : pourquoi José Bové
a tort tout en ayant raison ?
par Jean-Paul
Baquiast
Les chercheurs du secteur public français qui s'investissent
dans la recherche de variétés génétiquement
modifiées nous expliquent que leurs travaux visent à
répondre aux besoins alimentaires du tiers-monde. Dès
lors, ils semblent à juste titre indignés par les
arrachages sauvages de plans expérimentaux diligentés
par José Bové et certains anti-mondialistes.
Le point de vue de ces chercheurs est simple : face notamment à
la pression démographique et à la désertification,
seule la recherche scientifique peut résoudre selon eux les
problèmes alimentaires et environnementaux dont souffrent
les paysans du tiers-monde.
En effet, la solution ne peut en aucun cas être l'aide alimentaire
importée des pays riches, qui ruine définitivement
les structures sociales et politiques des pays pauvres. Mais l'absence
de toute recherche visant à améliorer les variétés
traditionnelles ne peut pas non plus, par définition, apporter
de solution. Il est donc nécessaire de trouver de nouvelles
espèces résistant mieux à la sécheresse,
à l'absence d'engrais naturels, aux parasites, etc. Pour
cela, il n'existe qu'une solution : multiplier, avec les paysans
intéressés eux-mêmes, les recherches agricoles,
y compris génétiques.
Là où José Bové et tous ceux qui militent
contre la mondialisation libérale ont raison, c'est que de
telles recherches ne peuvent être le fait, ni surtout le monopole
- protégé par des brevets - des multinationales de
l'agro-alimentaire. Ce serait laisser à celles-ci le droit
de vie ou de mort sur des milliards d'hommes, sans aucune garantie
quant à leur désintéressement tiers-mondiste
- au contraire.
Mais là où José Bové me semble avoir
tort, c'est de ne pas voir qu'au contraire des recherches des multinationales,
celles qui pourraient être menées par les laboratoires
publics - sur fonds publics - en vue de distribuer gratuitement
les nouvelles solutions (éventuellement dans le cadre de
coopérations de proximité Sud-Nord) représentent
une solution toute différente, qui se justifie et qu'il faudrait
encourager. On retrouve un peu là la problématique
du logiciel libre(1).
Se trouve ainsi reposé avec acuité le problème
de la recherche désintéressée sur fonds publics.
Loin de la gêner, pourquoi au contraire ne pas l'encourager
en montrant son originalité profonde(2).
Face aux besoins du tiers-monde, la science peut beaucoup, et
dans de nombreux domaines. Si le Nord peut aider le Sud, c'est de
cette façon-là et de nulle autre. Plutôt que
remettre les dettes des pays pauvres, solution dont l'efficacité
paraît douteuse, ne vaudrait-il pas consacrer les milliards
correspondants à des recherches fondamentales et appliquées
publiques menées en coopération avec les scientifiques
de ces pays ?
Ceci dit, tout en ayant tort en s'en prenant à l'INRA,
José Bové recommence à avoir raison de se méfier
de la possible prise en main des organismes de la recherche publique
par les intérêts privés. Le schéma idéal
que nous rappelions ci-dessus risque souvent de paraître angélique,
quand on sait les pressions de toutes sortes s'exerçant sur
les scientifiques indépendants pour qu'ils jouent un tant
soit peu le jeu des multinationales.
Tous n'y cèdent pas, Dieu merci, mais les scientifiques des
organismes publics seront d'autant plus protégés des
tentations qu'ils seront soumis à un vigilant contrôle
citoyen.
Dans cette perspective, l'arrachage de quelques plantations peut
jouer un rôle d'alerte (de mème porteur, dirions-nous),
si on n'en abuse pas...
(1)
La même remarque peut-être faite à l'intention
d'Albert Jaquard qui, lors de ses interventions contre les OGM,
semble confondre les recherches que peuvent faire les grands
semenciers privés et les laboratoires de l'INRA. Dire que
les deux sont complices ne peut que pousser le secteur public dans
les bras du privé. Mais ce qu'il faudrait, ce serait une
politique publique affirmée visant à faire des recherches
génétiques dans la perspective affichée, comme
indiquée plus haut, d'approvisionner gratuitement en nouvelles
espèces les agriculteurs du tiers-monde (et si ceux-ci le
désirent), dans le cadre d'opérations de co-développement. 
(2) A propos de la recherche
et de la nécessité de son encouragement, on pourra
lire (ou relire) les propos
d'Alain Cardon parus dans le précédent numéro
d'Automates Intelligents.
Pour en savoir plus
Institut National de la Recherche Agronomique INRA : http://www.inra.fr/
Dossier OGM rédigé par l'INRA :
http://www.inra.fr/Internet/Directions/DIC/ACTUALITES/...
Confédération paysanne : http://www.confederationpaysanne.fr/
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Intelligents 2002
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