Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Propositions pour une logique formelle de la subjectivité
Le texte
ci-dessous est une présentation de l'article lui-même,
au format .pdf, auquel on peut accéder en cliquantICI
Daprès
David Chalmers, comprendre la nature du sujet conscient et en élaborer
une théorie comporte deux aspects. Premièrement, ce
quil appelle les «easy problems», c'est-à-dire
ceux de la subjectivité à la troisième personne
autrement dit une vision du sujet humain conforme à ce quen
perçoit un observateur extérieur. Dans la lignée
de lIntelligence Artificielle (AI) cette subjectivité
à la troisième personne est conçue comme un
ensemble de processus et de dynamismes qui peuvent être, ou
pourront être, reproduits sur une machine, ordinateur ou réseau
neuronal. Mais il y a un autre aspect de la subjectivité,
celle à la première personne, le « je suis »
qui donne un sens à ces processus et ces dynamismes du sujet
à la troisième personne. Chalmers en parle comme du
«hard problem» parce que, selon lui, les méthodes
utilisées pour la compréhension du sujet à
la troisième personne deviennent totalement inadaptées.
Toutefois,
cette dichotomie entre les deux personnes de la subjectivité
nest peut-être pas aussi évidente et naturelle
que ce quen pense D. Chalmers. Ce quun observateur perçoit
de lactivité dun sujet extérieur nest
au fond que ce quil peut analyser alors que les processus
quil perçoit et décrit comme sil sagissait
dautomatismes ne sont pas indépendants du sens que
leur auteur leur donne. Le programme initial de lIA dans les
années 50 était une compréhension de la nature
de lintelligence et la capacité den élaborer
une théorie. Léchec de cette ambition a entraîné
paradoxalement léclosion dune multitude dapplications
ciblées à toutes sorte de domaines de lactivité
scientifique et surtout industrielle. Le point de vue de lIA
ne concerne que le sujet à la troisième personne encore
quil sagisse dune subjectivité désincarnée
et abstraite. Les programmes dIA traitent dinformations
représentant des situations de la vie quotidienne au moyen
dune grande variété de méthodes : logique
des prédicats, cadres, scripts, scénarios, arbres
sémantiques, etc.. Ces multiples méthodologies ont
une base ontologique commune : la notion dunité constituée,
lirréductibilité de la notion dindividu.
Un sujet (humain ou animal) sera représenté par une
liste de caractéristiques et de possibilités dactions
ou daffections. Par conséquent, supposons deux sujets
humains, Jean et Marie, de « Jean aime Marie » découle
la conséquence logique « Jean veut épouser Marie
». On traite des propositions comme des entités logiques
alors que ces propositions ne sont que des représentations
langagières de vécus affectifs et dintentions
qui ne relèvent plus du domaine de la logique et des opérations
dinférence.
Larticle
Propositions pour une théorie formelle de la subjectivité
propose une nouvelle vision des choses. Que celle-ci puisse être
considérée comme une extension de lIA ou bien
quelle introduise à une nouvelle perspective est un
point peu important. Lessentiel est de proposer un formalisme
dont le fondement ontologique nest plus la notion dindividu.
Au lieu du traitement dunités constituées (individus
humains ou animaux, choses individuelles) la Logique de la Production
Conditionnée (LPC) propose une ontologie fondée sur
lindétermination. Son champ sémantique nest
plus un monde dobjets et dindividus répondant
à des caractéristiques définies mais des processus
démergence, appelés des productions, conditionnées
par un contexte qui leur donne un sens particulier. Cette logique
sinspire de la physique quantique pour quelques uns de ses
concepts : vide sub-quantique doù émergent les
particules, processus de création et dannihilation,
rôle dun observateur. Toutefois lanalogie a ses
limites car il ne sagit pas de faire une théorie des
éléments ultimes de la matière physique mais
une théorie de la genèse de choses hautement différenciées
et qualitatives que sont les manifestations de la conscience et
de lintelligence. Dans la mesure où la LPC ne repose
plus sur la notion dindividu mais quelle se situe en-deçà,
à la genèse même de cette notion, elle ne peut
plus se fonder sur le paradigme ensembliste pour proposer un nouveau
paradigme, celui de la participation. Un univers de participation,
qui sera appelé un univers ontologique ou encore un epsilon-univers,
nest plus une collection déléments ni
une collection de relations. La notion délément
dune collection fait place à la notion depsilon-ité
qui représente une potentialité. Un epsilon-univers
est donc un domaine illimité, ouvert, un réceptacle
de potentialités en attente dactualisation sous la
forme dévénements, de propriétés,
de phénomènes. Puisque ces epsilon-ités sont
à la genèse de la production de ce que nous voyons
et nous percevons comme des choses ou des événements
bien définis il est évident que ces entités
ne répondent plus aux axiomes de la théorie des ensembles
pas plus quaux principes du calcul propositionnel ou des prédicats.
En particulier une epsilon-ité ne vérifie pas le principe
didentité.
Le concept de
participation traduit un fait dexistence que lon rencontre
aussi bien dans lunivers des relations sociales que dans le
monde psychique, dans la biologie, mais également dans lunivers
de la physique. À savoir que lon trouve, dans ces divers
domaines, le cas densembles, qui peuvent être énormes,
dobjets, de sujets humains ou danimaux, ou encore de
phénomènes ou de caractéristiques de tous ordres,
avec une multitude de relations complexes entre tous ces éléments,
doù émerge une propriété nouvelle,
ou un état de chose, ou un événement, qualitativement
différent des propriétés des éléments
de base mais qui, en même temps, nest pas indépendant
de ceux-ci. Tous ces éléments constituent une situation
dans laquelle ils sont interdépendants puisque retrancher
un seul dentre eux modifierait complètement la situation
et la nature de ce qui en émerge. Il se produit entre les
éléments de base de cette situation et ce qui en émerge
un saut, une rupture de continuité, qui ne peut se laisser
décrire par application de règles dinférence.
À chaque élément est associé un potentiel
de conséquences possibles. Alors que dans la théorie
des situations de Barwise et de Devlin les éléments
sont pris dans leur individualité, dans la théorie
de la participation ils sont considérés en tant quils
coopèrent à une réalité commune. Cest
pour cela que les individus, qui font partie de ce que la LPC appelle
des objets déterminés, ne peuvent pas être des
epsilon-ités puisque ce ne sont pas les objets dans leur
réalité individuelle qui participent : une epsilon-ité
cest la potentialité que possède un objet déterminé
à interagir avec tout un ensemble dautres. Une relation
entre deux personnes, appelons les Jean et Marie, constitue un domaine
de participation parce que ces deux personnes interagissent en fonction
de données aussi complexes que des sentiments, des aptitudes
personnelles, de leur milieu social, de leur éducation, puisque
lexistence humaine est faite dautre choses que la simple
juxtaposition dexistences individuelles.
La notion de
participation entend formuler cette idée dinteraction
entre un tout et les éléments qui le constituent.
Précisons ces concepts à laide dun exemple
historique : la France de 1789 peut être considérée
comme un epsilon-univers ; les éléments sociaux --
monarchie, noblesse, clergé, tiers-état, philosophes
des Lumières -- qui composaient le royaume, présentaient
un potentiel de prédispositions non-manifestées pour
lémergence dun événement historique
fondamental. Ce futur possible restait indéterminé
parce que personne, en 1789 avant la prise de la Bastille et même
tout juste après, ne connaissait réellement lampleur
du processus qui était en train démerger et
ce à quoi il allait aboutir parce quentre les éléments
dune situation donnée et ce qui en émerge il
y a une solution de continuité logique et causale, un saut
qualitatif. Dans cet exemple, à linstar de ce qui se
passe dans toute situation impliquant une subjectivité consciente,
on peut parler dun ensemble des éléments de
la situation mais lévénement qui en émerge
nest pas le résultat dune opération sur
cet ensemble déléments pris individuellement.
Les epsilon-ités
sont censées représenter cette idée de potentialité
dévénements ou de propriétés inactualisées.
Autrement dit, elles ne représentent pas des objets quon
peut distinguer et reconnaître par des propriétés
définies mais elles répondent aux axiomes et règles
de la participation. Ce terme évoque le fait que tout ce
quon peut dire des epsilon-ités est quelles sont
des entités dont la nature est de participer à la
production dune chose ou dun événement
déterminé. De ce fait elles devront répondre
à des axiomes et des règles différents de ceux
traitant de collections finies ou infinies. Dans un epsilon-univers
une epsilon-ité na aucun caractère défini,
les epsilon-ités sont non-séparables. Si lon
veut sen donner une image, un epsilon-univers pourrait être
comparé à un océan dont les epsilon-ités
représenteraient les vagues. Autrement dit on ne peut pas
distinguer les epsilon-ités les unes des autres ni de leur
univers. On ne peut pas les individualiser et en sélectionner
quelques unes. Les opérations dans un tel epsilon-univers
consistent en la formation dagrégats de participation
quon appelle des domaines de participation. De la même
façon que dans le monde où les êtres et les
choses se tarnsforment dinstant en instant mais gardent une
relative permanence, dans un epsilon-univers les domaines de participation
forment des différencialités qui possédant
une certaine permanence dans un milieu (lepsilon-univers)
où tout est impermanent et transitoire. Ces différencialités
peuvent être comparées à des structures topologiques,
quoiquil ne sagisse pas ici de topologie algébrique
ni de topologie différentielle mais dune « topologie
» spécifique à la participation. Ces notions
permettront de donner une formulation mathématique de sujets
conscients dotés dune identité relativement
permanente bien quétant par nature des domaines de
potentialités ouverts, illimités et par conséquent
sans définition fixe et définitive.
Pour illustrer
ce propos, larticle prendra un exemple très simple,
celui dune situation affective entre deux personnes Jean et
Marie, dont on verra la différence de traitement avec ceux
proposés en IA. Il sera alors indispensable de passer dun
exposé plutôt littéraire à un exposé
formel. La difficulté de lecture des formules de la LPC pourra
venir du fait de labolition du principe didentité,
c.-à-d. que pour un terme epsilon-A on na plus «
epsilon-A = epsilon-A ». Une autre difficulté provient
aussi du fait que des mots, des noms, des expressions langagières,
préfixés par un epsilon, ne sont pas des représentations
de personnes, de choses, des sentiments, mais des potentialités
dexistence de personnes, de choses, de sentiments ; le mot
ou le nom qui suit le epsilon- doit être pensé comme
un simple assemblage de lettres indexant le epsilon qui seul fait
sens. Le processus opératoire dans la LPC ne travaille pas
sur des propositions mais sur des potentialités dont une
production, conditionnée par un contexte bien déterminé,
pourra être interprétée dans un langage quelconque
au moyen de propositions obéissant à une logique donnée
: les potentialités, ou epsilon-ités, produisent les
propositions ainsi que les règles logiques auxquelles elles
obéissent. Lefficience est le nom donné à
cette algorithmique des epsilon-ités. Sur ces bases, on donnera
quelques idées sur la conception dune machine futuriste
qui intégrerait la théorie de la participation et
fonctionnerait selon les concepts de la LPC.
Larticle
Propositions pour une théorie formelle de la subjectivité
na pas vocation à être une présentation
exhaustive de la LPC ni de sa composante essentielle, la théorie
de la participation. Cet article a une écriture et un style
philosophique, son but est de donner, ou essayer de le faire, une
idée de ce quest la participation ainsi que du changement
de paradigme que ce concept pourrait impliquer dans le domaine des
sciences de la cognition et dans la recherche dune théorie
de lintelligence. En espérant quil intéressera
les lecteurs de Automates Intelligents.
Contact :
Pierre
BASSO, Laboratoire des Sciences de l'Information et des Systemes
- UMR 6168
Domaine Universitaire de Saint-Jerome
Avenue Escadrille Normandie-Niemen
13397 MARSEILLE cedex 20
FRANCE
Tel.: (33) 04.91.28.83.35