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Il ne faut pas confondre la recherche européenne
au sens large, qui fait la somme de tous les apports des Etats,
collectivités locales et entreprises des Etats, membres
ou non membres de l'Union européenne, et la recherche
communautaire, menée dans le cadre des institutions
européenne. Nous nous intéresserons ici essentiellement
à cette dernière.
Où s'informer
sur le Web?
On trouve les informations nécessaires
à la compréhension de la politique communautaire
en matière de recherche sur deux serveurs principaux
:
- Le segment du serveur Européen principal Europa, consacré
à la recherche : http://europa.eu.int/comm/research/index_fr.cfm
- Le serveur Cordis consacré à l'information sur les
actions de Recherche Développement financées par le
budget communautaire, et plus généralement à
l'actualité de la recherche en Europe http://dbs.cordis.lu/news/fr/home.html
A partir de ces sources, le lecteur peut aller sur de nombreux serveurs
spécialisés, soit communautaires, soit proposés
par les Etats-Membres (EM) . D'autres serveurs proposés par
l'Union Européenne (UE) souvent en coopération avec
les EM, offrent des informations intéressantes. Citons dans
le domaine de la recherche la revue
http://www.futura-sciences.com/ et plus généralement
dans celui des institutions le service info-europe géré
en France par Sources d'Europe : http://www.info-europe.fr
Pour plus de détails sur les modalités de financement
de la recherche par la Direction Générale de la Recherche
relevant du commissaire européen à la Recherche, on
consultera http://europa.eu.int/comm/dgs/research/index_fr.html
Ces sites sont généralement
bien conçus, largement supérieurs à ce
qu'offrent en général les EM concernant la part
nationale de leurs programmes de recherche. Mais ils restent
d'un accès très difficile. Il faut en effet
trouver son chemin dans un maquis de nomenclatures, d'actions,
d'acronymes et, évidemment, de langages rendant très
difficile une évaluation minimum régulièrement
actualisée. Pratiquement, ils sont surtout fréquentés,
à titre de première information, par des spécialistes,
notamment les représentants des consortiums qui veulent
répondre aux appels d'offres communautaires. Les grands
médias eux-mêmes renoncent à s'y référer.
Ils préfèrent en général les conférences
de presse du Commissaire européen à la recherche,
Philippe Busquin.
Cela n'est qu'un symptôme du problème
que nous dénonçons : la recherche en Europe,
et plus particulièrement en France, reste affaire de
spécialistes et n'intéresse pas suffisamment
le grand public, non plus que les parlementaires.
La recherche communautaire
en un coup d'il
Rappelons que nous traitons ici de recherche
communautaire, à distinguer d'une recherche européenne
mal identifiée, regroupant des actions financées
par les EM ou par certaines Agences disposant de fonds propre.
La recherche communautaire rassemble les actions elles-mêmes
couvrant de très larges domaines, financées
par le budget communautaire affecté aux recherches,
sous la responsabilité de la direction générale
à la recherche de la Commission. Ce budget n'est qu'une
faible partie du budget communautaire global, consacré
pour l'essentiel à la politique agricole commune et
aux actions dites structurelles visant à mettre les
Etats-membres et régions les plus défavorisés
au niveau des plus riches. Un certain nombre de directions
générales de la Commission financent elles-mêmes
des programmes de recherche, concernant systématiquement
la recherche appliquée (voir ci-dessous).
Pour connaître l'essentiel de la recherche
communautaire, on se référera aux Programmes Cadres
(PC) ou Programmes-cadres de recherche-développement (PCRD).
Cette programmation pluri-annuelle s'impose dans le domaine de la
recherche, compte tenu de la longueur des délais entre l'engagement
d'une action et l'obtention de ses résultats. Le 6e PC, pour
2002-2006, vient d'entrer en application avec un budget de 17,5
milliards d'euros. http://europa.eu.int/comm/research/fp6/index_fr.html.
Le PC pluriannuel finance des actions coopératives compétitives
(concurrentielles) entre universités, centres de recherche
et industries - incluant les petites et moyennes entreprises. La
direction générale de la recherche le mène
en coopération avec d'autres instances communautaires : le
Centre Commun de Recherche (http://www.jrc.cec.eu.int/),
qui est aussi sous la responsabilité du commissaire Philippe
Busquin, les Directions générales pour la Société
de l'Information, pour l'Energie et les Transports, pour l'Environnement,
pour l'Entreprise et autres.
En résumant sommairement, pour bénéficier
d'un financement dans le cadre des PC, il faut:
- constituer un consortium avec plusieurs autres partenaires
représentants d'autres EM,
- inclure dans ce consortium des partenaires du secteur privé
capables de donner des applications commerciales aux produits
de la recherche.
- apporter un financement propre (aux alentours de 50%)
- s'inscrire dans un des domaines objets d'appels d'offre
communautaires, définis par le PC pour l'ensemble de
sa durée ou avec des mises à jour annuelles.
- monter enfin des dossiers de réponse aux appels d'offres,
s'engager dans une procédure publique d'évaluation
au cours de laquelle il est difficile de garder confidentiels
certains apports, courir le risque de n'être pas retenu,
et en cas de succès, accepter au moins 2 ans de délai
entre la première soumission et l'attribution du crédit.
Que penser de ce dispositif ?
Les PCRD ont permis un certain nombre de succès européens.
Certains sont notoires. On cite le plus souvent le programme
Galiléo, dont l'aboutissement récent a demandé
néanmoins plusieurs années de discussions difficiles.
Beaucoup d'autres projets, bien moins connus, ont utilement
permis le rapprochement entre laboratoires et entreprises
européennes, qui souvent s'ignoraient jusqu'alors.
Il ne serait donc pas raisonnable de demander le démantèlement
de ce dispositif, ou son simple assèchement par diminution
des crédits. Nous ne pouvons donc qu'appuyer les démarches
visant à augmenter le budget communautaire de la recherche.
Néanmoins les défauts sont nombreux. Citons
dans le désordre :
- la complication des procédures administratives, qui
souvent obligent les soumissionnaires à faire appel
à des entreprises spécialisées dans la
rédaction des dossiers et le lobbying. Ceci veut dire
que les petits laboratoires, eussent-ils des idées
géniales, sont exclus.
- la dispersion des résultats entre une foule de contrats
aboutissant souvent à des résultats ou prototypes
peu utilisables, ceci d'autant plus que les industriels susceptibles
de les reprendre sont eux-mêmes affaiblis par la mondialisation.
- une porte d'entrée permanente ouverte aux concurrents
non-européens des laboratoires nationaux. Ceux-ci,
soit par l'intermédiaire de " faux-nez "
européens, d'évaluateurs ou de simples pratiques
d'espionnage industriel, s'immiscent dans tout ce qui pourrait
présenter une valeur compétitive.
- un certain nombre de risques de corruption, qu'il serait
malheureux de nier. Le lobbying s'exerçant sur les
évaluateurs et fonctionnaires européens en charge
des appels d'offres ne peut pas être toujours innocent.
Il arrive que certains (rares il est vrai) cèdent à
la tentation.
- le manque de lisibilité pratiquement absolu des actions,
notamment pour le grand public et les médias. Ce manque
s'étend à la connaissance des résultats
passés, à celle des actions en cours et aux
objectifs et enjeux, notamment géostratégiques,
des actions futures.
La question de la bonne volonté et
de la compétence des Etats doit aussi être évoquée.
Les programmes de recherche font l'objet, comme beaucoup de
programmes européens, d'une surenchère à
la baisse constante de la part des EM. Ce sont en fait les
directions du budget de ces derniers qui décident de
ce qui doit être financé dans le domaine de la
recherche communautaire. Or leur argument, bien connu, est
que la recherche ne sert à rien, ou que les EM riches
ne peuvent financer les EM pauvres. Par ailleurs, les ministres
de la recherche européens, qui décident en détail,
via les Conseils des ministres de la recherche, du contenu
des PC, font preuve d'une grande inculture en matière
de stratégies scientifiques et industrielles. Quand
ce n'est pas le cas, ils montrent une forte sensibilité
aux intérêts nationaux prônant la plus
grande récupération possible des retombées
(théorie du retour) laquelle est souvent incompatible
avec l'idée d'une recherche européenne. Ils
sont également sensibles, au cas par cas, aux pressions
idéologiques émanant de leurs électeurs
pour interdire certains domaines de recherche (par exemple
sur les cellules-souches ou sur le nucléaire). Or l'unanimité
s'impose, là comme ailleurs, dans le cadre des institutions
européennes actuelles. Plus gravement enfin, beaucoup
d'Etats, sans le dire, s'intéressent plus à
une collaboration " atlantique " avec les laboratoires
et les industries des Etats-Unis qu'à des partenariats
européens.
Que faire de plus?
Peut-on se satisfaire des procédures existant actuellement
au sein de l'UE pour la définition et le financement
des grands programmes de recherche que nous évoquons
dans notre manifeste ? Certainement pas. Nous ne voudrions
pas ici présenter de solutions, qui doivent faire l'objet
de discussions. Indiquons néanmoins quelques pistes
:
- Définition au plan politique et électoral
de grands objectifs communs pour les 20 ans à venir,
accompagnée de moyens de communication susceptibles
de toucher les populations, les scolaires, les chercheurs
en général. C'est l'objet de ce que nous demandons
dans le manifeste.
- Mise au point de modalités permettant,
pour la réalisation de ces objectifs, la coopération
entre organismes de recherche et industriels des EM, ainsi
qu'avec les grandes Agences européennes, Esa, Euratom,
etc. (qui ne s'inscrivent pas automatiquement dans le système
des PCRD). La question est actuellement posée dans
le domaine des armements et recherches militaires. Mais elle
se pose partout dès lors que des grands programmes
ambitieux seront définis. Les PCRD seraient mis en
priorité au service de ces objectifs - ce qui n'exclut
pas la conservation des procédures d'appels d'offres,
constamment pratiqués aux Etats-Unis par la Darpa et
la Nasa.
- Enfin définition de modalités
de financement des recherches à moyen, long et très
long terme. On distinguera deux cas : les recherches publiques
fondamentales, non susceptibles de retombées commerciales
visibles. En ce cas, il faudra les financer sur des budgets
publics européens pluri-annuels (le cas échéant
engagés au sein de noyaux durs d'Etats décidés
à avancer en anticipation de l'accord des autres).
Ces dépenses devront être exemptés des
contraintes du Pacte de Stabilité mais soumises à
des procédures de gestion et d'audit à inventer,
afin d'éviter les dérives toujours possibles
- les recherches publiques et privées susceptibles
de retombées industrielles et commerciales à
long terme. Dans ce cas, il faudra faire appel à des
établissements de crédit spécialisés,
le cas échéant garantis par les Etats.
Selon les domaines, les budgets de la recherche
communautaire (PCRD) s'inscriraient dans tel ou tel de ces dispositifs.