| |
Mars/avril 2005
par Jean-Paul
Baquiast, Christophe Jacquemin et Michel S.F.Vermeulen
Se préparer à une pandémie de
grippe aviaire
L'Organisation
mondiale de la Santé ne doute plus maintenant qu'une pandémie
de grippe dite aviaire sévira bientôt sur le monde.
Ce sera un défi pour tous les pays et notamment pour tous
les services publics en charge de la santé et de la sécurité
civile. Nos lecteurs penseront peut-être qu'un tel sujet déborde
les limites de compétence de notre revue. Ce n'est pas notre
avis. Il est au coeur des réflexions sur l'imbrication de
la recherche scientifique et du fonctionnement des sociétés
dans un monde globalisé.
Nous
envisageons de publier dans ce dossier quelques articles sur le
sujet, sans prétendre évidemment nous substituer aux
rôles d'information du ministère de la santé
en France et de l'Organisation Mondiale de la Santé au plan
des Nations Unies.
1.
Préparer les administrations publiques à leur future
épreuve de vérité.
Cet article est moins une réflexion sur la grippe elle-même
que sur les concepts de service public et d'intérêt
général, mis à l'épreuve d'une catastrophe
d'ampleur mondiale.
2. Grippe aviaire et traitement. Cet article en
date du 11 avril 2005 nous a été envoyé par
le Docteur Michel S.F.Vermeulen, 109,
av.Eugène Demolder, 1030 Bruxelles, Belgique , Tel:02.216.31.02,
avec le commentaire suivant:
Chers Messieurs, je vous envoie la version
définitive de mon petit article, si celui ci peut être
utile à vos lecteurs.
Le résumé de mon idée est, d'une part, que
les différents pays doivent définir leurs besoins
réels en Oseltamivir au niveau des différents continents,
notamment au niveau des pays de la communauté européenne,
et que d'autre part, dans la situation actuelle, les différents
départements de santé publique doivent demander à
Roche, société suisse, une transparence totale sur
ses capacités de production, ses délais et ses commandes
en attente. Suivant la réponse de Roche, il serait prioritaire
et urgent de pouvoir envisager une sous-traitance par des firmes
pharmaceutiques compétentes, si l'urgence du besoin s'imposait,
ce que je pressens comme vous depuis longtemps.
Certes il existe une molécule similaire conçue par
Smith KLine Ritt: le Zanamivir qui est commercialisée, mais
dont le mode d'administration particulier (disk inhalator) rend
la production en masse impossible. C'est dommage, car cela aurait
supprimé le monopole de Roche et créé une concurrence
saine.
L'oseltamivir est la première ligne de défense dans
le temps, avant la conception et la production d'un vaccin contre
la souche qui émergera. Mais cela supposera que la technologie
de "génétique inverse" utilisée pour
la fabrication du vaccin définitif, soit parfaitement mise
au point pour la fabrication massive et rapide, quand cela sera
nécessaire.
Je vous envoie mes sentiments cordiaux et dévoués.
Préparer
les administrations publiques à leur future épreuve
de vérité
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 28/02/05
Ceux
qui ont la responsabilité de l'intérêt général
du fait qu'ils exercent des fonctions administratives devraient
dès maintenant réfléchir à ce que la
collectivité attendra d'eux dans la future grande épreuve
de vérité qui très vraisemblablement frappera
le monde à brève échéance. Le message
s'adresse aussi aux agents publics n'exerçant plus d'activités
mais toujours en état de servir la collectivité.
Que risque-t-il de se passer ? Nous avons plusieurs fois ici et
ailleurs évoqué le risque maintenant très probable
d'une pandémie mondiale provoquée par la recombinaison
génétique du virus aviaire A(H5N1) et d'un virus grippal
humain. La mortalité résultant de cette pandémie,
compte tenu de la complexité du monde moderne, ne pourrait
rester limitée, comme le fut par exemple celle de la grippe
espagnole de 1920, à 40 millions de morts. Elle dépasserait
certainement la centaine de millions de décès, sinon
le demi-milliard. Elle touchera donc l'ensemble du monde, y compris
les pays européens. Elle se traduira par une désorganisation
complète de l'ensemble des réseaux sanitaires, énergétiques,
économiques, sociétaux de l'ensemble des pays. Dans
chacun d'eux, on en reviendra à des situations connues par
l'Europe centrale à la fin de la 2e guerre mondiale, où
pratiquement plus rien n'avait survécu de ce qu'était
le mode de vie antérieure. La situation sera même pire
car à l'époque demeurait une économie rurale
capable d'autosubsistance, qui a complètement disparu aujourd'hui.
Ceci entraînera inévitablement un retour à la
loi de la jungle, les plus forts s'efforçant de survivre
aux dépends des plus faibles. Les conflits entre forts et
faibles apparaîtront d'abord pour l'obtention des rares vaccins
et anti-viraux disponibles. Mais très vite ils s'étendront
à l'accès aux réserves de nourriture et d'énergie.
Lorsque la désorganisation sociale aura atteint son apogée,
on verra des groupes violents s'affronter les armes à la
main pour survivre, au détriment des plus faibles. Ils ne
seront pas les seuls, si l'on peut dire, car la destruction des
services d'hygiène et de sécurité civile laissera
proliférer des bandes immenses de parasites de toutes tailles,
germes microbiens mais aussi rats ou chiens errants. Les pays pauvres
seront les premiers frappés, mais même dans les pays
occidentaux qui pensent pouvoir se prévaloir d'une forte
structuration sociale, les risques de désorganisation seront
grands. Ceux qui ont connu la 2e Guerre mondiale en Europe sauront
ce que cela signifie.
Alors les populations des pays occidentaux, confrontées à
ces catastrophes, retrouveront sans doute leur réflexe traditionnel,
consistant à se tourner vers les pouvoirs publics, administrations,
services publics et organisations charitables capables de se mobiliser
au service de l'intérêt général. Mais
les serviteurs de la collectivité, recrutés et formés
dans l'esprit du service public, se montreront-ils à la hauteur
de leur rôle ? L'égoïsme ne l'emportera-t-il pas
? On le verra dès les premiers jours de l'accès aux
vaccins, qui devront être réservés à
ceux capables d'assurer la protection civile mais pas à leurs
familles et relations. Au fur et à mesure que la crise s'étendra,
que deviendront les réflexes de dévouement à
l'intérêt général qui devraient être,
plus que la recherche de la sécurité de l'emploi,
la motivation première des fonctionnaires publics ?
Nous ne voulons pas dire que seuls les agents publics devront assumer
le service de la collectivité. Comme dans toutes les crises
de grande ampleur, on verra dans chaque profession, à commencer
par les professions de santé, de grands désintéressements
et de grands dévouements s'opposer à de grands égoïsmes.
Ce que nous voulons dire par contre, c'est que les responsables
des services publics devront être les premiers à donner
l'exemple.
Pour
ce faire, ils devraient être les premiers à se préparer
à faire face aux immenses difficultés qu'ils auront
à affronter. Les pouvoirs politiques, qui eux aussi sont
au service de l'intérêt général, devraient
d'ailleurs y réfléchir dès maintenant et oser
en parler aux citoyens, plutôt qu'abriter leur peur de l'action
derrière l'argument selon lequel il en faut pas effrayer
la population par des risques qui ne se produiront peut-être
pas. Certains pays se préparent à l'épidémie,
notamment en Europe, mais assez mollement. Les dispositions à
l'étude visent d'abord à suivre les progrès
de l'épidémie, puis prendre des solutions d'isolement
et de prophylaxie. Il s'agit aussi de commencer à préparer
l'industrie pharmaceutique à ce qui sera la pierre de touche
de son efficacité, produire des milliards de doses vaccinales
dans des temps records. Mais les experts pensent que les mesures
envisagées sont encore loin du compte (http://www.euro.who.int/surveillance/cooperation/20050218_1).
* Nous reviendrons sur ces sujets très graves ultérieurement.
On pourra s'informer sur la grippe aviaire à partir de différents
sites Internet, notamment celui de l'OMS http://www.who.int/fr/.
Mais un très bon dossier est aussi disponible dans le numéro
1049, février 2005, de Science & Vie « Grippe
aviaire, six raisons de craindre le pire ».
** On ne peut pas dire que les autorités françaises
ne soient pas préparées. On trouve sur le site du
ministère de la Santé divers documents sur la question,
notamment un Plan gouvernemental de lutte http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/grippe_aviaire/grippe_aviaire.pdf.
Mais on reprochera à ces travaux de ne pas toucher le public,
ni même la plupart des professionnels de santé.
|
Comment
la France se prépare-t-elle
à l'éventuelle pandémie de grippe aviaire
?
Face
à une éventuelle épidémie de
grippe aviaire, quel est l'état des lieux de la préparation
des autorités sanitaires ? Sur ce sujet, le nouveau
Commissaire européen de la Santé, Markos Kyprianou,
a réuni à Luxembourg au cours du mois de mars
quelque 70 experts venus de 52 pays européens.
L'état
des lieux n'est pas des plus rassurants aujourd'hui. Sur
ces 52 pays, seulement 31 ont préparé un plan
national de lutte, dont 18 parmi les 25 pays de l'UE. Quant
aux stocks de médicaments antiviraux, seuls 24 pays
en disposent, dont 13 dans l'UE. Une mesure pourtant jugée
essentielle dans l'attente d'un vaccin efficace contre le
virus mutant de la grippe aviaire.
Conscientes du problème, l'OMS et la Commission européenne
ont prévu d'assister les pays à la traîne
pour accélérer le mouvement face à
la menace qui se profile. Elles insistent sur le fait qu'une
"volonté politique est cruciale pour que ces
plans soient efficaces".
En septembre prochain, un exercice d'alerte devrait être
lancé à l'échelle européenne
pour éprouver les dispositifs et en déceler
les failles.
En
France, trois premiers millions de doses de Tamiflu (seul
médicament antiviral susceptible d'atténuer
la gravité de cette nouvelle grippe) doivent être
livrés aux autorités durant ce mois de mars.
Dix autres millions de doses doivent suivre d'ici à
la fin de l'année.
Dans le domaine des vaccins, une des parades les plus efficaces,
notre pays a publié un appel d'offres le 2 mars.
Il s'agit ici d'acheter deux millions de doses d'un vaccin
contre le virus H5N1, qui sévit actuellement en Asie.
Les premiers essais sur l'homme devraient débuter
très prochainement. Si ce vaccin ne devrait protéger
que partiellement contre l'infection, sa mise au point devrait
permettre d'accélérer la fabrication d'un
vaccin efficace, à partir du moment où le
nouveau virus pandémique aura surgi.
Notre pays s'applique également à constituer
un stock national de masques de protection respiratoire
(dont il existe très peu de fabricants chez-nous).
Reste à bien définir leur type, leur quantité
et qualité. Là aussi, un appel d'offres va
être lancé.
Une
circulaire conjointe des ministères de la Santé
et de l'Intérieur doit être également
adressée à la mi-avril aux Dass et aux préfets
pour leur préciser la mise en oeuvre de ce plan national
sur le terrain : création de cellules départementales,
mobilisation de la médecine libérale r,enforcement
de l'offre de soins en ambulatoire. Un exercice d'alerte
nationale est prévu pour le printemps et un autre
avant l'hiver.
|
Grippe
aviaire et traitement
par le Dr Michel S.F.Vermeulen 11/04/05
L’ Oseltamivir ou Tamiflu ( de son nom déposé
), fabriqué par la firme Roche, constitue une des seules
solutions pour affronter les premiers moments douloureux de la pandémie
de grippe aviaire. Il permettra de sauver énormément
de vies humaines, en attendant qu’un vaccin puisse être
mis au point, pour prévenir les dégâts du virus
mutant définitif.
La mise au point
du vaccin à partir de l’identification de la transmission
interhumaine peut prendre environ 5 mois, ensuite commencera la
production industrielle.
Il faut seulement
1 mois pour que l’infection se répande sur notre planète.
Or
la pandémie de grippe est inévitable suivant les spécialistes,
mais on ne peut pas prédire quand celle-ci débutera.
Ce dont on est sûr, c’est que les jours sont comptés
pour le début de ce fléau.
Suivant les
prévisionnistes les plus pessimistes, le nombre de morts
pourrait se situer aux environs des 150 millions, et l’on
peut imaginer avec une très grande inquiétude, que
tous les services et administrations dont dépend l’activité
d’un pays, seront paralysés par le grand nombre de
gens non actifs simultanément : les malades et les morts
.
Il est donc
impératif pour sauver les populations de la Terre, de disposer
de suffisamment d’Oseltamivir, et pour cela de faire sauter
le verrou de l’exclusivité de la fabrication du Tamiflu
par la firme Roche, afin de permettre à toutes les firmes
pharmaceutiques compétentes de combler l’insuffisance
de production du médicament. Ainsi nous pourrons espérer
couvrir les besoins énormes des populations du monde. Il
y a des lois économiques concernant les brevets relatifs
aux médicaments dans le cadre des accords de l’Organisation
mondiale du commerce sur la propriété intellectuelle,
ce qui est juste en temps normal. Mais ne peut-on pas concevoir,
dans le cadre d’un avenir menaçant, la fabrication
d’un unique générique par les différentes
firmes pharmaceutiques possédant les capacités de
fabrication et de production de l’ Oseltamivir ? Le temps
court et nous traînons, empêtrer dans nos problèmes
quotidiens, et à force d’entendre parler de ce problème
, celui ci s’efface de nos préoccupations.
Certes, il
est évident de reconnaître comme prioritaire le principe
de constituer des réserves accrues et suffisantes d’Oseltamivir,
pour réaliser une première ligne de défense
face aux premières vagues de la pandémie virale, mais
il y a l’argent. Il est le nerf de la guerre, mais pas le
nerf de la vie. Il est plus commode d’être riche que
pauvre , mais il vaut mieux être vivant que mort. Mais alors,
que faire ?
Il faudrait
définir des accords économiques entre la firme Roche
et les autres firmes pharmaceutiques intervenantes .Ces accords
devraient tenir compte de l’effort de chacun dans la production
du médicament et considérer une faveur particulière
au découvreur du principe actif. Mais ceci est une affaire
de spécialiste et j’avoue mon incompétence en
la matière pour régler les litiges des conflits d’intérêts.
Mais face à une menace qui concerne l’avenir de l’humanité,
j’ose espèrer que la sagesse humaine permettra de surmonter
les problèmes d’intérêts économiques.
Finalement
la question posée est : faut-il laisser à une seule
firme les bénéfices de la sous-production d’un
produit vital pour l’humanité, dans le seul but de
respecter les lois du commerces et de l’argent, et ainsi laisser
sombrer l’humanité à son sort funeste ?
Je serais heureux
que d’autres personnes sensibles à ce problème,
puissent contribuer à développer cette réflexion,
avec le souci de la faire évoluer pour aboutir à une
action concrète, si des personnes compétentes la jugent
pertinente.
Merci.
© Automates
Intelligents 2005
|
|