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Solutions américaines pour lutter contre le
réchauffement de la Terre
Dans
toutes les conférences et débats concernant l'actuel
réchauffement avéré du climat terrestre, les
représentants des Etats-Unis ont commencé par nier
les bases scientifiques permettant d’affirmer l’existence
de ce phénomène. Ensuite ils ont refusé d’admettre
qu’il puisse être lié aux activités humaines,
notamment à la combustion de carburants fossiles dont les
Etats-Unis sont les principaux responsables. Aujourd’hui,
comme il a été constaté à la réunion
du G8 à Gleneagles, ils sont moins affirmatifs
sur ces derniers points. Par contre ils continuent à affirmer
que la solution à long terme ne consiste pas à réduire
la consommation d’énergie, fut-elle obtenue à
partir de charbon et pétrole producteurs de gaz à
effets de serre. Ils affirment qu’il faut faire appel à
de nouvelles technologies permettant de fixer ces gaz, notamment
le CO2. Ils proposent aussi des solutions grâce auxquelles
la température globale pourrait par ailleurs être stabilisée
voire réduite.
Il
est clair que pour eux, le recours à ces nouvelles technologies
aurait le double avantage d’agir directement sur le climat
sans limiter la consommation d’énergie, et de produire
des solutions exportables, notamment dans le tiers-monde. Les entreprises
américaines pourraient bénéficier d'un monopole
de fait dans ces domaines si les investissements nécessaires
étaient entrepris très vite et, si possible, avec
le soutien de l’Etat.
Les
experts européens pour leur part s’interrogent sur
une politique qui leur parait une fuite en avant. Ils doutent de
la faisabilité des solutions proposées par les industriels
et scientifiques américains, d’autant plus que leurs
conséquences à terme sur l’environnement n’auraient
pas été étudiées sérieusement.
Ils doutent aussi sur la possibilité de réunir les
financements nécessaires à des actions à grande
échelle. Mais la première question qui est posée
est de savoir que sont exactement les solutions envisagées
par les experts américains. Il faut reconnaître que
jusqu’à présent, ceux-ci s’en sont tenus
à des communications scientifiques disposant d'une audience
limitée
Le
tour d'horizon de la revue Popular Science
Un
article récent (août 2005) de la revue américaine
Popular Science / Aviation and Space, intitulé How Earth-Scale
Engineering Can Save the Planet comble cette lacune (http://www.popsci.com/popsci/aviation/article/0,20967,1075786-4,00.html)
Il fournit des informations intéressantes permettant l’amorce
de véritables débats publics. Selon les auteurs de
cet article, plusieurs solutions alternatives ou complémentaires
pourraient être mises en œuvre dès les prochaines
années pour refroidir l’environnement terrestre. Elles
ont été proposées non par des auteurs de science
fiction mais par des scientifiques considérés comme
sérieux, suite à une invitation de septembre 2001
faite par le président G.W. Bush dans le cadre du Climate
Change Technology Program. Elles ont été pour
la première fois discutées publiquement dans le cadre
d’une table-ronde intitulée “Response
Options to Rapid or Severe Climate Change.”Ceci prouve que, tout en niant officiellement à
cette époque la réalité du changement climatique,
l’administration fédérale préparait des
réponses susceptibles de préserver les intérêts
américains.
L’article est bien fait et bien documenté. Il présente
chacune des solutions, mais évalue aussi tant bien que mal
leur faisabilité, les risques induits et leurs coûts.
Ces solutions sont les suivantes (nous renvoyons à l’article
original pour des informations plus détaillées) :
1)
Séquestrer le C02 sous terre, dans un état compressé
dit super-critique. Cette technique a été plusieurs
fois évoquée. Elle devrait pouvoir s’appliquer
aussi à d’autres gaz à effet de serre, tels
le méthane. Nous n’y insistons pas.
Des expériences de grande ampleur ont déjà
été conduites, notamment dans le cadre du Weyburn
Project, entrepris en 2000 dans le cadre d’un partenariat
entre EnCana, compagnie pétrolière canadienne et le
Petroleum Technology Research Centre du Canada.
2) Prélever
les molécules de C02 dans l’air à partir de
filtres géants imprégnés de produits chimiques
capables de le piéger (hydroxide de sodium par exemple).
Ces filtres seraient régulièrement débarrassés
du CO2 qui serait ensuite séquestré comme précédemment.
Ce système n’est pas considéré comme
avantageux car il serait très gourmand en énergie,
pour séparer le CO2 de son ligant.
Promoteur du projet : le Dr Klaus Lackner, physicien du Earth
Engineering Center de l’université de Columbia
3)
Fertiliser les mers stériles du globe en y répandant
de la poudre de fer, laquelle favoriserait la croissance des planctons,
eux-mêmes grands consommateurs de CO2. Mais cette solution
pourrait avoir des conséquences difficiles à prévoir
et catastrophiques sur l’ensemble des chaînes alimentaires
intéressant les espèces marines.
Promoteur du projet, l’océanographe Kenneth Coale,
directeur du Moss Landing Marine Laboratories à Monterey,
Californie
4) Pétrifier
le CO2, c’est-à-dire le transformer en calcaire comme
le fit dans le passé l’évolution biologique
née de la mer primitive. Pour cela, il faudrait engager des
réactions chimiques utilisant un produit intermédiaire,
serpentine ou olivine, très répandue et bon marché,
afin de transformer le CO2 en carbonate de magnésium. Un
catalysateur, le bicarbonate de soude, amorcerait la réaction.
Promoteurs du projet : Michael McKelvy et Andrew Chizmeshya,
du Goldwater Materials Science Laboratory à l’Université
d’ Arizona
5)
Augmenter la couverture nuageuse pour diminuer la lumière
reçue par la Terre. Ceci se ferait notamment en ensemençant
les nuages tropicaux avec des particules de sel qui provoqueraient
une condensation accrue de la vapeur d’eau. L’ensemencement
ne se ferait pas par avion mais à partir du niveau de la
mer, des voiliers automatisés propulsés par des tuyères
à air (Flettner Rotors) projetteraient de l’eau de
mer pulvérisée autour d’eux. Une flottille de
3.000 à 10.000 de tels navires répartis sur les mers
intertropicales devrait suffire.
Promoteur du projet, le physicien John Latham, du National Center
for Atmospheric Research à Boulder, Colorado
6)
Réfléchir (défléchir)
la lumière solaire à l’aide d‘un miroir
géant placé en équilibre entre la Terre et
le Soleil. Il s’agit du projet le plus ambitieux et le plus
coûteux. Même si le miroir était fait d’un
grillage très léger de fils d’aluminium plus
fins que des cheveux, il devrait être déployé
sur une superficie d’environ 800.000 kms2, ce qui poserait
des problèmes logistiques considérables. Le grillage
ne bloquerait pas tout le flux solaire mais filtrerait seulement
1% des radiations infra-rouge, ce qui serait suffisant pour stabiliser
la température terrestre. Vu de Terre, il apparaîtrait
comme un petit point à la surface du soleil. De l’aveu
même de son promoteur, un tel projet ne serait à envisager
que si tous les autres précédemment énumérés
avaient échoué.
Promoteur du projet : le Dr Lowen Wood, du Lawrence Livermore National
Laboratory. Le Dr Lowen Wood est un spécialiste de la lutte
contre les risques majeurs, naturels ou résultant du terrorisme.
Voir sur ces sujets les travaux du George C. Marshall Institute,
The Washington Roundtable on Science and Public Policy, auxquels
il participe http://www.marshall.org/subcategory.php?id=30
oOo
Il
existe évidemment d’autres projets, plus ou moins ambitieux.
On pourra juger que les uns et les autres constituent des fuites
en avant permettant de donner bonne conscience aux Américains
et leur permettre de ne pas faire d'économies d'énergies
fossiles dans l'immédiat. Mais peut-être faut-il en
Europe s'intéresser à de telles idées. Alors,
le point intéressant à noter est que, lorsque les
experts et politiciens américains discutent de ces diverses
solutions, qui ne pourraient être mises en œuvre qu’à
l’échelle de la planète, ils semblent considérer
que seuls les Etats-Unis sont concernés. Les réactions
des autres pays (sauf peut-être celles de la Grande Bretagne
et de l’Australie) ne semblent pas les inquiéter. L’Amérique
n’est-elle pas une hyper-puissance, dont le pouvoir s’impose
légitimement à l’ensemble de l’humanité
?
Post-script au 30/07/05
Un
partenariat des six plus grands pays pollueurs pour échapper
à Kyoto
Les
Etats-Unis font tout ce qu'ils peuvent pour rendre inopérantes
les mesures pourtant bien timides du Protocole de Kyoto visant à
fixer des restrictions quantitatives à la production des
gaz à effet de serre. Leur thèse, comme nous l'avons
rappelé plusieurs fois, consiste à dire que seules
de nouvelles technologies de confinement du CO2 ou de lutte contre
le réchauffement global permettront de contrôler l'accroissement
des températures (voir notre article ci-dessus ).
Cette argumentation leur permet dans le court terme de ne rien changer
à leur mode de vie hyper-consommateur et hyper-pollueur.
A plus long terme, ils visent à vendre aux pays pollueurs,
notamment asiatiques, sous prétexte de "transferts technologiques",
de coûteuses solutions industrielles made in USA susceptibles
de créer à leur profit des marchés dépendants.
Aussi
seuls les écologistes naïfs se sont-ils étonnés
de la signature à Vientiane le 28 juillet 2005 d'un "Partenariat
sur le développement propre et le climat dans la zone Asie-Pacifique"
associant les Etats-Unis, la Chine, l'Inde , l'Australie, le Japon
et la Corée du Sud. L'objectif affiché est de mettre
en oeuvre en commun des énergies propres et développer
les échanges technologiques. Il est très louable dans
l'absolu mais comme le dit Steve Sawyer de Greenpeace, " ceci
n'a rien à voir avec la réduction des émissions
de gaz à effet de serre. Il n'y a pas d'objectifs, pas de
réductions, aucun contrôle des émissions, rien
de contraignant". Il ne s'agit pas de remplacer Kyoto, proclament
les signataires, mais qaund on sait qu'il faut déjà
préparer l'après-Kyoto, en adoptant pour 2012 des
mesures de restrictions plus ambitieuses pouvant intéresser
200 pays, comme on en discutera à Montréal en novembre
sous l'égide de l'ONU, le "Partenariat" est un
alibi qui permettra aux Etats-Unis de continuer à refuser
d'entrer dans la procédure de Kyoto, en espérant s'allier
la Chine et l'Inde. Ces dernières ont ratifié Kyoto,
mais n'ont pas d'obligations à respecter avant la 2e phase.
L'Europe
dispose évidemment là d'une carte à jouer,
notamment dans ses relations avec la Chine. Elle aussi peut cofinancer
des centrales à charbon ou à fusion propres destinées
à ce pays, en contrepartie d'une ratification effective et
dûment appliquées des restrictions quantitatives d'émission
de l'après-Kyoto.
Quant
à l'Australie, on ne peut que s'étonner (s'indigner)
de la voir continuer à refuser les contraintes de la limitation
de production de CO2, alors que par ailleurs, elle constate déjà
des risques de destruction de ses barrières coraliennes liés
au réchauffement et à l'augmentation d'acidité
de la mer.