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2 août 2007
par Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin Cet
article a utilisé des informations fournies par Sciences
et avenir, août 2007
Agrocarburants: aujourd'hui et demain ?
Comme
toujours, dans les économies mondialisées soumises
à la course au profit de la part des multinationales et à
la volonté persistante des pays riches de ne pas réduire
leurs consommations, les idées apparemment bonnes donnent
vite naissance à de nouvelles menaces pour l’environnement
et la biodiversité. C’était une bonne idée
de remplacer le pétrole par des agrocarburants pour alimenter
les moteurs à explosion. Non seulement le prix du pétrole
remontera inexorablement (70$ le baril aujourd’hui) mais la
production de CO2 du fait de son extraction et de sa
combustion pèsera de plus en plus lourd dans le réchauffement
global. Les projets de séquestration conserveront en effet
longtemps un rôle marginal. Il paraissait également,
du moins en Europe, intéressant de fournir de nouveaux débouchés
à des agriculteurs en mal de marchés pour des exploitations
dont le déclin de la politique agricole commune n’assurait
plus la rentabilité.
Des espoirs déçus
Mais
en quelques années, sinon en quelques mois, aux yeux des
scientifiques, la bonne idée s’est révélée
particulièrement dangereuse. Ceci non seulement pour les
écosystèmes mais pour les populations des pays pauvres.
En effet, s’appuyant sur l’exemple de ce qui s’est
fait au Brésil, les grands intérêts financiers
ont entrepris de défricher des espaces de forêts et
de prairies naturelles pour les consacrer à des cultures
industrielles (maïs, palmier à huile, soja…) destinées
à la distillation. Le bilan final de telles opérations
apparaît déjà catastrophique, non seulement
au regard de la biodiversité, mais même en terme de
production de gaz à effet de serre (GES). En effet, remplacer
un milieu forestier naturel ou des prairies par des cultures industrielles
impose, selon une étude du Centre commun de recherche de
l’Union européenne, un délai de 100 ans avant
que la capacité de stockage en CO2 d’une
prairie naturelle n'équivale celle d’une culture industrielle
(73 tonnes par hectare et par an contre 660 kg pour le blé).
Par ailleurs, et comme on pouvait le prévoir, ce ne sont
pas seulement des espaces jusqu’ici vierges qui sont consacrés
à la culture de biocarburants, mais des superficies dédiées
à l’alimentation humaine. On croît généralement
que l’agriculture croule sous les surplus et que, de toutes
façons, s’il se produit une augmentation de la demande,
celle-ci pourra être satisfaite par un renforcement des méthodes
de culture intensive (irrigation, engrais et pesticides chimiques,
variétés génétiquement modifiées).
Il n’en est rien. L’équilibre production-consommation
de subsistance est fragile. On constate aujourd’hui que l’augmentation
de la demande liée aux agrocarburants entraîne des
hausses de prix (au moins 100% aujourd’hui par rapport à
l’an 2000) pour des céréales de subsistance
: maïs et bientôt blé. Or les consommateurs des
pays pauvres ne tireront aucun bénéfice de la production
des agrocarburants. De quoi se nourriront-ils donc étant
entendu que depuis 20 ans les agricultures traditionnelles ont été
ruinées par les exportations de surplus subventionnés
venant des pays riches.
Quant à l’espoir mis dans une augmentation de productivité
de l’agriculture, il est totalement fallacieux. D’ores
et déjà, l’utilisation des intrants chimiques
atteint des niveaux écologiquement et sanitairement insupportables.
Celle de l’eau épuise les réserves encore disponibles.
Enfin et surtout, le réchauffement climatique et la désertification
en résultant diminueront sans doute dans des proportions
considérables les terres agricoles. Le problème est
déjà posé à grande échelle en
Chine pour qui les agrocarburants sont d’ores et déjà
considérés comme des nuisances.
Des
perspectives prometteuses mais encore insufisamment encouragées
Cela
signifie-t-il que, pour lutter contre les GES et sauver la biodiversité,
il faille renoncer aux filières végétales ou
compter seulement sur une limitation, de fait ou réglementairement
imposée, de la consommation de carburants fossiles. Sans
doute pas. Nous avons déjà dans cette revue présenté
des techniques avancées permettant de transformer des biomasses
d’origines diverses en carburant : par exemple le programme
européen ELCAT de conversion de CO2 en carburant
(voir
notre éditorial du 20 octobre 2006) . Mais ces
techniques ne sont pas encore toutes au point et demandent des recherches
complémentaires, sans mentionner les investissements industriels
à suivre. De plus, pour éviter les effets de monoculture
ou de monotechnique, elles doivent reposer sur des filières
nécessairement différentes ou complémentaires.
Elles n’excluront pas, de toutes façons, l’appel
aux autres sources d’énergie de substitution, notamment
le solaire et le géothermique.
Il
s’agit pourtant de perspectives toutes intéressantes
permettant de produire ce que l’on pourrait appeler des biocarburants
de seconde génération. Que sont les filières
envisagées? On a déjà mentionné dans
la presse l’utilisation des pailles ou déchets forestiers.
Mais cela n’est envisageable qu’à petite échelle,
sous peine de relancer la déforestation. D’autres déchets
sont également utilisables, boues de stations d’épuration
ou provenant de l’élevage. Mais dans ce dernier cas,
là encore, il ne peut s’agir que de sous-produits.
On ne va pas élever des poulets pour en faire du carburant.
Tout aussi intéressantes sont les cultures de plantes non
alimentaires riches en fibres, surtout si celles-ci peuvent vivre
dans des terres arides actuellement sans couverture végétale
ou non cultivables. On mentionne Jatropha curcas, buisson
producteur de graines oléagineuses, la graminée Panicum
virgatum ou Miscanthus giganteus, dite herbe à
éléphant. Des techniques différentes font appel
à des champignons ou des bactéries capables de digérer
les lignocelluloses. Enfin des algues cultivées dans des
incubateurs-digesteurs solaires permettent de consommer le CO2
et le monoxyde d’azote provenant des centrales électriques.
Le projet français Shamash développé sous maîtrise
d’œuvre de l’Inria étudie avec succès
cette dernière solution. Voir: http://www-sop.inria.fr/comore/shamash/
Ces
différentes perspectives ne réussiront à s’implanter,
face aux marchés déjà conquis par les carburants
fossiles et les biocarburants industriels dont on a vu les effets
destructeurs, qu’avec le soutien des collectivités
publiques et des institutions internationales. Ce soutien devra
prendre plusieurs formes : aides à la recherche/développement,
aide à la mise en place d’infrastructures de production,
détaxations du produit fini. Plus généralement,
elles devront prendre place dans des politiques intégrées
visant à protéger l’environnement, valoriser
les déchets et, surtout, maintenir le niveau de vie des populations
pauvres. L’Europe
peut jouer un rôle capital dans ces domaines.