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Jean-Marie
Fessler est directeur d’hôpital, il dirige les établissements
sanitaires et médico-sociaux de la Mutuelle Générale
de l’Education Nationale. A
l’instar des médecins hospitalo-universitaires mais
dans le domaine du management de la santé, il pense depuis
longtemps qu’il faut s’efforcer de relier une pratique
professionnelle, la transmission à des étudiants et
des travaux de recherche. La qualité des liens entre une
pratique, un enseignement et de la recherche lui semble importante
pour améliorer le dialogue entre les métiers de la
santé et le fonctionnement des organisations de santé.
Après Sciences-Po et l’Ecole nationale de la santé
publique, il travaille successivement au contrôle de gestion
de l’Assistance Publique à Paris, dans les hôpitaux
Charles Foix, Antoine-Béclère, l’Hôtel-Dieu,
puis en conseil et en formation au Centre national d’expertise
hospitalière et à Europe Management, à la MGEN,
enfin.
Les titres de ses livres sont significatifs : La comptabilité
des dépenses engagées à l’hôpital
(1983), L’audit à l’hôpital (1988), La
gestion hospitalière médicalisée (1991), Maîtriser
l’évolution du système d’information à
l’hôpital (1995), Les cartes de santé (1996),
Hôpitaux, cliniques : de l’accréditation à
la qualité (1998), La tarification hospitalière à
l’activité (2003), L’hôpital que nous aimons
(2004), Infoéthique et santé publique (2005) , Cindyniques
et santé, à paraître chez Economica.
Après la gestion hospitalière, les constructions médico-tarifaires,
les systèmes d’information en santé, il a investi
sur la gestion des risques et des crises. Certifié en Health
Care Risk Management par l’université de Chicago, il
est docteur de l’université Paris V en ethique médicale
(1997) et de l’université Lyon I en méthodes
d’analyse des systèmes de santé (2006). Il est
co-auteur du guide ministériel Plan blanc et gestion de crise
des établissements de santé français (2004)
. Il enseigne à l’Essec-Santé et dans le programme
de l’université Stanford à Paris.
Dans le cadre des laboratoires d’éthique médicale
de Paris V et d’analyse des systèmes de santé
de Lyon I, il oriente ses recherches sur la crisologie. Sa thèse
de 2006 portait le titre : « Contribution à l’économie
des crises. La crise à l’hôpital ? ».
Professionnellement confronté à la gestion de crise
et sensible aux crises des personnes et des populations, inspiré
par les travaux de Georges-Yves Kervern, Miora Mugur-Schächter,
Patrick Lagadec et de médecins hospitaliers, Jean-Marie Fessler
il recherche les conditions permettant de mieux appréhender
la réalité des crises. AI.
De quoi s'agit-il? Il s’agit d’abord de construire une
meilleure vision de la réalité des crises, en dépassant
leur aspect de choc événementiel et en travaillant
de manière pluridisciplinaire. L’épistémologie,
les modèles biologiques, la physique quantique, la dynamique
non linéaire et aussi l’économie des extrêmes
et la sociologie peuvent certainement collaborer.
Il
s’agit ensuite de constituer un savoir commun utile à
chacun, ce qui comporte un travail important de transmission dans
un langage qui respecte les complexités réelles et
favorise le plus large accès. Il faut vraisemblablement tisser
des canaux formels-conceptuels-opérationnels susceptibles
de nous aider à vivre des états latents ou patents
de crise qui sollicitent de manière variable le temps, l’espace,
le savoir, les liens sociaux, les systèmes d’information
et la vie de tous. Sans doute, des réponses efficientes aux
crises ne peuvent-elles procéder que d’un réglage
fin entre la contribution du terrain, l’appropriation d’une
culture des situations de crise, et un pilotage responsable. Nous
avons plus besoin d’un questionnement ouvert que d’une
agitation des plans de réponses. En effet, c’est bien
parce que les crises ne se laissent pas prendre dans les formatages
préconçus qu’elles conduisent si souvent nos
systèmes de gestion de crise au fiasco.
Au
total, on peut espérer que la mise en relation de toutes
les contributions nécessaires, celles des professionnels
de l’urgence, de la sécurité civile, de la communication
et des assurances, des élus locaux et des personnes engagées
dans les mouvements associatif et mutualiste, des experts de la
gestion des risques, des autorités publiques et des scientifiques
motivés pour développer la crisologie, nous permettra
de progresser. A défaut, nous risquons de subir l’accroissement
de dysfonctionnements systémiques.
Par
ailleurs, on sait que des liens vitaux unissent l’économie
monétaire à son immense double caché : l’éducation
parentale, la santé quotidienne, la production non professionnelle,
la création bénévole de valeur, le volontariat,
la contribution à la cohésion sociale ? On a aussi
des raisons de penser que les crises les plus graves entament ces
liens en produisant des résonances cindyniques, jusqu’à
la rupture. Alors, n’est-ce pas une belle ambition que de
souhaiter participer à l’élaboration de la carte
ou de la cosmologie de ces liens vitaux dont chaque crise manifeste
la vulnérabilité mais aussi parfois la robustesse
?