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La crise américaine, crise conjoncturelle
ou systémique?
Les Etats-Unis vont-ils au devant d’une
crise économique globale ? Quelle serait l’ampleur
de cette crise ? Serait-elle plus ou moins forte que celle
de 1929-33 ou pire, serait-elle véritablement systémique,
touchant l’économie « réelle »
américaine au cœur ? Qui en seront, au delà
de l’économie américaine, les premières
victimes ? Les pays liés étroitement à
cette dernière (zone dollar) ? Les pays asiatiques
ou les pays européens qui disposent d’une plus
grande capacité de résistance ?
Pour tenter d’éclaircir ces questions
que ne peuvent laisser personne indifférent, notamment
en Europe, nous allons tenter de fournir quelques éléments
de réflexion. Nous examinerons d’abord les
indices incontestables montrant que la crise se rapproche.
Nous rappellerons ensuite les ponts faibles systémiques
(il faudra préciser ce terme) de l’économie
américaine et derrière elle de l’économie
mondialisée libérale.
En
contrepoint de ces propos, le lecteur gardera en tête
la grande question que devraient se poser tous les Européens
et que nous traiterons dans un ouvrage à paraître
"L'Europe ou le vide de puissance, JP. Bayol"
: "que pourrait faire l’Europe pour sauvegarder
ses fondamentaux, c’est-à-dire, concrètement,
les facteurs de production liés à son économie
réelle qui lui permettraient de ne pas mourir de
faim en cas de crise étendue?".
Les indices d’une crise économique
américaine qui se rapproche
L’économie américaine est menacée
de récession, selon les experts. Il s’agit
d’un thème de plus en plus évoqué
dans la presse internationale de la fin février et
du début mars 2008. Cette récession se caractérise
d’abord par des pertes d’emplois. L'économie
a supprimé 63.000 emplois en février, une
grosse déception pour les analystes qui tablaient
sur 25.000 embauches nettes. De plus, les chiffres de janvier
ont été révisés pour faire ressortir
22.000 licenciements (au lieu de 17.000 annoncés
initialement). Le niveau des suppressions d'emplois est
le plus fort enregistré depuis mars 2003, au début
de la guerre en Irak. C'est aussi la première fois
que l'économie enregistre deux mois de licenciements
consécutifs depuis juin 2003.
D’où proviennent ces pertes d’emplois
? Directement, de la crise de l’immobilier, qui entraîne
une diminution des mises en chantier et donc de l’emploi
dans la construction. Indirectement aussi de la crise de
l’immobilier, qui se traduit par l’augmentation
du nombre des ménages incapables de rembourser leurs
prêts. Obligés de vendre à perte, ils
ne peuvent maintenir leurs niveaux de consommation courante,
ce qui pénalise de nombreux producteurs et distributeurs,
lesquels licencient du personnel. D’autres éléments
de récession s’y ajoutent, que nous examinerons
ultérieurement, et qui sont liés à
la crise mondiale du capitalisme financier.
Rappelons
d’abord les causes de cette crise de l’immobilier,
popularisée dans le monde entier sous le nom de crise
des subprimes. Elle est née des excès de la
dérégulation économique américaine,
qui a favorisé la multiplication de sociétés
d’investissements immobiliers à la moralité
plus que douteuse. Michel Rocard, dans un article récent,
a très bien décrit le mécanisme (Le
Monde, 6 mars 2008). De véritables margoulins ont
prêté massivement à des populations
aux revenus faibles de quoi acheter ou faire construire
un logement. Leurs espoirs de gain était fondés
sur la perspective de revente de maisons dont les premiers
propriétaires insolvables auraient été
expropriés. Plus d’un million de ménages
étaient concernés au départ par cette
spéculation, mais le nombre des victimes ne cesse
d’augmenter.
Note:
Voici présentés en termes du langage courant,
le principe de l’opération « Moi, société
de construction immobilière, je dispose d’un
titre par lequel Smith, candidat à la construction
d’un logement, s’était engagé
à me rembourser les $50.000 que je lui avais prêté
pour l’aider à rassembler la somme nécessaire
à la construction d’une maison coûtant
$100.000. Mais je sais qu’il ne pourra pas s’acquitter
de sa dette. Je pourrai donc faire saisir sa propriété
sur laquelle je dispose d'une hypothèque et la revendre
pour $100.000 sinon davantage (somme résultant de
la valeur du bien calculée sur la base du prêt
et des apports personnels de Smith). Je peux aussi vendre
ce titre de créance à une banque dont je sais
qu’elle aura les reins plus solides que les miens
pour faire face aux éventuels délais ou problèmes
de revente ». La banque concernée tiendra le
même raisonnement. « Je dispose d’un portefeuille
de créances dont les unes sont saines – je
sais que le débiteur remboursera sans difficultés
– et les autres douteuses. Je vends le tout à
un établissement financier plus solide que moi qui
pourra faire globalement son affaire de tous les recouvrements
à réaliser. Pour plus de sécurité,
je ne lui dirai pas que certaines créances sont douteuses
». La revente peut prendre la forme d'une transformation
du paquet d'obligations en actions, ce que l'on nomme la
titrisation. L'acheteur de ces actions spécule en
bourse sur la hausse ou la baisse des cours. En cas de croissance
économique, les dettes seront facilement remboursées,
et le titre sera valorisé. Dans le cas contraire,
désastre. Mais, rappelons-le, dans ce cas, la perte
sera "en bourse" et aux dépends du spéculateur.
Elle ne touchera pas immédiatement l'économie
réelle.
Les
banques petites et grandes , entraînées par
l’espoir d’un gain dans un marché en
croissance, n’ont pas fait l’effort d’analyser
au cas par cas les créances, pour refuser celles
qui n’étaient pas fiables. Elles n’ont
pas non plus anticipé le ralentissement de l’économie
américaine dû notamment à d’autres
facteurs, comme la désindustrialisation que nous
évoquerons ci-dessous. Ce ralentissement a diminué
la demande sur le marché de l’immobilier, entraînant
la baisse de la valeur en capital des immeubles. Devant
l’épidémie des non-remboursements en
chaînes, les établissements financiers les
plus solides ont été mis en difficulté.
Ces derniers jours les fonds d'investissement américains,
qui avaient fait la réputation carnassière
du capitalisme d'outre-atlantique (Carlyle, OEP, KKR) semblent
avoir aussi des difficultés, une partie de leurs
réserves se révélant définitivement
"pourrie".
Rien
n’indique aujourd’hui que le mécanisme
puisse être enrayé puisque personne, même
pas les fonds d’investissement, ne viendra payer les
dettes des débiteurs défaillants. L’économiste
Martin Feldstein a bien proposé, devant l’accroissement
du nombre des saisies, jugé par lui « le
risque le plus grand que l’on ait vu depuis 1930 »
que le gouvernement fédéral lance un programme
de prêts immobiliers à taux réduit aux
personnes à risque, sécurisé sur leur
revenu ultérieur. Encore faudrait-il que l’Etat
fédéral, déjà très endetté,
accroisse encore sa dette. Il faudrait aussi que les emprunteurs
soient assurés d’un revenu ultérieur
– autrement dit que l’emploi reprenne.
Or cette crise des subprimes et le climat de méfiance
qui s’est installé chez les investisseurs et
dans les banques ont entraîné une baisse importante
de la demande et donc des emplois. Dans le seul secteur
privé, les licenciements nets se sont chiffrés
à 101.000 en février 2008, avec de fortes
pertes d'emplois dans le bâtiment (-39.000) et dans
l'industrie (-52.000), surtout pour les entreprises liées
à l'immobilier. Mais le commerce de détail
a aussi souffert (-34.000) tout comme les services (-20.000).
Même la baisse du chômage, qui est passé
de 4,9 à 4,8%, n'arrive pas à réconforter
les analystes. Ils soulignent qu'elle s'explique avant tout
par la baisse du nombre de personnes sur le marché
de l'emploi (le même phénomène se note
en France, quoique prétende le gouvernement). Toute
détérioration de l'emploi se traduit par une
baisse des revenus, ce qui peut être calamiteux dans
une économie portée par la consommation. Elle
se traduit finalement par la baisse de la confiance des
ménages et des entreprises.
Pour remédier à cela, la plupart des économistes
et des hommes politiques, G.W.Bush en premier, demandent
à la Banque Fédérale d’augmenter
les liquidités qu'elle compte injecter sur les marchés
pour soulager la crise du crédit. Aussi les marchés
réclament-ils une réaction « vigoureuse
» de la part de la banque centrale. Celle-ci à
déjà répondu favorablement, tout en
annonçant des "concertations serrées"
avec les autres banques centrales dans le monde. Elle avait
déjà réduit son taux directeur de 2,25
points depuis l'été pour le ramener à
3%. Il sera sans doute être abaissé d'un point
supplémentaire au cours des deux prochaines réunions
de la Fed, dont la première est prévue le
18 mars. La baisse du taux encourage les emprunteurs mais
ne suffit pas toujours à créer un climat de
confiance chez les investisseurs. La Fed a par ailleurs
annoncé que 100 milliards de crédits ont été
ouverts sous forme de prêts aux banques afin d’accroître
les liquidité du marché. Le président
Bush avait précédemment annoncé de
son côté que 156 milliards de déductions
fiscales seraient programmés pour relancer la consommation,
sans provoquer beaucoup de réactions.
Ajoutons qu’il est douteux que les autres banques
centrales, notamment la BCE, non plus que les gouvernements
européens (exception faite du malencontreux «
paquet fiscal » de Sarkozy) suivent longtemps les
Etats-Unis dans cette voie - sauf pour faire un geste. L’Europe
commence à se préoccuper sérieusement
des risques d’inflation, par excès de la demande
sur l’offre entraînant la hausse des prix. La
bonne logique consisterait à ne pas encourager la
demande par la distribution de crédits à la
consommation. Il faudrait au contraire encourager l’investissement
par des aides aux entreprises de l’économie
réelle, celles qui produisent de vrais biens, de
préférence biens de production (comme dans
le secteur des énergies renouvelables) et non des
valeurs financières spéculatives.
Ceci dit, penser que la crise de l’économie
américaine peut être attribuée à
des causes évènementielles, comme la crise
des subprimes, ne voient pas que le mal est bien plus profond.
Les points faibles systémiques
de l’économie américaine
Par points faibles systémiques, nous entendons des
faiblesses qui dépassent l’économie
et mettent en cause tout le système politique et
même culturel américain. Autrement dit, nous
pourrions nous poser une question qui devrait être
beaucoup plus souvent évoquée: les Américains
sont-ils tombés sur la tête ?
Si l’on veut bien prendre un peu de recul pour mieux
juger des tenants et des aboutissants de la crise américaine,
que constate-t-on ?
1. Le reflux de l’investissement
productif national
Dans les années 1980 à 2000, l’économie
américaine, pourtant très favorisée
par des coûts énergétiques et de matière
première initialement bas, par la disposition d’une
main d’œuvre abondante et de qualité,
par un secteur high-tech très innovant et prospère,
a renoncé à réaliser sur place (sur
le territoire de l’Union) les investissements nécessaires
non seulement pour satisfaire la demande intérieure
et l’exportation, mais aussi pour entretenir et développer
les grandes infrastructures publiques dont le niveau est
aujourd’hui à peine supérieur à
ce que l’on trouve dans le tiers-monde. Ces infrastructures
sont pourtant, comme on le voit en Europe qui n’a
jamais fait cette erreur, gages de productivité générale
et de bonne intégration.
Les responsables de l’économie américaine
ont préféré transférer (délocaliser)
dans les pays émergents (Chine, Inde, Amérique
latine) non seulement les sites industriels mais de plus
en plus les capacités de recherche/développement.
Qui a pris historiquement la décision de ces délocalisations
? Ce furent d’abord les actionnaires des entreprises
capitalistes américaines qui ne se satisfaisaient
plus, dans une économie de services financiers permettant
pensaient-ils des gains rapides, du rythme lent de la croissance
industrielle. Nous décrivons là le phénomène
désormais bien connu dit de la financiarisation de
l’économie mondiale, dont l’économie
américaine n’est plus malheureusement la seule
à souffrir. Le mouvement a été initialisé
aux Etats-Unis et s’est étendu au reste du
monde occidental. Du fait de la financiarisation, la direction
de l’économie a échappé d’une
part au patronat traditionnel et d’autre part aux
autorités publiques de régulation. Les uns
et les autres avaient l’habitude de privilégier
de préférence l’investissement sur la
dépense et le long terme sur le court terme. Les
actionnaires visent au contraire les profits spéculatifs
immédiats. Des techniques dont les fonds d’investissement
sont passées maîtres, tel le LBO, permettre
d’acheter les entreprises rentables, revendre avec
bénéfices leurs actifs et laisser ce qui reste
à la charge de la collectivité. Plus le marché
est mondial, moins les régulations étatiques
sont faibles, plus les gains sont grands.
Les actionnaires américains n’ont pas utilisé
leurs bénéfices à investir aux Etats-Unis
(non plus d'ailleurs qu’en Europe, jugée trop
chère). Ils ont d’abord recherché des
profits purement spéculatifs sur de nombreux marchés,
tels ceux de l’énergie, des matières
premières, du transport et des services financiers.
Ces spéculations ne créent pas de valeur ajoutée
productive. Au contraire. Ainsi la spéculation sur
le pétrole ne met pas un litre de pétrole
de plus sur le marché, que le pris du baril soit
de 60, 80 ou 110 dollars. Ceux des bénéfices
spéculatifs ainsi obtenus qui ont été
réinvestis ne l’ont pas été aux
Etats-Unis mais dans les pays émergents – lorsqu’ils
n’ont pas été gaspillés en dépenses
somptuaires.
Au plan industriel, les actionnaires américains ont
investi dans les pays émergents, pour profiter des
bas salaires. Ceci leur a permis de maintenir des taux de
profit satisfaisants le temps qu’ils sont restés
propriétaires des entreprises locales. Ils pouvaient
en effet vendre bon marché sur le marché américain
les biens fabriqués dans les pays émergents,
contribuant à ruiner ce qui restait d’industrie
américaine. Mais ce jeu ne peut plus durer. Les gouvernements
de ces pays ont repris une partie de ces investissements.
Ils ont investis de leur côté. Comme la demande
locale de consommation n’est pas suffisante pour amortir
les chaînes de production, ils exportent vers les
économies occidentales, accroissant ce faisant le
déficit commercial de ces dernières, sans
profit cette fois-ci pour l’économie américaine,
car les profits ne reviennent plus s’inscrire dans
sa balance des paiements.
2. La boulimie en pétrole
Ce mal chronique de l’économie américaine
est bien connu. Mais il faut cependant l’évoquer
ici car ni le gouvernement ni les industriels du secteur
de l’énergie ne font encore d’efforts
sérieux pour s’en affranchir. Née à
une époque où les gisements américains
entretenaient une impression d’abondance, la boulimie
en pétrole, source de profits spéculatifs
à court terme pour une part très importante
de l’industrie et du commerce du secteur de l’énergie,
est devenue avec le temps un puits sans fonds de dépenses
en dollars. Les pays exportateurs de pétrole (dont
la plupart, notons le en passant, ne veulent aucun bien
à l’Amérique), en bénéficient
presque exclusivement. Parallèlement, l’économie
américaine n’a fait aucun investissement sérieux
dans les énergies non fossiles, non plus que, comme
l’avait fait la France, dans le nucléaire (Les
centrales américaines sont rares et obsolètes).
Aujourd’hui encore, les lobbies de l’énergie
et de l’industrie mécanique continuent à
refuser tout ce qui pourrait réduire les profits
nés des carburants fossiles. Ils vont jusqu’à
nier le réchauffement climatique et la nécessité
de rechercher des économies et d’autres sources
énergétiques. Celles-ci seraient pourtant
créatrices d’emplois et relanceraient donc
la croissance, si elles étaient réalisées
localement.
3. La folie militaire
Pour des raisons géopolitiques propres aux Etats-Unis,
la croissance y a toujours été tirée
par les dépenses et les investissements militaires.
Des budgets considérables y sont traditionnellement
consacrés aux recherches et industries du militaire
et du spatial de défense. Depuis la seconde guerre
mondiale, ceux-ci permettaient de financer des laboratoires
et des industries dont les retombées en termes civils
étaient considérables : brevets, sous-traitances,
applications commerciales multiples. Depuis la guerre d’Irak,
qui apparaîtra sans doute à l’avenir
comme l’erreur gigantesque ayant déclenché
le déclin américain, une partie de ces dépenses
ne rapporte plus rien en termes d’investissements
productifs. L’économiste Joseph Stiglitz (The
Three Trillion Dollar War. Joseph E. Stiglitz, Linda J.
Bilmes, 2008) estime que depuis 2001, trois trilliards
de dollars ont été consacrés à
des dépenses militaires directes ou liées
aux pertes humaines ou diverses sans aucunes retombées
économiques. On considère qu’il faut
ajouter à cette somme l’équivalent en
dépenses destinées à compenser les
pertes humaines et manques à gagner divers. Or quelle
économie, même prospère, pourrait-elle
supporter une telle saignée sans dommage.
Il s’agit d’une somme estimée correspondre
aux coûts de la crise des subprimes et à ses
conséquences. Autrement dit, l’économie
américaine et avec elle en partie le budget fédéral,
doivent amortir un montant de dépenses improductives
d’environ 6 à 10 trilliards de dollars, alors
que le revenu national annuel est estimé à
11,6 trilliards en 2006. On sait que, saisie de la même
aberration, l’économie de l’URSS avait
sombré dès lors que le pouvoir avait voulu
suivre l’exemple des Etats-Unis, non seulement en
finançant des dépenses militaires sans bénéfices
pour l’économie générale, mais
aussi en se lançant dans des guerres terrestres (en
Afghanistan) que l’armée Rouge n’était
préparée à conduire.
Conclusion. Le recours généralisé
à l’emprunt. Comment vivre indéfiniment
à crédit aux frais du reste du monde ?
Face à toutes ces fuites en capital réel (celui
des investissements productifs générant des
produits qui eux-mêmes génèrent des
revenus puis des emplois) l’économie américaine
en proie à la financiarisation préfère,
nous l’avons vu, soutenir la demande par le crédit.
Cette vieille recette keynésienne n’a d’intérêt
qu’à petite dose, quand les liquidités
manquent pour investir. Mais les crédits abondamment
distribués, non par des organismes sérieux
mais par des spéculateurs visant le court terme,
ont alimenté une consommation locale qui faute de
produits nationaux s’est portée sur les biens
et services importés à bas prix des pays émergents.
Il en est résulté une détérioration
de la balance commerciale, qu’il a fallu couvrir par
des emprunts à l’étranger.
Confronté par ailleurs aux déficits budgétaires
considérables dus notamment à la guerre en
Irak et en Afghanistan, dont la fin n’apparaît
pas proche, le Trésor américain a fait appel
aux prêts internationaux. Il a profité de l’appétit
des prêteurs internationaux pour le dollar considéré
encore, malgré ses faiblesses récurrentes,
comme une bonne monnaie de réserve, afin d'emprunter
les sommes manquantes. Mais nous l’avons vu, ces sommes
n’ont pas été réinvesties dans
des industries et recherches productives à terme.
Elles ont servi majoritairement à entretenir de nouvelles
formes de consommation et de gaspillage.
Jusqu’où cela pourra-t-il durer ? Longtemps,
disent les optimistes, car les fondamentaux de l’économie
américaine resteraient sains, grâce notamment
à un tissu extrêmement dense d’entreprises
technologiques et à des importations de cerveaux
qui ne semblent pas prêtes de se tarir, malgré
les mesures restrictives imposées dans le cadre de
la lutte contre la terreur.
Nous pensons pour notre part qu’il n’en sera
rien. Les prêteurs sont de plus en plus des fonds
d’Etat, russes, chinois ou pétro-islamiques,
qui ne tiendront le régime politique américain
la tête hors de l’eau que lorsqu’ils y
auront encore intérêt, en attendant de pouvoir
prendre le relais.
Quant à l’Europe, peut-être comprendra-t-elle
aussi un jour qu’avec le potentiel conféré
par l’euro et des capacités industrielles et
scientifiques qui ne demanderaient qu’à être
ressuscitées par des politiques économiques
volontaristes, elle aurait mieux à faire qu’amortir
indéfiniment les conséquences des fautes politiques
et même morales des Etats-Unis ?
Pour un diagnostic beaucoup plus sévère, mais sans
doute bien moins mesuré que le nôtre, voir Global
Europe Anticipation Bulletin
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-22-est-disponible-!-Crise-systemique-globale-Septembre-2008-Phase-d-effondrement-de-l-economie-reelle-aux-Etats_a1293.html