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La
vie pourrait naître dans des univers
dont les constantes fondamentales
seraient différentes de celles du nôtre...
Anneau de gaz et de poussières
autour d’un trou noir - source
Pourquoi
l’environnement de certains trous noirs apparaît-il
plus brillant que d’autres ? Au centre des galaxies actives,
les trous noirs supermassifs dominent. Beaucoup de ces noyaux en
effervescence, appelés Seyfert de type I (du nom de l’astronome
américain Carl Seyfert), luisent en lumière visible.
D’autres, baptisés Seyfert de type II, sont plus obscurs.
Cette différence pourrait être due à des gouffres
cosmiques qui attirent plus ou moins de matière à
eux. Ou bien, le cœur des galaxies Seyfert II est obscurci
et masqué par la matière très dense qui l’entoure.
Pour choisir entre ces deux hypothèses, la galaxie Seyfert
II la plus proche, NGC 4388 de la Vierge, a été observée
à l’aide de plusieurs observatoires spatiaux, dont
Compton-Gamma Ray Observaroty, Sigma, BeppoSAX, Integral, Chandra
et XMM-Newton. Les données d’Integral et XMM-Newton
ont montré que la quantité de rayons X reçus
dans certaines « couleurs » varie rapidement, tandis
que celle captée dans d’autres gammes d’énergie
reste très stable. Ces caractéristiques et l’absorption
de rayonnement spécifique du fer froid indiquent que le monstre
de NGC 4388 apparaît vu à travers un épais anneau
composé d’un gaz de molécules et de poussières
autour de lui.
Existerait-il
des formes de vie exotique dans un tel anneau, suffisamment loin
du centre du trou noir ?
On
sait que le principe anthropique repose sur l’argument que
la vie telle que nous la connaissons n’a pu prendre naissance
que dans un univers dont les constantes fondamentales sont ajustées
à des fractions près. Ceci s’exprime en anglais
par la formule « Our universe is fine-tuned for life
». Cette affirmation sert de fondement au principe anthropique
fort selon laquelle les constantes ou lois fondamentales de l’univers
ont été déterminées à l’avance
par un esprit supérieur voulant voir la vie et l’homme
apparaître sur Terre. Le principe anthropique faible ne voit
pas si loin. Il constate seulement que si les constantes de l’univers
avaient été un tant soit peu différentes, la
vie et par conséquent l’homme n’auraient pas
pu apparaître. Dans l’hypothèse cosmologique
dite du multivers, selon laquelle existerait une infinité
d’univers, seuls ceux présentant les caractéristiques
du nôtre pourraient entretenir la vie.
Un
certain nombre de biologistes ou d’exobiologistes (ceux qui
étudient les possibilités de vie sur d’autres
planètes) ne se satisfont pas de cette supposition. De même,
les chercheurs en vie synthétique, qui s’efforcent
de construire des entités dotées des propriétés
de la vie à partir soit d’informations numériques,
soit de molécules prébiotiques (acides aminées…),
ne veulent pas restreindre leurs constructions à la reproduction
de formes de vie utilisant le carbone et l’eau, comme sur
notre planète. Ils voudraient tous « repartir à
zéro », soit selon le terme anglais, « start
from scratch ».
Un
article du NewScientist (2 août 2008, p.10), nous apprend
que c’est précisément cette approche qu’explore
le Pr Fred Adams, astrophysicien à l’université
du Michigan à Ann Arbor, et spécialiste de la formation
des étoiles(1). Il a montré
que des étoiles disposant de conditions propices à
l’apparition de la vie n’ont rien d’improbable.
Nous disons bien des étoiles et non des planètes.
Pour le démontrer, Fred Adams est parti d’une définition
a minima de ce qu’est une étoile : un corps massif
maintenu en équilibre par sa propre gravité, stable,
capable de vivre longtemps et générant de l’énergie
à partir de processus nucléaires. Trois constantes
seulement sont nécessaires pour la formation de telles étoiles,
la constante gravitationnelle, la constante de structure fine alpha
qui définit la force des interactions entre la radiation
et la matière(2) et un mix de constantes
qui détermine les ratios de réaction des processus
nucléaires.
Fred
Adams a sélectionné un certain nombre de valeurs possibles
pour ces 3 constantes et les a introduit dans un programme informatique
simulant la création d’une multitude d’univers
ou multivers virtuel. Dans son modèle, chaque univers à
l’intérieur de ce multivers possédait des valeurs
différentes pour ces trois constantes et se trouvait donc
soumis à des lois fondamentales légèrement
différentes. Un quart d’entre eux s’est révélé
posséder des astres générant de l’énergie,
ceci même avec des constantes variant d’un rapport de
1 à 100, autrement dit profondément différentes
de celles régissant notre propre univers.
Mais
certains de ces astres ne ressemblaient pas à ce que nous
désignons par le nom d’étoiles. Il s’agissait
par exemple de trous noirs radiant de l’énergie ou
de nuages de matière noire. Les énergies émises
étaient assez modérées pour permettre la vie
et duraient suffisamment longtemps pour que celle-ci puisse évoluer.
Mais ces étoiles ne produisaient pas nécessairement
du carbone. Comme la formation des éléments chimiques
dépend de alpha, certaines variations de alpha pourraient
générer des éléments à partir
desquels pourraient naître des formes de vie différentes
de celles que nous connaissons.
Ainsi
la croyance en la spécificité de notre univers au
regard de la création de la vie ne serait qu’une illusion.
Il existerait de nombreuses constantes et processus différents
qui pourraient produire de la vie.
Mais
faut-il se limiter à chercher ces formes de vie exotiques
dans d’autres univers que le nôtre, ce qui n’ouvrirait
pas des perspectives très pratiques? Vu le nombre de corps
célestes encore inconnus ou mal identifiés peuplant
notre univers, y compris dans la galaxie, ne pourrait-on espérer
trouver un jour, relativement près de chez nous, des îlots
de vie s’étant développés autour de trous
noirs radiant des énergies modérées ou autour
de nuages de matière noire ?
Notes
(1) Pr Fred Adams: http://www.physics.lsa.umich.edu/department/directory/bio.asp?ID=1
(2) La constante de structure fine ou alpha est
une constante sans dimension, qui mesure le couplage de la force
électromagnétique. Elle décrit les comportements
dynamiques de la matière au niveau atomique. Elle gouverne
la force électromagnétique, qui fonde la cohésion
des atomes et des molécules. On considère que si sa
valeur avait été légèrement différente,
la vie n'aurait pu apparaître. Seules les plus infimes variations
d'alpha au cours du temps seraient tolérables Aussi la plupart
des scientifiques pensent que sa valeur n'a jamais varié.