Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
3 décembre 2009
par Jean-Paul Baquiast
[Economie politique]
Le système bancaire international, lobby ou
mafia ?
Même
un système mondial de contrôle de type mafieux peut
avoir des ratés. C'est ce qui semble s'être passé
ces jours-ci, lorsque le patron du FMI, Dominique Strauss Kahn,
a laissé entendre que les banques détenaient encore
beaucoup d'actifs pourris, c'est-à-dire de prêts trop
spéculatifs faits à des acteurs susceptibles de ne
pas les rembourser.
Un
lobby, dans le langage politique courant, désigne un ensemble
d'intérêts, généralement économiques,
organisés pour peser sur les organismes politiques afin d'obtenir
des décisions administratives ou législatives en leur
faveur. Un lobby peut être plus ou moins important, il peut
provoquer des décisions politiques plus ou moins lourdes
de conséquences : le lobby des restaurateurs a obtenu en
France la baisse de la TVA sur les recettes du secteur. Bricole,
significative certes, mais bricole. Le lobby militaro-industriel
américain a sans doute été responsable des
grandes décisions stratégiques de l'Etat fédéral
depuis la seconde guerre mondiale. Nous ne sommes plus là
dans le bricolage. Un lobby, pour agir, emploie divers procédés
légaux et illégaux, le plus illégal étant
la corruption directe des responsables politiques et administratifs.
Mais il est rare qu'il mette des hommes à lui dans les postes
de responsabilités, de façon à prendre directement
les décisions qui lui sont favorables.
Toute
autre est la démarche des organisations du crime en société
que l'on nomme les mafias. Nées en Italie et en Asie, généralisées
aux Etats-Unis puis aujourd'hui dans toutes les parties du monde,
les mafias pénètrent les organes des Etats et de leurs
administrations en y faisant nommer des hommes à elles. Quand
elles ne peuvent pas le faire directement, elles multiplient les
pressions sur les hauts responsables, chefs d'Etat compris, pour
en faire des marionnettes dociles. Dans les cas extrêmes,
elles ne reculent pas devant le meurtre. Leur objectif est de mettre
au service de leurs intérêts, prévarications
et vols, l'ensemble des producteurs de profit. Une société
idéale pour elles, rappelant les anciennes sociétés
féodales, serait une société où chaque
agent économique leur verserait une part substantielle de
ses revenus, non pas même en échange de services tels
que la protection, mais simplement pour échapper aux menaces
de mort ou contrats mis sur sa tête.
Si
les lobbies sont discrets, les mafias le sont encore plus. C'est
la condition de leur survie. Même aujourd'hui on l'on s'imagine
que l'information est partout, elles réussissent, par la
menace, à maintenir un voile épais sur leur existence
et leurs façons d'agir. Où donc essayer de les identifier
? On pense généralement à l'économie
souterraine, celle du jeu, de la prostitution, du recyclage d'argent
sale. Mais si elles se limitaient aux activités illégales
(peut-être 30% du PIB mondial), elles ne gagneraient pas suffisamment
d'argent. Il leur est nécessaire de mettre la main sur les
activités légales, en visant celles qui sont les plus
indispensables au fonctionnement des sociétés, la
production, la distribution, la gestion administrative. Mais comment
infiltrer ces dernières d'une façon qui ne saute pas
aux yeux ? Existe-t-il un réseau de distribution des ressources,
analogue au réseau sanguin pour le corps, que l'on puisse
contaminer pour en extraire des éléments nutritifs
?
La
réponse est oui. Ce réseau existe. C'est le réseau
bancaire mondial. Bien qu'il abrite, comme toute mafia, des «
familles » qui sont en compétition, le réseau
mondial des établissements de crédit et d'assurance
fonctionne comme une mafia globale pour le plus grand profit de
ses états-majors, salariés supérieurs et grands
actionnaires (qui tiennent aussi les états-majors des entreprises
cotés en bourse). Le terme de mafia surprendra ici, pour
désigner des personnes aussi respectables et bien en cour
que les banquiers ou, en France, certains membres de l’Inspection
générale des Finances dont le parcours suppose automatiquement,
après passage à la direction du Trésor, le
pantouflage à l’état-major d’une grande
banque. Admettons que parler de mafia soit un peu polémique.
Mais alors, comment qualifier un tel système ?
Conçu initialement pour mettre à la disposition des
entrepreneurs les économies des petits épargnants,
le réseau banque-assurance a compris qu'il ne s'enrichirait
jamais assez vite en attendant qu'un prêt à 3% sur
10 ans fait à une entreprise consciencieuse rapporte quelques
bénéfices. Il lui fallait se lancer dans des prêts
à risques, autrement dit spéculer à outrance,
à partir des dépôts faits par les épargnants.
Spéculer non seulement pour les grands clients, mais pour
le compte des organismes eux-mêmes et de leurs actionnaires.
Spéculer permet de faire des bénéfices importants,
mais fait courir des risques également importants. Que ce
passe-t-il lorsque les débiteurs se trouvent incapables de
rembourser. La mafia bancaire a compris depuis longtemps qu'il lui
suffisait de faire peser sur les responsables politiques la menace
de sa propre faillite (l'embolie fatale du système sanguin)
pour que les Etats, à coups de crédits publics payés
par les contribuables, viennent à son secours, le temps que
l'économie se rétablisse et que ses profits –
autrement dit ses détournements – puissent reprendre.
La
mafia bancaire est internationale. Aux Etats-Unis, elle a pratiquement
réussi à mettre à la tête de l'administration
fédérale des hommes à elle, y compris le président
Obama lui-même (the Wall Street Puppet). En Grande
Bretagne, il est difficile de distinguer entre les représentants
du Trésor et ceux des banques de la City, car ils tiennent
exactement le même discours. Lorsque la mafia est attaquée,
elle se défend. On l’a vu ces jours-ci, avec la violence
par laquelle le gouvernement britannique s’est opposé
à la nomination d’un commissaire français, Michel
Barnier, dans le secteur du commerce et de la finance, traditionnellement
tenu en main par Londres. En France, où le sens du service
public reste plus partagé, la mafia bancaire doit agir avec
plus de prudence. Mais la conjonction des grands corps de l'Etat,
des chefs d'entreprises nommés par le pouvoir et d'un grand
nombre d'hommes politiques sous influence, lui donne une assez grande
liberté d'action. Ainsi, on apprend sans s’en étonner
que le président d’une grande banque conseille directement
le ministère des Finances français (et sans doute
aussi l’Elysée) y compris quand il s’agit de
décider de mesures dites prudentielles s’appliquant
au secteur. Bien entendu, les économistes et les médias
sont également très largement sous contrôle.
Il est rare que, comme l'a fait récemment l'économiste
français Jean-Paul Fitoussi, des experts rappellent que le
système bancaire mondial prélève en bénéfice
40% du PIB global alors qu'il n'en finance directement que 10%.
Un
point essentiel, que l'on ne perçoit pas souvent, est le
fait que la mafia bancaire internationale tire sa force en matière
de collecte d'information et de prise de décisions rapides
de son intrication étroite avec les systèmes informatiques
et de communication en réseau lui permettant d'être
toujours là ou il faut au moment où il le faut. Il
s'agit d'un exemple parfait de ce que nous avons nommé dans
d'autres articles un système anthropotechnique,
c'est-à-dire un superorganisme complexe associant des humains
et des technologies afin de réaliser une symbiose efficace
des ressources biologiques et des ressources technologiques de ses
composants. Les systèmes anthropotechniques sont en compétition
darwinienne les uns avec les autres. Ainsi la mafia bancaire est
en compétition avec d'autres systèmes anthropotechniques
efficaces, les lobbies de l'armement, du pétrole, de l'automobile,
par exemple. Mais pour les raisons indiquées plus haut, tenant
à ce qu'elle verrouille en amont les vaisseaux sanguins qui
font vivre ces lobbies, elle les surpasse très largement
en capacité d'influencer l'évolution du monde global.
Bien
sûr, même un système mondial de contrôle
peut avoir des ratés. C'est ce qui semble s'être passé
il y a quelques jours, lorsque le patron du FMI, Dominique Strauss
Kahn, a laissé entendre que les banques détenaient
encore beaucoup d'actifs pourris, c'est-à-dire de prêts
trop spéculatifs faits à des acteurs susceptibles
de ne pas les rembourser. Il en résulterait (ce que n'a pas
dit clairement DSK) de nouvelles difficultés pour les banques,
une nouvelle menace de crise globale et de nouveaux appels aux Etats
pour que les financements des contribuables viennent au secours
des établissements. Pour éviter cela, il aurait suffi,
comme nous l'avions écrit ici même à l'époque,
que les Etats nationalisent les banques ou tout au moins se donnent
sur elles de puissants moyens de contrôle coordonnés.
Mais à cette fin, il aurait fallu que les gouvernements des
grands Etats, ceux du G20, s'entendent au niveau mondial et surtout,
qu'ils échappent à l'emprise politique de la mafia
bancaire. Ce n'était évidemment pas possible et cela
restera impossible, compte tenu du fait rappelé ci-dessus,
qu'à Washington, à Londres et dans d'autres capitales,
des «puppets» plus ou moins téléguidées
par le système anthropotechnique bancaire détiennent
les outils de la décision politique.