Automates
Intelligents utilise le logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Nouvelles perspectives intéressant le transfert
horizontal de gènes
Le schéma
de larbre de la vie, imaginé par le jeune Darwin de
1837, et dessiné
par lui dans un de ses carnets ( source NewScientist).
Dans un article de février 2006, «Nouveaux nouveaux
regards sur la biologie»(1), nous
avions présenté les recherches de deux biologistes
émérites, Carl Woese et Freeman Dyson, qui s’appuyaient
sur le concept de transfert horizontal de gènes (horizontal
gene transfer ou HGT), ou «marché commun des gènes»,
pour comprendre comment les premières formes vivantes avaient
pu échanger rapidement entre elles les processus biochimiques
et catalytiques inventées par les plus efficaces d’entre
elles, à une époque où les espèces telles
que définies aujourd’hui, c’est-à-dire
disposant de génomes spécifiques leur interdisant
de s’hybrider entre elles, n’existaient pas encore.
Ils en ont tiré la conclusion que pendant une période
non négligeable, l’évolution a procédé
sur un mode non darwinien ou plutôt sur un mode prédarwinien.
Cela ne voulait pas dire que le mécanisme fondamental
mis en évidence par Darwin, celui des mutations/sélections,
n’existait pas, mais seulement que les mutations se
transmettaient sur un autre mode que celui de la filiation
d’ascendant à descendants. Rappelons que Freeman
Dyson est allé plus loin, puisqu’il pronostique
l’arrivée aujourd’hui d’une ère
post-darwinienne ou l’homme et les nouvelles technologies
modifieront directement les espèces en réalisant
ce que l’on pourrait appeler des mutations et des
sélections artificielles.
Mais revenons au darwinisme. Dans un article du NewScientist daté
du 21 janvier 2009, “ «Why Darwin was wrong about
the tree of life? »(2) dont
nous inspirons ici pour l'essentiel, l’éditeur scientifique
Graham Lawton fait le point des études récentes concernant
le transfert horizontal de gènes et l’hybridation dans
la nature. Selon ces études, le phénomène du
transfert horizontal de gènes n’intéresse pas
seulement les organismes simples non cellulaires, bactéries
et archeae (procaryotes) mais aussi les organismes pluricellulaires
(eucaryotes), y compris ceux dotés de formes complexes.
Autrement dit, on pourrait en conclure que le schéma de l’arbre
phylogénétique foisonnant décrit par Darwin
pour illustrer la diversification progressive des espèces
à partir d’un ancêtre supposé unique ne
peut plus être considéré comme le seul pertinent
pour modéliser l’évolution. Pour Darwin, rappelons-le,
l’évolution ne fait pas de saut. Si l’on considère
l’espèce comme le groupe le plus représentatif
permettant de classer les êtres vivants, la bifurcation majeure
est la spéciation à partir de laquelle l’espèce-mère
se divise en deux espèces-filles. La descendance suit une
logique verticale, incluant les unes dans les autres des espèces
isolées entre elles(3). C’est
le schéma de l’arbre, imaginé par le jeune Darwin
de 1837, et dessiné par lui dans un de ses carnets, qui est
apparu comme le mieux de représenter ce mécanisme
(notre image, source "NewScientist").
Le concept de l’arbre phylogénétique
(ou tree of life, selon la dénomination
de Darwin et de ses successeurs), se révéla
fondamental pour la théorie de l’évolution.
Chaque branche représente une espèce, l’embranchement
représente le moment où l’espèce
se divise en deux. Beaucoup de ces branches se sont éteintes,
mais certaines ont survécu jusqu’à nos
jours. En remontant le long des branches de l’arbre,
on peut retrouver toute l’histoire de leurs relations
avec les autres – ce jusqu’à un hypothétique
ancêtre commun. Dans l’esprit des biologistes
évolutionnistes, jusqu’à ces dernières
années, l’arbre était une réalité
de la nature. Pour en préciser les détails
il suffisait d’approfondir l’analyse des espèces
éteintes.
Aujourd’hui
cependant ce concept d’arbre est considéré
par beaucoup de biologiste comme erroné, sinon dangereux.
Il donnerait une fausse idée de l’évolution.
Le remettre en cause doit contribuer à la révolution
dans la biologie qui s’impose désormais à
leurs yeux. La découverte de la structure de l’ADN
en 1953 avait un moment fait espérer que la biologie
moléculaire justifierait la réalité
des arborescences constituant l’arbre phylogénétique.
Plus deux espèces se sont séparées
récemment, plus similaires devraient être leurs
ADN, ARN et séquences de protéines correspondantes.
Cette hypothèse fut initialement confirmée.
L’analyse de l’ARN présent dans les ribosomes,
ou organites intracellulaires responsables de la fabrication
des protéines, avait permis de retrouver le schéma
d’un arbre, et accessoirement de différencier,
comme le fit Carl Woese précité, les archaea
des bactéries.
Mais les progrès de la biologie moléculaire
permirent à partir des années 1990 de séquencer
l’ADN des bactéries et archaea et pas seulement
leur ARN. Or là, en de nombreuses occasions, ces
analyses ne permirent pas de retrouver l’arbre évolutif
des ARN. De nouveaux arbres apparurent, semblant montrer
que des espèces proches selon l’arbre des ARN
ne l’étaient plus dans l’arbre des ADN.
Cela ne voulait pas dire que l’une ou l’autre
de ces analyses était erronée, Elles ne l’étaient
pas. Cela voulait seulement dire que le concept d’arbre
n’était plus applicable à l’évolution
globale des espèces. Il n’avait de valeur que
dans la perspective d’une descendance s’exerçant
verticalement mais non dans celle où des espèces
pouvaient échanger du matériel génétique
de façon horizontale, par exemple par l’hybridation.
L’hybridation résulte d’une reproduction
entre espèces différentes n’entraînant
pas de modifications et moins encore de disparition des
espèces mères. Elle est généralement
infertile mais dans de nombreux cas, il a été
découvert qu’elle ne l’était pas
(voir ci-dessous). A la lumière de ces analyses,
l’arbre s’est transformé en un réseau
complexe d’interrelations, dit aussi un « web
», les espèces pouvant être proches par
certains caractères et éloignées par
d’autres.
Un mécanisme
absolument général
La multiplication des séquençages de gènes
entre bactéries et archaea montra que ces organismes
échangent régulièrement leur matériel
génétique entre eux, le cas échéant
à travers de grandes distances taxonomiques. D’où
la nécessité d’inventer le concept de
transfert horizontal de gènes. De plus, il est apparu
qu’il ne s’agissait pas d’un phénomène
marginal, tel celui mis en oeuvre dans l’acquisition
de résistances aux antibiotiques. Il s’agit
d’un mécanisme absolument général.
Le débat s’est poursuivi cependant entre partisans
de l’arbre et partisans du web, jusqu’à
aujourd’hui. En 2006, une étude menée
par Peer Bork du Laboratoire européen de Biologie
moléculaire de Heidelberg, portant sur 31 gènes
appartenant à 191 génomes de bactéries,
archaea et eucaryotes mettait en évidence un arbre
presque parfait. Mais d’autres chercheurs (notamment
Tal Dagan et William Martin de l’Université
Henri Heine à Düsseldorf) répliquèrent
– sans convaincre les précédents - que
l’échantillonnage était insuffisant.
Ils ont depuis mis en évidence 80% de transferts
de gènes au sein de 500.000 gènes appartenant
à 181 procaryotes.
Quant aux eucaryotes, c’est-à-dire à
la catégorie à laquelle nous appartenons,
les exemples abondent montrant qu’ils ont recours
à la symbiose génétique. D’abord,
il est admis généralement que les eucaryotes
prirent naissance par la fusion de deux procaryotes, une
bactérie et une archaea. Les eucaryotes primitifs
ainsi formés ont ensuite absorbé d’autres
procaryotes, ayant abouti aux mitochondries et aux chloroplastes,
organites responsables au sein de la cellule moderne de
la fabrication de l’énergie et de la photosynthèse.
On parle à ce sujet d’endo-symbiose, en ce
sens que les organismes absorbés ont transféré
une grande partie de leurs génomes dans ceux de leurs
hôtes, créant des génomes hybrides.
Le libre marché des gènes se poursuit aujourd’hui
à grande échelle. Certes, il intéresse
principalement une majorité d’eucaryotes unicellulaires
(protistes) qui constituent 90% des espèces connues.
Mais l’évolution des multicellulaires, plantes
et animaux, fait aussi largement appel spontanément
à l’hybridation. Ce serait le cas de 14% des
plantes et de 10% des animaux, selon James Mallet, biologiste
évolutionnaire à l’University College
de Londres. On sait que la question a été
posée (sans être clairement résolue
à ce jour) à propos des relations entre homo
neandertalensis et homo sapiens. De plus, on trouve dans
les génomes de diverses espèces des séquences
d’ADN identiques qui semblent bien avoir été
transféré au cas par cas par HGT. Un morceau
d’ADN de serpent a ainsi été retrouvé
chez une vache. Les agents de ces transferts semblent être
principalement des virus. On estime ainsi que 40 à
50% du génome humain, souvent associé à
des fonctions vitales, à été importé
horizontalement par des virus. Tout ceci n’exclut
pas cependant l’évolution darwinienne classique
le long d’arbres phylogénétiques. Elle
reste identifiable dans environ 50% des cas.
Pour
Eric Bapteste(4), de l’université
Pierre et Marie Curie (photo), il ne faut pas conclure de ce qui
précède que la théorie de l’évolution
jusqu’alors dominante soit fausse et doive être changée.
Elle est seulement plus complexe que Darwin ne l’imaginait.
Il faut donc l’envisager dans sa nouvelle complexité.
Pour d’autres chercheurs au contraire, il convient dorénavant
de concevoir l’évolution plus autour des fusions et
de la coopération qu’autour de mutations survenant
dans des lignées isolées. Un changement majeur dans
les concepts et le paradigme s’imposerait donc.
La question des hybrides est intéressante à
cet égard. Il conviendrait de rejeter la croyance
selon laquelle ses produits sont stériles. Pour le
biologiste marin Donald Williamson, retraité de l’Université
de Liverpool, de nombreuses espèces marines conjuguent
successivement au cours de leur vie des caractères
hérités de deux espèces différentes
s’étant hybridées pour leur donner naissance.
Il s’agit de chimères viables. Le milieu marin
est il est vrai très favorable au rapprochement des
semences d’espèces différentes.
Ajoutons pour notre part que d’autres formes de chimères
viables – en dehors de celles formées par génie
génétique – existent peut-être
au sein des espèces supérieures. Elles n’auraient
réussi à survivre que dans des cas exceptionnels,
mais sur des millions d’années d’évolution,
de telles exceptions auraient eu la possibilité de
se produire. Ces considérations donnerait fondement
à un thème parfois développé
dans la science fiction : l’apparition possible à
l'avenir d’un hybride d’humain et d’un
autre organisme supérieur non humain, d’où
naîtrait une nouvelle espèce. Il faudrait en
effet considérer la vie et son évolution comme
un phénomène global immense, réagissant
en totalité et qui ne peut être compris par
l’analyse de quelques cas seulement. Mais nous sommes
là pour le moment dans le domaine de l’hypothèse.
Une autre conclusion nous paraît s’imposer, ne relevant
sans doute pas de l’hypothèse. Les mutations considérée
comme fondamentales dans le schéma darwinien classique, lequel
a été repris par exemple dans le livre «
Le hasard et la nécessité » de Jacques
Monod, ne sont pas les seules facteurs de l’évolution,
qu’elles relèvent d’accident à la duplication
du génome, d’irradiations ou d’autres causes
externes. L’inter-évolution et l’endo-évolution,
qui réduisent (sans l’annuler) le champ du hasard dans
la nécessité, joueraient un rôle tout aussi
important. Mais leurs produits seraient, eux aussi, soumis à
la sélection darwinienne. Les spiritualistes ne peuvent donc
s’appuyer sur ce qui précède pour réintroduire
le finalisme.