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Vivons nous à l'intérieur d'un trou
noir cosmique ?
Dans
un article du 1er août 2008 présentant le dernier livre
du physicien américain Leonard Susskind, The Black Hole War(1),
nous avions indiqué que ce dernier avait réussi, conjointement
avec le physicien néerlandais Gerard t'Hooft, a convaincre
Stephen Hawking du fait que l'information entrant dans un Trou noir
ne disparaissait pas en conséquence de l' « évaporation
» de ce dernier par radiation (Hawkin's radiation).
Elle pouvait être retrouvée à condition de faire
appel à d'autres théories que celles de la gravité,
regroupée dans ce que l'on dénomme la gravitation
quantique. Susskind et t'Hooft, ainsi que le jeune physicien argentin
Juan Maldacena, ont montré que les questions relatives à
ce que devient l'information dans l'évolution des trous noirs
peuvent être abordées dans le cadre d'une théorie
différente ne faisant pas appel à la gravitation et
permettant de conserver l'information, en conformité avec
les bases de la physique quantique.
On
pourrait ainsi envisager dans le cadre de la nouvelle théorie
de produire expérimentalement des trous noirs au sein desquels
on pourrait suivre l'histoire de l'information. Celle-ci se retrouverait
à l'identique au cours de l'évaporation du trou noir.
On les détecterait à partir des fluctuations quantiques
microscopiques se produisant à la frontière du trou
noir, sur son horizon. Ce ne serait pas dans l'esprit des auteurs
avec des trous noirs galactiques géants que l'on pourrait
procéder à de telles expériences, mais peut-être
avec des trous noirs microscopiques, si les futurs accélérateurs
de particules permettent d'en produire qui soient suffisamment stables.
Ceci
a conduit 't Hooft, suivi par Susskind, à développer
l'hypothèse holographique(2). Celle-ci
postule que ce qui constitue notre monde, jusqu'à nous-mêmes,
compose un hologramme projeté jusqu'aux confins de l'espace.
Les informations constituant cet hologramme seraient émises
par la face interne de l'enveloppe d'un trou noir gigantesque au
sein duquel se serait développé notre univers. La
dernière partie de The Black Hole War développe les
différents aspects de cette hypothèse, qui sont difficilement
accessibles aux non spécialistes, malgré le talent
pédagogique de Leonard Susskind : anti-Espace De Sitter (ADS),
branes, conjecture de Maldacena, trous noirs extrêmes (extreme
black holes) et principe holographique lui-même. Quoiqu'il
en soit, tout ceci restait jusqu'à présent du domaine
de la théorie mathématique et ne paraissait pas pouvoir
recevoir de preuves expérimentales.
La situation est peut-être en train de changer radicalement
Tout
récemment, des faits nouveaux semblent avoir été
observés. Des preuves de l'hypothèse holographique
pourraient peut-être être obtenues, d'une façon
tout à fait inattendue, comme c'est souvent le cas en science(3).
Si ces hypothèses se révélaient exactes, il
s'agirait d'une véritable révolution. Depuis quelques
mois, les responsables du grand laboratoire germano-britannique
pour la détection des indes gravitationnelles, installé
prés de Hanovre, le GEO600 (ci- contre une photo aérienne).,
avaient fait une observation curieuse(4).
L'équipement, extrêmement précis et délicat,
n'avait pas détecté d'ondes gravitationnelles mais
un bruit de fond persistant, qui résiste aux différentes
épreuves visant à éliminer les nombreuses sources
parasites polluant l'expérimentation
Il
s'agit, selon un des responsables du GEO600, Karsten Danzmann de
l'Institut Max Plank pour la physique gravitationnelle à
Postdam, d'un bruit bien particulier se situant dans les fréquences
situées entre 300 et 1500 hertz. Pour le physicien américain
Carl Logan, récemment nommé directeur du Centre pour
l'astrophysique des particules au sein du Fermilab, il s'agit peut-être
de la réception d'émissions traduisant l'agitation
quantique de l'espace-temps. Celle-ci produirait des unités
discrètes d'espace-temps, ou grains, dont la taille se situerait
à la longueur dite de Planck. Mais celle taille (10-35
mètre) serait trop petite pour pouvoir être observable
directement. Les grains d'espace-temps ainsi produits pourraient
par contre être observés indirectement, s'ils faisaient
l'objet d'une projection holographique provenant des frontières
de l'univers et dirigées vers l'intérieur d'un gigantesque
trou noir, un trou noir supposé correspondre à notre
propre univers.
Le
trou noir présente la propriété d'augmenter
la taille des informations correspondant à celles qu'il émet
par évaporation à partir de sa frontière, si
elles sont renvoyées vers l'intérieur de cette frontière,
laquelle forme un volume par définition plus petit. Dans
le cas d'un trou noir à la taille de l'univers, les grains
d'espace-temps, d'une taille calculée de 10-16
mètre, pourraient alors être détectés
par les instruments actuels.
Nous
simplifions l'exposé de cette question difficile, en renvoyant
à l'article cité de Marcus Chown. Disons que les prédictions
de Carl Logan quant à la fréquence des émissions
provenant de la frontière d'un trou noir cosmologique correspondent
à peu près aux émissions détectées
par Karsten Danzmann avec le GEO600. Ceci voudrait dire qu'en ce
cas, l'on observerait directement les quanta de temps, ou plus petits
intervalles de temps possibles dans l'hypothèse où
le temps serait quantifiable. Ils correspondraient à la longueur
de Planck divisée par la vitesse de la lumière.
Mais
tout ceci resterait à vérifier. Pour cela, il faudrait
construire des observatoires directement dédiés à
la mesure du bruit holographique supposé et à celle
des phénomènes associés. Une solution relativement
économique consisterait pour ce faire à construire
un interféromètre faisant appel à des rayons
d'atomes ultra-froids travaillant dans des longueurs d'onde plus
petites que la lumière et donc plus facile à réaliser
;
Sur
le plan théorique, la confirmation du principe holographique
aiderait à choisir entre les hypothèses de la théorie
des cordes, éliminant certaines d'entre elles et en confirmant
d'autres. On pourrait peut-être alors commencer à comprendre
comment l'espace-temps peut émerger du monde quantique. Mais,
comme on vient de le voir, il ne faut pas anticiper.
Ajoutons
une observation personnelle. La situation observationnelle ainsi
décrite et les hypothèses en découlant conduisent
à articuler deux séries d'hypothèses qu'a priori
rien n'obligeait à lier : le fait que l'espace-temps soit
quantifiable aux conditions limites et le fait que nous vivions
dans un gigantesque trou noir en expansion. Pour le sens commun,
la seconde hypothèse est autrement plus stupéfiante
que la première, laquelle a priori n'intéresse que
les physiciens théoriciens. Il est donc un peu surprenant
de constater que l'hypothèse du trou noir est formulée
non à partir d'expérimentations visant à la
mettre spécifiquement à l'épreuve, mais indirectement
en appui d'une expérience apparemment minuscule intéressant
des anomalies possibles dans les enregistrements d'un détecteur
d'ondes gravitationnelles resté jusqu'à présent
muet en ce qui concerne l'existence de ces dernières. Ainsi
va la science.
Notes
(1)Voir notre présentation du livre "The
Black Hole War"
(2) Sur l'hypothèse holographique, voir
"The Holographic principle dans Wikipedia" : http://en.wikipedia.org/wiki/Holographic_principle "
Concernant les trous noirs, le principe dit que la description de
tous les objets qui y tombent est entièrement contenue dans
les fluctuations de surface de l'horizon du trou noir. Par extension,
il suggère que l'univers entier peut être considéré
comme une structure d'information en deux dimensions peinte sur
l'horizon cosmologique de l'univers. Les trois dimensions que l'on
y observe ne constituent qu'une description valable aux basses énergies.
L'holographe cosmologique n'a pas encore été décrite
mathématiquement avec précision, car l'horizon cosmologique
à une surface finie qui s'accroît avec le temps."
(3)Voir l'article de Marcus Chown dans le NewScientist
du 17 janvier 2009, p 24, dont nous nous sommes inspirés
ici, et sur le site http://www.newscientist.com/article/mg20126911.300-our-world-may-be-a-giant-hologram.html
(4)Sur le GEO600, German-english Observatory,
voir le site http://geo600.aei.mpg.de/