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21 mars 2009
par Jean-Paul Baquiast
Sciences et politique
La méthode de conceptualisation relativisée
(MCR) pour mieux analyser la grande crise climatique
Cet
article a été prérédigé par Jean-Paul
Baquiast, puis soumis à Mme Mioara Mugur-Schächter,
qui l'a révisé en détail.
Elle ne veut pas prendre la responsabilité des commentaires
louangeurs à son égard que nous y avons introduits.
Nous la remercions vivement de sa participation. Automates-Intelligents
Le
4e Rapport du GIEC, établi en 2007 sur des données
de 2005 et antérieures, a été reconnu comme
bien trop optimiste par les experts du GIEC réunis à
Copenhague le 10 mars 2009. Mais vu la lourdeur de l'Organisation,
le prochain rapport ne sera publié qu'en 2014. Or "les
dernières observations confirment que le pire des scénarios
du GIEC est en train de se réaliser. Les émissions
ont continué d'augmenter fortement et le système climatique
évolue d'ores et déjà en dehors des variations
naturelles à l'intérieur desquelles nos sociétés
et nos économies se sont construites", a affirmé
le comité scientifique de la conférence.
Exemple
d'application de la méthode de conceptualisation relativisée
(MCR) aux problèmes du réchauffement climatique
La
Méthode de conceptualisation relativisée (MCR) inventée
par la physicienne Mioara Mugur-Schächter dans le cadre d'un
approfondissement de ses recherches en physique quantique se révèle
un outil particulièrement performant pour l'ensemble des
disciplines scientifiques. Au-delà, la méthode est
appelée à modifier l'épistémologie et
plus généralement l'usage des langages appliqués
à la représentation de ce que les sens croient percevoir
du monde extérieur.
Cet
article vise à montrer comment MCR, convenablement appliquée,
pourrait éclaircir considérablement les discours scientifiques
et politiques relatifs à la grande crise systémique
que nous subissons actuellement. Le champ retenu est celui du réchauffement
climatique, mais on verra que de nombreux autres domaines aussi
sensibles pourraient être abordés. Notre
revue a déjà consacré de nombreux articles
à MCR. Il nous a paru cependant nécessaire, après
un préambule, de faire précéder l'application
climatique d'un rappel méthodologique plus général.
Automates-Intelligents
Préambule. Le manque d'une « bonne méthode »
dans la lutte contre les dérèglements climatiques
et la perte de la biodiversité
Posons
deux hypothèses « optimistes » qui seront évidemment
à vérifier :
Les systèmes anthropiques
modernes (anthropotechniques pour reprendre notre terminologie)
disposent de suffisamment de ressources technologiques, humaines
et informationnelles pour que, sous la pression d'un risque
majeur - celui d'une extinction massive les affectant tous
- leurs comportements se modifient d'eux-mêmes dans
le sens de la prévention. On voit que cette hypothèse
n'évoque pas l'intervention de supposées décisions
volontaires inspirées par un libre-arbitre providentiel.
Nous pensons plutôt à des mesures de correction
spontanées ou semispontanées
apparaissant dans certaines conduites de groupe et étudiées
dans le cadre du paradigme de la sélection de groupe.
Le terme de semi-spontanées signifie que les actions
se produisent d'ellesmêmes, mais qu'elles peuvent entraîner
un écho voire un renforcement au sein des bases neurales
ou computationnelles génératrices d'états
de conscience individuels ou collectifs.
Malheureusement,
nous l'avons dit, les systèmes anthropotechniques dominants
se montrent encore incapables de mobiliser ces ressources
et de prendre les mesures adéquates. Il faut mettre
en cause, à la base de cette incapacité, non
seulement des conflits d'intérêts, bien identifiés,
mais un manque général de méthode,
qui ne l'est pas.
En effet, pour qu'elles soient
efficaces, les mesures de prévention ou de correction
nécessaires devraient s'appliquer aux causes, disons,
« réelles » qui provoquent la crise et
non à des causes telles qu'imaginées par les
divers acteurs, chacun en fonction de sa capacité et
de son intérêt. Mais peut-on parler de «
réel » en sciences, sans faire référence
à la façon dont ce qu'on appelle connaissance
est construit par un processus complexe associant les observateurs,
leurs instruments et de la « réalité »
sous-jacente inconnaissable "en soi". Les processus
de ce type sont examinés depuis longtemps, sinon compris,
notamment lorsqu'ils s'inscrivent dans la physique quantique.
En outre, pour le cas des descriptions "quantiques"
de microétats ils ont été entièrement
explicités, généralisés et développés
pour s'appliquer à tout processus de création
de connaissances communicables et consensuelles, par Mme Mioara
Mugur-Schächter, sous le nom de Méthode de Conceptualisation
Relativisée (MCR)1. Cette méthode
générale vaut donc notamment en matière
de sciences de la Terre.
Dans les processus de création de connaissances conduits
selon MCR, l'obervateur-acteurconcepteur se retrouve
modifié sans même qu'il s'en rende compte. Autrement
dit, son comportement au cours d'un processus de création
de connaissances s'adapte, via les algorithmes de la
méthode, aux
contraintes mises à jour par le but d'engendrer des
connaissances - relativisées - concernant telle ou
telle entité réelle placée dans le rôle
d'entité-à-décrire. Globalement, il en
résulte une dynamique de construction d'une représentation
de notre monde, où les actions des différents
observateurs-acteurs-concepteurs se conjuguent de manière
normée constituant un tout constamment "cohérent"
(comme dans la nature, que ce soit au niveau microscopique
et macroscopique), sans que des conflits destructeurs puissent
jamais détruire l'équilibre de la représentation
de l'ensemble. Ainsi, à partir des comportements de
détail des systèmes anthropotechniques qui agiraient
selon cette méthode, émergeraient spontanément,
sans intervention préalable d'une prétendue
volonté humaine et des finalités volontaristes
affichées par elle, des règles prudentielles
de comportement cognitif global qui permettraient d'éviter
et même de réparer les destructions massives
observées actuellement.
Il est évident que
dans ce cadre, le contenu du concept de Gaïa
devrait être
reconstruit, ainsi bien entendu que la description de toutes les
forces contribuant actuellement à la destruction du correspondant
de ce concept ou pouvant participer à sa reconstruction.
Ni Gaïa ni ces forces ne nous sont perceptibles "en
soi". Cependant, grâce à MCR, nous en
donner des représentations relativisées nous permettant
d'agir sur elles.
En appliquant MCR au
monde macroscopique dont les complexités sont immenses
au regard de la simplicité de nos rapports exclusivement
instrumentaux avec le monde quantique, l'émergence de règles
prudentielles visant à protéger ou réparer
Gaïa ne se fera pas spontanément, ni facilement. Elle
sera le résultat de processus déjà engagés
et qui, sauf accidents, devraient s'étendre, même
en l'absence d'interventions humaines individuelles et délibérées.
Ces processus ont trait notamment aux modalités d'observation
scientifique et au déploiement d'outils nouveaux, par exemple
dans le domaine des réseaux, de l'intelligence artificielle
et de la robotique autonome. Ils sont susceptibles de produire
de nouvelles symbioses avec ce qui demeurera de biologique dans
les systèmes anthropotechniques de demain.
Les ressources technologiques
impliquées dans les processus mentionnés n'existaient
pas du temps de l'homo erectus ni même des sapiens récents
du 19e et 20e siècles. Ils sont le produit
d'une évolution cosmologique plus globale vers la complexité,
que l'on retrouverait sans doute sur d'autres Terres que la nôtre.
MCR
: Démarche méthodologique et grandes étapes
Evoquons ici
en quelques lignes seulement les étapes véritablement
indispensables afin de se faire une idée concernant la
démarche MCR pour construire des connaissances.
Pour tout autre renseignement nous indiquerons au fur et à
mesure les sources appropriées. En outre, de temps à
autre, nous ajouterons des remarques concernant particulièrement
le problème écologique.
Il s'agit en fait d'une méthodologie
pour la production de "descriptions relativisées".
On peut en donner une annonce introductive dans des termes très
synthétiques:
Il n'y a de "science"
QUE de descriptions. Les
«phénomènes» au sens psychologique du
mot ne peuvent être communiqués que lorsqu'ils ont
été décrits et ne deviennent alors
consensuels qu'en un sens particulier bien défini
et moyennant des procédures construites ad hoc.
La structure de l'étape tout à fait première,
primordiale de la construction de ce sens et de ces procédures
- celle de description de base transférée (sur
des enregistreurs d'appareils soit artificiels soit biologiques)
- est en essence toujours la même, qu'il s'agisse d'opérer
dans le monde quantique ou dans le monde macroscopique, notamment
celui qui nous intéresse ici, celui des sciences de la
Terre. Ainsi l'ensemble des descriptions de base transférées
constitue une toute première strate de la représentation
de l'entière conceptualisation humaine déjà
accomplie à tout moment donné.
Quant aux étapes subséquentes
- celles de modélisations par méta-conceptualisations
intrinsèques de plus en plus complexes de descriptions
primordiales transférées - il apparaît qu'elles
sont marquées par certains caractères invariants
très forts qui permettent une représentation tout
à fait générale, valide pour l'ensemble de
toutes les chaînes de conceptualisation, quelle que soit
le domaine ou le niveau où elles sont développées.
Cette représentation générale concerne donc
l'entier volume des conceptualisations accomplies à tout
moment donné, à partir de la strate primordiale
correspondante de descriptions transférées primordiales.
Ainsi par: -explicitation
de la méthode de construire des descriptions de
microétats qui se trouve encryptée dans les algorithmes
de la mécanique quantique (MMS, http://arxiv.org/abs/0903.4976v
[quant-ph]); -généralisation
de cette méthode à la construction de descriptions
de base, primordiales, pour des entités-à-décrire
d'un domaine quelconque du "réel", impliquant
des ordres de grandeur quelconques des qualifications d'espace
et de temps; -développement de la méthode
descriptionnelle qui caractérise l'émergence de
la seule strate descriptionnelle primordiale, transférée,
de manière à constituer une méthode applicable
à tout processus de conceptualisation quel que soit
le stade de son évolution (i.e. qu'il s'agisse déjà
d'un stade de modélisation mais encore sommaire,
ou d'un stade de modélisation ayant un niveau de complexité
quelconque, ou qu'il s'agisse de systèmes de descriptions
(soit des systèmes syntaxiques de description (comme les
syntaxes de logique formelle, ou de disciplines mathématiques),
soit des systèmes de descriptions "appliqués",
c'est-à-dire constituant une "théorie d'un
domaine du réel", comme les disciplines de physique
théorique(2)), il
se constitue cette discipline nouvelle qu'est la méthode
générale de conceptualisation relativisée
dénotée MCR.
MCR incorpore dans
sa base, dans la strate universelle des descriptions primordiales
transférées, les germes de l'efficacité descriptionnelle
de la mécanique quantique fondamentale. Et elle développe
ces germes d'une manière telle qu'elle investit l'entier
volume du conceptualisé à tout moment donné,
par un réseau représentationnel à caractère
fractal, simple et universel, qui y injecte partout une
organisation porteuse de possibilité de contrôles
réflexifs et optimisants.
Globalement, cette approche
ne prétend pas, comme dans les sciences de la nature, représenter
ce qui "est". De manière déclarée
et résolue il s'agit d'une approche normative et
finalisée, soumise à un but,
à savoir le but d'éliminer a priori, par
construction, toute possibilité de faux problèmes
et de paradoxes.
Ce sont les relativisations
descriptionnelles systématiques accomplies pas à
pas qui assurent la réalisation de ce but.
Dans ce qui suit nous faisons
maintenant un exposé un peu plus détaillé
de MCR qui, bien qu'il soit lui aussi outrageusement sommaire,
permet néanmoins de se faire une idée plus concrète
de la structure de la démarche et des raisons de son efficacité(3).
Le 'fonctionnement-conscience'
"L'activité d'un
observateur-concepteur - conçue comme pouvant s'appliquer
sur l'univers extérieur et sur l'univers intérieur
auquel elle appartient, et là, notamment, sur elle-même
- est dénommée fonctionnement-conscience et
symbolisée FC. Le fonctionnement-conscience est
posé être la quintessence de l'acteur épistémique,
irrépressiblement antérieure et extérieure
à toute action épistémique spécifiée;
il est la source invariante et continuellement subsistante de
toutes les actions épistémiques de l'observateur-concepteur,
et chacun de ses produits lui devient extérieur dès
qu'il a été achevé; il marque une coupure
ultime mais mobile, permanente et inamovible, entre lui-même
et le reste".
On postule donc au départ
l'existence d'un observateur humain doté d'un cerveau
lui-même capable de faits de conscience. Ce cerveau est
tel qu'il peut produire des buts au service desquels
mettre une stratégie. Ainsi Mioara Mugur-Shächter
considère que l'organisme vivant, ceci à plus
forte raison s'il est doté de conscience, est capable
de téléologie(4). Sa méthode
introduit constamment de manière explicite les buts qui
motivent les actions descriptionnelles.
Nous pensons pour notre part
que le concept de 'fonctionnement-conscience' peut être
étendu au fonctionnement de tous les êtres vivants,
et peut-être même à celui de précurseurs
matériels de la vie biologique, aux prises avec la Réalité
telle que définie ci-dessous. Le terme de conscience
ne peut donc alors être conservé que sous forme
de métaphore. Les concepteurs de robots véritablement
autonomes espèrent que ces robots pourront procéder
de même afin de se doter de représentations ayant
du sens pour eux.
Dans l'étude du milieu
terrestre, des crises qui l'affectent et des risques qui le
menacent, le rôle de l'observateur, générant
le fonctionnement conscience, sera rempli de fait par tous les
individus, organismes et instruments observant la Terre et s'efforçant
d'en tirer des conclusions pouvant provoquer des actions adaptatives.
Plus ces observateurs et les données recueillies seront
fédérés, notamment au sein des grands
réseaux d'observation scientifique, plus la portée
des conclusions sera grande. Plus en d'autres termes des actions
correctrices pourront voir le jour.
Réalité
"Dans ce qui suit, le
mot réalité désigne le réservoir
évolutif - tel qu'il se trouve disponible au moment
considéré - à partir duquel tout FC
peut soit créer radicalement, soit délimiter,
soit simplement sélectionner des entités-objet-de-description
future de toute nature, physique, ou psychique, ou mixte.
Ce réservoir évolutif sera symbolisé R."
Le postulat réaliste
"J'admets par postulat
l'existence - indépendamment de tout fonctionnement-conscience
et de toute action cognitive - aussi, d'une réalité
physique". Mais l'existence seule, nue de toute qualification.
Ainsi (en accord avec le kantisme
et le néo-kantisme), elle conteste la possibilité
de connaître cette réalité physique
'telle qu'elle est en elle-même', ce concept et son expression
étant considérés comme contradictoires
dans les termes parce que toute connaissance communicable sans
restriction est description, donc qualification,
et toute qualification est marquée de manière
inamovible de relativité à la grille de
qualification mise en œuvre (psycho-physique ou instrumentale)
qui interpose un écran entre le réel physique
et ce qu'on peut en connaître.
Bref, on postule qu'il existe
quelque chose au-delà des constructions par lesquelles
nous nous représentons le monde, mais qu'il est impossible
- à jamais - d'en connaître autre
chose que des descriptions qui ne sont pas déterminées
par ce réel physique exclusivement, mais tout autant
par les grilles de qualification utilisées.
Cependant qu'en absence de
toute grille de qualification on ne peut rien percevoir, ni
a fortiori connaître.
Mais cela n'empêche
nullement la connaissance de pouvoir être efficace, en
prévoyant, modifiant, etc.
Notamment, dans le cas qui
nous occupe, la connaissance pourrait produire des réactions
efficaces face à la crise écologique. Dans l'étude
du milieu terrestre, des crises qui le touchent et des risques
qui le menacent, on ne considérera donc pas nos représentations
du milieu terrestre (Gaïa), non plus que celles des évènements
qui l'affectent (réchauffement, extinctions massives)
ou des systèmes anthropotechniques qui s'y expriment,
comme ETANT "du réel physique" connu
ou connaissable. Une telle identification enlise dans
des naïvetés, des paradoxes, des faux problèmes.
Le réel physique est postulé comme existant en
dessous de toute description, indescriptible "en soi"
mais donnant naissance - par interaction avec les grilles de
qualification de nos sens biologiques, de nos instruments et
appareils, et de notre activité mentale - aux connaissances
utiles pour agir sur ce réel.
Entité-objet et
générateur d'entité-objet
L'opération épistémique
par laquelle un fonctionnement-conscience FC introduit
une entité-objet sera regardée comme une action
sur R accomplie par FC à l'aide d'un générateur
d'entité-objet dénoté G. L'opération
G est exigée être définie de manière
effective, communicable et consensuelle, et elle
doit être répétable indéfiniment.
L'« endroit » de R (ou la zone, ou la sorte
de domaine) où un générateur G donné
agit sur R, est posé être un élément
essentiel de la définition du générateur
G et qui doit être spécifié explicitement.
Cet élément sera dénoté RG.
L'entité-objet introduite par un générateur
G donné sera dénotée œG.
Pour des raisons méthodologiques, on pose entre
G et œG une relation de un-à-un dénotée
G<->œG :
CE qui émerge
comme le produit d'une opération G donnée
- quoi que cela soit - est dénommé l'entité-obje-à-décriret
engendrée par G et est étiqueté œG
(5).
Donc, cependant que les langages
courants ainsi que la logique et les probabilités classiques
présupposent qu'une entité-objet-de-description
préexiste toute faite dans une sorte de monde
des idées, MCR considère son émergence
- en tant qu'entité-à-décrire -
comme l'effet d'une opération cognitive délibérée,
ciblée, communicable et effective, souvent de nature
physique, et qui permet du consensus tout autant quant à
son mode exécution qu'en ce qui concerne la définition
de son résultat.
Le générateur
d'entité-objet-de-description et l'entité-objet-de-description
elle même ont donc une importance majeure. Le générateur
de l'entité-objet-de-description est une opération
permettant au fonctionnement-conscience, dans le cadre de ses
stratégies téléonomiques, de créer
quelque chose - directement perceptible ou non
(comme dans le cas d'un microétat) - à
partir de quoi il sera possible de procéder à
des qualifications sur une base acquise de manière
délibérée et consensuelle et qui est
reproductible. Il n'y aurait pas de science sans cette
sorte d'opération. Nous procédons de cette façon
en permanence dans la vie courante. Nous construisons des objets-d'étude
qui n'existaient pas avant notre intervention. Pourtant ce fait
reste très souvent non explicite, même dans les
actions cognitives scientifiques où il est omniprésent,
bien qu'à des degrés variables. Et en conséquence
de cela ce fait, essentiel, échappe aux contrôles
et aux optimisations, cependant que ses conséquences
restent non définies. Or lorsqu'on explicite ce fait
et on le norme, ses effets peuvent être exprimés
formellement et peuvent être soumis, par des allers-retours
adéquats, à un ciblage de plus en plus précis.
Dans l'étude du milieu
terrestre il s'agira donc tout d'abord, lors de chaque acte
descriptionnel, d'indiquer comment on introduit l'objet de la
description projetée (par exemple 'Gaïa', ou tels
ou tels actes qui sont supposés agir sur elle).
Qualificateurs
Regard-aspect ou vue-aspect.
Considérons
un point de vue de qualification (couleur, cohérence,
etc.). Dénommons-le aspect ou dimension sémantique,
ou dimension de qualification, et étiquetons-le
par quelque lettre ou signe, disons g. Considérons
un ensemble fini - donc discret - de n qualifications
distinctes, mais toutes selon l'aspect g. Chacune de
celles-ci sera dénommée une valeur k de l'aspect
g où k=1,2,...;n, et elle sera étiquetée
gk (un bi-indice solidaire). On pose les conditions
suivantes.
a) l'aspect g est considéré
comme étant entièrement spécifié
si et seulement si sont spécifiées explicitement
:
a1) une définition
- conceptuelle, ou factuelle, ou les deux à la fois
- de l'aspect g et de ses valeurs possibles,
a2) une procédure
effectivement réalisable d'examen selon l'aspect
g, c'est-à-dire un g-examen (physique-conceptuel,
ou conceptuel (notamment formel), ou mixte).
b) le résultat de tout
g-examen est observable directement par le fonctionnement-conscience
de l'observateur-concepteur (par ses sens biologiques et/ou
son esprit);
c) il est en outre spécifié
explicitement une procédure effective et communicable
qui détermine en chaque cas une valeur gk et
une seule en termes de laquelle doit être annoncé
le résultat observé d'un g-examen accompli.
Ceci revient à l'exigence de spécifier une règle
de codage de tout résultat observable d'un g-examen,
en termes d'une valeur gk de l'aspect g et une
seule.
Si les conditions a), b),
c) sont toutes satisfaites, alors l'ensemble {g, (gk,
k=1,2,…n)} constitue une grille de g-qualification
dénommée encore le regard-aspect g ou
la vue-aspect-g (6) , et qui sera symbolisée
Vg (V : vue en français, view en anglais).
Regard ou vue. Une
grille de qualification qui consiste en un nombre arbitrairement
grand mais fini de vues-aspect, est dénommée
un regard ou une vue et est dénotée
V.
Ces qualificateurs sont les
moyens d'observation et de mesure, biologiques ou instrumentaux,
dont nous disposons.
On mesure quelle distance
il y a entre la complexité et les potentialités
de consensus incorporées à ces définitions
qui constituent le concept MCR de "qualificateur",
et d'autre part les "prédicats" des grammaires
des langages courants et même la formalisation qu'en a
tiré la logique classique autant ancienne (syllogistique
d'Aristote) que moderne (les syntaxes logiques de Frege, Russell,
Tarski, etc.).
Existence relative
L'opération de qualification
dénotée Vg ou V, lorsqu'elle est
appliquée à une entité-objet-d'étude
œG qui a été produite par une opération
de génération G, peut conduire à
la constatation de l'inexistence mutuelle, relative,
de œG et de G. Par exemple, entre une symphonie
de Beethoven et une vue-aspect de couleur, il y a inexistence
relative; mais avec une vue de 'sonorité' il y a existence
relative.
Ceci montre que, étant
donnée une entité-objet-d'étude, on ne
peut pas inventer n'importe quelle vue et construire à
l'aide de celle-ci des connaissances concernant l'entité-objet-d'étude
considérée. Il faut que la vue utilisée
corresponde en quelque sens au fragment de réel
auquel elle est appliquée.
C'est par des distinctions
de ce genre, qui interviennent constamment à tous les
niveaux de la construction et dans tous ses endroits, que MCR
élimine a priori les "faux absolus",
via des relativisions adéquates.
Dans l'étude du milieu
terrestre, des crises qui l'affectent et des risques qui le
menacent, la multiplication (par millions et davantage si possible)
des observations, des observateurs et des mesures obtenues,
ainsi que leur mutualisation au sein de grands réseaux
scientifiques susceptibles de provoquer des décisions
collectives réparatrices, permettrait d'affiner les diagnostics
et les actions.
Référentiel épistémique
A priori on
prend en considération tout appariement (G,V).
Mais ensuite on teste l'existence relative de l'appariement
considéré. Si l'on en conclut que G et
V n'existent pas l'un relativement à l'autre,
alors (G,V) est éliminé a
posteriori. Si au contraire l'on trouve que G et
V existent mutuellement - ce qui équivaut à
dire que la vue V existe par rapport à l'entité-objet-d'étude
œG introduite par G - alors on conserve
cet appariement (G,V) et l'on dit qu'il constitue un
référentiel épistémique où
il est possible de développer une description relativisée
correspondante.
On a là un exemple
de ces contrôles reflexifs, a posteriori, que MCR
assure à chaque pas, et qui permettent d'optimiser
en construisant, et même après avoir construit:
la méthode relativisante de construction est telle
que partout et à tout instant, tout accompli reste ouvert
à des modifications optimisantes, dont les conséquences
sont elles aussi visibles et opérables.
Le Principe-cadre et vues-cadre d'espace et de temps (7)
Il s'agit,
mais avec précision et en allant au fond du problème,
de la nature et du rôle du cadre d'espace-temps dans lequel
tout humain place les entité-objet-d'étude physiques
qu'il décrit (ou même que seulement il
conçoit comme existantes).
L'on introduit ensuite le
concept de vues-cadre d'espace et de temps et l'on exige
par convention que toute vue V qui existe face
à une opération de génération G
qui introduit une entitéobjet-objet-de-description
physique, contienne aussi les deux aspects-cadre
d'espace et de temps, munis d'unités telles que ces aspects-cadre
existent face à l'entité-objet-d'étude
œG introduite par G.
Dans notre domaine, cela pourra
être la Terre dans le système solaire d'une part,
et d'autre part l'année, la décennie, le siècle
ou au-delà, abordés séparément ou
en superposition.
Soit donc
un référentiel épistémique (G,V).
Par des répétitions de toutes
les successions [G.Vg] consistant en une réalisation
de l'opération de génération G de
l'entité-à-décrire œG suivie
de l'application à l'œG ainsi produite,
d'une vue-aspect Vg de la vue V, l'on finit par
établir pour œG toutes les qualifications
que la vue V rend possibles pour œG. L'on
aboutit ainsi, mais très progressivement, à un
premier concept central de description d'une
entité de nature physique, relativisée
à:
(1) la manière
d'introduire l'entité-à-décrire œG
en définissant explicitement l'opération de
génération G qui "produit" cette
entité en tant qu'objet-de-qualification future; (2)
cette entité-à-décrire elle-même
qui est le support des qualifications futures; (3) la
vue V (qui peut se réduire à une vue-aspect
Vg) qui opère des qualifications sur œG.
Une telle description est
dénotée D/G,œG,V/ afin d'indiquer
les contenus de sa genèse et les relativités
à ces contenus qui marquent de manière indélébile
la description "D" obtenue. Quant à
cette description "D" elle-même, elle
consiste exclusivement en l'effet final global,
observable et stable, de l'accomplissement de l'ensemble des
successions [G.Vg] qui ont été réalisées;
c'est-à-dire, en l'ensemble des qualifications obtenues.
La manière dont cet
effet global émerge et les contraintes auxquelles il
est soumis afin de satisfaire à toutes les exigences
de scientificité, sont discutées et réglées
à fond via une suite de 3 "propositions"
prouvées, π11, π12, π13 (8).
Ensuite la démarche
constructive continue et l'on arrive à constituer le
concept MCR le plus foncièrement novateur, celui
d'une description de base transférée (sur
des enregistreurs d'appareils) d'une entité de nature
physique.
L'opération de génération
d'une telle description crée à partir du réel
physique encore jamais conceptualisé,
une entité-objet-à-décrire qui peut être
encore entièrement inconnue; en tout cas elle
est encore entièrement inconnue du point de vue duquel
on désire construire des connaissance qui la concernent.
Cette opération de génération introduit
donc un fragment de réel physique concernant lequel on
recherche une certaine connaissance encore toute première,
"primordiale". Et la "vue de transfert"
employée à cet effet produit cette connaissance
primordiale qui consiste exclusivement en un ensemble de marques
observables "transférées" sur des enregistreurs
d'un appareil de qualification (ou de "mesure") via
des interactions avec cet appareil.
Tel quel, cet ensemble de
marques est encore entièrement dépourvu d'une
structure d'espacetemps assignable à l'entité-objet-de-la-description-accomplie.
C'est juste une poussière amorphe de données observées,
éparpillées dans l'espace sur les divers enregistreurs
d'appareils, et éparpillées dans le temps à
l'intérieur de la durée globale de construction
de la description. Rien encore du type d'un "objet"
au sens classique (chaise, montagne) n'est déchiffrable
dans cet amas amorphe de données primordiales transférées.
Cet "objet" reste à être construit ultérieurement.
Ultérieurement donc,
afin d' "expliquer" la structure de cet ensemble de
marques primordiales, on peut entreprendre d'opérer des
modélisations relativisées de plus
en plus élaborées de la description primordiale
transférée construite au départ. Mais au
niveau primordial lui-même, la description transférée
qui y émerge est dépourvue de toute "explication".
Elle se montre seulement, dans l'amas des marques transférées
enregistrées. Point.
Les connaissances construites
successivement à partir d'une description primordiale
transférée, via des "explications"
par des modélisations de plus en plus complexes, peuvent
s'associer les unes aux autres le long de "chaînes
descriptionnelles" distinctes mais reliées entre
elles (par les entités-objet-d'étude, ou par les
vues-aspect contenues dans les vues utilisées, ou par
les deux à la fois), donnant naissance à des méta-connaissances
hiérarchisées qui se lient entre elles dans un
réseau de chaînes qui s'intersectent dans certaines
descriptions-nœuds. Un Principe de Séparation
dénoté PS établit quand une
description donnée correspondant à un référentiel
épistémique donné, est terminée,
c'est-à-dire, quand ce référentiel là
est épuisé. Et:
Toute chaîne descriptionnelle
est enracinée - via des descriptions primordiales, de
base, transférées - dans du réel physique
encore jamais conceptualisé (au moins face à telle
ou telle vue-aspect), donc dans du réel physique encore
a-conceptuel (au moins face à tel ou tel "aspect").
Cette sorte
de croissance normée des processus de conceptualisation
conduit à une séparation de l'ensemble des conceptualisations
qui existe à tout moment donné, en une strate
primordiale transférée enracinée dans le
réel physique a-conceptuel, et une seconde strate d'épaisseur
illimitée qui contient des modélisations de plus
en plus complexes et de plus en plus entrelacées à
l'intérieur d'un réseau de chaînes descriptionnelles
hiérarchisées.
Les méta-connaissances
de divers ordres de ce réseau de chaînes descriptionnelles,
sont indispensables dans la perspective de comprendre un monde
global, aux actions et réactions enchevêtrées.
Et l'enracinement du réseau dans le factuel physique
a-conceptuel (entièrement, ou bien seulement face à
des aspects donnés) protège de la perte de
contact avec ce réel, il assure l'extraction d'une
substance sémantique où - de manière potentielle
et relative - sont inscrites toutes ces apparences observables
qui se feront jour par les qualifications diverses le long des
chaînes de descriptions, et dont nous tirons ce que nous
appelons des "lois de la nature".
Finalement, moyennant au total
21 formulations (chacune suivie d'un commentaire) - à
savoir 10 définitions principales, 1 postulat,
3 principes, 1 convention, et 6 propositions
démontrées (au sens de la logique courante) -
se constitue progressivement l'entier "noyau de MCR".
Ce noyau échappe
aux formes superficielles et floues qu'imposent subrepticement
à la pensée les grammaires et les langages courants,
ainsi que la logique et les probabilités classiques.
Il crée une relation directe et claire entre les substrats
matériels et opérationnels des actions descriptionnelles,
et les résultats observables de ces actions.
Il est à noter que
le postulat réaliste "minimal" tel qu'il est
posé dans MCR (qui affirme exclusivement l'existence
d'un "réel physique" mais pas aussi
la possibilité de le connaître "en soi"),
s'il est associé à la définition générale
d'une description relativisée et au fait que toute chaîne
descriptionnelle s'enracine dans le factuel physique a-conceptuel,
permet de démontrer l'impossibilité
de "connaître du réel-en-soi": dans
MCR il ressort de manière déductive
que ce concept de "connaissance du réel en soi"
n'est qu'un faux absolu, un absolu illusoire fondé sur
une notion auto contradictoire.
Bien sûr, depuis Kant,
les philosophes, dans leurs propres termes, affirment cette
même impossibilité, avec quasi unanimité.
Mais dans MCR cette affirmation devient une preuve.
Une preuve au sens de la syllogistique courante seulement, pas
au sens d'un système formel logique ou mathématique.
Mais une preuve tout de même.
D'autre part le concept MCR
de description relativisée est consensuel. Il
est doté par construction d' "objectivité"
au sens d'un consensus intersubjectif. Et comme d'autre
part toute chaîne descriptionnelle est enraciné
dans du réel physique a-conceptuel via des descriptions
de base transférées, ce consensus intersubjectif
se réalise forcément autour de noyaux sémantiques
constitués de fragments de réel physique qui permettent
de parler - en un sens rigoureusement redéfini - de "vérités"
factuelles (le mot "factuel" est introduit
pour inclure aussi du réel social, économique,
etc., mais toujours enraciné dans du réel physique,
organique ou anorganique).
Ainsi MCR nous pourvoie
d'une structuration définie et normée des processus
de conceptualisation qui part du physique a-conceptuel et s'élève
jusqu'au métaphysique, en le touchant et en dessinant
ainsi la frontière indépassable entre la
rationalité et le métaphysique, sans pénétrer
dans le métaphysique mais sans l'exclure non plus. Et
l'on y voit exposée aux yeux de tous, la structure d'une
phase primordiale universelle de la conceptualisation -
la strate des descriptions de base transférées
- qui auparavant était entièrement ignorée.
Mioara Mugur-Shächter
a élaboré plusieurs applications abstraites du
noyau de MCR d'un intérêt méthodologique
considérable. Elle a reformulé dans les termes
de MCR une "logique génétique"
et une "théorie génétique des probabilités",
relativisées toutes les deux, qui s'unissent en
profondeur et en outre étendent leur nouveau
domaine commun de structuration logique-probabiliste.
Elle a identifié aussi
le lieu conceptuel où se loge le "sens" dans
la théorie de l'information de Shannon, et ceci permet
de faire des estimations (relativisées) de complexité
qui n'évacuent pas les contenus sémantiques.
Elle a réalisé
une représentation MCR du "temps" -
à deux dimensions - fondée sur les concepts
d'identité-différence relative et de changement
relatif.
Ces applications abstraites,
conceptuelles, apportent la preuve de l'intérêt
de la révolution épistémologique qui découle
de (a) la généralisation MCR à
tout processus primordial d'élaboration de connaissances,
de l'essence méthodologique identifiée dans les
substrats épistémiques des algorithmes de la mécanique
quantique pour le cas particulier des microétats, et
de (b) le développement MCR de cette essence,
de manière à l'étendre à tout processus
de conceptualisation.
Il ne faudrait plus désormais
continuer à raisonner selon les méthodes précédentes,
sauf à le faire intentionnellement et de façon
déclarée, dans le cadre de recherches limitées.
Surtout, attardons nous encore
un instant sur cette conclusion que - en conséquence
de l'inamovible relativité de tout processus de qualification
(donc de toute description ou représentation ou conceptualisation),
à l'ensemble des vues-aspect qui ont été
impliquées dans son élaboration - il n'est simplement
pas concevable de connaître le réel
physique "tel qu'il est en soi"; qu'il est même
illusoire de se "rapprocher asymptotiquement" d'une
telle connaissance parce qu'il n'y a pas de processus
imaginable de "passage à UNE seule
limite asymptotique" bien définie, cohérente,
qui soit commune à l'ensemble hétéroclite
et jamais clos de descriptions où l'on saute d'une vue
qualifiante à une autre; que même pour une seule
description réalisée face à une seule vue-aspect
dont les valeurs (si possible) seraient progressivement
rapprochées de plus en plus l'une de l'autre, dans une
suite de descriptions d'une et même entité-à-décrire
(une même opération de génération
G), la dimension sémantique commune qui, dans
la vue employée, porte ces ensembles distincts de valeurs,
à elle seule, marque déjà de façon
indélébile le résultat, en faisant écran
opaque face au fragment de "réel en soi"
mis en jeu. Et prenons la mesure de cette circonstance que,
dans MCR, cette conclusion - qui ne supporte pas d'atténuations
- s'impose déductivement dès que les postulats,
principes et définitions sont acceptés. Si nous
faisons cet exercice, il se dégage devant nos yeux, comme
vivant, ce fait étrange mais non contestable que toute
connaissance est construction des fonctionnements-connaissance,
façonnage par nos actions cognitives humaines, de cette
matière première que nous appelons le réel,
dont nous postulons nous même l'existence, mais qui ne
peut que nous rester à jamais inobservable et
non "connaissable". Cette conclusion entraîne
plus loin que la méditation bouddhiste selon laquelle
il serait possible d'arriver à contempler l'essence de
l'être.
Cela, qui au départ
est difficile à assimiler, une fois assimilé malgré
tout, rend claire et cohérente notre conception concernant
nos rapports de connaissance avec le "réel"
physique. Cela nous enseigne les limites de la connaissance
du réel physique, mais aussi l'énorme degré
de liberté dont disposons pour construire cette connaissance
d'une façon rigoureuse, ciblée, optimisée,
nettoyée de faux mysticismes et de faux problèmes
de "vérité" soulevés avant
le moment où il devient possible de définir
un concept de vérité sans par cela immobiliser
le processus de construction de connaissances (cf. dans L'infra-mécanique
quantique…., (Dianoïa-PUF 2009, pp. 97-99) la
décision méthodologique de poser la relation de
un-à-un G↔œG pour le cas où
œG est "un microétat" dénoté
meG).
Notamment, cela démystifie
la logique et aussi les mathématiques. En effet ces
approches majeures de l'esprit humain occultent plus ou moins
leurs racines dans du réel physique. Leurs entités-à-décrire
sont conçues comme étant là, flottant de
manière atemporelle dans l'univers des concepts, ces
entités-à-décrire y sont montrées
du doigt par d'autres concepts, si l'on peut dire. Tout y
est de la nature du concept et du verbe qui exprime du concept.
Rien n'y est physique opératoire. Ces disciplines
donnent l'illusion de naître dans du langage, de
flotter dans du pur langage, et de là,
de pointer vers des "objets" matériels,
qui eux aussi préexisteraient, et tels qu'on les perçoit.
Toutes les genèses réflexes ou mi-implicites par
interactions innombrables et millénaires avec les apparences
que le réel matériel suscite dans nos esprits
à travers les sens biologiques humains et notre "raison"
humaine, sont occultées. Alors on ne comprend
pas comment "leur pouvoir" naît, ni où
il s'arrête. En conséquence de cela la logique
et les mathématiques nous paraissent être de source
divine. On les idolâtre. On ose à peine y toucher
pour les modifier. Nos attitudes face à ces disciplines
tellement efficaces ressemblent à l'attitude des primitifs
face aux éclairs et aux tonnerres.
Tandis que la logique génétique
de MCR donne des bases compréhensibles aux systèmes
formels et à leur force et par cela elle libère
l'esprit pour cibler et optimiser leurs procédures sans
ménagements infondés, en les soumettant à
des normes, c'est-à-dire en méthodologisant.
Concernant le calcul des probabilités
moderne tel qu'il est défini par le mathématicien
Kolmogorov, on peut faire des considérations analogues(9).
Celles-ci changent du tout au tout le concept de probabilité.
L'impact sur les procédures probabilistes pratiques est
considérable. Et cet impact se propage au problème
de la mesure des "complexités"(10).
Ajoutons que MCR clarifie
le concept de système. La science des systèmes
s'évertue à "identifier" ceux-ci dans
la nature, "tels qu'ils y sont". Alors, évidemment,
elle se noie dans le nombre immense des candidats et s'enlise
dans une impression d'arbitraire de laquelle chacun s'extrait
plus ou moins selon son degré d'inventivité intuitive.
Mais tout se débloque, s'organise, devient consensuel
et algorithmique, lorsque, d'emblée, il est clair que
le "système" recherché pour tel ou tel
but (de description ou de construction ou d'explication),
avec les "sous-systèmes" qu'il contient certainement
(de par définition même du terme "système"),
est d'abord à engendrer librement en tant qu'entitéobjet-de-description
convenable, via le choix d'une opération de génération
G adéquate au but que l'on s'est donné;
et qu'ensuite on peut - à la fois - en engendrer et qualifier
les "sous-systèmes" relativement à
telle ou telle vue, ce qui sépare automatiquement
le "système" en "sous-systèmes"
consistant en zones de telle ou telle valeur de l'aspect
considéré; puis méta-qualifier
les rapports statiques et les interactions entre ces sous-systèmes-zones-de-valeur,
des sous-systèmes relativisés, à
l'aide d'un choix approprié d'autres méta-vues-aspects-d'interactions
adéquates. Après quoi la même entité-objet-d'étude
produite par G, peut être soumise à une
autre vue-aspect qui engendrera d'autres sous-systèmes-zones-de-valeur,
ayant d'autres interaction mutuelles. Ce qui donne un
accès naturel au traitement de "la complexité
d'un système".
Les premiers systèmes
auxquels appliquer ce traitement devraient être les systèmes
anthropotechniques, les objets de notre présent essai.
Application
à la climatologie : un autre regard sur le réchauffement
Proposons
maintenant au lecteur une application très schématique
de MCR aux sciences de la Terre, relativement familières
à un grand nombre et appartenant en grande partie au domaine
macroscopique.
Supposons un climatologue
qui cherche à comprendre le réchauffement qui depuis
quelques décennies semble affecter l'ensemble des climats
du monde. Ce climatologue constatera vite que les définitions
classiques du réchauffement ne suffisent pas à expliquer
les phénomènes à court terme plus ou moins
erratiques constatés par les météorologues.
Ceci conduit les sceptiques à nier le phénomène
tout entier, enlevant de la crédibilité aux politiques
destinées à lutter contre la production anthropique
des gaz à effets de serre. L'opinion en vient à
les critiquer. La définition des "réchauffements"
est-elle pertinente ?
Dans les sciences de la Terre
"réalistes", c'est-à-dire qui présupposent
la possibilité de décrire le réel
physique "tel qu'il est en soi", indépendamment
de l'homme, on a tendance à ériger en "faits"
immuables ce qui n'est qu'effet relatif à des modes de
se comporter, de parler, etc. Le réchauffement,
la désertification, le dépeuplement des océans…,
deviennent des absolus que l'on ne peut qu'étudier de l'extérieur,
en tournant autour sans les modifier, comme on le fait en étudiant,
par exemple, une éruption volcanique. Mais un peu de réflexion
montre que le degré d'indépendance de l'entité-objetd'étude,
face à nous, les observateurs qui décrivons, de
nos comportements, nos buts et le langage même que nous
employons, est loin d'être le même pour toutes les
entités-objet-de-description. Qu'il est essentiel d'expliciter
et de définir le degré de relativité à
nos actions descriptionnelles, de ce que nous qualifions; bref,
qu'il faut en chaque cas définir les relativités
descriptionnelles et en estimer la source, la nature et l'importance
des marques qu'elles impriment sur la description. Ce qu'on
appelle "réchauffement de la planète"
n'est ni conçu ni qualifié de la même façon
par les lobby's pétroliers, les écologistes, le
ministère de l'environnement ou par tel ou tel scientifique
travaillant sur un terrain d'un type donné: air, océan,
continents terrestres. En d'autres termes, on ne peut pas "réifier"
subrepticement le réchauffement en un "objet"
unique et bien défini, simplement en utilisant dans tous
les cas un même mot, comme s'il s'agissait d'une réalité
dont la définition s'imposerait à tous au même
degré auquel s'impose le signifié de l'expression
'l'Océan Atlantique' ou bien le signifié de l'expression
'le continent africain'. Ce ne serait que fabriquer une illusion.
Que faire alors? Accepter
passivement l'hétérogénéité
des discours qui repose sur la diversité des personnes
parlant du réchauffement et sur la non-compatibilité
de leurs motivations ? C'est en général ce qui se
passe. Mais on aboutit ainsi à une sorte de babélisation.
Les différents locuteurs désignent sous le même
mot des choses foncièrement différentes, pas seulement
parce qu'ils ne ne conçoivent pas la nécessité
de faire autrement, mais souvent parce qu'ils veulent provoquer
des réactions politiques différentes. Ceci explique
pourquoi la science climatologique est généralement
considérée comme inexacte sinon menteuse.
Mais si l'on voulait introduire
de la rigueur dans les discours sur le réchauffement, il
faudrait que toute personne qui en parle soit amenée à
préciser son référentiel épistémique,
le comparer à ceux des autres, et contribuer ainsi à
faire ressortir un ensemble de définitions particulières
relativisées communicables et consensuelles qui
puissent ensuite être unifiées de quelque façon
et subsumées à un concept unique de "réchauffement
de la planète". On constatera alors, probablement,
que la plupart des gens qui parlent de réchauffement d'une
façon prétendument scientifique, refuseront les
procédures de relativisation consensuelle; pas parce qu'il
s'agirait d'un processus trop complexe, mais parce qu'ils refusent
d'admettre qu'ils ne veulent pas aboutir à un consensus
intersubjectif. Car en fait, souvent, celui qui parle de réchauffement
s'appuie implicitement, afin de se crédibiliser, sur la
croyance des autres en "une manière d'être en
soi" de cette entité (ce' qui est une notion auto
contradictoire): ils ne cherchent qu'à donner de la "réalité"
à son discours et à sa personne, voire à
sa carrière quand il s'agit d'un « expert »
appointé. Nous sommes face à une tentative de prise
de pouvoir sur ceux à qui ce discours est destiné.
Le réchauffement de la planète est une question
politiquement sensible et donne lieu à de multiples exploitations
partisanes.
Que me
propose MCR pour éviter de telles dérives?
Il faut d'abord que j'accepte
une régression conceptuelle: je dois admettre que ce qu'on
appelle "le réchauffement" n'existe pas en
soi, en dehors de ceux qui cherchent à connaître
quelque chose qu'ils associent à ce mot et qu'ils veulent
explorer par leurs actions cognitives. Car il s'agit là
foncièrement de qualifications, de descriptions, et celles-ci,
on l'a vu, portent d'une manière indélébile
les marques des actions cognitives qui les fondent. Il faudra
donc décider, pour chaque description envisagée,
de déclarer de façon quelle sorte d'entités-à-décrire
je veux mettre en jeu, qui "existent face à la qualification
réchauffement"; et comment, par quelle sorte
d'action de génération G, communicable, consensuelle
et répétable (physiques ou conceptuelles ou mixtes)
je rends ces entités-à-décrire disponibles
pour être qualifiées, stabilisées en tant
qu'objets-d'étude, c'est-à-dire de connaissance.
A partir de là entreront en jeu à leur tour les
vues-aspect Vg à construire afin d'organiser une
vue V globale de "réchauffement" - communicable
et consensuelle - qui soit pertinente et dotée d'un ensemble
convenable de "valeurs de réchauffement", puisque
connaître veut dire décrire et décrire veut
dire qualifier. En outre, puisqu'il s'agira de qualifications
par des opérations physiques (au moins en partie), il faudra
spécifier quels sont, pour chaque vue-aspect introduite,
les "appareils de mesure" et les "opérations
de mesure" qui sont impliqués. L'on réalisera
donc - de manière consensuelle - un certain nombre d'appareils
qui, à partir d'interactions de mesure avec les entités-objet-d'étude
mises en jeu, produisent des marques perceptibles, chacune
codée en termes d'une valeur d'une grandeur qualifiante,
selon un système consensuel de codage. Il pourra s'agir
de prélèvements d'échantillons d'air ou d'eau,
portant sur le présent ou sur le passé (carottages
glaciaires par exemple), de résultats d'enquêtes
auprès d'archives scientifiques ou professionnelles, mais
aussi (pourquoi pas) de sondages d'opinion ou toutes autres formes
d'observation. (En préparant ces sondages, par exemple
en définissant les questions et les réponses possibles,
j'accomplis ce que les physiciens de la mécanique quantique
nomment une "opération de préparation de mesure").
On voit que dans le but de connaître tel ou tel processus
relié au "réchauffement", je suis obligé
d'adopter une attitude de description radicalement active:
Je dois créer
aussi bien les entiés-à-décrire
que les qualifications de ces entités.
Et l'on voit aussi qu'en agissant
ainsi selon MCR la multiplicité inorganisée
et incontrôlée des sens du mot "réchauffement"
pourra être éliminée: ce mot sera désormais
relié d'une manière construite - et modifiable -
de manière consensuelle, à un ensemble de descriptions
relativisées D/G,œG,V/ dont chacune spécifie
quelle entité-objet-d'étude elle concerne, comment
celle-ci a été introduite, comment elle a été
qualifiée, et aussi comment l'ensemble de ces descriptions
relativisées s'associent au concept général
de réchauffement. Et tout cela, toutes ces descriptions
ainsi que leurs relations et la manière dont elles construisent
ensemble le concept de réchauffement, deviendra déclaré,
transparent, consensuel, vérifiable, optimisable.
L'on dira peut-être
que d'ores et déjà c'est ainsi que l'on procède.
Mais ce serait très faux. Car les exigences MCR de
spécification consensuelle des opérations
de génération des entité-objetd'étude,
les exigence d'existence relative entre ces entités
et les vues-aspect utilisées, la très détaillée
structure normée - opérationnelle et conceptuelle
- assignée au concept de vue-aspect (notamment l'importance
des codages consensuels des 'valeurs' d'une telle vue-aspect),
l'organisation des enchaînements descriptionnels,
etc., constituent un tout organisé et cohérent
qui est foncièrement nouveau et qui paraît
être exhaustif. Exhaustif à tel point que, allant
du jamais encore conceptualisé, jusqu'à la limite
entre construction rationnelle et croyance métaphysique,
ce tout permet notamment d'incorporer d'une manière traitée
explicitement, ce fait profondément gênant qu'e l'on
soit obligé d'admettre a priori que la qualification
"existence de réchauffement" ne peut pas être
regardée comme une "propriété"
de l'entité-objet-d'étude (la planète Terre)
considérée isolément; obligés
d'admettre que cette qualification émerge de
l'ensemble des interactions entre cette entité
et les appareils de mesure utilisés, en tant qu' un effet
observable, public, de ces interactions ².
A lui seul, le fait de réaliser cela constitue déjà
une avancée conceptuelle notable et dont les conséquences
pratiques sont nombreuses. Car actuellement, lorsqu'on conduit
des enquêtes que l'on considère être scientifiques,
les résultats déclarés, systématiquement,
sont entachés de morcellements méthodologiques et
de fausses absolutisations qui les rendent à la fois hétéroclites
et illisibles. En effet supposons que je veuille apprendre quel
réchauffement global s'est produit (ou non) dans le monde
durant le 20ème siècle.
Si j'enquête auprès de la Météorologie
Nationale, l'on me donnera un chiffre tout nu, sans me communiquer
comment il a été obtenu, par quels tests opérés
sur quel ensemble d'entités-objets-d'étude et à
l'aide de quels appareils et quelles opérations de mesures
assorties de quels codages des résultats bruts. Je ne connaîtrai
donc que ce seul chiffre cryptique, incontrôlable, qui sera
la "vérité" affirmée par la Météorologie
Nationale. Or lorsque j'enquêterai auprès de l'Agence
américaine NOAA (National Oceanic and Athmospheric
Administration), on m'annoncera certainement un autre chiffre
masqué en vérité absolue mais en fait marqué
d'autres relativités cachées et très
difficilement retrouvables, sinon à jamais perdues. Ce
sera le réchauffement incontrôlable selon la NOAA.
Voilà le Babel où se trouve notre société
dite scientiste et moderne.
Le pas - géant - qui
serait à faire afin de sortir de ce Babel serait d'adopter
comme un standard commun la manière MCR de conceptualiser
qui, pour autant que je sache, est l'unique organisation rigoureuse
et cohérente de l'ensemble de tous les processus de conceptualisation.
Quand on sait quelle économie
d'effort et quel degré de consensus s'est accompli par
l'accord (partiel) concernant quelques standards ponctuels et
purement conventionnels (l'adoption de la numération décimale,
du système MKS, etc.), quand on imagine quel chaos
sophistique régnait avant la syllogistique d'Aristote,
on peut imaginer quel effet pourrait avoir l'adoption consensuelle
d'un standard consistant en une méthode générale
de conceptualisation enracinée dans les fondements de la
microphysique et développée de manière rationnelle.
Arrêtons-nous un instant
sur cette perspective. Imaginons que la NOAA, le pétrolier
Total, Greenpeace, et le Ministère de l'Environnement,
soient tombés d'accord pour travailler chacun à
déterminer le réchauffement produit au cours du
dernier siècle. Imaginons aussi que chacune de ces organisations
choisirait son propre domaine d'entités-objets-d'étude
et ses propres instruments de mesure, mais en procédant
toutes selon les normes MCR. Par exemple, l'une de ces
organisation serait chargée des études de prélèvements
d'eau, l'autre des études de d'échantillons d'air,
et les deux autres des observations sur la flore. Imaginons enfin
que par chacune de ces voies la conclusion finale soit la même:
un réchauffement correspondant à un accroissement
de température estimé à 1° centigrade.
A ce moment là, et après des vérifications
mutuelles, on pourrait affirmer qu'en effet il existe un "réchauffement"
correspondant à une hausse de 1° centigrade
de la température globale moyenne, estimée par telles
et telles voies toutes déclarées, consensuelles
et vérifiables, inscrites dans une méthodologie
générale unique et cohérente, elle aussi
déclarée et ouverte aux critiques et aux améliorations.
Alors, face aux approches exposées et en un sens relatif
à celles-ci, l'estimation entreprise serait accomplie,
mais tout en restant indéfiniment ouverte à des
retours réflexifs optimisants, car ses limites et sa structure
seraient connues.
Sur cette base consensuelle
l'on pourrait ensuite continuer la construction cognitive, de
manières différentes, toutes offertes par les normes
MCR(11). De cette façon, progressivement,
l'on pourrait construire une caractérisation de la qualification
globale dénommée "réchauffement"
qui soit consensuelle, orchestrée, cohérente, et
néanmoins de plus en plus complexe.
Mais rapprochons-nous plus
de la situation usuelle. En général, la réitération
d'un grand nombre de fois d'une succession [G.Vg] d'une
opération de génération G d'une entité-objet-d'étude
donnée, suivie d'une opération de qualification
de cette entité par la vue-aspect Vg, fait apparaître
tout un spectre de valeurs de réchauffement différentes,
allant par exemple de 0,5 à 1,5 degrés
centigrades: en général la situation se révèle
être statistique. Dans ces conditions une valeur mesurée
unique, à elle seule, n'est pas caractéristique
du réchauffement que l'on veut caractériser. Donc
le nouveau problème qui s'impose est d'établir une
distribution statistique stable assignable aux valeurs
mesurées (en l'absence de stabilité on ne pourrait
tirer aucune conclusion définie). Mais cette distribution,
elle aussi, sera relative aux opérations de génération
des entités-objet-d'étude mises en jeu, à
ces entités elles-mêmes, et aux vues aspect utilisées,
avec les appareils et les opérations de mesure que celles-ci
comportent. Bref, par un très grand nombre de réitérations
d'opérations de qualification mutuellement exclusives,
l'on peut espérer d'aboutir à construire une certaine
connaissance globale et stable, statistique-probabiliste, concernant
ce qu'on appelle "le réchauffement de la planète";
une connaissance consistant en une description relativisée
qui soit un invariant observationnel associable au désigné
de cette expression.
On peut aller plus loin, en
établissant aussi un algorithme mathématique prévisionnel,
une "fonction de probabilités" qui représentera
l'ensemble de tous les résultats expérimentaux en
fonction du temps (cela s'impose dans le cas du réchauffement
puisque celui-ci est supposé évoluer). Une fois
construite que telle fonction de probabilité évolutive,
des calculs simples permettraient d'obtenir des prévisions
quantitatives - seulement globales et probabilistes, pas individuelles
et certaines - mais des prévisions quantitatives tout
de même. Ces prévisions, comme dans le cas des microétats,
pourraient cependant se révéler d'une précision
déconcertante.
Et ainsi "le réchauffement"
qui au départ n'était qu'un simple étiquetage
verbal, aurait finalement subi une transmutation en un outil mathématique
de description probabiliste prévisionnelle.
Un tel outil serait évidemment
fort utile, notamment pour convaincre les décideurs de
l'urgence des mesures à prendre afin de faire face au phénomène
de réchauffement. En ce sens, et en ce sens seulement,
l'opacité qui sépare le supposé "réchauffement"
de ma propre capacité d'action, aura été
levée. Une structure descriptionnelle prévisionnelle
et vérifiable aura été mise en place à
cet effet.
Nous résumons. Malgré
ce qui pouvait paraître au premier abord, on voit que MCR
est très différente des méthodes classiques.
En ce qui concerne "le réchauffement" chaque
observateur climatologue classique affirme a priori l'existence
d'un phénomène qu'il appelle "réchauffement"
et qu'il définit à sa façon. Il ne tient
compte d'aucune autre définition possible. Il travaille
exclusivement à partir de sa propre définition.
Alors tel auteur inclura dans le calcul du "réchauffement"
les variations de températures observées dans la
circulation océanique profonde dite thermohaline; tel autre
observera les migrations d'animaux obligés à s'adapter;
tel autre ne tiendra compte que des niveaux d'enneigement observés
dans les stations de ski; etc. Ces auteurs procéderont
ensuite à des mesures statistiques qui donneront une apparence
de scientificité à leurs définitions, dont
ils n'annoncent pas le caractère partiel, relatif, dont
souvent d'ailleurs ils ne sont pas très clairement conscients.
Evidemment, les climatologues honnêtes sont nombreux et
ils ne sont pas tous incapables d'efforts destinés à
limiter le caractère partiel de leurs travaux. En croisant
les points de vue, ils peuvent aboutir à des caractérisations
plus générales des phénomènes qu'ils
étudient, même si celles-ci sont toujours relatives.
Mais dans ce cas, ils retrouveront sans le savoir certaines essences
des procédures de MCR exposées ci-dessus.
Ils courront cependant à tout moment le risque pratiquement
inévitable d'un degré pauvre de cohérence
globale et de glissement dans l'erreur de la réification
des descriptions, de l'identification des descriptions avec l'entité-objet-de-description,
en conséquence de fausses absolutisations. Dans le cas
des microétats ces dangers sont écartés par
la circonstance très rare que la situation cognitive est
tellement extrême et contraignante qu'elle impose du "dehors"
toutes les relativisations descriptionnelles explicitées
dans l'infra-mécanique quantique et généralisées
dans MCR. Mais dans l'activité scientifique courante,
classique, nos inerties de pensée et nos libertés
d'action relâchée nous exposent à chaque pas
à des façons de procéder qui, en l'absence
de garde-fous méthodologiques, perpétuent indéfiniment
les morcellements et les insuffisances des savoirs que nous élaborons.
Le
champ d'application de MCR
Entre les
lignes qui précèdent il apparaît que l'applicabilité
en tant qu'épurateur de la méthode
de conceptualisation relativisée, ne se limite pas aux
représentations scientifiques du monde. Elle s'étend
aussi aux représentations par des langages courants,
ou de groupe d'action, y compris le langage politique,
grand consommateur de références à de prétendus
"existants" qui n'existent que par la volonté des acteurs
de la vie politique. La portée de cette méthode
est donc véritablement constituée par l'entière
"conceptualisation". Selon nous, elle devrait donc
être dorénavant enseignée et appliquée
partout.
Il faut bien voir que c'est
la transposition et la généralisation aux représentations
quelconques, et notamment à celles de la science macroscopique,
des pratiques épistémologiques de la physique
quantique, qui représente la nouveauté de MCR
et assure son efficacité. Divers chercheurs en sciences
de la complexité, par exemple Edgar Morin avec ses célèbres
notations récursives, avaient essayé de proposer
des modèles tenant compte de l'implication de l'observateur
dans ses descriptions. Mais ces tentatives n'ont jamais été
convaincantes ni généralisables. Pour y réussir,
il fallait d'abord interroger au fond la démarche du
physicien quantique, puis la constituer en méthode utilisable
dans tous les autres domaines de l'acquisition de connaissance.
Si l'on veut l'appliquer systématiquement,
la méthode MCR paraîtra peut-être
au premier abord trop raffinée et perfectionniste,
étant donné que ses performances spécifiques
ne sont vraiment frappantes dès le premier abord que
dans des cas relativement peu courants dans la vie quotidienne.
Notre lecteur n'aura pas manqué de se moquer, nous en
sommes persuadés, du luxe de précautions méthodologiques
que nous avons évoquées pour traiter du "réchauffement".
Comme on dit, c'était un peu se noyer dans un verre d'eau.
Mais il s'agissait d'une démonstration
d'école.
Par contre, ces précautions
apparaissent indispensables quand on est confronté
à des paradoxes ou à des problèmes qui
semblent insolubles (par exemple, est-ce que Gaïa telle
que définie par James Lovelock existe vraiment?). Plus
généralement, la méthode s'impose quand
il s'agit, comme l'indique James Lovelock, de rapprocher des
sciences qui refusent de le faire spontanément, bien
qu'elles traitent toutes du même sujet, Gaïa : géologie,
vulcanologie, océanologie, météorologie,
biologie et anthropologie.
Il conviendra également
d'utiliser MCR dans les domaines qui, suite à
telle ou telle pratique particulière (météorologie
marine à court terme, par exemple) sont d'ores et déjà
abordés par des méthodes véritablement
"professionnelles" mais qui sont locales: car cela
permettra d'englober les résultats particuliers
obtenus, dans un système de connaissances organisé
et cohérent aussi vaste qu'on voudra, et d'accomplir
cette intégration d'une de manière guidée,
normée, consensuelle.
Dans les cas mentionnés,
et en d'innombrables autres types de situations, l'utilisation
de MCR comme référence explicite générale,
apparaîtra d'abord comme efficace, puis finalement comme
indispensable, même s'il restera toujours possible d'employer
les raccourcis que cette méthode définit
elle-même, à chaque fois que ceux-ci sont "
légalement " acceptables sans introduire des contresens.
Car on disposera ainsi d'une sécurité et d'un
consensus de conceptualisation permanents.
Serait-il possible de trouver,
par cette voie, sinon des solutions au drame actuel, qui hélas
nous paraît être irréversible, du moins des
perspectives dessinant les contours d'un monde différent,
où les acquis cognitifs du monde actuel seraient conservés,
intégrés dans un seul tout, optimisés indéfiniment?
Nous en sommes persuadés.
Mais il faudrait que se mettent en place des techniques et des
procédures de gouvernance représentant des sauts
qualitatifs considérables par rapport à ce qui
se pratique aujourd'hui.
Conclusion.
Extensions possibles du champ d'application
L'apport
de la méthode MCR présentée ici ne pourrait
se faire sentir pleinement que si chacun des cerveaux humains qui
produisent des jugements déclaratifs sur le monde étaient
capables d'y faire appel spontanément. Car ainsi ces jugements
et les comportements qui en découlent, seraient beaucoup
plus aptes à permettre une navigation consensuelle, avertie,
contrôlée, optimisée, dans notre monde actuel
tellement complexe et en rapide et permanent changement: on ne serait
plus handicapé par une approche naïvement «réaliste»
qui crée l'illusion que nous serions en contact direct avec
le tissu même du monde "tel qu'il est vraiment en soi".
Mais peut-on espérer
que des modes de pensée traditionnels, inventés depuis
des millénaires par la pensée mythologique ou depuis
des siècles par la pensée rationaliste cartésienne,
puissent être modifiés foncièrement? Des milliards
d'hommes considèrent encore le monde, et eux-mêmes,
comme leur imposent de le faire des religions primitives.
Si cependant, malgré
les difficultés évidentes que comporte la diffusion
de MCR, l'ensemble particulier des observatoires et des observateurs
qui étudient spécifiquement l'évolution de
la Terre et des mondes biologiques qui l'habitent, étaient
capables d'implémenter rapidement des approches dérivées
de MCR, leurs observations pourraient acquérir rapidement
une pertinence accrue. Les décisions découlant de
ces observations pourraient alors se révéler plus
efficaces. De plus, la mutualisation des représentations
de la Terre obtenues à tous moments par ces observatoires,
pourrait en permanence engendrer une méta-représentation
évolutive cohérente. Pour l'instant une telle méta-représentation
cohérente fait cruellement défaut et cela empêche
de juger de l'adéquation des mesures prises et des possibilités
de développements de risques.
Comme actuellement - à
la différence des systèmes financiers, économiques,
politiques - la composante technologique des systèmes
d'observation évolue très vite dans une voie d'informatisation
et de mise en réseau, il ne semble pas interdit d'espérer
qu'un terrain propice à l'émergence de la méta-représentation
cohérente dont nous venons de rappeler la nécessité,
pourrait se mettre en place en quelques années.
Il n'y a rien de certain à
cet égard, mais c'est une possibilité.
Notes :
(1)
Mugur-Schächter, Mioara : http://arxiv.org/abs/0903.4976v1
[quant-ph] ; L'infra-mécanique quantique. Les principes d'une
révolution épistémologique révélée
dans les descriptions de microétats, Dianoä-Puf, avril
2009.
(2)
"Sur le tissage des connaissances", Hermès-Lavoisier
2006.
(3) Les définitions utilisées dans le texte qui suit
sont reproduites du livre Sur le tissage des connaissances. Le lecteur,
s'il le désire, peut également trouver la reproduction
de l'ensemble du "noyau de MCR" au point 7b. "NOYAU
DE LA METHODE DE CONCEPTUALISATION RELATIVISEE", déchargeable
sur http://www.mugur-schachter.net/publications_fr.html
où chaque définition est suivie
d'un commentaire qui en précise le sens.
(4) La téléologie (à ne pas confondre avec
l'étude des causes finales ou finalisme) est l'étude
des systèmes finalisants acceptant différentes plages
de stabilité structurelles et capables, en général,
d'élaborer des buts ou de modifier leurs finalités,
(en anglais:" purposeful systems"). Dans les systèmes
humains psycho-socio-politique, cette téléologie peut
se nommer "autodétermination". La téléonomie
est l'étude des systèmes finalisés par une
stabilité; recherche de la stabilité structurelle
et non du changement, (en anglais: "goal seeking systems").
En psychologie et en sociologie, la téléonomie peut
se nommer.
(5) Le commentaire de cette définition (http://www.mugur-schachter.net/publications_fr.html
pp 3-6) est particulièrement
important.
(6) Ce choix de dénomination reste ouvert afin de pouvoir
introduire une notation valable en français et en anglais
à la fois : V pour vue et pour view. Toutefois, en français,
le mot « regard » convient mieux.
Cf. http://www.mugur-schachter.net/pdf/noyau.pdf
pp.8-9
(8) Cf. http://www.mugur-schachter.net/pdf/noyau.pdf
pp.10-13
(9) Cf http://arxiv.org/abs/0901.2301v1
[quant-ph], 15 janvier 2009
(10) Sur le tissage des connaissances, Hermès-Lavoisier,
2006 pp. 263-282 et http://www.mugur-schachter.net/publications_fr.html no9a (version simplifiée)
(11) Un exemple frappant d'une progression de ce genre peut être
trouvé dans la reconstruction MCR du concept de probabilité
(cf. Sur le tissage des connaissances, Hermès-Lavoisier 2006,
pp. 193-274, et http://arxiv.org/abs/0901.2301v1[quant-ph],
15 janvier 2009).
Pour en savoir
plus Sur
MCR, voir en particulier Mioara Mugur-Schächter: L'infra-mécanique
quantique. Les principes d'une révolution épistémologique
révélés dans les descriptions de microétats
et invalidation conceptuelle du théorème de localité
de Bell, http://arxiv.org/abs/0903.4976v1[quant-ph].
Et aussi, L'inframécanique quantique. Les principes d'une
révolution épistémologique révélée
dans les descriptions de microétats, Dianoïa-PUF,
mai 2009.