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La
dépréciation continue du dollar, avec celle du yuan
chinois qui lui est associée, met une fois de plus l'Europe
et ses exportations facturées en dollars dans une situation
calamiteuse. Tous les industriels européens le disent. Ils
menacent périodiquement de délocaliser plus encore
leurs productions dans la zone dollar. Mais ces dangers majeurs
pour l'économie européenne ne semblent inquiéter
ni les gouvernements ni la Banque centrale européenne.
Faudra-t-il
attendre le salut d'un effondrement du dollar en tant que monnaie
de réserve ? On en parle régulièrement mais
on ne voit rien venir. Ceci parce que les détenteurs d'épargnes
en dollars ne se sont pas encore mis d'accord sur une solution susceptible
de sauver leurs placements.
Le montant des bons du Trésor américains achetés
par la Chine sont anxieusement étudiés et analysés
mensuellement par les investisseurs, les spéculateurs mais
également par des Etats et organisations autour du monde
qui, ne souhaitant pas encore se désengager complètement
du dollar, craignent cependant d'y être restés investis
au cas où la Chine s'en retirerait. Celle-ci, pour sa part,
bien que plaidant de plus en plus ouvertement pour une autre devise
de réserve mondiale voire pour un panier de devises qui remplacerait
le dollar, connaît trop bien les marchés pour y dévoiler
ses intentions quant à une réduction prochaine, et
en quelles quantités, de ses immenses réserves libellées
en dollars.
Mais
il n'y a pas que les épargnants chinois à prendre
en compte. On estime que divers intérêts, privés
ou étatiques, dans des pays comme Abu Dhabi, l'Arabie Saoudite,
le Koweït et le Qatar détiennent environ 2.000 milliards
de dollars. Que se passerait-il s'ils décidaient de diminuer
leurs réserves, d'un mouvement concerté ou en catastrophe
? En effet, une dépréciation soudaine - pour l'instant
bien contenue - du dollar ne serait pas tant le fait de Banques
Centrales soucieuses de diversification que d'organismes privés
susceptibles de décisions spéculatives inopinées.
Il
est indéniable que le monde entier, surchargé de dollars,
est conscient de la perte progressive et maintenant inéluctable
du son statut. Déficits publics massifs qui atteindront prochainement
100 % du P.I.B., liquidités généreusement offertes
aux banques aux frais du contribuable, Réserve Fédérale
Américaine dont la planche à billets fonctionne sans
interruption sont autant de facteurs qui préludent à
un abandon massif du dollar, lequel est aujourd'hui la première
devise d'emprunt au monde grâce à ses taux zéro.
Une tempête révélatrice de l'état d'esprit
ambiant avait du reste été déclenchée
la semaine dernière par le journaliste Robert Fisk selon
lequel les pays producteurs arabes de pétrole auraient convenu
avec la Chine, le Japon et la France de libeller dans neuf ans le
commerce de brut en un panier de devises incluant le Yuan, le Yen,
l'Euro et à hauteur de 50% d'or. La France, pour sa part,
a démenti toute participation à ces discussions. Mais...
Il
est vrai cependant qu'une décision majeure avait été
adoptée lors du précédent G 20 de Pittsburgh
: l'émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) par
le F.M.I. pour un montant de 250 milliards de dollars. Ces droits
permettent de consentir des prêts aux pays en difficulté
le souhaitant. Or ils sont constitués d'un panier de devises
et non de dollars. Comment ne pas y voir un début d'abandon
du dollar comme étalon monétaire ? Joseph Stiglitz
aurait d'ailleurs récemment affirmé que les DTS remplaceraient
le billet vert comme première monnaie de réserve au
monde dans moins d'un an...
Précédemment,
la Chine avait proposé la création d'une référence
autre que les DTS. Elle serait indexée sur une trentaine
de matières premières dont l'or, un peu à l'image
du "Bancor" imaginé en 1944 par Keynes et dont
l'objectif était de stabiliser les échanges internationaux
en gardant une certaine maîtrise sur les prix des matières
premières. L'objectif était, selon les termes du président
de la Banque Centrale Chinoise, de créer une monnaie de réserve
déconnectée des nations et stable sur le long terme
en supprimant les déficiences inhérentes à
la création de crédit susceptible d'affecter individuellement
les monnaies nationales.
Ce
projet a été mis en sommeil, mais nombre de pays semblent
souhaiter que la question soit reprise à l'occasion d'un
futur G20 (ou G+) consacré exclusivement aux questions de
change.
Si l'Europe osait affirmer son indépendance vis-à-vis
des Etats-Unis, elle devrait nécessairement relancer cette
idée. Il pourrait en résulter une dévaluation
bienvenue de l'euro par rapport au dollar et au yuan, qui permettrait
aux exportations européennes de reconquérir des marchés.
Nous pensons, contrairement aux craintes de la BCE relatives à
un enchérissement des importations européennes et
à un risque d'inflation, qu'une telle opération galvaniserait
les économies européennes. Mais un ralliement de l'Europe
à cette thèse serait nécessairement perçu
comme une déclaration de guerre par les Etats-Unis.
Il faut pourtant savoir ce que l'on veut.
Un de nos lecteurs, Joseph Leddet, nous
écrit (14/10/2009)
Je commence pour ma part à m'interroger sur la possibilité
de glissement d'un marché directeur des changes (dollar/euro/yen),
soit 75 % de la masse monétaire mondiale, vers un marché
des changes (dollar/euro/yon), où le yon –nouvellement
créé- serait un mix, une fusion entre yuan et yen,
couvrant à terme l'ensemble de l'Asie (Inde comprise).
Cela
pose toutefois un double problème, politique et financier,
dans la mesure où :
1/ le Japon insulaire représente en pire face à la
Chine ce qu'est le Royaume-Uni face à l'Europe continentale
( i.e. des ennemis intimes), d'où une aversion de base à
mélanger leurs monnaies (cf. maintien actuel sine qua non
de la livre face à l'euro) ; la création du yon risque
ainsi de ne pas être un long fleuve tranquille ;
2/ comme nouvelle devise, le yon devrait faire ses preuves dans
la redoutable arène du marché des changes, ce qui
n'est a priori pas évident (cf. exécution du rouble,
récemment libéralisé, par le marché
en 2008…) ; mais ce point me semble moins crucial que le précédent,
compte tenu des sous-jacents concernés (cf. poids économique
considérable de l'Asie dans le PIB mondial).