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Puisque
l'on parle de ce "complot permanent" que représente
la bureaucratie du Pentagone, parlons du coeur secret et profond
de ce complot - le black budget, l'allocation destinée à
des projets secrets et par définition échappant à
tout contrôle politique.
Le
site Danger
Room observe, le 2 février 2010, qu'avec $56 milliards,
le black budget du Pentagone de l'année fiscale
2011 bat tous les records, suivant d'ailleurs une courbe en augmentation
permanente. A l'intérieur d'un budget de $708 milliards de
dollars prévus pour la prochaine année fiscale, 56
milliards vont à des programmes secret-défense (classified),
constituant ce que l'on désigne couramment par le terme de
« black budget » . De plus, l'augmentation sera de plus
de 10%, de l'année fiscale 2010 à l'autre (FY2011).
En 2011, le black budget dépassera les $60 milliards. Il
s'agit d'une somme supérieure au budget de la défense
de pays comme la France, le Royaume-Uni, le Japon. Nous ne sommes
pas loin du moment où le black budget du Pentagone
deviendra le deuxième budget de défense du monde derrière
le budget du Pentagone lui-même.
Le
black budget, c'est le domaine absolument réservé
du Pentagone, le cur du cur du complot permanent,
cette fois au niveau de la technologie et des systèmes. Sont
développés les projets les plus fous et les plus provocateurs,
les plus déstabilisants et les plus futuristes, voire les
plus ésotériques du point de vue de la technologie.
Inutile de dire que le gaspillage va de pair, puisqu'il n'y a effectivement
aucun contrôle extérieur. Seuls quelques parlementaires
(les présidents des chambres et des deux partis, les présidents
des commissions sur le renseignement) sont informés par le
Pentagone du contenu du black budget,. Ils le sont en
termes effectivement ésotériques puisque les programmes
sont désignés par des codes et des acronymes incompréhensibles,
qui ne disent rien de leur contenu.
C'est
le black budget qui est l'héritier le plus assuré
des tendances idéologiques profondes du Complexe militaro-industriel,
appuyées sur la puissance absolue de la technologie au service
d'une politique de puissance (idéal de puissance),
avec en arrière-plan le concept de "global dominance".
Le
black budget nourrit par conséquent tous les
phantasmes, les suppositions les plus extraordinaires concernant
le développement d'armes, de systèmes, de processus
de destruction, d'interventions déstabilisantes, liés
évidemment à tout ce qu'on perçoit et suppose
d'intentions hégémoniques, destructrices et apocalyptiques
du Pentagone. C'est le domaine d'élection des hypothèses
relevant de la science-fiction, de l'histoire secrète, des
complots sans nombre, des références qui vont des
grands initiés à la simple bande dessinée.
Nous
aurions tendance à modérer tout cela d'un bémol
considérable, sans en connaître davantage pour autant.
Le black budget tend à se retourner contre le
Pentagone lui-même. C'est aussi en effet le domaine où
aucun frein n'est mis aux tendances autodestructrices de sa bureaucratie,
à sa pratique du gaspillage, à son enfermement dans
des conceptions absolument virtualistes, à son goût
pour les projets les plus déraisonnables.
L'un
des grands courants technologiques développé sous
la houlette du black budget fut la technologie furtive
(stealth technology) ultra secrète du début des années
1970 à 1980, puis gardée encore sous le couvert du
black budget jusqu'à la fin des années
1980 après que son existence ait été révélée.
On ne peut dire que cette ambition ait été une réussite,
quand on voit combien elle a pesé et pèse plus que
jamais sur les possibilités opérationnelles de l'USAF.
Ceci pour des résultats plus que contestables, à des
coûts absolument extraordinaires, au point qu'on se demande
si ce progrès n'est pas en vérité
une entrave dramatique.
L'ATB
(Advanced Technology Bomber), devenu B-2 (notre photo), est un produit
du black budget . L'on voit à quelle catastrophe
la chose a abouti lorsqu'elle fut confrontée à la
réalité: un programme réduit à 21 avions
pour un coût officiel de $2,5 milliards l'exemplaire (et,
selon des évaluations secrètes de l'Armée de
l'Air française, allant en réalité jusqu'à
$6 milliards l'exemplaire). Rappelons que le budget de la Nasa,
considéré aujourd'hui comme devant être impérativement
rogné, ne dépasse pas $25 milliards.
L'impératif
de la technologie furtive est un des facteurs importants du semi-échec
ou de l'éventuel échec catastrophique des programmes
F-22 et F-35. C'est un facteur important dans l'accélération
et la révélation de la crise du technologisme. La
technologie furtive offre sans aucun doute l'archétype de
l'appréciation qu'on doit avoir vis-à-vis de l'étrange
méthode du black budget développée
par le Pentagone.
Aujourd'hui,
de nouveaux rêves technologiques ont pris le relais, comme
celui de remplacer tous les vecteurs existants par des flottes de
drones robotisés pleinement autonomes, susceptibles de «
délivrer des charges » en n'importe quel point du globe
en quelques heures. Un
article bien documenté de Antiwar doit absolument
être médité sur ce sujet: «The drone surge».
Les futures 40 prochaines années de guerre seront dominées
par les drones...La traduction ne devrait pas s 'imposer...
NB : les
deux articles cités en référence, malgré
le nom des sites où ils sont publiés, n'émanent
pas d'auteurs particulièrement antimilitaristes.