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Ne pas abandonner les vols interplanétaires
aux Chinois
La
Maison Blanche vient d'annoncer le gel, sinon l'abandon, du projet
de retour sur la Lune. Nous pensons, à supposer que le Congrès
valide cette décision, qu'il s'agit d'un choix irresponsable.
Quoi qu'il en soit, l'Europe pourrait sans grandes dépenses,
prendre au moins partiellement le relais de la Nasa. Les bénéfices
seraient considérables.
Le
budget présenté le 1er février
par l'administration Obama au Congrès pour
l'exercice 2011 qui commencera le 1er octobre prochain
est en hausse de 3% par rapport à 2010, à
3.834 milliards de dollars. Il prévoit un déficit
de 1.267 milliards de dollars mais aussi une hausse
de 19% des recettes fiscales. Les dépenses
de l'Etat ne vont plus représenter que 25,1%
du PIB en 2011, contre 25,4% en 2010 et le déficit
sera équivalent à 8,3% du PIB contre
10,6% en 2010. Selon Peter Orszag, le directeur du
Budget« C'est un budget qui reflète la
nécessité de créer des emplois,
d'assurer la sécurité économique
de la classe moyenne et de maîtriser les déficits
». Il repose sur un pari optimiste, celui que
la croissance annuelle du PIB sera de 4% de 2011 à
2014. Si ce n'est pas le cas, le déficit budgétaire
sera plus élevé.
Selon
les dernières estimations de la Maison-Blanche,
le déficit budgétaire en 2010 va dépasser
celui de 2009 - qui bat pourtant déjà
un record à 1.400 milliards -pour atteindre
1.556 milliards sur l'exercice en cours (clos fin
septembre). Il s'agit d'un niveau intenable, selon
la Maison-Blanche (même si les épargnants
non américains, notamment chinois, continuent
jusqu'à présent à acheter les
Bons du trésor émis par la Fed.).
Le
budget fédéral 2011 pose donc l'objectif
de réduire le déficit budgétaire
de 1.200 milliards sur dix ans. Dès 2014, le
déficit devrait se stabiliser à 3,9%
du PIB pour au moins deux ans, la suite dépendant
beaucoup de l'évolution des coûts de
la santé. Pour obtenir ce résultat,
la Maison Blanche propose une série d'économies,
dans de nombreux secteurs. Observons d'abord que ces
économies ne deviendrons effectives que si
le Congrès les accepte. Rien n'est moins sûr.
Les parlementaires ont tous des intérêts
électoraux à défendre. Aujourd'hui,
par ailleurs, ils ont tendance à bloquer systématiquement
tout ce que propose Obama, quelles que soient les
conséquences sur la crédibilité
finale de l'Etat fédéral.
Parmi
les économies, l'opinion à juste titre a retenu l'abandon,
ou la remise à beaucoup plus tard, du programme dit «Back
to the Moon». Le projet Constellation, qui prévoyait
un retour sur cette planète en 2020 - première étape
avant d'aller sur Mars -, est annulé. On peut craindre que
les 9 milliards de dollars déjà dépensés
pour la mise au point de la fusée Ares et de sa capsule habitée
Orion aient été dépensés pour pas grand
chose. Afin de poursuivre le programme, il aurait fallu augmenter
le budget annuel de la Nasa d'une somme incertaine, mais avoisinant
5 à 8 milliards. Il dépasse déjà, selon
les modes de calcul, les 20 à 25 milliards.
La
Nasa devra se contenter d'opérations en orbite
basse, sans d'ailleurs pouvoir espérer remplacer
les actuelles navettes. Concernant la liaison avec
la plate-forme internationale (IST), outre les vecteurs
russes Proton/Soyouz, on fera appel à des investisseurs
privés (SpaceX et Orbital Sciences), qui se
font fort de faire aussi bien et moins cher que la
Nasa. Celle-ci devrait cependant consacrer 5 milliards
à les aider à développer des
vecteurs fiables.
Notre
commentaire
En
nous mettant à la place d'un chroniqueur américain,
nous dirions qu'il est irresponsable de sacrifier
les programmes de vols habités américains
pour des raisons « sordides » d'économies,
alors que dans le même temps le budget militaire
est en hausse, les aides aux banques se poursuivent
et que les autres sources de dépenses fédérales
ne diminueront pratiquement pas. Or les programmes
spatiaux ont fait pendant 40 ans le prestige et la
puissance effective des Etats-Unis. Leurs retombées
civiles (et militaires) étaient au moins égales
aux dépenses. De plus et surtout, la concurrence
internationale ne cesse d'augmenter dans ce domaine.
Ce n'est plus à l'ex-URSS que les Etats-Unis
ont affaire, mais à la Chine, peut-être
suivie prochainement de l'Inde. Que diront les opinions
quand le monde entier retiendra son souffle au moment
où un premier taïkonaute chinois mettra
le pied sur la Lune...Même un échec toujours
possible sera considéré comme plus héroïque
qu'un simple renoncement.
On
peut se demander en fait si le retrait imposé
à la Nasa n'est pas la conséquence du
lobbying très actif des différents promoteurs
de vols orbitaux dits « touristiques ».
Le marché étant étroit, ils se
verraient bien chargés de relayer le «
rêve américain » vers la Lune,
aux frais principalement du budget fédéral
et de la Nasa. Celle-ci jouera à qui perd gagne.
Comme on puisera abondamment dans son expertise technique,
les difficultés et échecs éventuels
lui seront très largement imputés. Mais
pas les bénéfices.
En
ce qui concerne l'Europe, c'est-à-dire en fait
l'Agence spatiale européenne (Esa), le retrait
américain permettrait d'accélérer
les projets permettant d'officialiser le rôle
des vecteurs européens dans les liaisons avec
l'IST. Il faudrait aménager, à des coûts
qui n'auraient rien d'excessifs, le couple Ariane
5 et véhicule spatial ATV.
Celà
dit, si nous avions des visionnaires au niveau des chefs de gouvernent
européens, ceux-ci devraient relancer le programme martien
de l'Esa. Nous pensons que les collaborations de grandes puissances
spatiales ne manqueraient pas, à commencer par celle de la
Russie. Les retombées technologiques et industrielles seraient
multiples, sans mentionner le gain de prestige pour une Europe de
plus en plus évanescente.