Article
repris, avec l'accord de l'auteur, que nous remercions, à
partir du site
Dedefensa.
Cet article soulève un problème très important,
intéressant la science dans la société.
Nous y reviendrons. Automates Intelligents
Finalement,
et selon le titre d'un article
du Guardian du 5 juillet, des scientifiques deviennent
furieux, ils deviennent activistes, rebelles, dissidents, et
la police commence à avoir des casiers judiciaires sur
eux à la suite darrestations pour des actions sur
la voie publique. Ils appellent même à la révolte.
Lobjet de cette révolte ? Lindifférence
ou la faiblesse des directions politiques face au réchauffement
climatique, et la faiblesse des réactions du public.
Il
ne sagit, pour linstant, que
dun petit groupe de scientifiques. Le
cas de James Hansen, un scientifique fameux de la NASA
et lun des premiers dénonciateurs du danger
de la crise climatique, est exposé au début
de larticle de Michael Brooks référencé
ci-dessus.
"James
Hansen never expected to become a radical activist at
the age of 65. He is a grandfather who loves nothing more
than exploring nature with his grandchildren. He holds
down a respectable job as the director of Nasa's Goddard
Institute for Space Studies. But he is 70 now, and he
has a police record.
Hansen gets himself arrested, testifies in court on behalf
of others who have broken the law and issues public pronouncements
that have made Nasa try to gag him all because
he can't bear the thought that his grandchildren might
hold him responsible for a burned-out planet.
»Hansen is the climate scientist's climate scientist.
He has testified about the issue in front of Congress,
but has had enough of the standard government response
greenwash, he calls it. Last month,
Hansen issued an uncompromising plea for Americans to
involve themselves with civil unrest over climate change.
We want you to consider doing something hard
coming to Washington in the hottest and stickiest weeks
of the summer and engaging in civil disobedience that
will likely get you arrested, he says in a letter
on grist.org"
Ce cas reste extrême, et le nombre de scientifiques
devenus contestataires et activistes comptabilise encore
une très petite minorité. Ce nest
pas que les scientifiques soient divisés sur la
question du réchauffement climatique. Près
de 98% des scientifiques impliqués, par lune
ou lautre des multiples disciplines travaillant
dans la question de la crise climatique et environnementale,
partagent la prospective et la conclusion dun avenir
catastrophique, et très rapidement catastrophique
si aucun ensemble de mesures radicales nest pas
décidé rapidement. Par ailleurs ils acceptent
largument de la responsabilité humaine dans
ce processus, donc la nécessité d'autant
plus pressante, avec l'argument moral en plus, dune
action humaine radicale. Cela contraste avec la perception
du public, surtout aux USA : 17% des personnes interrogées
croient quune majorité conséquente
des scientifiques est sceptique vis-à-vis
de la crise climatique, et 43% croient que la communauté
scientifique est fortement divisée.
La situation dune riposte activiste est une affaire
très controversée dans les milieux scientifiques,
malgré lavis quasi unanime sur la gravité
de cette crise et la responsabilité humaine.
«Hansen's attitude echoes that of Sherwood Rowland,
who won a Nobel prize for his research into the effects
of chlorofluorocarbon (CFC) gases on the ozone layer.
What's the use of having developed a science well
enough to make predictions, Rowland said, if
all we're willing to do is stand around and wait for them
to come true?
Rowland's colleagues shunned him for his activism. Even
the iconic environmentalist James Lovelock called for
a bit of British caution in the face of what
he saw as Rowland's missionary zeal for a
ban on CFCs. In the end, it was only the terrifying discovery
of a hole in the ozone layer over Antarctica that galvanised
the politicians.
US academics Naomi Oreskes and Erik Conway have highlighted
the disappointing timidity of scientists. On acid rain,
climate change, tobacco marketing and the ozone crisis,
they would have liked to have told heroic stories
of how scientists set the record straight in their
book Merchants of Doubt, but scientists fighting back
have been conspicuously scarce. Clearly,
scientists knew that many contrarian claims were false,
they lament. Why didn't they do more to refute them?
[
]
"Hearteningly, there may be more of this to come.
Paul Nurse, the new president of the Royal Society, has
said he would be happy to see scientists getting fully
engaged with politics and involved with activism."
Ces
réactions encore parcellaires de scientifiques
dans la question fondamentale de la crise climatique marquent
une rupture, depuis 2009-2010, dans lhistorique
de cette crise. La période 2009-2010 sera retenue
sans doute comme le tournant extraordinaire dirresponsabilité,
de la démission du pouvoir politique face à
cette crise, avec le délitement et la confusion
des efforts faits à un niveau institutionnel international
pour lutter contre la crise.
Depuis,
les réactions se sont divisées en deux tendances,
la première alimentant le courant climato
sceptique sur la réalité de la crise,
qui est une progéniture absolument sophistiquée
du débat initial sur la responsabilité humaine;
de ce débat purement rhétorique (responsabilité
humaine) qui nimpliquait nullement la négation
de la crise, on est passé à des attitudes
de plus en plus hermétique et entropiques, voire
pathologiques, niant simplement cette crise ou annonçant
que la crise apportera des conditions climatiques plus
agréables, niant ainsi le fondement même
de la gravité de la crise, qui est la déstabilisation
du climat et la déstructuration radicale de lenvironnement
sous toutes ses formes (climat compris).
Un
autre courant, qui se voudrait un peu plus responsable
mais qui est surtout un mouvement de déflexion,
ou dit encore un mouvement du je botte en touche
en se référant au mythe du Progrès,
cest lattitude consistant à annoncer
que les nouvelles technologies résoudront
le problème.
Cest sur ce fond dévolution de la question
quon voit donc certains scientifiques considérer
comme indispensables le radicalisme, laction incivique,
voire la révolte tout court, selon les conditions
disponibles à lépoque du système
de la communication. Comme on le constate, cela mène
certains à lemprisonnement. Cest la
première fois depuis les débats autour de
larme atomique et nucléaire, dans les années
1950, quun débat de cette ampleur, avec l'éventuelle
révolte de scientifiques contre les pouvoirs politiques,
pourrait être envisagé au sein de la communauté
scientifique.
Entre
temps, la communauté scientifique a été
largement, sinon massivement annexée à la
fois par le complexe militaro-industriel et une structure
économique générale où les
grandes entreprises (corporate power) interviennent
massivement, directement ou indirectement, pour investir
la communauté scientifique par largent. La
mobilisation des scientifiques est dautant
plus difficile; mais si elle se fait finalement, elle
sera par réaction dautant plus radicale.
Dautre part, le débat a de plus en plus le
mérite de la clarté, à mesure que
les conditions climatiques et environnementales saggravent,
et elles saggravent vraiment très
vite. De plus en plus, la bataille se simplifie en même
temps quelle devient fondamentale en concernant
d'un côté directement le Système,
comme producteur de la catastrophe universelle de la crise
environnementale et climatique, et, de lautre côté,
cette communauté scientifique.
Le
paradoxe, par ailleurs très habituel, est que ladite
communauté scientifique est directement responsable
(éventuellement responsable mais pas coupable ?)
de la surpuissance du Système, donc de ce processus
de destruction de lunivers, puisque cest elle
qui a développé le système du technologisme
qui en est loutil principal. Cest un cas particulièrement
poignant et paradoxal du cas général de
la crise du Système et des impulsions de révolte
contre le Système que cette crise suscite.
Ces conditions très ambiguës dune éventuelle
révolte des scientifiques, après
avoir été un frein tant quexistait
une certaine illusion daction des pouvoirs politiques,
sont sans aucun doute des conditions objectives daggravation
des tensions dans le sens quon décrit ici,
d'une part notamment à cause des sentiments de
culpabilité quelles nourrissent, dautre
part à cause de laggravation permanente de
la crise environnementale et climatique générale,
enfin à cause de limpuissance et de linertie
grandissantes du pouvoir politique en général.
Il
est par conséquent très possible que ce
type daction, de rébellion civique de la
part de scientifiques, en viennent à se multiplier,
ajoutant un volet de plus dans le processus de désordre
et de déstructuration du Système lui-même.
Dans tous les cas, ce cas, la révolte des
scientifiques, doit être considéré
comme un élément intéressant du vaste
domaine de la révolte générale contre
le Système, qui est désormais un aspect
important de lévolution de la crise et de
la situation générale.