Les
démocraties doivent comprendre
l'évolution des nouvelles technologies
numériques et apprendre à
maîtriser leurs risques. L'élaboration
d'une éthique adaptée
s'impose.
La
Nasa semble avoir définitivement
sous-traité à des entreprises
privées américaines
la charge d'assurer des liaisons avec
la station spatiale internationale.
Elle compte se débarrasser
ainsi de la contrainte coûteuse-
de faire appel aux Russes pour de
telles missions. Dans un premier temps,
l'objectif se limite au transport
aller et retour de matériel,
mais le transfert de cosmonautes est
prévu. A terme, les capsules
devraient être dotées
de capacités de propulsion
autonome, leur donnant l'aptitude
à des atterrissages en douceur.
Rien n'empêcherait dans ces
conditions de les utiliser dans des
missions vers la Lune, voire Mars.
C'est
la société SpaceX
qui a réalisé une première
liaison sans faute. Après une
opération ayant duré
9 jours, la capsule-cargo de SpaceX,
nommée Dragon, a amerri au
large de la côte mexicaine le
31 mai et a été récupérée
avec son fret de retour. Le lanceur,
lui aussi conçu et réalisé
par SpaceX, avait donné quelques
inquiétudes avant son départ,
mais tout était rentré
dans l'ordre.
La
Nasa, par la voix de l'administrateur
Charles Bolden, ainsi que les autorités
publiques américaines, ont
applaudi l'exploit, y saluant un succès
pour les capacités d'innovation
et l'esprit d'entreprise du pays.
Il est certain que SpaceX, ayant été
fondée par le milliardaire
Musk, créateur du système
de banque en ligne Paypal, n'avait
pas à l'origine la moindre
expérience spatiale. Mais elle
a su recruter, n'ayant pas les contraintes
budgétaires imposées
désormais à la Nasa,
de très bonnes équipes
provenant de celle-ci et d'autres
laboratoires californiens.
La
voie semble dorénavant ouverte
à d'autres entreprises privées
se donnant une vocation spatiale.
Une concurrente, Orbital
Sciences Corporation, a,
conjointement avec SpaceX, été
commissionnée par la Nasa pour
assurer la desserte de l'ISS, ceci
au moins jusqu'à 2020. Elles
ont bénéficié
de contrats pour ce faire de 2 milliards
de dollars environ chacune.
Ces
compagnies et d'autres, regroupée
au sein de la Commercial
Flights Federation, visent
aussi à proposer des vols payants
en orbite basse à de riches
touristes. Ceux-ci, malgré
la crise mondiale, ne semblent pas
manquer. Mais au plan stratégique,
ce sont les missions s'inscrivant
dans la volonté ancienne des
Etats d'occuper l'espace, au triple
plan militaire, scientifique et d'exploration,
qui susciteront le plus grand intérêt.
Les Etats-Unis n'ont évidemment
pas renoncé à de tels
objectifs, dans lesquels ils sont
maintenant vivement concurrencés
par la Chine, où les crédits
semblent couler à flot. L'Europe
et la Russie sont pour le moment,
malheureusement, en retrait.
Partenariats
publics-privés
Concernant
le pari fait par le gouvernement américain
et la Nasa de confier de lourdes responsabilités
spatiale et d'importants crédits
à des capitalistes privés,
les puristes du régalien s'interrogeront.
Ne va-t-on pas retrouver dans ce domaine
ce qui est devenu en Europe une des
plaies des partenariats dits publics-privés:
coûter plus cher que des financements
purement publics, avec des résultats
qui ne sont pas meilleurs ?
Les
défenseurs de tels choix aux
Etats-Unis répondent que des
activités privées florissantes,
notamment dans le domaine des technologies
de l'information, ont généré
des capitaux qu'il vaut mieux utiliser
dans des applications industrielles
et scientifiques domestiques que consacrer
à la spéculation financière.
Par ailleurs, le pays dispose de capacités
humaines considérables, menacées
de sous-emploi. Les recruter au service
d'une démarche à forte
connotation stratégique, fut-elle
commerciale, constitue une excellente
solution. Ils font valoir également
que la Nasa avait fini par se bureaucratiser
dans des responsabilités devenues
routinières et que la crise
des crédits fédéraux,
y compris dans le domaine militaire,
rend sans espoir la reprise de grandes
opérations régaliennes
telles que l'ancien programme Apollo.
La
Chine, dotée d'un Etat essentiellement
autoritaire et dont les activités
économiques restent sous la
tutelle de grandes familles d'entrepreneurs
ne remettant pas pour le moment en
cause les volontés du parti,
peut apparemment sans problèmes
mobiliser les bénéfices
provenant de l'industrie et du commerce
au service d'ambitions spatiales dans
lesquelles semble-t-il se reconnaît
la société toute entière.
Elle ne manquera pas non plus de scientifiques
et d'ingénieurs y trouvant
emploi pour des compétences
acquises à grand frais, y compris
aux Etats-Unis. Elle offre donc l'exemple,
notamment dans le domaine spatial,
de partenariats publics-privés
où formellement le centre de
gravité se trouve du côté
du public, mais qui ne différeront
pas sensiblement des partenariats
publics-privés américains
dans lesquels le privé prendra
de plus en plus d'importance.
Il
s'agira en fait de solutions voisines
à une ambition commune aux
deux puissances, s'assurer dans les
décennies à venir une
"full spatial dominance".
Or, cette ambition, dans les deux
cas, semble correspondre à
une vision nationale bien implantée
dans la population.
L'Europe
malheureusement, non plus d'ailleurs
que la France qui disposait pourtant
d'une forte tradition spatiale, semblent
ne plus avoir la moindre ambition
dans ces domaines. Ses décideurs
ne se rendent pas compte que, renonçant
à la faire revivre, ils se
ferment les portes, non seulement
du XXIe siècle, mais d'un "redressement
industriel" élémentaire.