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Avril 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
L'enseignement
supérieur français en accès gratuit sur Internet
« Le prestigieux MIT va mettre tous ses cours en accès
gratuit sur Internet. » Cest ce que nous apprend
une dépêche de lAFP dont on trouvera
le texte ci-dessous. Cette information devrait
nous faire particulièrement réfléchir, et provoquer
de la part de lUniversité française, au moins
dans les domaines stratégiques, une réaction salutaire.
Si le MIT met ses cours gratuitement sur Internet,
cest certainement poussé par un louable souci de contribuer
à lavancement des sciences et des techniques, notamment
dans les pays ou au sein des couches sociales dits défavorisés.
Mais cest aussi parce que le-learning est devenu un
enjeu de compétitivité international formidable, et
que les Etats-Unis entendent bien y conforter le quasi-monopole
dont ils disposent déjà dans ce domaine, comme dans
celui de beaucoup de recherches scientifiques associées à
lenseignement universitaire. Les cours ainsi mis gratuitement
à la disposition du public constitueront un produit dappel
très efficace pour renforcer laura de la recherche,
de la science et de la technologie américaines.
Nous navons pas de raisons de nous en offusquer,
mais nous ne pouvons que souhaiter des décisions de même
nature de la part des universités, grandes écoles
et établissements denseignement supérieur et
de recherche français. Malheureusement, un état desprit
très conservateur règne encore sur ce plan en France.
Officiellement, on nous dit que ce serait rendre un mauvais service
aux professeurs et chercheurs que rompre lespèce de
lien personnel qui les attache aux étudiants, en ne les obligeant
plus à fréquenter physiquement les lieux universitaires,
et en divulguant à tous publics les contenus des enseignements.
En fait, on pourrait soupçonner un certain conservatisme
qui ne savoue pas: peur davoir à renouveler la
forme sinon le contenu des cours, pour les adapter à lInternet
- refus dun changement possible des habitudes.
Or ce sont des secteurs entiers de la recherche qui,
d'ores et déjà, souffrent de réflexes quil
faut bien qualifier délitistes. Nous le voyons clairement
dans les domaines auxquels sest intéressée notre
revue depuis sa création : la robotique, la vie artificielle,
la cognitique et les diverses disciplines concernées par
la dynamique extraordinaire dun secteur en pleine expansion.
Limpossibilité daccéder en ligne aux cours
des enseignants-chercheurs français (comme dailleurs
en général à leurs articles) empêche
dinnombrables personnes qui pourraient sy intéresser
de le faire : lycéens et étudiants français
et étrangers, chercheurs dautres disciplines, travailleurs
du secteur industriel et technologique, journalistes, public généraliste
enfin. Il en résulte une ignorance de ce qui se fait en France,
au profit des réalisations des pays concurrents, une dévalorisation
du français comme langue denseignement et de recherche,
un manque de vocations pour les professions concernées et
finalement - ce qui est infiniment plus grave - un manque dintérêt
collectif au regard de domaines essentiels à la maîtrise
de lavenir. Les scientifiques sont les premiers à en
souffrir. Faute dintéresser suffisamment le grand public
et les hommes politiques à leurs travaux, ils nobtiennent
pas toujours les moyens humains et matériels qui leur permettraient
de résister à la concurrence de laboratoires étrangers
mieux dotés.
Il est certain que publier sur Internet les cours dinformatique,
délectronique, de robotique, de mathématiques...
de nos universités et établissements denseignements
supérieur ne changerait pas radicalement les rapports de
force. Mais cela pourrait y contribuer, dautant plus que les
initiatives américaines comme celles du MIT feront vieillir
dun coup les habitudes universitaires anciennes.
Nous serions heureux de connaître vos réactions.
Pourrait-on, par exemple, adresser une pétition aux présidents
duniversité et directeurs de grandes écoles
leur demandant denvisager avec les enseignants concernés
la mise en ligne gratuite dun certain nombre de cours dintérêt
général dans les disciplines qui nous intéressent.
Qui serait prêt à soutenir une telle démarche
? Quels moyens, quelles mesures daccompagnement devrait-on
envisager pour assurer le succès d'une telle initiative?
Bref ce serait un véritable changement dans
nos habitudes universitaires que nous pourrions peut-être
encourager avec votre soutien.
Le prestigieux MIT va mettre
tous ses cours en accès gratuit sur Internet
Boston ( 5 avril 2001 )
(AFP) Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'une des
plus prestigieuses universités au monde, a annoncé
mercredi sa décision de rendre, à échéance
de dix ans, l'ensemble de son enseignement disponible gratuitement
sur Internet.
Dans un communiqué,
le MIT, basé à Cambridge dans la banlieue de Boston
(nord-est), qualifie cette décision de «pas en avant
sans précédent vers une éducation mondiale».
«Le site web de ce projet,
intitulé MIT OpenCourseWare, comprendra des cours, des notes
de lecture, des bibliographies et des examens. Au cours de la décennie
à venir, le projet fournira les matériaux de plus
de 2000 cours représentant l'ensemble de l'enseignement du
MIT: architecture, engineering, sciences humaines, art, sciences
sociales, gestion et sciences», ajoute le communiqué.
Il ne sera toutefois pas
possible, contrairement aux universités en ligne payantes
qui se multiplient aux Etats-Unis, de passer des diplômes
en ligne.
Le président du MIT,
Charles Vest, a estimé que «MIT OpenCourseWare est une
initiative audacieuse qui changera la façon d'utiliser le
web dans l'éducation supérieure. Toute cette matière
disponible représentera une ressource extraordinaire, gratuite,
que chacun pourra adapter à ses besoins. Nous estimons qu'il
s'agira là d'une source de savoir qui sera bénéfique
à l'éducation dans le monde entier».
Le projet, d'un coût
total d'environ 100 millions de dollars, va commencer par une phase
initiale de deux ans destinée à mettre en place les
logiciels et les capacités informatiques gigantesques nécessaires.
A la fin de cette période, environ 500 cours devraient être
disponibles en ligne.
Cette idée, qui a
demandé une longue gestation, est née des travaux
d'un groupe de réflexion sur le futur des méthodes
éducatives lancé au sein du MIT.