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13Janvier 2001
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
L'homo-scientificus
ou vers l'anthropogenèse
L'émission d'Alain Finkielkraut sur France Culture,
le 13 janvier, portait sur les nouveaux pouvoirs de la médecine,
notamment dans le domaine génétique. Elle opposait
:
- Bernard Debré, chef du service d'urologie
à l'hôpital Cochin, auteur de La grande transgression,
l'homme génétiquement modifié, Laffont 2000
- Dominique Folscheid, professeur de Philosophie à Marnes-la-Vallée,
auteur de Philosophie, éthique et droit de la médecine.
PUF 1997
En quoi cette question nous concerne-t-elle, autrement
que comme simple citoyens ? Parce que les pouvoirs et limites de
la génétique vont exactement recouper ceux de la robotique
et de la vie artificielle. Non seulement les problèmes posés
seront les mêmes, mais encore ces deux techniques vont se
conjuguer étroitement pour agir sur l'homme et la nature.
Bornons-nous ici à quelques conclusions susceptibles
d'être retirées de ce débat :
1.
Il existe une catégorie de personnes,
que Bernard Debré a rangé dans le domaine du totalitarisme
conservateur, qui se disent philosophes uniquement pour condamner
l'évolution des sciences, techniques et usages en découlant.
Nous connaissons cela depuis longtemps dans le domaine de l'Internet.
Ceci a permis à l'association Admiroutes de créer
le concept très riche de bêta-bloquants. Les excès
de langage de ceux-ci n'ont pas cessé d'occuper les médias
français. Dans notre pays, nous célébrons volontiers
les prophètes de malheur, fussent-ils coupables d'erreurs
scientifiques à répétition*. Le bon sens indique
d'ailleurs qu'à l'inverse, il faut éviter de tomber
dans l'excès contraire qui serait une sorte d'utopie de la
transgression, mais nous en sommes loin.
2..
On ne peut nier la marche vers l'anthropogenèse, c'est-à-dire
la reconstruction ou la reconfiguration de l'individu humain et
de la société. Cette reconfiguration se fera autour
de la génétique, de la médecine, de la chirurgie,
de la pharmacie d'une part, des prothèses ou artefacts robotiques
intéressant le corps, le système nerveux et la pensée
d'autre part. Peut-on affirmer pour autant qu'il s'agira de l'émergence
d'un véritable " homo scientificus " ? Peut-être, mais
il faudra s'entendre sur ce que l'on appellera alors l'homme et
la science. L'homo scientificus de demain ne sera ni l'homo, ni
le scientificus d'aujourd'hui.
3.Cette
évolution sera-t-elle un bien ou un mal ? La question peut
paraître naïve. Qu'est-ce que le bien et le mal ? Il
faudrait réactualiser ces concepts en permanence. Par la
discussion. De plus, quoiqu'on en dise, l'évolution se fera.
Nous pensons personnellement qu'il s'agit d'un phénomène
évolutif dépassant largement les possibilités
de conceptualisation et plus encore de gouvernance des hommes, fussent-ils
de soi-disant grands décideurs ou philosophes.
4.
L'aspect positif de l'anthropogenèse,
à court comme à long terme, sera qu'elle permettra
de supprimer de nombreux maux accablant l'humanité (pour
les " riches " d'abord ", mais pour les " pauvres " ensuite). Surtout,
elle augmentera considérablement les possibilités
physiques des futurs hommes. Elle augmentera aussi, et ceci de façon
presque illimitée, leurs possibilités intellectuelles
et, pourquoi pas, morales. L'argument est de poids, comme l'a rappelé
Bernard Debré. A terme, l'avenir de l'homme est dans l'espace.
Il faut donc perdre l'habitude de se complaire à ramper sur
la terre comme un lombric.
5.
L'aspect négatif, contre lequel se garder, est plus complexe
à percevoir. Il n'a rien à voir avec le conservatisme
borné prêché par certains philosophes ou membres
de Comités d'éthique attardés. Il relève
en fait de ce que l'on appelle quelquefois le respect de la bio-diversité
et, plus généralement, du doute scientifique. Les
études du monde du vivant montrent que d'innombrables solutions
recherchées par les techno-sciences existent déjà
dans la nature. Par ailleurs, il existe un chaos générateur
de diversité et d'invention adaptative qu'il faut absolument
préserver. L'homme est au bout d'une branche évolutive
parmi d'autres, aussi bien adaptées que lui aux contraintes
de leur environnement. Dévaster le vivant sous prétexte
d'anthropogenèse serait mortel. Toutes ces solutions naturelles
seraient irrémédiablement perdues. Orienter le futur
à partir d'une idée préconçue et nécessairement
simpliste de ce que sera la fitness pour demain serait renoncer
à toute adaptation par invention-sélection, c'est-à-dire
se condamner à mourir. Plus généralement, la
science humaine évolue tous les jours. Si l'on se prépare
à affronter l'avenir, par exemple les voyages interplanétaires,
il faut prendre garde au fait que notre conception du cosmos peut,
dans les années qui viennent, être bouleversée
de telle sorte que ces préparatifs devront être entièrement
refondus.
* Inutile de rappeler que, curieusement, nos philosophes
ne s'inquiètent pas des centaines de milliers de morts annuels
provoqués dans le monde par ce que nous appellerons la méta-société
de l'automobile, non plus que des transformations durables induites
par cette dernière dans les psychismes humains. Ceci relève
apparemment pour la philosophie, soit du trivial, soit de l'inévitable.
Pour en savoir plus :
Sur un sujet évoqué dans le débat : l'arrêt
Perruche, on pourra l'arrêt de la Cour de Cassation http://www.courdecassation.fr/_BICC/520a529/526/cour/arret/sommaire.htm
Selon Philippe Amiel, de l'Institut Novexis, auteur d'une étude
sur la bio-éthique, http://www.novexis.com
auquel nous laissons la responsabilité de ces propos :
" C'est évidemment la position du rapporteur P. Sargos, sur
laquelle s'aligne finalement l'arrêt du 17 novembre 2000,
qui est moderne et progressiste : elle dépasse les idées
toutes faites, fait preuve de finesse et de pragmatisme ; elle considère
la réalité des situations à l'avant-plan, sans
se laisser obnubiler par des principes aveugles et fait finalement
preuve d'une générosité qu'ont manqué
les contempteurs de l'arrêt.
Il va de soi, par ailleurs, que le raisonnement du conseiller Sargos
est assez imparable sur le plan du droit, ce qui n'a pas échappé
à la cour. Il vise précisément à sortir
le raisonnement juridique en matière de réparation
civile de la problématique de l'indemnisation pour le fait
de sa propre naissance, -- cette problématique relevant du
fantasme "