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16 Janvier 2002
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Informatique
moléculaire et nanotechnologies
En
France, il faut lire des best-sellers américains pour s'informer des
derniers développements des sciences, ainsi que de leurs implications
économiques, politiques, philosophiques…On doit évidemment pour
cela bien maîtriser l'anglais, car ils ne sont pas traduits en temps
utile, quand ils sont traduits. Bref, ceci pour signaler The Jury,
dernier roman de Steve Martini publié en 2001 par Jove Books, et en
profiter pour faire quelques commentaires concernant le trio GNR (Génétique,
Nanotechnologie, Robotique) qui, selon selon les spécialistes, est
en train de remplacer le trio NBC (Nucléaire, Biologie, Chimie) du
siècle dernier, tant dans le domaine civil que militaire.
Steve Martini,
avocat américain reconverti dans la littérature, a publié plusieurs
gros romans à succès, en exploitant sa connaissance approfondie
du monde judiciaire américain (notamment les stratégies d'affrontement
entre procureurs et défenseurs) et des thèmes de société particulièrement
bien choisis. Selon la même méthode, The Jury raconte le
procès d'un généticien accusé d'avoir assassiné, dans des conditions
assez abominables, une assistante afro-américaine brillante et ambitieuse,
qui se serait opposée à lui dans la conduite de recherches sensibles
intéressant le génome humain. A l'occasion, nous y découvrons
un monde universitaire subissant les diktats du politiquement correct,
et un chercheur s'épuisant à obtenir des fonds privés.
Si sur le plan
scientifique ce livre n'entre pas dans le détail de l'informatique
moléculaire et des nanotechnologies, il en dit cependant assez pour
que le lecteur non averti cherche à en savoir plus. C'est ce que
nos concitoyens auront pu faire en cette fin d'année 2001 puisque
plusieurs dossiers sur ces sujets ont été offerts à leur curiosité.
Citons le numéro spécial de Pour la Science (décembre 2001), un
article de Michel de Pracontal dans le Nouvel Observateur du 26
décembre, bien évidemment, certains des thèmes présentés à la Cité
des Sciences et de l'Industrie. Rajoutons aussi la présence d'articles
sur les nanotechnologies parus dans La Tribune ou Les Echos.net,
par exemple...
Les nanotechnologies
ont le vent en poupe : le magazine Science les a classées discipline
vedette pour 2001. Le gouvernement américain leur a alloué un budget
de 500 millions de dollars. Il reste que les enjeux de la course
technologique ainsi engagée vers la miniaturisation moléculaire
ne semblent pas encore bien perçus chez nous. Un certain nombre
de laboratoires sont impliqués dans un certain nombre de domaines
de recherches. Mais il ne semble pas que les crédits correspondants
soient au niveau de ceux des grands pays industriels*. Plus grave,
les Pouvoirs Publics n'ont guère sensibilisé l'opinion à la nécessité
de ne pas prendre de retard dans ce domaine.
Quant aux philosophes
des sciences, n'en parlons pas. On ne les entend guère. Il y aurait
pourtant là matière à faire abondamment rêver. Comme le disent Christian
Joachim et Sébastien Gauthier, auteurs de l'article de présentation
du dossier de Pour la Science, tout ou presque devient possible
quand on peut manipuler les atomes un à un. La science-fiction (voir
dans le même numéro l'article de Graham Collins), ne semble que
précéder de peu la réalité. Les liaisons supramoléculaires par exemple,
dont notre prix Nobel de physique Jean Marie Lehn a fait sa spécialité,
résultent de la création de conditions incitant les molécules à
se lier entre elles. Elles font augurer le moment où des molécules
organiques s'assembleront d'elles-mêmes pour constituer des systèmes
nano-informatiques évolutionnaires, et pourquoi pas des sortes d'entités
quasi-biologiques.
Nous aurions
ainsi de nouveaux organismes de synthèse à ajouter au bestiaire
de l'évolution artificielle.
*Citons toutefois (voir notre actualité
du 26/07/2001), à l'initiative du CEA-Leti Grenoble et de l'Institut
national Polytechnique Grenoble, le projet de création du pôle Minatec
(http://www.minatec.com/)
ayant pour ambition de devenir le Pôle d'innovation et d'expertise
majeur en Europe pour les micro et nanotechnologies. Pour cela,
Etat et collectivités locales ont budgété 122 million d'euros. Démarré
en 2001, le projet doit monter en puissance d'ici à 2004. La convention
- qui marque le lancement officiel de Minatec, vient d'être signée
le 18 janvier 2002.