Les
Rencontres internationales de prospective du Sénat ont fort
opportunément consacré le colloque du 20 juin 2002 aux
"Nanotechnologies,
vivier du futur". Comme l'indique son titre, cette journée
avait pour but d'appeler à une prise de conscience des enjeux
stratégiques, en présentant les nombreuses applications
"révolutionnaires" permises par ces technologies. Une nouvelle
fois, il faut constater le rôle déterminant joué
par le sénateur René Trégouët, président
du groupe de prospective du Sénat, dans la mise en alerte d'une
opinion publique généralement peu intéressée
par les développements des sciences et des techniques, fussent-elles
les plus prometteuses, les plus riches en perspectives d'amélioration
concrètes.
Les nanosciences et nanotechnologies méritaient bien d'être
évoquées par le Sénat, pour deux raisons principales
:
- elles ouvrent effectivement des perspectives incroyablement nouvelles,
aussi bien en recherche fondamentale qu'en sciences appliquées
et en technologies ;
- notre pays est en train de prendre un retard qui risque d'être
catastrophique, pour des raisons complexes, dont la plus grave est
sans doute le manque de culture scientifique de la plupart de nos
dirigeants.
En ce qui concerne les perspectives des nanotechnologies, nous
ne tenterons pas de résumer ici les exposés délivrés
par un très bon panel de scientifiques, ingénieurs,
industriels et responsables de recherches. Ils ont donné
un bon panorama des applications susceptibles d'émerger dans
un proche avenir, en mettant en relief les retombées nombreuses
qui en résulteront pour l'électronique proprement
dite, pour les sciences de la vie, pour les sciences des matériaux
et dans de nombreux domaines d'usage intéressant l'espace
et la défense.
On a pu regretter que les questions touchant à la recherche
fondamentale n'aient pas été abordées, sauf
par allusion. Nous pensons en particulier à ce que Roland
Omnès avait évoqué dans son article de Pour
la Science (décembre 2001 http://www.pourlascience.com/numeros/pls-290/art-1.htm)
sous le titre "Les racines quantiques du monde classique".
Pour ceux connaissant déjà la question des nanotechnologies,
le Colloque a eu un tout autre intérêt : il a mis en
évidence - dès l'introduction du Sénateur Trégouët
jusqu'à ses conclusions - l'incroyable retard français
dans ce domaine vital, par rapport à la concurrence internationale.
Quand la question est posée de ce qu'a fait et ce que fera
notre pays dans ce nouveau créneau stratégique, les
responsables de la recherche répondent en citant différentes
actions, notamment l'action
concertée incitative Nanostructures et le Réseau
de recherche en micro et nanotechnologies (RMNT). Quel que soit
l'intérêt de ces actions et la qualité des hommes
et laboratoires impliqués, ce colloque a bien montré
que nous risquons un retard de plus en plus grandissant dans le
domaine par rapport à ce que consentent les autres grands
pays. Les chiffres cités issus de plusieurs sources différentes
sont assez sidérants. Un décrochage s'est produit
dans les crédits affectés aux recherches-développement
depuis 1997 et ne cesse de s'aggraver.
Là encore, nous ne fournirons pas de chiffres. Disons seulement
qu'en ce qui concerne les financements publics, l'Europe globalement
(y compris les sommes prévues par le 6e Programme-Cadre au
sein de l'Union Européenne) prend un grave retard par rapport
aux Etats-Unis et au Japon (sans parler de l'effort de rattrapage
qui s'est amorcé dans les autres pays asiatiques). Elle se
situe à peine au tiers des dépenses américaines.
Parallèlement, au sein de l'Europe, ce que dépense
la France est grossièrement de l'ordre du dixième
des dépenses de même nature consacrées par l'Allemagne
et le Royaume-Uni.
Ce qui est plus inquiétant encore est le manque d'intérêt
pour ces questions manifesté par les décideurs politiques
jusqu'à ce jour. Quand le Président des Etats-Unis
présente haut et fort comme une urgence nationale le programme
nanotechnologies (qui vient d'ailleurs de bénéficier
de substantielles rallonges), nos autorités gouvernementales
restent muettes. On pourrait dire qu'il y a une malédiction
française dans ces domaines de la haute technologie. Depuis
la disparition du général de Gaulle, aucun Président,
aucun Premier ministre n'a vraiment tenté de mobiliser la
nation sur l'importance de disposer de laboratoires nombreux et
bien dotés en jeunes chercheurs, d'industries puissantes
et d'utilisateurs avertis, que ce soit dans l'informatique, le génie
logiciel, les biotechnologies, la robotique et maintenant les nanotechnologies.
Les quelques-uns qui ont tenté d'alerter les décideurs
(nous craignons que malgré son influence le Sénateur
Trégouët n'ait fait la même constatation) se sont
fait répondre que ces questions, ou bien n'intéressaient
pas les Français, ou bien n'étaient pas de leur niveau
mais de celui du ministre de la recherche, dont on connaît
le peu de pouvoir face à la direction du budget ou à
ses collègues dépensiers. On vient de constater de
la même façon qu'aucun parti politique n'a évoqué
ces enjeux dans les campagnes qui viennent des s'achever.
La France dispose pourtant de ressources en laboratoires et d'un
potentiel industriel non négligeables, de même que
de nombreux jeunes chercheurs potentiels. L'installation de laboratoires
communs industriels sur le pôle Miniatec en est la preuve.
Mais notre pays pourrait accueillir un bien plus grand nombre d'installations.
Le résultat de ce désintérêt des
politiques est qu'une nouvelle fois, après avoir déploré
le retard français dans les domaines de l'informatique, de
l'Internet, de la robotique, de la génétique (pensons
en particulier à cette incroyable frilosité concernant
les cellules-souches), il faille maintenant constater le retard
français dans les nanosciences et nanotechnologies. Certes,
ce retard, les spécialistes nous l'ont dit, serait encore
récupérable. Il ne le sera sans doute pas longtemps.
Il faudrait donc cravacher. Mais peut-on l'espérer raisonnablement?
Le sénateur Trégouët a promis qu'il ferait
le maximum, avec ses collègues du Groupe de Prospective,
pour sensibiliser à ces questions le nouveau gouvernement.
Acceptons-en l'augure. On pourra mesurer dans moins d'un an si l'inflexion
indispensable s'est produite.
Pour en savoir plus
Nous empruntons à la lettre de sénateur Trégouët
(dont il faut absolument lire l'éditorial) @RT Flash] n°
200 du 22 au 28 Juin 2002 (consultable sur le site http://www.tregouet.org/lettres/rtflashtxt.asp?theLettre=220#Lettre)
les liens suivants:
Forum
de coopération européenne en nanotechnologies http://www.nanoforum.de
Programme
nanosciences du CNRS http://www.cnrs.fr/cw/fr/prog/progsci/nanosciences.html
Réseau
National des Micro et Nanotechnologies http://www.rmnt.org
Pôle
d'Innovation en Micro et Nanotechnologies http://www.minatec.com
et http://www.minatec.com/actualite/CEA-techno_04-01.pdf
Laboratoire
d'Electronique et de Technologie de l'Information http://www-leti.cea.fr
Nanosites
http://www.nanosites.com/11presentation.html
Dossier
Nanotechnologies du CEA http://www.cea.fr/fr/presse/dossiers/dossier_nanosciences.pdf
Dossier
du magazine d'Aventis sur les nanotechnologies http://www.corp.aventis.com/future/fr/fut0103/exploring_nanoworld/...
Les
nanomondes http://perso.wanadoo.fr/nanotechnologie
Dossier
sur les nanotechnologies http://waglux.free.fr/goon/ref/nanotechnologie
Nanodata
http://www.nanodata.com