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1er novembre 2007
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Agriculture
et industrie agroalimentaire en Europe
Une ré-évaluation s’impose
Lors
de la session finale du Grenelle français de l'Environnement,
le 26 octobre, en présence du président de la République
Nicolas Sarkozy, deux témoins éminents, le président
de la Commission européenne José Luis Barroso et le
vice président Al Gore ont tous les deux dit qu'il fallait
reprendre la formule du Grenelle, aussi bien au niveau de l'Union
européenne qu'au niveau mondial. Espérons qu'il ne
s'agissait pas d'une simple phrase lancée dans l'enthousiasme
d'une fin de colloque et qu'effectivement, la démarche inaugurée
à Paris sera relancée par leurs soins. C'est dans
l'immédiat au niveau de l'Europe que la question est posée
avec le plus d'urgence.
En
effet, dès le lendemain des travaux du Grenelle français,
certains économistes et chefs d'entreprises ont exprimé
leurs craintes. Le programme de mesures destinées à
lutter contre la crise climatique et environnementale, approuvé
par le président de la République, représentera
inévitablement un coût s'imputant sur les revenus
des acteurs économiques et des citoyens – ceci
même si ces mesures ne sont mises en œuvre que
progressivement. De plus, comme nous l'avons déjà
plusieurs fois exprimé dans ces colonnes, elles marqueront
un abandon plus ou moins marqué du libéralisme
et un retour à des formes d'interventionnisme. Celles-ci,
bien qu'intelligentes (comme on peut l'espérer), isoleraient
la France du reste des pratiques européennes. Certes
ces mesures provoqueraient une diminution de la production
mondiale de C02, de toute façon marginale
par rapport à l'importance des rejets. Et si la France
n'était pas rejointe dans cet effort par les autres
pays européens, elle se mettrait dans une situation
d'infériorité dont son économie ne se
relèverait pas.
Pour
Rémy Prud'homme, professeur émérite à
Paris 7, le coût sur l'économie française
de la mise en œuvre des décisions du Grenelle
équivaudrait aux coûts des 35 heures ou du premier
choc pétrolier*. Le prix de la réduction de
1 tonne de C02 irait de 240 euros par tonne pour
l'habitat, à 1.200 euros par tonne pour la réduction
de vitesse des poids lourds sur autoroute. Si l'objectif français
est de réduire les rejets de C02 de 100
millions de tonnes, le coût global serait donc de 50
milliards d'euros par an, soit 3,1% du PIB. Cette réduction,
au niveau mondial, serait en revanche dérisoire car
elle ne représenterait, selon ce savant, qu'1/30.000e
de l'effort global à fournir.
Cette
argumentation nous semble à la fois inexacte et fondée...
Elle est inexacte dans la mesure où elle postule que
tous les efforts pour réduire la production de C02
se traduiront par des pertes sèches de compétitivité
et de croissance, sans contreparties d'aucune sorte. C'est
tout le contraire que postulent les économistes de
la nouvelle vague environnementale, parmi lesquels nous nous
rangeons. Remplacer les vieilles technologies par des nouvelles
représentera un saut qualitatif considérable,
dont bénéficieront la puissance globale, l'économie
et l'emploi, en interne comme à l'exportation. Les
recherches scientifiques, théoriques et appliquées,
en recevront une accélération considérable.
Certes, il y aura un pic de dépense à franchir
et des protections à mettre en place contre la concurrence
des pays qui ne joueraient pas le jeu. La technologie et la
politique sont nécessairement liées dans cette
approche.
C'est
là que l'argumentaire de Rémy Prud'homme rejoint
la nôtre, déjà plusieurs fois exposée
par cette revue. L'effort français, à supposer
qu'il se concrétise, n'aura de sens que s'il est relayé
au niveau européen et si possible, mondial, par les
Etats ayant signé le protocole de Kyoto et désireux
de s'impliquer dans son renouvellement. Dans l'immédiat,
rien ne permet de penser que le gouvernement français
ne veuille pas exercer une amicale pression sur l'Union européenne
pour qu'elle le rejoigne dans cet effort. La présidence
française sera alors une excellente occasion pour cela.
Mais nous aurions tous été rassurés si
cette intention avait été exprimée avec
force, dès la fin du Grenelle, tant par Nicolas Sarkozy
que par les ministres compétents. Dès maintenant,
des réunions de travail avec nos partenaires européens
devraient être demandées par la France, bien
entendu sous l'autorité du président de la Commission.
Le sujet sera si neuf et excitant que ni M. Barroso ni les
autres chefs d'Etat ne voudront s'y dérober.