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11 septembre 2008
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Le LHC, un succès
européen
à célébrer
Il
a été écrit suffisamment d'arti-
cles sur l'intérêt scientifique des expériences
de physique qui vont commencer grâce à la mise en service
du nouvel accélérateur de particules du CERN, le grand
collisionneur de hadrons (le LHC) pour que nous n'y ajoutions pas
les nôtres(1). En revanche, nous
voudrions souligner l'intérêt géopolitique de
cette réalisation et le rôle bénéfique
qu'elle jouera pendant des années au profit, non seulement
de la science fondamentale, mais de la science européenne
et de tous les laboratoires, entreprises et chercheurs européens
associés à ces recherches.
Grâce aux équipes et gouvernements associés
au sein de ce projet, l'Europe se fait enfin lisible dans un domaine
où les Etats-Unis régnaient jusqu'alors en maître.
L''hebdomadaire américain Newsweek ne s'y est pas
trompé. Il vient de consacrer sa couverture à "la
plus grande expérience jamais conduite", avec un sous
titre qui en dit long sur le caractère nouveau de l'événement
à ses yeux- "Et elle est européenne".
Rappelons
qu'il y a quelques années, et au grand regret des physiciens
américains des particules, le Congrès avait refusé
les crédits nécessaires pour édifier cet accélérateur
sur le territoire fédéral, au prétexte du caractère
non prioritaire de telles dépenses. Le poids des contrats
militaires pesait déjà très lourd sur les budgets,
ce qui a conduit à des sacrifices que l'on regrette aujourd'hui.
C'est un peu dans le même esprit que l'administration américaine
avait refusé d'investir directement dans le réacteur
Iter(2), préférant jouer
par Japon interposé. Là aussi, elle le regrette aujourd'hui.
La France et l'Europe ne peuvent que se féliciter du rôle
que jouera Iter dans la maîtrise de la fusion. Nombre des
technologies utilisées dans le LHC seront d'ailleurs réutilisables
dans ce cas.
Inutile
de dire que l'on ne reprendra sans doute plus aujourd'hui les Etats-Unis
à faire la même erreur à propos de grands équipements
de recherche. Ils ont notamment bien l'intention de faire installer
sur leur territoire le futur grand collisionneur linéaire
ILC, dont la contribution à la connaissance de l'univers
profond sera aussi déterminante que celle du LHC. La réalisation
cependant sera internationale. Des équipes françaises
et allemandes ont déjà montré leur avance incontestable
dans des éléments très importants de ce projet.
Il faut les soutenir.
Revenons
sur le coût de ces machines, jugé astronomique par
la presse. L'investissement (hors fonctionnement, évidemment,
et frais annexe) a été chiffré à 3,7
milliards d'euros, financés à 90 % par les vingt Etats
membres du CERN. Nous dirions pour notre part que ce coût,
rapporté à celui par habitant et comparé à
d'autres grands travaux autoroutiers et ferroviaires, est absolument
ridicule. Si l'on rapproche ces dépenses des retombées
diverses, non seulement scientifiques, mais simplement économiques,
l'opération pourrait déjà être considérée
comme bénéficiaire.
C'est
pourquoi nous pensons que l'Europe, plutôt que se montrer
timide dans le financement de grands équipements de cette
nature, dont le conseil européen de la recherche a dressé
la liste(3), devrait au contraire les
relancer ou les lancer. L'occasion serait bonne d'associer à
ces recherches des puissances comme la Russie, la Chine et l'Inde.
Celles-ci développeront certainement des programmes de leur
côté, mais il ne serait pas trop tard pour créer
dès maintenant, toute naïveté mise à part,
des pôles de convergence dans le partage et l'augmentation
de compétences déterminantes pour l'avenir du monde.
Malheureusement,
l'ignorance manifestée par la présidence française
à l'égard de ces questions n'a pas permis à
notre pays de profiter de ce créneau politique pour lancer
de bonnes idées. A ce propos, qu'attend Nicolas Sarkozy,
en tant que président en exercice de l'Union Européenne,
pour se rendre au CERN afin d'acter le succès déjà
obtenu.
Notes (1)
Disons simplement que cet instrument de l'Organisation européenne
pour la recherche nucléaire, le plus important construit
à ce jour, doit permettre, à travers des expériences
géantes (notamment Alice, Atlas, CMS et LHCb), d'étudier
la matière dans l'infiniment petit et de comprendre l'Univers
tel qu'il était après le Big Bang.
Voir http://public.web.cern.ch/Public/fr/LHC/LHC-fr.html (2) International Thermonucear Experimental Reactor
: http://www.iter.org/ (3) Voir notre note rédigée à
l'occasion du Colloque sur l'Europe puissance scientifique et technologique
d'avril 2004 dont la plupart des points sont toujours d'actualité http://www.admiroutes.asso.fr/europepuissancescientifique/grandsprojets.htm