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22 mai 2009
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Le Pôle
Cap Robotique en tête de la recherche robotique en France
Nous avons trop souvent, et à juste titre, regretté
dans nos colonnes le retard que risquait de prendre la France en
robotique pour ne pas saluer la mise en place de ce qui pourrait
devenir un acteur important dans ce domaine, non seulement en France
mais en Europe, le pôle de productivité baptisé
"Cap Robotique".
Il
est indiscutable que dans quelques années on trouvera des
robots partout dans les sociétés industrielles. Pour
les Japonais, comme le précise la Japan Robotics Association,
il s'agit en priorité de l'aide aux personnes âgées
et handicapées, mais aussi de la surveillance des individus
et des biens. Les applications en cours ou en développement
sont évidemment bien plus nombreuses. Consulter le site de
la Fédération Internationale de Robotique en donne
un intéressant aperçu. Peu évoquées
en revanche sont les applications militaires. C'est pourtant là
que se situe, essentiellement aux Etats-Unis, l'essentiel des investissements.
Le domaine des Unmanned Vehicles ou drones aériens, terrestres
et marins risque d'y devenir plus important que celui de l'aéronautique
militaire classique.
La robotique est donc devenue un enjeu majeur, pour les pays européens
et pour la France en particulier. Il s'agit de s'inscrire dans les
projets de recherche/développement, dans les filières
industrielles et aussi dans les modalités d'usage. La circulation
de milliers de robots au sein des sociétés humaines
posera des questions très intéressantes en termes
de constructions cognitives et comportementales partagées.
On estime que plus d'un million d'emplois dans ces divers domaines
pourraient être créés dans les 5 prochaines
années au niveau de la seule Europe.
Encore faut-il que des acteurs majeurs se forment et soient
reconnus comme interlocuteurs par les pouvoirs publics et
les autres industriels. L'expérience montre que dans
un domaine aussi foisonnant, les grands groupes, souffrant
de pesanteurs diverses, ne sont que difficilement des moteurs.
La formule du pôle de productivité, permettant
d'associer laboratoires, PME innovantes, utilisateurs et collectivités
publiques dans le cadre d'une aire géographique favorisée,
constitue une formule indispensable. C'est d'ailleurs sur
ce modèle, illustré par la Silicon Valley, que
s'était développée l'informatique en
Californie il y a trente ans.
Les acteurs français de la robotique l'ont enfin compris,
après de longues années perdues en tergiversations.
L'annonce de la création d'un pôle de productivité
dit "Cap Robotique" en Région Ile de France
est un bon signe. En attendant de commenter ses futurs premiers
résultats, nous nous devons de saluer les intentions
qu'il affiche. Il s'agit de créer une communauté
de savoirs faire autour du numérique, de l'électronique,
de la mécatronique, des télécommunications
et de l'Intelligence artificielle. On y associera sans doute
aussi prochainement les nanotechnologies, en ce qui concerne
leur contribution aux technologies précédentes.
Pour concrétiser les coopérations nécessaires,
il convient de développer des projets susceptibles
dans un premier temps de recueillir des financements en
France et au niveau de l'Union européenne.
Cap Robotique annonce à cet égard la création
du projet Cap Digital dit aussi Romeo visant
au développement d'un robot humanoïde de taille
humaine. Regroupant treize partenaires (PME, grands laboratoires
de R&D, utilisateurs comme l'Institut de la Vision),
Romeo n'est que le premier des projets communs qui seront
labellisés Cap Robotique.
Au-delà de servir de couveuse à des projets
concrets, Cap Robotique veut, selon ce que le consortium annonce
sur son site, «jouer un rôle important de
lobbying et de communication pour faire prendre conscience
des questions de la robotique ; informer et attirer le grand
public ; encourager l'engagement financier des autorités
dans ce domaine via des appels à projets ; devenir
un interlocuteur incontournable dans le domaine de la robotique
au niveau régional et national, à court terme,
et européen et international à moyen terme».
La robotique autonome nécessitant l'intégration
de nombreuses technologies, et pour chaque technologie de
nombreux sous-systèmes (hardware et software), son
développement entraînera celui d'un ensemble
de laboratoires et d'entreprises aux métiers croisés.
La Communauté veut donc devenir un vivier de pistes
innovantes et un «écosystème», composé
à la fois d'entreprises robotiques, mais aussi d'autres
domaines et disposant de technologies à valeur ajoutée
pour la robotique en général.
Romeo
Nous suivrons donc avec une particulière attention
le projet Romeo, destiné à concrétiser
toutes ces bonnes intentions. Comme nous l'indiquons ci-dessus,
ce projet est labellisé par le pôle de compétitivité
Cap Digital. Il est financé par la Région Ile-de-France,
la Direction Générale de la Compétitivité,
de l'Industrie et des Services (DGCIS) et par la Ville de
Paris. D'un budget de 10M€, il est subventionné
à hauteur de 4,9M€. Parmi les partenaires figure
en bonne place la société française Aldebaran,
bien connue de nos lecteurs, notamment par son robot NAO,
participant actif à la Robocup 2009 qui se tiendra
à Graz en Autriche en juin-juillet. Citons les responsables
du projet:
" Romeo vise à développer un robot
humanoïde destiné à devenir un véritable
assistant des personnes en perte d'autonomie. Pour
cela, il doit être capable d'intervenir sur
les objets du quotidien (ouvrir et fermer une porte, manipuler
un verre, une bouteille, un trousseau de clés…).
Mais il devra également aider une personne à
se déplacer à domicile et même lui porter
secours en cas de chute.
Au-delà de ses capacités physiques, Romeo
doit offrir une interface homme-machine accessible au plus
grand nombre : la voix et les gestes doivent être
les principaux moyens de communication avec le robot qui
devra être capable de comprendre ce qu'on lui
dit, d'entretenir un court dialogue et même
de percevoir les intentions et les émotions de son
interlocuteur pour en déduire les actions qu'il
doit mettre en œuvre.
Un premier prototype de robot humanoïde dont la taille
devrait se situer entre 1,20m et 1,50m sera développé
avant la fin de l'année 2010 et un second sera
livré quelques mois avant la fin du projet, à
l'automne 2011, pour une évaluation auprès
d'utilisateurs en situation de perte d'autonomie
choisis parmi les patients de l'Institut de la Vision.
A partir des conclusions de cette évaluation, Aldebaran
compte bien développer un produit qui pourrait être
disponible en 2015."