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5 octobre 2009
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Le projet européen
de police Indect
Le
projet européen Indect vise à réaliser une
détection automatique des menaces avérées et
comportements anormaux ou potentiellement dangereux se manifestant
au sein des sites web, des forums de discussion, des serveurs de
données, des échanges «peer to peer» ou
même des PC individuels.
Dans ce
but, des «agents informatiques» ou programmes spécialisés
seront chargés d'explorer les échanges et de signaler
les risques, à travers des plates-formes d'échanges
et de mise en mémoire de données personnelles ou non.
Des moteurs de recherche adéquats seront développés.
Les personnels de police des divers pays européens devront
apprendre à coopérer en utilisant les outils développés
par le projet afin d'obtenir une culture commune dans la prévention
et la répression des activités criminelles.
Indect
a reçu un financement de 15 millions d'euros de l'Union européenne.
Il durera 5 ans. Il associe aujourd'hui les services de police de
l'Irlande du Nord et une quinzaine d'universités ou laboratoires
européens, sous la direction de l'université polonaise
AGH. Le projet, qui vient de débuter, est présenté
comme devant permettre à l'Union européenne d'améliorer
ses moyens de prévention contre la criminalité, le
terrorisme, les migrations illégales. Ces moyens jugés
largement insuffisants se montent aujourd'hui à 700 millions
d'euros environ et font peu appel aux technologies nouvelles, hormis
l'emploi de caméras intelligentes et l'utilisation des fichiers
d'empreintes génétiques dans certains pays.
De
nombreuses ONG se sont élevées contre ce projet, dont
elles dénoncent le caractère «orwellien».
Selon elles, une fois mis en route, les processus de coopération
correspondants ne cesseront de se développer, pratiquement
sans contrôle ni des hiérarchies policières
ni des juges, laissant les citoyens sans recours. Certains craignent
que derrière ce projet se mette en place une véritable
CIA européenne, qui fera litière des libertés
civiles des Européens, et qui par ailleurs, très vraisemblablement,
sera plus ou moins aux ordres des services américains. Un
service européen encore peu connu, le EU Joint Situation
Centre (SitCen), pourrait devenir le siège d'un véritable
"european secret service".
Mais
les autorités de police soulignent que, si l'on veut que
l'Europe, à l'instar des Etats-Unis, se protège contre
les menaces diverses, criminelles ou terroristes, elle doit se donner
les moyens adéquats. On peut difficilement dire le contraire.
Beaucoup plaident en Europe pour un désengagement militaire
en Afghanistan, pouvant se traduire par un renforcement des bases
arrière d'Al Quaida dans la zone AfPak. C'est la thèse
que nous soutenons ici. Pour que ce renforcement ne mette pas la
sécurité de l'Europe en danger, il faut s'y préparer
en organisant efficacement la défense du territoire européen
in situ.
Cela
ne peut pas se faire sans un minimum de surveillance policière.
La vraie question à poser serait la suivante : faut-il mettre
en place des systèmes plus ou moins clandestins dont ni les
institutions «ordinaires» ni les citoyens n'auraient
connaissance. Ne faudrait-il pas au contraire évaluer publiquement
les risques puis définir des mesures largement discutées
non seulement pays par pays mais au plan des institutions européennes
elles-mêmes. On dira qu'une telle publicité bloquera
toute réalisation effective. Mais les actions «couvertes»,
avec les recours qu'elles entraîneront, auront le même
résultat.
Les
agences américaines de renseignement veulent se donner
des moyens plus puissants qu'actuellement pour espionner les
sites, les blogs, les emails et les messages Twitter, ainsi
que les livres et autres documents commandés aux éditeurs
en ligne.
A
cette fin, le fonds de financement de la CIA In-Q-Tel vient
de mettre des capitaux dans la firme Visible Technologies,
qui s'est spécialisée dans la surveillance des
réseaux sociaux et du web 2.0. Il s'agit d'informations
classées dans la catégorie de l' open source
intelligence. Ce terme désigne des informations pouvant
être «sensibles» librement accessibles sur
le web mais cachées en fait sous l'avalanche des textes
et images dorénavant générés par
des centaines de millions d'internautes.
La
firme Visible Tech. explore actuellement 500.000 sites du
web 2.0 par jour, auxquels elle ajoute plus d'un million de
messages et de conversations provenant des blogs, forums en
ligne, Flickr, YouTube, Twitter et Amazon. Pour le moment
elle ne s'intéresse pas (en principe) aux réseaux
sociaux fermés, tels que Facebook ou Meetic.
Les
abonnés aux services de Visible Tech reçoivent
en temps réel des résumés synthétiques
de ce que contiennent ces sources, obtenus à partir
d'une série de mots-clefs. C'est la première
phase de la démarche, résumée ainsi par
le patron de la firme : Get in and monitor. Mais les phases
ultérieures consistent à évaluer chaque
message, en les classant dans des catégories telles
que positif, négative ou neutre, au regard d'un certain
nombre de critères choisis par la compagnie ou demandés
par les clients. Il s'agit en particulier de déterminer
l'influence que peut avoir un message ou un auteur.
Pour
In-Q-Tel, il s'agira de déterminer les tendances s'exprimant
sur les réseaux sociaux à l'étranger,
et prévenir les services des enjeux et des influences
s'y exerçant, afin de mieux pouvoir surveiller les
sources.
Bien
évidemment, l'espionnage pourra aussi s'exercer aux
Etats-Unis même. Il ne s'agira que de l'extension «
politique » de pratiques déjà abondamment
utilisées par des firmes comme Dell, AT&T, Verizon
et Microsoft pour apprécier leur impact auprès
des clients et acheteurs éventuels.
La
Federation of American Scientists” souligne en s'en
inquiétant que ces pratiques peuvent être utilisées
et leurs résultats revendus au profit de particuliers,
organisations politiques, églises et sectes. Pour la
Fédération, elles devraient être interdites,
même si les données sont juridiquement à
la disposition de tous sur le web.
Dans
les Etats européens, rien n'empêchera évidemment
les gouvernements, services de renseignements, entreprises
et particuliers de s'adresser à Visible Tech. ou aux
entreprises qui pratiquent déjà ou pratiqueront
ce genre d'espionnage. On ne voit pas exactement sur quelles
bases juridiques interdire de telles pratiques. A supposer
que des interdictions soient établies, elles pourront
facilement être tournées.
Faut-il
verser dans la paranoïa et en conclure que les entreprises
et les particuliers souhaitant échapper aux investigations
devront en revenir aux services postaux traditionnels (voire)
? Il ne suffira pas en effet pour être tranquille de
s'obliger à ne plus parler que de la pluie et du beau
temps sur le web. Aux yeux des inévitables Big Brothers
qui vont proliférer, de tels propos eux-mêmes,
convenablement manipulés, peuvent suffire à
faire de chacun un suspect. Le malheureux sera ensuite classé
dans des fichiers ad hoc, ce qui permettra aux pouvoirs de
s'assurer à l'avance de sa servilité.