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15 janvier 2012
Jean-Paul
Baquiast et Christophe Jacquemin
Triple A :
offensive confirmée
contre l'Europe
Il
est évident que la perte du Triple A imposée
à la France rend un très grand service
aux intérêts financiers qui combattent
le retour à des Etats interventionnistes capables
de réguler et développer les économies.
Il rend service du même coup à ceux qui,
en Europe et surtout hors d'Europe, combattent la volonté
des Européens de s'organiser en puissance politique
et économique autonome face aux grands Etats.
Dans la guerre économique qui nous oppose aux
puissants de ce monde, il s'agit d'une véritable
trahison.
La
hausse éventuelle des taux d'intérêts
qui en résulterait ne sera évidemment
pas en soi une grande catastrophe. La catastrophe viendra
du fait qu'elle donnera, dans tous les pays européens,
des arguments renforcés à ceux qui veulent
diminuer les dépenses publiques par suppression
des services administratifs et sociaux d'intérêt
général, autrement dit tuer à petit
feu ce qui reste d'Etat et de services publics capables
de s'opposer à la financiarisation de la société.
Ce
sera aussi et peut-être surtout parce qu'elle
sera utilisée pour déconsidérer
tous les projets d'investissements stratégiques
susceptibles de rendre à l'Europe sa puissance
industrielle et scientifique en voie de perdition (y
compris à terme en Allemagne). Si de tels investissements
sont nécessaires, nous disent les agences de
notation, ils doivent désormais rester la chasse
gardée des Etats-Unis, de la Chine et des pétrodollars.
Mario Monti, bien que libéral, a bien compris
qu'il s'agissait d'un coup direct à la construction
européenne, porté par les ennemis de celle-ci
On
attend une réaction immédiate des autorités
européennes et plus particulièrement des
gauches. Non en affirmant mollement que l'agence de
notation Standard & Poor's ne doit pas faire la
loi, ce que fait actuellement François Hollande
sans convaincre personne et sans de ce fait se
différencier de Sarkozy. Les gauches devraient
immédiatement exiger des réformes de structures,
que ce soit au niveau de l'Union ou à celui des
Etats, qui permettent de financer y compris par création
de monnaie au niveau de la Banque Centrale Européenne
(B.C.E.), les centaines de milliards d'investissements
stratégiques auxquels nous faisions allusion.
L'Europe dispose d'assez d'épargnes, de ressources
humaines et de compétences pour que de tels investissements
puissent devenir rapidement rentables. Mais il faudra
pour cela qu'elle admette un début de sortie
du système néo-libéral, avec notamment
les protections aux frontières permettant de
protéger ces investissements.
Quant
aux nécessaires accords entre peuples européens sur
les choix sous-jacents à la mise en oeuvre de tels investissements,
nous n'avons aucune inquiétude. Tout le monde, sauf les arriérés
mentaux, sera d'accord pour participer à la construction
d'une Europe des sciences, des technologies et des nouvelles industries
convenablement discutée et gérée au plan démocratique.
Encore faudra-t-il que les projets soient suffisamment ambitieux
pour que les résultats en soient visibles et bénéficient
à tous.