Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
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Appelons
systèmes numériques des systèmes
associant des technologies de communication et de mise
en mémoire, des composant robotiques et des logiciels
d'intelligence artificielle. Ces systèmes se
nourrissent de données qu'ils recueillent dans
le monde naturel ou dans les sociétés
humaines. Nous faisons l'hypothèse que ces systèmes
apparaissent, se développent et s'autonomisent
à partir de processus comparables à ceux
caractérisant les organismes biologiques. Ils
donnent naissance à des systèmes que nous
nommons cognitifs, c'est-à-dire capables de se
représenter eux-mêmes au sein de "cartographies"
qu'ils se donnent de leur environnement, le tout avec
des performances très inégales, dépendant
des capacités de leurs entrées-sorties
et de leurs mémoires centrales. Leur organisation
spontanée en réseaux augmente leurs capacités
cognitives. On pourraitparler ici d' "acquis culturels".
Des processus de même nature ont été
depuis longtemps identifiés par les biologistes
concernant l'apparition et le développement de
la vie sur Terre.
Si
cela était le cas, il serait possible d'envisager
une loi générale de développement
des systèmes complexes, quelle que soit leur
nature, à partir d'un état fondamental
ou initial (toujours présent évidemment)
que, pour simplifier, nous nommerons "le vide quantique".
Cette loi intéresserait, avec des formulations
globalement identiques, toutes les formes de vie existantes
à ce jour, incluant évidemment les sociétés
humaines. Mais elle intéresserait tout autant
les systèmes artificiels déjà présents
ou susceptibles de se développer sur Terre, voire
à terme sur d'autres planètes, d'abord
à l'initiative des humains, ensuite de leur propre
chef.
Postuler
qu'une telle loi serait envisageable relève-t-il d'une illusion
? Pourrait-on comparer, sinon en jouant sur les mots, des formes
de développement en apparence profondément différentes
?
Ceci nécessite le rapprochement d'un grand nombre de sciences
jusqu'ici peu enclines à coopérer.
Et quel serait l'intérêt d'une telle démarche
? Quelles conséquences pourrait-on en tirer sur le plan de
la pratique expérimentale ?
Pour
répondre à ces questions, et que ce soit dans les
sciences, les philosophies ou les religions, on peut admettre que
les humains s'intéressent particulièrement aux changements
évolutifs qu'ils perçoivent dans le monde. Ils tendent
à y rechercher les lois, sinon à en inventer sous
forme de "narrations". Agir de cette façon constitue
un puissant stimulant pour l'observation, l'expérimentation
et l'action. Et comme le regard porté aujourd'hui sur le
monde découle d'un nombre croissant de disciplines scientifiques,
il est donc logique d'y chercher les cohérences et des règles
communes. On peut alors espérer, sinon la formulation d'une
"Théorie du Tout", au moins voire émerger
des approches de plus en plus englobantes, dont chaque science pourrait
bénéficier.
Quant
à la possibilité de rapprocher des sciences aussi
différentes que la physique quantique, la biologie(et plus
particulièrement la génétique), l'anthropologie,
les sciences de l'informatisation(1)... l'expérience
permise par douze ans consacrés à tenter de procéder
à de tels rapprochements interdisciplinaires sur le site
Automates Intelligents nous a convaincus que cela, non seulement
n'était pas impossible mais que cela s'imposait. Les revues
d'articles et d'ouvrages que nous avons faites, les entretiens que
nous avons conduits, ont tous apporté des arguments en faveur
de tels rapprochements.
Plus
directement, notre démarche éditoriale a pu bénéficier
des apports conceptuels de la physicienne Miora Mugur Schächter,
du biologiste Jean-Jacques Kupiec, du professeur d'informatique
Alain Cardon, du "méméticien" Howard Bloom.
Nous les en remercions.
Pour
en revenir au thème qui donne son titre à cet éditorial,
sans prétendre - ce qui serait incorrect - enrôler
ces scientifiques dans la définition d'une théorie
unifiée de l'évolution des systèmes vers l'autonomie,
nous pouvons encourager nos lecteurs à étudier et
discuter leurs travaux, dont certains sont accessibles en téléchargement
gratuit sur ce site. Jean-Paul Baquiast se permettra d'y ajouter
ses propres écrits portant sur ce qu'il a nommé les
systèmes anthropotechniques. Certes, la plupart des travaux
d'intégration sont encore à réaliser, mais
une direction claire paraît désormais pouvoir être
définie.
Sur
le plan épistémologique, il nous semble qu'une contribution
fondamentale de Mme Schächter doit figurer en exergue de toutes
contributions ultérieures. Elle vise à identifier
des processus communs intéressant le développement
vers l'autonomie tant des systèmes biologiques que des systèmes
artificiels. Il s'agit de ce qu'elle a nommé la méthode
de conceptualisation relativisée (MCR). Elle postule
qu'il n'existe pas de "réel en soi", indépendant
des observateurs, mais des constructions nécessairement situées
dans le temps et dans l'espace, associant un observateur, ses instruments
et une entité sous-jacente dont on ne peut rien dire a priori,
sauf à constater que cette entité "répond"
d'une façon bien définie, dans le cadre de certaines
expériences.
Il s'agit d'un postulat qui sous-tend l'essentiel des travaux des
physiciens quantiques. Mais un peu d'attention montre qu'en y apportant
certaines nuances, il devrait utilement être étendu
à l'ensemble des sciences dites macroscopiques. Nous essayons
d'ailleurs de le rappeler dans un essai en cours de rédaction
pour le compte de chercheurs associés dans la promotion de
la MCR.
(1)
Incluant leur aspect le plus élusif, celui des
systèmes dotés de "conscience artificielle".