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25 novembre 2002
par Jean-Paul Baquiast - texte relu et complété par
Gilles Dawidowicz
AUTEUR
Un automate conscient sur Mars

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Ce
passage est extrait d'un ouvrage en cours de rédaction,
provisoirement intitulé
Entre science et intuition, la conscience artificielle
Automates-Intelligents
et Gilles Dawidowicz, Géographe, Vice-Président
de la commission Planétologie de la Société
Astronomique de France et membre du CA de l'Assocation Planète
Mars (Mars Society), vont entreprendre en partenariat un
autre ouvrage, plus développé, consacré aux
perspectives de l'exploration martienne par des robots autonomes.
Gilles Dawodpwocz revient d'une mission réalisée
dans le désert de l'Utah à partir d'un module
de 8 mètres, par un équipage de 6 personnes.
La mission a duré 15 jours et s'est astreinte à
opérer dans des conditions "analogues" à celles
rêgnant sur Mars. Un petit robot non autonome de conception
française, dû à Alain Souchier, de l'Association
Planète Mars, le VRP ou Véhicule de Reconnaissance
de Parois, y a été testé lors de sorties
extra-véhiculaires, notamment pour l'exploration de
falaises où la descente d'un homme en combinaison spatiale
aurait été impossible.
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Prologue
Comme nous l'avons indiqué en introduction, la réalisation
d'un système cognitif (cognitive system) ou automate conscient,
devient un enjeu majeur de l'Intelligence Artificielle aujourd'hui.
Ce sont malheureusement les militaires ou les agences en charge
de la sécurité intérieure ou extérieure
qui sont les plus motivés pour financer les études.
Aussi serait-il important que les civils s'intéressent également
à la question, en envisageant de grands programmes nécessitant
la mise au point de tels automates.
Les domaines ne manquent pas. Ce sont tous ceux où la présence
de l'humain est impossible ou fait courir des risques jugés de nos
jours et par nos concitoyens inadmissibles. Mais sur Terre, dans la plupart
des cas, l'existence d'un robot pleinement autonome et doté de
capacités cognitives importantes ne s'impose pas. Les distances ne
sont pas telles, entre le robot et la station de contrôle, que le pilotage
humain devienne impossible. Des liaisons filaires ou hertziennes peuvent
en général être assurées. C'est le cas de
l'exploration de l'océan profond ou des sites industriels dangereux.
Sur la Lune et, a fortiori, sur Mars ou toute autre planète, il n'en
est plus tout à fait de même. Les liaisons deviennent difficiles
et surtout imposent des temps de réponse souvent trop longs en situation
d'urgence. Les robots actuels, qui ne sont que très partiellement
autonomes, sont nécessairement limités dans leurs capacités
d'opération, sinon ils deviennent incontrôlables. Quand on
connaît le coût non seulement d'un robot, mais aussi des
opérations de lancement (qui doivent tenir compte de créneaux
gravitationnels favorables) et des opérations de suivi depuis la Terre
(grâce au réseau de poursuite à l'aide d'antennes
géantes du Deep Space Network de la NASA) on ne peut pas prendre le
risque de perdre un robot évolué. On peut également
tenir compte des surcoûts induits par la grande fragilité des
systèmes électroniques modernes face aux systèmes
électro-mécaniques d'il y a 40 ans ; cette électronique
doit être redondée, blindée pour résister aux
vibrations des décollages et atterrissages, aux forts écarts
thermiques et sonores, aux rayonnements solaires et cosmiques
L'ambition sera donc, si possible, de réaliser des robots aussi
intelligents et surtout aussi conscients (ou presque) que des hommes. Ils
devront ainsi être attentifs aux évènements imprévus,
observer l'insolite, se garder des dangers et trouver eux-mêmes les
meilleurs itinéraires et stratégies, non seulement pour explorer
mais aussi pour rendre compte. Les robots devront également allier
autonomie énergétique, mobilité, agilité,
précision, vitesse et robustesse en milieux hostiles.
Pourquoi ne pas attendre des missions habitées qui, selon les
spécialistes, pourraient être organisées dans quelques
dizaines d'années, sinon avant ? Parce qu'un tel délai est
long et que l'impatience de connaître les systèmes planétaires
est grande, compte-tenu des multiples enseignements susceptibles d'être
apportés par de telles explorations.
De plus, certains doutes subsistent encore quand à la faisabilité
des missions humaines hors d'un vaisseau fortement protégé.
Le principal risque, contre lequel il n'existe pas encore de solution peu
coûteuse en masse et donc en dollar, est celui de l'irradiation par
des rayons cosmiques chargés, qui mettraient très vite à
long terme les hommes en danger. Mais d'autres risques existent encore, comme
les variations brusques du rayonnement solaire ou comme les effets sur les
organismes vivants de l'impesanteur durant les voyages aller et retour ou
enfin comme l'absence de champ magnétique notable et protecteur à
la surface de Mars. D'autres experts parlent aussi des problèmes de
la poussière martienne qui pourrait être hyper oxydante voire
même générer des effets électrostatiques redoutables,
des problèmes de contamination biologique que représentent
les organismes terrestres amenés avec les astronautes sur Mars ou
encore d'éventuels organismes martiens sur place pour la
sécurité de l'équipage voire même à leur
retour sur Terre pour notre propre sécurité... Enfin, les effets
sur le moral et la psychologie de l'équipage du fait d'un
éloignement de la Terre pendant une si longue durée sont
jusqu'à aujourd'hui totalement inconnus. Ces problèmes trouveront
sûrement des réponses, mais quelques scientifiques souhaiteraient
ne pas les attendre et poursuivre dès les prochaines années
des explorations inhabitées, automatiques.
Le décor
Pourquoi aller sur Mars ? Cette question est couramment posée, par
tous ceux qui souhaiteraient voir les ressources terrestres affectées
à des finalités plus immédiates. Les uns voudraient
des investissements susceptibles de rapporter des profits économiques.
Les autres s'indigneraient de voir, selon eux, gaspiller des crédits
quand la misère est si répandue sur Terre. Finalement, pourquoi
ne pas régler d'abord nos problèmes avant de prendre le risque
de les emporter dans l'espace ?
On pourrait évidemment ne rien faire en matière spatiale,
considérant que, au delà d'une exploitation commerciale
de l'espace proche par des satellites en orbite, il n'y a rien avant des
siècles à attendre de l'espace. Sur le plan scientifique,
beaucoup de chercheurs considèrent que, si des efforts doivent
être faits pour l'exploration planétaire et notamment celle
de Mars, des sondes comme celles lancées avec beaucoup plus ou
moins de succès depuis trente ans, suffiraient amplement. D'ailleurs,
l'arrêt brutal de l'exploration lunaire après seulement 6
missions habitées en est un des exemples, bien que finalement même
l'exploration automatique de la Lune ait été totalement
stoppée !
Mais qui dit sonde dit ou dira très vite robots miniaturisés
(et performants) et qui s'engagera dans cette voie sera déjà
sur la route de l'exploration martienne humaine.
En fait, il y a d'excellentes bonnes raisons d'explorer Mars.
La Mars Society américaine, sur son site Internet http://www.marssociety.org/,
en a fait une liste à laquelle nous avons déjà
emprunté quelques paragraphes dans notre précédent
livre (JP. Baquiast, Systèmes complexes et politique.
Tome 2. Agir). La Mars Society, qui dispose de sections dans
divers pays, regroupe autour de professionnels du spatial, 5000
amateurs passionnés par le sujet, mais et bénéficie
aussi d'un certain soutien des agences spatiales et des industriels
mais aussi du grand public et des médias. Son budget, bien
que sans proportion avec la préparation d'une véritable
expédition pilotée sur Mars, lui permet d'entreprendre
diverses simulations en vraie grandeur dans certaines parties du
monde présentant une ressemblance avec les conditions géologiques,
géographiques ou autres que l'on rencontre actuellement sur
Mars.
Ces simulations se tiennent dans le grand Nord canadien, sur l'île
de Devon, dans le désert de l'Utah et prochainement, sur le flanc
d'un volcan d'Islande.
La section française de la Mars Society s'intitule l'Association
Planète Mars et son site Internet http://www.planete-mars.com est
mis à jour plusieurs fois par semaine.
Comment la Mars Society justifie-t-elle son intérêt pour Mars
? On peut extraire quelques paragraphes significatifs de son plaidoyer :
" Il faut aller sur Mars pour connaître Mars
elle-même. Les robots ont montré que cette planète
était autrefois chaude et humide, propice à la vie. Celle-ci
y est-elle apparue ? S'y est-elle maintenue ? Il faudra rechercher
d'éventuels fossiles ou des bactéries souterraines. Si cette
recherche s'avérait fructueuse, il deviendrait évident que
la vie n'est pas limitée à la Terre, qu'elle est partout dans
l'Univers, entraînant peut-être avec elle l'intelligence. Ce
serait une révolution aussi importante, relativement à la place
de l'Homme dans le monde, que la révolution copernicienne.
- Il faut aller sur Mars pour mieux connaître
la Terre. Nous sommes en train de modifier profondément les
équilibres environnementaux terrestres. Il faut absolument mesurer
les conséquences à long terme de notre action. La
planétologie comparée, dans cette perspective, est un outil
puissant de compréhension. On sait que l'étude de Vénus,
par exemple, nous a donné quelques indications sur les
phénomènes liés à l'effet de serre. Mars, qui
est une planète plus comparable à la Terre que Vénus,
pourra nous apprendre beaucoup de choses sur notre Terre, des choses
peut-être vitales pour notre survie à terme.
- Il faut aller sur Mars, parce qu'il s 'agit d'un
défi formidable à relever. Les civilisations ont besoin de
se mesurer à de tels défis pour se développer. La guerre
a longtemps joué ce rôle. Il faut trouver maintenant d'autres
motifs de dépassement. Comme le monde se globalise, aller sur Mars
constituera un argument puissant pour unir les forces humaines dans une
entreprise commune nous conduisant à regarder vers l'extérieur
plutôt que continuer à nous affronter. Un grand projet martien
international sera une bonne référence pour d'autres projets
scientifiques et technologiques intéressant la Terre elle-même.
- Il faut aller sur Mars car il s'agira d'un grand
service à rendre à la jeunesse. Les jeunes ont besoin d'aventures.
Des vols habités vers Mars inciteront les jeunes, partout dans le
monde, à développer leurs connaissances pour participer, de
près ou de loin, à cette découverte d'un nouvel univers.
Si un programme martien se révélait capable d'inciter à
des formations scientifiques ne fut-ce que pour qu' un très faible
pourcentage supplémentaire de la jeunesse, il en résulterait
l'apparition de millions de scientifiques, d'ingénieurs, d'inventeurs,
de médecins
ainsi que de nombreux retours sur investissements
qui compenseraient largement les dépenses consenties pour le programme
; elles deviendraient ainsi de véritables investissements. Du reste,
ne doit-on par exemple à la conquête spatiale le téflon
ou le système informatique UNIX pour ne citer que ces 2 exemples parmi
des milliers d'autres ?
- Il faut aller sur Mars pour y préparer
une implantation humaine permanente. Il s'agit d'une opportunité qui
ne se renouvellera pas de sitôt permettant à l'humanité
de rompre avec le vieux monde en emmenant le meilleur avec elle et en laissant
ses vieux démons derrière elle.
- Il faut aller sur Mars pour l'avenir de la vie
dans l'Univers. L'Humanité n'est pas seulement une espèce animale
comme les autres. Elle est, ou peut devenir, le messager de la vie terrestre.
Elle est la seule capable d'apporter de la vie sur Mars, si la vie martienne
y a disparue, ou de faire renaître Mars à la vie - faire reverdir
les déserts martiens
Mars n'est pas seulement une curiosité
scientifique. C'est un monde dont la surface équivaut à celle
de tous les continents terrestres réunis, possédant tous les
éléments nécessaires, non seulement à la Vie,
mais à la construction d'une société technologique.
C'est un Nouveau Monde, riche d'une histoire passée et d'une histoire
à venir, qui n'attend que nous pour reprendre son cours. Il faut aller
sur Mars, non seulement pour le salut des Terriens, mais pour celui des Martiens.
C'est pour militer en faveur de cette aventure, la plus ambitieuse de tous
les temps, qu'a été fondée la Mars Society, à
laquelle chacun est appelé à se joindre. Jamais une plus noble
cause n'a existé. Nous ne prendrons pas de repos avant qu'elle ne
se concrétise ".
La Mars Society raisonne surtout dans l'hypothèse des vols habités,
puis d'implantations permanentes, qui doivent être l'objectif ultime.
Mais les arguments demeurent valides si on considère que le
débarquement de robots intelligents et conscients représentera
un premier pas très prochainement réalisable. Dans ce cas,
nous ajouterons un autre argument, qui nous permet de rejoindre le thème
de ce livre. La réalisation de tels robots fera de toutes façons
faire des progrès considérables à la robotique et à
l'intelligence artificielle. Elle pourra par ailleurs être entreprise
de façon très décentralisée, en mobilisant des
universités ou des lycées techniques qui trouveront là
un puissant motif pour investir et rivaliser d'imagination. Il est d'ailleurs
un peu étonnant que la Mars Society n'insiste pas plus sur l'urgence
qu'il y aurait à réaliser de tels robots, dont la plupart des
éléments existent déjà aujourd'hui, dans l'industrie
ou les laboratoires, et cela probablement car pour certains, la tentations
serait grande d'en rester là une fois l'exploration robotique
réalisée
Comment concevoir un robot Martien ?
Nous pouvons nous placer en esprit dans la situation, malheureusement
encore très utopique en France, où une équipe de
scientifiques et d'ingénieurs disposerait de quelques crédits
pour réaliser un prototype de robot Martien de dernière
génération, c'est-à-dire conscient. Pour cela, il
faudra tenir compte des conditions particulières que ce robot devrait
affronter sur Mars, mais ces conditions peuvent assez facilement, comme
l'ont montré les simulations humaines de la Mars Society, être
recréées sur Terre. Il faudrait aussi tenir compte des conditions
de lancement et d'arrivée (d'amarsissage) qui ne sont pas simples.
Mais les lancements réussis des divers véhicules martiens
du type des Rovers montre que ces difficultés peuvent être
résolues, à condition que la masse et la fragilité
du robot ne soient pas excessives. Là aussi des systèmes
de tests existent et recréent les conditions vibratoires, sonores
et thermiques d'un lancement.
Pour le reste, il faudra pour des raisons d'économies, procéder
à un montage de type Mécano, à partir des composants
déjà réalisés par de nombreux roboticiens de
par le monde. La seule véritable difficulté, celle qui nous
intéressera ici, sera de concevoir une conscience embarquée
sur un tel robot.
La plate-forme et les organes d'entrée-sortie.
N'insistons pas sur la question du hardware, encore qu'il faudra faire
uvre d'imagination pour ne pas extrapoler simplement à partir
des réalisations actuelles. Le robot devra être mobile. Mais
devra-t-il se déplacer comme un char, sur des chenilles, avec des
3, 4, 6 ou 8 roues comme un quad ou avec 2, 4, 6, 8 ou 10 pattes ou des
ailes ?
Devra t-il rouler, marcher, sauter, ramper ou voler ? Faudra t-il qu'il fore
le sol ou les roches de surface ? Lui faudra t-il s'en saisir délicatement
ou bien les concasser et les réduire en poudre pour les analyser ensuite
voire même les expédier sur Terre ?
Les progrès récents faits dans la locomotion inspirée
de la bionique (c'est-à-dire de l'imitation des solutions vivantes)
recommandent les pattes articulées, qui doivent être au nombre
de six sinon davantage. On sait que de telles pattes sont gérées
en informatique par des algorithmes évolutionnaires. Le robot peut
ainsi apprendre à se comporter dans son milieu en fonction des
difficultés affrontées.
Les déplacements en locomotion au sol ont l'inconvénient
d'être lents et à courte portée. Pourra-t-on envisager
d'autres modes de déplacement ? L'absence d'atmosphère notable
n'exclut semble-t-il pas les solutions aériennes, dont certaines
mêmes, réutilisables. Ainsi, l'engin pourra se poser sur
le sol après l'avoir décidé dans le but d'étudier
plus précisément une zone puis re-décoller et repartir
plus loin à la recherche de nouveaux territoires à observer...
Mais d'autres modes de déplacement apparaîtront peut-être
encore plus astucieux et efficaces à terme.
Nous ne pouvons pas ici traiter de toutes les questions, très
importantes, relatives à l'environnement technique du robot.
Disposerait-il d'une station-mère sur Mars auprès
de laquelle il pourrait venir se ressourcer, et avec laquelle il
partagerait les échanges d'informations qu'elle renverrait
alors sur Terre ? Le robot serait-il seul ou accompagné d'homologues
? Les réponses à ces questions dépendront aussi
des choix qui seront faits à propos des lanceurs et des créneaux
de lancement, ainsi bien sur que des budgets alloués à
ces missions. Nous avons évoqué précédemment
(voir les références
dans cette revue) les travaux du Nasa Exploration Team (NEXT) relatifs
à l'utilisation de points de Lagrange pour positionner des
stations-relais de grande taille, permettant d'assembler dans l'espace
des missions martiennes plus ambitieuses que celles réalisées
jusqu'alors. Pour Gary Martin, responsable du NEXT, de telles stations-relais
pourraient elles-mêmes être assemblées avec l'aide
de robots.
N'insistons pas davantage sur les organes d'entrée-sortie, appelés
senseurs et effecteurs dans le langage des roboticiens. Beaucoup d'entre
eux, très perfectionnés pour un usage terrestre, existent
déjà. Il faudra seulement les "durcir" pour résister
aux conditions du voyage Terre-Mars, à l'ambiance martienne et aux
missions spéciales d'exploration et d'analyse auxquelles devra s'affronter
le robot. Quant à l'énergie, elle devra être
électrique, d'origine solaire ou nucléaire ou peut-être
thermique ou encore éolienne, en fonction des besoins propres du robot
et des modes de déplacements retenus
De toutes évidences,
de grands progrès peuvent encore et doivent être faits. Les
rudes conditions thermiques à la surface de Mars, rythmées
par les alternances diurnes/nocturnes, affaiblissent rapidement les batteries
classiques. Se souvient-on seulement que le petit rover Sojourner de la mission
Mars Pathfinder était obligé de consommer durant la nuit la
majeure partie de son énergie accumulée grâce au Soleil
le jour d'avant, pour lutter contre les baisses de températures ?
Et sait-on comment le faisait-il alors ? En faisant fonctionner le processeur
de son ordinateur de bord pour qu'il réchauffe ses structures ! Seulement,
au petit matin, alors que les rayons solaires recommençaient à
chauffer le robot et ses panneaux solaires, les batteries étaient
vides, il fallait donc plusieurs heures pour les recharger avant de pouvoir
enfin travailler et explorer les alentours.
L'assemblage et le monitoring d'ensemble feront, comme la gestion des
pattes, appel aux solutions de la biologie artificielle évolutionnaire
(les algorithmes évolutionnaires déjà cités)
ou aux méthodes popularisés par Rodney Brooks dans ses premiers
robots, consistant à mettre en relation des "boîtes" en charge
des diverses fonctionnalités nécessaires et les laisser
réagir au mieux compte tenu d'un environnement spécifique.
Ceci veut dire que le robot ne serait pas entièrement programmé
à l'avance, mais acquérrait par émergence les fonctions
nécessaires à sa survie dans un milieu imprévu. Les
choses dans la réalité ne seront pas aussi simples que nous
les décrivons, mais l'idée est là.
L'inconvénient de telles plate-formes et instruments sera le
poids et l'encombrement, sans mentionner la fragilité. Certains
voudraient y échapper en recherchant des solutions toutes différentes,
faisant appel aux nanotechnologies actuellement en plein développement.
On pourrait envisager de remplacer le robot décrit ci-dessus par
un nuage de quelques centaines ou milliers de nano-robots ou nanobots,
capables d'interagir entre eux afin, selon les besoins, de procéder
à des actions ou recueillir des informations dans les mêmes
conditions qu'un robot macroscopique. Les nanobots sont de taille moléculaire,
comme on sait. Des nanobots pourraient se substituer aux matériels
de la robotique actuels. Mais ils pourraient sans doute aussi, vu leur
nombre et leur petite taille, jouer le rôle des agents intelligents
nécessaires dans la mise en uvre d'une conscience artificielle.
Cependant ces technologies, très prometteuses à terme, sont
encore loin d'être assez développées pour offrir actuellement
des perspectives crédibles. Certains chercheurs n'aimeraient pas
non plus disperser sur Mars des entités artificielles susceptibles
d'interférer avec les molécules existantes et de polluer
l'environnement, rendant notamment l'observation de formes de vie locale
impossible.
D'autres laboratoires ont introduits la notion de mini-robots, engins plus
ou moins autonomes allant de 100 à 1000 grammes et capables d'explorer
quelques centaines de mètres autour d'un lieu d'atterrissage. Très
spécialisés, ces mini-robots pourraient aussi être une
solution, si l'on envisage de le faire travailler en groupe et d'en multiplier
le nombre par plusieurs milliers. Ainsi, même si les pertes pour des
raisons diverses pouvaient être importantes, sur le nombre total, les
résultats seraient considérables.
Un système cognitif
Venons en maintenant au cur, ou plutôt au cerveau du robot martien.
Nous avons indiqué que le ministère américain de la
Défense (via la DARPA) vient de lancer un concours pour la
réalisation d'un robot militaire conscient (Cognitive System). Quelles
caractéristiques les militaires américains lui voient-ils ?
Selon l'article cité de Computer World, le système cognitif
recherché par les militaires devrait raisonner comme un homme dans
divers registres, apprendre par l'expérience, s'adapter à
l'imprévu ou à l'inconnu. Il devrait être conscient de
son comportement et s'expliquer, à lui-même et aux autres. Il
devrait anticiper différents scénarios, faire des prévisions
et se livrer à une planification opérationnelle et
stratégique pour l'avenir proche et moyen.
La réalisation de tels systèmes imposera un changement
révolutionnaire par rapport à l'évolution de l'informatique
actuelle. Celle-ci gagne en puissance, mais également en fragilité
et en complexité inutile. Les concepteurs devront revenir aux fondamentaux
et non se limiter à des améliorations incrémentielles.
Le progrès devra être systémique. Tout le contraire de
ce que l'on observe actuellement, car depuis les missions Viking sur Mars
dans les années 75, peu de progrès ont été fait
dans l'exploration de surface de la planète. Et pourquoi ? Du fait
que les responsables de la NASA et du JPL ont sans cesse tablé sur
des robots aux technologies non éprouvés. Mars Observer, Mars
Pathfinder, Polar Lander, Deep Space 2 et bien d'autres encore n'étaient
rien d'autre que des prototypes. Si l'on avait capitalisé sur les
missions Viking réussies en termes technologiques, en innovant que
progressivement sur certaines parties seulement des missions ultérieures,
les échecs auraient été moins nombreux et les
résultats plus probants. On ne cesse de dire que Sojourner était
un démonstrateur technologique ! Qu'a t-il apporté à
la Science ? Quel fut son utilité, sinon qu'un grand coup médiatique
?
Pour le chef de projet à la DARPA, le Dr. Ronald J. Brachman, directeur
du DARPA's Information Processing Technology Office à Arlington,
l'objectif sera aussi d'obtenir des systèmes capables de s'entretenir
eux-mêmes. L'absence de maintenance extérieure représentera
un avantage considérable. Les logiciels faisant de l'auto-test ou
de l'auto-protection en sont une première version. Mais il faudra
aussi faire appel à la reconnaissance vocale et à l'apprentissage
automatique.
Voici quelques unes des questions que le système devra résoudre
:
- Comment s'enrichir par son expérience et celle des autres robots
du groupe et utiliser cette expérience pour faire face à des
circonstances nouvelles ?
- Comment choisir entre des objectifs complexes et conflictuels tout en
respectant les ordres reçus au départ ?
- Comment distinguer les évènements importants de la masse
des informations reçues à tous moments ?
- Comment s'appuyer sur le contexte pour déchiffre les actions,
évènements et langages complexes rencontrés ?
Pour beaucoup de roboticiens et informaticiens américains, la
DARPA est en train de réaliser avec le lancement de ce projet
un bond en avant fondamental. En cas de succès, le monde
sera modifié de façon radicale. Le futurologue Ray
Kurzweil signale par exemple les nombreuses applications civiles
pouvant être tirées de tels systèmes : des agents
très performants sur Internet, le guidage autonome des véhicules
(avions, bateaux, trains, voitures, camions
) militaires et
civils, la lecture automatique des électrocardiogrammes et
encéphalogrammes, les robots industriels (chirurgiens, instructeurs
)
et bien d'autres services ou possibilités.
Dans la perspective de la lutte anti-terroriste ou simplement d'une
compétition économique accrue avec des concurrents, ces
systèmes pourront imaginer d'eux-mêmes des procédures
inattendues, car ils s'affranchiront des points de vue limités
des humains. En d'autres termes, ils penseront "autrement". Afin d'éviter
que de tels systèmes conscients et intelligents ne prennent le
pouvoir sur leurs concepteurs, la DARPA envisage dès maintenant
de faire appel à des équipes de neurologues, psychologues
et même de philosophes.
Le projet est supposé durer 3 à 5 ans. N'importe qui pourra
soumissionner. Après ce délai, la DARPA n'envisage pas de
recevoir un système pleinement opérationnel, mais un modèle
suffisamment développé pour permettre de distinguer les
rêves lointains des réalisations possibles à court
ou moyen terme. On peut toujours penser qu'il y a dans ces annonces une
volonté d'intoxication des concurrents, mais l'affaire semble assez
sérieuse pour devoir être considérée à
sa juste valeur en Europe et ailleurs. Cela pourtant ne semble pas être
le cas.
Pour ce qui concerne les projets Martiens, il n'est pas besoin d'être
spécialiste pour se rendre compte du fait que beaucoup des
spécifications - sinon toutes - pourraient être transposables.
Mais comment les militaires envisageraient-ils de donner des applications
civiles à leur programme, même au profit d'une Agence
fédérale soumise en grande partie au secret-défense
comme l'est la NASA ? On peut penser en tous cas que si l'Europe, sinon la
France seule, voulait réaliser un robot martien conscient, elle devrait
réinventer en grande partie les bases cognitives du système.
C'est là que les travaux d'Alain Cardon pourraient trouver des
applications particulièrement prometteuses. Les spécifications
techniques qu'il a déjà étudiées et partiellement
testées semblent parfaitement adaptées aux contraintes d'un
robot martien. La question de l'implémentation du système dans
un engin nécessairement de petite taille devra être
étudiée avec des roboticiens confirmés. En effet, la
conscience artificielle définie par Alain Cardon vise plutôt
la réalisation sur infrastructures réparties comportant des
centaines de capteurs et micro-ordinateurs travaillant en réseau sur
le modèle du grid ou réseau d'ordinateurs. Mais le transfert
sur un robot, avec les progrès foudroyants de la miniaturisation et
de l'augmentation des puissances de calcul, ne devrait pas poser de
difficultés. Il s'agira cependant d'un point important à
étudier. La maintenance et reconfiguration automatique d'un système
distant comportant des milliers de composants sera également une
difficulté sur laquelle ont achoppé à ce jour divers
projets ambitieux d'automates intelligents.
Pour en savoir plus
Mars Society : http://www.marssociety.org/
Planète Mars : http://www.astrosurf.com/planete-mars
Mars sur Terre, article de Gilles Dawidowicz relatant son expédition
dans l'Utah. Revue l'Astronomie octobre 2002, p. 584
Il existe de nombreux ouvrages, y compris en Français, sur
la "conquête" de Mars. Mais aucun n'aborde les questions évoquées
dans le présent article.
Gary Martin de l'Advanced Program Office, NASA http://hedsadvprograms.nasa.gov/personnel_gmartin.html
Ronald J. Brachman, directeur du DARPA's Information Processing
Technology Office à Arlington, responsable du projet Cognitive
System : http://www.darpa.mil/ipto/personnel/rbrachman.html
Le Dr. Richard Terrile, scientifique affecté au programme
Mars du Jet Propulsion Laboratory, a présenté aux
Etats-Unis, les 21 et 22 novembre 2002, un exposé intitulé:
Rise of the machine. Intelligent Robots and Space Exploration, qui
recense les différents systèmes et robots intelligents
capables d'explorer le système solaire, dans les prochaines
années ou à plus long terme. Une édition de
l'exposé peut être téléchargée
à partir du site de la NASA http://www.jpl.nasa.gov/events/lectures/nov02.html.
L'exposé ne dit rien de plus que ce que nous savons déjà
dans cette revue... mais que la France ignore intrépidement.
Automates Intelligents © 2002
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