Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
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Maître de Conférences en Psychophysiologie
à Paris-X Nanterre, Agnès Guillot mène
ses recherches à l'AnimatLab (LIP 6) sur le thème
du contrôle à long et court termes de la sélection
de l'action chez l'animal et l'animat. Elle travaille notamment
sur l'analyse des séquences comportementales d' un
animal réel (la souris de laboratoire) par des approches
descriptives, causales, fonctionnelles et dynamiques, pour
la mise au point de l'architecture de contrôle d'un
animat situé. Docteur en physiologie animale et en
biomathématiques, Agnès Guillot possède
également une maîtrise de psychologie et un
DEA d'Ethologie. Contact : Agnes.Guillot@lip6.fr
Ingénieur de formation,
Jean-Arcady Meyer est également diplômé
en Psychologie et Docteur d'Etat en sciences naturelles.
Directeur de recherche au CNRS et spécialiste de
la vie artificielle, il dirige l'AnimatLab au sein du Laboratoire
d'informatique de l'Université Paris 6 (LIP6). L'AnimatLab
est centré sur l'approche animat, c'est-à-dire
sur l'étude d'animaux simulés ou de robots,
dont les lois de fonctionnement sont inspirées de
celles des animaux réels. Auteur de nombreux ouvrages
et publications, Jean-Arcady Meyer est notamment l'organisateur
des conférences internationales SAB (Simulation of
Adaptive Behavior: from Animals to Animats). Contact : jean-arcady.meyer@lip6.fr
Automates intelligents (AI) :
On parle souvent de "robot autonome". Qu'entendez-vous exactement
par ce terme?
Jean-Arcady Meyer : Vous avez
raison de poser la question car l'autonomie d'un robot est souvent
réduite au fait que ce robot n'a pas de fil à la patte,
qu'il n'est pas relié à un ordinateur ou à
une source de courant extérieur. Mais cela ne fait pas le
tour de la question. La plupart des roboticiens, par exemple, déclarent
autonomes des robots auxquels ils peuvent se contenter de donner
des ordres de haut niveau - comme "va chercher les cannettes de
soda vides dans le laboratoire et rapporte-les dans cette poubelle"
- et ce, sans avoir pour autant à expliquer au robot comment
faire pour résoudre les problèmes de bas niveau auxquels
il sera confronté dans l'exécution de sa mission.
Parmi ces problèmes, il y a par exemple le fait d'éviter
les obstacles en se déplaçant ou de distinguer les
cannettes pleines des cannettes vides. En fait, ces roboticiens
ont prévu que de tels problèmes risquaient de se poser
et ils ont doté le robot à l'avance de la capacité
de les résoudre. Ils se sont également, et surtout,
arrangés pour éviter le plus possible que le robot
ne prenne la moindre initiative qui compromette la mission qui lui
est impartie : le robot doit aller chercher des cannettes de soda
dans le laboratoire et ne doit surtout pas quitter le laboratoire
pour partir cueillir des marguerites. Naturellement, ce genre de
précaution et de contrôle est indispensable dans de
nombreuses applications Notre point de vue sur l'autonomie,
à nous qui ne sommes pas le moins du monde roboticiens, est
sensiblement différent : idéalement, nous voulons
que nos robots soient autonomes comme peuvent l'être un chien
ou un chat, c'est-à-dire qu'ils se choisissent eux-mêmes
leurs propres objectifs. A la limite, le seul objectif de haut niveau
que nous leur assignons est celui de "survivre" et toutes les initiatives
qu'ils peuvent prendre pour atteindre cet objectif ultime sont bien
venues. Nous ne cherchons donc pas à prévoir les problèmes
particuliers qu'ils rencontreront et les seuls moyens que nous leur
donnons pour arriver à les résoudre sont des capacités
d'apprentissage, de développement et d'évolution.
C'est la spécificité de notre laboratoire. Agnès Guillot : Cela
dit, au-delà des différences de principe que nous
pourrions avoir avec d'autres utilisateurs du concept d'autonomie
appliqué aux robots, il se trouve que, dans la pratique,
nous sommes encore loin d'atteindre le degré d'autonomie
qui caractérise un simple animal. Beaucoup trop souvent à
notre goût, nous sommes, nous aussi, obligés de composer
d'abord avec des difficultés prévisibles, avant d'être
capables de laisser nos animats (mot issu de la contraction d'animal
artificiel) "vivre leur vie" dans un monde imprévisible
et menaçant.
AI : Plutôt qu'"autonomes",
on devrait alors parler de robots auto-adaptatifs ?
Agnès Guillot : C'est
vrai que l'adaptation et l'adaptabilité sont essentielles
pour caractériser nos animats. Pour être très
schématique, un radiateur est autonome dans le sens où
il régule lui-même la température de la pièce
sans l'aide de l'homme, mais c'est l'homme qui lui indique la valeur
de référence à atteindre, et il ne peut pas
adapter son comportement à une autre valeur. Nos animats
devraient au contraire constamment rechercher leurs propres valeurs
de références, qui peuvent changer constamment, et
ce dans de multiples domaines.
AI : Y-a-t-il en France d'autres
laboratoires qui travaillent aussi sur les animats ?
Jean-Arcady Meyer : Oui. Par
exemple nos collègues de Cergy-Pontoise, qui travaillent
notamment sur la navigation et sur l'imitation chez les robots et
qui sont plutôt spécialisés sur les systèmes
à apprentissage. Agnès Guillot : Il y
a aussi des recherches sur les animats à Toulouse, à
Lille, à Grenoble, à Nancy, et j'en oublie sûrement
AI : Sur quel genre d'animat travaillez-vous
actuellement ?
Jean-Arcady Meyer : Nous travaillons
sur trois projets principaux. Le premier vise à produire
un rat artificiel robotique qui présenterait quelques unes
des capacités adaptatives dont est capable le rat naturel,
notamment pour rejoindre des sources de récompenses dans
son environnement, tout en évitant des zones dangereuses.
L'idée est notamment de s'inspirer des connaissances que
les neurophysiologistes et les éthologues ont acquises sur
les capacités du rat à naviguer et sur le fonctionnement
de ses systèmes motivationnels. Ce travail est effectué
en collaboration avec le Laboratoire de Physiologie de la Perception
et de l'Action du Collège de France et avec le Laboratoire
d'Informatique et de Microélectronique de Montpellier. Agnès Guillot : Comme
nous ne fabriquons pas nous mêmes nos robots, la plate-forme
sur laquelle nous travaillons est le robot Pekee qui est produit
par une start-up française issue de ce laboratoire de Montpellier
et dont vous avez, je crois, parlé dans vos colonnes, la
société Wany(1).
Nous avons un deuxième projet, celui-ci en commun avec le
Laboratoire de Robotique de Paris, qui va tenter d'intégrer
les trois processus adaptatif qui sont le développement,
l'apprentissage et l'évolution, pour concevoir un robot dynamiquement
"reconfigurable". C'est un robot marcheur qui devra être capable
de modifier en ligne et en continu son contrôle et sa morphologie
pour s'adapter à divers événements imprévisibles,
comme des variations de l'environnement, des pannes ou l'usure de
ses pièces. En particulier, si par exemple un certain nombre
de ses pattes arrières ne fonctionnent plus, ce robot devra
être capable de déconnecter à la fois mécaniquement
et électriquement les modules correspondants pour continuer
à avancer sans dépenser d'énergie inutile à
les traîner. Jean-Arcady Meyer : Après
avoir travaillé sur des animats qui roulent, qui marchent
ou qui nagent, le troisième projet actuellement développé
à l'AnimatLab porte sur la mise au point d'animats volants.
En particulier nous travaillons sur des contrôleurs d'hélicoptères
ou de dirigeables, chargés notamment de maintenir ces engins
à la verticale d'un lieu donné malgré les caprices
de l'environnement météorologique ambiant. Le travail
sur le dirigeable est effectué en collaboration avec l'Ecole
Nationale des Télécommunications et avec une société
privée de Grenoble, Airstar.
AI : De quel budget disposez-vous
?
Jean-Arcady Meyer : C'est
difficile à dire. Nous sommes dans un grand laboratoire qui,
via nos autorités de tutelle, l'Université Paris 6
et le CNRS, paie nos dépenses de fonctionnement courantes
- du genre courrier et téléphone - et met d'importants
moyens logistiques à notre disposition . En revanche, il
nous faut bénéficier de contrats annexes pour régler
nos dépenses en matière de frais de mission ou d'équipements
scientifiques spécifiques. Pour ce genre de dépenses
additionnelles, nous avons besoin d'environ 200 000 F par an.
AI : Vous ne pouvez donc pas acheter
de matériel coûteux...
Jean-Arcady Meyer : Non, sauf
à faire des demandes de financement exceptionnelles auprès
du CNRS. Nous pourrions aussi multiplier les demandes de contrats
auprès d'organismes de recherche publique ou privée
- ce que je répugne à trop faire à cause du
temps que cela prend et à cause des risques de dispersion
thématique que de tels contrats génèrent. Mais
je le fais un peu quand même
AI : Et pourtant, la robotique
autonome, telle que vous la concevez, est certainement un enjeu
d'avenir. Cet enjeu peut faire peur si il est mal expliqué...
Agnès Guillot : Un
robot autonome, dans le sens où nous l'entendons, n'est effectivement
pas intellectuellement acceptable, en particulier pour un industriel,
dans la mesure où comme le disait Jean-Arcady Meyer quelque
chose qui pourrait ne pas être contrôlé complètement
par l'homme est hors de propos. Cette idée n'est pas du tout
dans les esprits. Notre ligne de conduite est de faire en sorte
qu'un système artificiel appréhende son monde à
sa façon, il n'y a que comme ça qu'il trouvera les
façons pertinentes de se comporter. Nous ne pouvons pas nous
mettre à sa place, étant donné que nous n'avons
pas les mêmes capteurs et les mêmes actionneurs. Nous
risquons même de lui donner des a priori qui nous seraient
nécessaires, mais qui lui seraient complètement inutiles
ou source d'erreurs potentielles.
AI : Quel est votre objectif à
terme ? S'agit-il de réaliser des applications, comme par
exemple un robot autonome se déplaçant sur Mars, ou
alors développer des modèles cognitifs...
Jean-Arcady Meyer : La dichotomie
qui sous-tend les deux conceptions de l'autonomie que nous avons
évoquées il y a quelques instants se retrouve au niveau
de nos objectifs, comme elle se retrouvait au niveau des objectifs
initiaux de l'intelligence artificielle. Les textes fondateurs,
ceux des années 50/60, disaient que "l'intelligence artificielle
a deux vocations : la première, fondamentale, est de comprendre
le fonctionnement du cerveau humain et la seconde, vocation appliquée,
est de mettre des mécanismes intelligents au service de tâches
pratiques, en utilisant des heuristiques appropriées. L'intelligence
artificielle voulait faire cela et, d'une certaine manière,
nous poursuivons aussi cet objectif. Lorsque l'on s'intéresse
à des aspects fondamentaux, comme vouloir à terme
comprendre l'intelligence de l'homme - ce qui nous semble prématuré
- nous estimons qu'il faut d'abord comprendre les capacités
adaptatives des simples animaux. Dans ce cadre, nous nous intéressons
à l'autonomie "pure et dure", celle qui exclut le contrôle
humain. Mais à l'inverse, on ne s'interdit pas de s'intéresser
à certaines applications possibles de nos recherches notamment,
comme je le disais précédemment, pour obtenir les
crédits supplémentaires dont nous pouvons avoir besoin
pour nos activités à vocations fondamentales. Lorsqu'on
travaille sur le contrôle d'un dirigeable, par exemple, on
veut vraiment contrôler cet aéronef et il n'est pas
question qu'il nous échappe, même si le contrôle
en question est découvert par des principes qui copient la
sélection artificielle.
AI : On retrouve ici la démarche
de toute la science avec son volet fondamental, désintéressé,
et son volet appliqué...
Jean-Arcady Meyer : Oui, mais
nous sommes peut-être plus schizophrènes que les autres
parce que, d'un côté, nous avons un discours pur et
dur au plan fondamental et puis, de l'autre, nous acceptons certaines
compromissions avec nos principes... Agnès Guillot : Mais d'un autre côté,
notre créneau s'attache aux environnements qui ne peuvent
pas être prédictibles par l'homme. C'est en cela que
nous sommes parfaitement complémentaires de l'intelligence
artificielle, qui réalise des prouesses lorsqu'on peut prévoir
et savoir dans quel cadre un robot peut se comporter...
AI : On y reviendra, mais cela
voudrait dire qu'il y ait quand même une reconnaissance sociale
et politique du projet, et que les moyens afférents existent...
Ce n'est pas à vous que l'on va apprendre qu'il s'agit d'un
enjeu majeur, par exemple aux Etats-Unis...
Agnès Guillot : Oui,
comme je l'ai déjà dit, nous essayons d'être
puristes dans notre démarche, mais c'est parce que, comme
nous avons initié ce domaine en Europe, nous nous sentons
quelques responsabilités... Mais nous n'y arrivons pas toujours,
dans la mesure on l'on prend des robots du commerce, qui n'ont donc
pas forcément les caractéristiques qu'on souhaiterait
et qui coûtent très cher. Pour l'instant, nous faisons
avec ce que nous avons, mais avoir énormément d'argent
ne résoudrait d'ailleurs pas non plus tous les problèmes.
D'une part nous ne sommes pas très nombreux par manque de
postes et, d'autre part, nous ne pouvons pas non plus donner des
sujets trop "exotiques" à des étudiants qui doivent
finir leur thèse en 3 ans.
AI : Puisque vous travaillez sur
la vie artificielle, quel genre de rapport entretenez-vous avec
la biologie traditionnelle ?
Jean-Arcady Meyer : Nous avons
une approche intégrative et synthétique. Or les scientifiques
qui étudient les animaux ont une approche le plus souvent
réductionniste et analytique, qui les conduit à explorer
des détails de fonctionnement ou d'anatomie de plus en plus
pointus. De ce fait, il leur arrive de négliger, volontairement
ou non, la perspective d'ensemble dans laquelle ces détails
s'inscrivent et il leur arrive de ne pas s'intéresser aux
synergies et propriétés émergentes que des
mécanismes simples, mais richement interconnectés,
peuvent rendre possibles. Au contraire, les neurosciences intégratives
visent à comprendre comment l'ensemble de ces détails
et mécanismes contribue à faire un tout fonctionnel.
AI : Vous parlez du programme
d'Alain Berthoz et de l'Action Concertée Incitative "Neurosciences
intégratives et computationnelle, lancée par le ministère
de la Recherche ...
Jean-Arcady Meyer : Il est
clair que cette action va contribuer à cet objectif, en suscitant
des collaborations utiles entre spécialistes des neurosciences,
de l' informatique et de la robotique. Elle vient incontestablement
au bon moment.
AI : Vous avez donc besoin de
la collaboration de biologistes, de neurologues... Cette collaboration
est-elle bonne en France?
Jean-Arcady Meyer : Disons
qu'elle commence à se développer. De telles collaborations
ont été longtemps difficiles, pour de nombreuses raisons
qu'il n'est pas inutile de détailler. Il y a d'abord une
différence de logique : comme cela vient d'être dit,
la biologie a une approche analytique et cette approche a largement
fait ses preuves. Elle fait incontestablement progresser la discipline.
De plus, elle permet aux scientifiques de publier dans des revues
internationales de haut niveau et donc de se ménager une
niche écologique leur permettant de survivre. Au contraire,
une approche holistique ou synthétique, comme peut l'être
l'approche appelée - d'ailleurs de façon tout à
fait impropre, mais ceci est une autre histoire - la "vie artificielle",
est dangereuse car elle ne garantit pas des publications du même
niveau de reconnaissance que les précédentes. De ce
fait, une telle approche n'a pas du tout été prisée
des biologistes, sauf par ceux qui ont atteint un niveau de notoriété
suffisant pour ne plus avoir besoin de "faire leurs preuves" . On
peut aussi expliquer les réticences passées - et particulièrement
chez-nous, en France - par le fait que, pendant longtemps, les biologistes
n'ont pas été forcément sélectionnés
parce qu'ils avaient la vocation de la discipline, mais ils ont
été plutôt orientés vers la biologie
parce qu'ils n'étaient pas bons en maths. Ils s'ensuivait
une certaine aversion vis à vis des mathématiques
et de l'informatique, et une profonde réticence vis à
vis de la simulation et de la modélisation. Les choses ont
évolué dans le bon sens grâce à des grandes
écoles comme l'Ecole Normale Supérieure où
Polytechnique, où l'on peut être à la fois biologiste,
mathématicien et informaticien ; des DEA spécialisés
sont apparus. Et puis les biologistes ont eu besoin des outils mathématique
et informatique. Ils ont fini par se familiariser avec eux et à
en apprécier les potentialités. Depuis quelque années,
les choses se présentent vraiment mieux.
AI : Quand vous évoquez
les mathématiques, est-ce que le fait d'utiliser les algorithmes
génétiques, l"evolving computing" apporte une facilité
d'approche qui n'oblige pas à faire de la mathématique
ardue. Est-ce que cela n'ouvre pas un peu plus l'accès de
ces domaines à des gens censés être pas trop
bons en math ?
Agnès Guillot : Il
faut tout de même comprendre ce que l'on utilise, mais il
est vrai que les différentes disciplines peuvent maintenant
disposer de programmes informatiques suffisamment faciles d'accès
- je pense par exemple à des programmes de réseaux
de neurones ou d'algorithmes génétiques "pré-mâchés"
- pour qu'elles puissent les utiliser, même si elles ne sont
pas vraiment pointues dans ce domaine. Je voulais aussi rajouter
que s'il y a encore des réticences de certaines disciplines
face à ce que l'on fait, c'est aussi parce que nous approximons
énormément les processus biologiques dont nous nous
inspirons. Cela fait partie d'ailleurs de notre démarche
: faire simple avant de faire compliqué. Pour l'instant,
nos neurones formels restent toujours formels... Nous essayons de
copier de plus en plus les neurones biologiques et, même si
nous faisons des progrès, nous sommes loin de leur complexité.
Les algorithmes génétiques font appel au principe
darwinien, mais l'on sait bien évidemment que les mécanismes
de l'évolution des espèces sont plus complexes que
cela : il n'y a pas que la sélection naturelle, que nous
utilisons principalement. Alors très souvent, lorsque les
biologistes jettent un regard sur nos travaux, ils ont l'impression
que l'on fait quelque chose de tellement primitif que nous ne devrions
même pas parler de biologie à ce propos.
En fait, lorsque nous disons avoir une inspiration biologique,
quelquefois c'est de très près, - lorsqu'on copie
les connections nerveuses de l'hippocampe, par exemple - quelquefois
c'est de très loin - lorsqu'on simule des processus de développement
ou d'évolution.
AI : Oui mais les biologistes
devraient voir que les modèles heuristiques que vous utilisez,
pour en revenir à l'aspect évolutionnaire et darwinien,
vont peut-être permettre aussi de faire avancer la recherche
à l'intérieur de leur propres modélisations
Agnès Guillot : Certains
biologistes commencent effectivement à le comprendre et les
murs ont beaucoup évolué - c'est le cas de le
dire - dans ce domaine
AI : Il y a donc vraiment des
échanges...
Agnès Guillot : Maintenant
oui, mais au départ, nous étions uniquement considérés
comme prestataires de service. On nous demandait de faire un modèle
informatique d'un mécanisme biologique lambda, pour avoir
- je caricature à peine - un beau schéma bien compliqué
et de belles courbes de prédiction dans un article. Et cela
ne nous satisfaisait pas du tout parce que nous étions persuadés
que notre domaine constituait un domaine de recherche à lui
tout seul. Nous n'étions pas là pour faire les petits
modèles à la demande. Il fallait avoir une vue plus
générale et plus fondamentale, impliquant une réflexion
sur les mécanismes, et surtout sur la façon de voir
les systèmes. Et cette démarche était mal comprise.
Mais tout cela est heureusement en train de changer, lentement mais
sûrement.
AI : Associez-vous les chercheurs
en sciences humaines à vos travaux ?
Agnès Guillot : Nous
pas encore, car tant que l'on n'aura pas compris comment des capacités
adaptatives très basiques ont émergé chez un
animal quelconque, on ne va pas essayer de comprendre comment l'enfant,
par exemple, acquiert ces concepts. Il n'empêche que la démarche
perception-action pour le développement des capacités
cognitives, comme celle de Piaget, nous satisfait totalement.
AI : Vous parliez tout à
l'heure des mathématiques, de l'existence d'outils à
l'usage de non spécialistes...
Jean-Arcady Meyer : Oui. Des
outils comme MatLab permettent de ne pas écrire soi-même
une routine d'intégration d'équations différentielles
et d'en prendre une toute faite, au risque évident de ne
pas utiliser ces outils à bon escient. De la même manière,
on peut utiliser des programmes informatiques écrits par
d'autres pour simuler des processus de sélection artificielle
et on peut même espérer faire ainsi des découvertes
intéressantes. En revanche, si on veut comprendre dans les
détails le pourquoi et le comment de l'efficacité
de ces algorithmes, il faut recourir à des mathématiques
de très haut niveau dont seuls quelques individus sont capables,
en France comme dans le monde. Il en va probablement de même
pour de nombreuses recherches à l'interface de la biologie,
de l'informatique et de la robotique, dont on peut penser qu'on
comprendra les tenants et aboutissants qu'après des développements
mathématiques et théoriques encore en devenir.
AI : Votre discipline est donc
pour l'instant plus empirique que théorisée ?
Jean-Arcady Meyer:
Oui, c'est hélas vrai. Nous manquons considérablement
pour l'instant de soutien théorique, ce qui est particulièrement
regrettable. Pour le moment, et c'est honnête de l'avouer,
notre discipline n'est qu'empirique...
AI : Pourquoi ?
Jean-Arcady Meyer : Simplement
parce que ces recherches ont commencé il y a environ 10 ans
et qu'il faut laisser à la théorie le temps de suivre
AI : Ceci inclut-il les mathématiques
du chaos ?
Jean-Arcady Meyer : Oui, parmi
les mathématiques que l'on connaît celles-ci ont probablement
un rôle important à jouer. Mais je me demande si les
mathématiques du vivant et de l'adaptatif ne restent pas
à inventer. Agnès Guillot : La théorie
des systèmes dynamiques est assez séduisante car elle
semble être un paradigme qui colle parfaitement à ce
qu'on appelle les animats situés, c'est-à-dire un
système qui comprend non seulement l'animat mais aussi son
environnement. C'est l'histoire de ce système qui va faire
son efficacité. Ce n'est pas un système qui va se
comporter toujours de la même façon dans les mêmes
circonstances. C'est avec tout ce qu'il a fait avant qu'il va se
comporter d'une façon ou d'une autre. Et c'est selon ce qu'on
va lui faire expérimenter pendant toute sa vie qu'il va pouvoir
se comporter efficacement, dans différents contextes. Ce
ne sera pas un système standard, car il se développera
d'une manière différente d'un autre et il apprendra
d'une manière différente d'un autre durant son existence...
AI : Vous voulez dire que deux
animats semblables à la base auront, suivant leurs expériences,
des comportements différents...
Agnès Guillot : Exactement.
Et la variabilité, c'est l'essence même du vivant.
Tout est fait dans la nature pour forcer la variabilité dans
les systèmes vivants, et c'est pour ça qu'ils sont
adaptatifs, et pas seulement adaptés. Nos recherches s'appliquent
donc à faire émerger la variabilité, et pas
la standardisation. Les industriels, eux, aiment bien la standardisation,
mais ils devraient comprendre que la rigidité morphologique
ou comportementale est un défaut et non une qualité.
AI : Comment vous situez-vous
par rapport à des projets comme COG mené par Rodney
Brooks(2), ou comme le robot SAIL
du Michigan State's Engineering Building(3),
présentés comme le top du top en la matière,
en avance de plusieurs années sur le reste du monde.... Est-ce
vrai, et si oui, a-t-on des chances de les rattraper ?
Agnès Guillot : Dans
le principe, ce qu'ils font n'est pas fondamentalement très
différent de ce que nous réalisons dans la mesure
où, pour COG, il s'agit d'apprentissage par expérience,
et notamment par imitation des gestes d'un humain. Mais très
souvent la plupart des robots à aspect humain réalisent
des apprentissages qui peuvent être très basiques,
comme le ferait un insecte, sauf qu'il vaut mieux qu'ils aient une
forme d'humain si on leur demande de reproduire des gestes d'humain.
AI : Oui, mais le projet des robots
humanoïdes de Brooks présente quand même l'avantage
de disposer de plates-formes, très différentes les
unes des autres...
Agnès Guillot : Oui,
bien sûr. Les américains ont des laboratoires de robotique
qui travaillent pour faire exactement ce qu'ils veulent, avec des
plates-formes très sophistiquées. Nous, nous ne sommes
pas un laboratoire de robotique, et je ne suis pas sûre que
les laboratoires de robotiques français disposent de moyens
aussi importants, déjà pour faire leurs propres recherches,
ensuite pour collaborer aux nôtres! Jean-Arcady Meyer : Pour revenir
sur la comparaison avec les autres laboratoires dans le monde, quand
nous disons que nous nous inspirons de la biologie pour faire des
systèmes adaptatifs artificiels, nous capitalisons en fait
à l'AnimatLab sur trois grands processus que la nature a
inventés: l'apprentissage, le développement et l'évolution.
A la différence d'autres laboratoires spécialisés
dans l'une ou dans l'autre de ces catégories, nous étudions
les interactions et les synergie entre ces processus. Ce qui se
fait chez Brooks est de l'apprentissage et du développement
cognitif. Il n'y a pas d'évolution. Et les Etats-Unis, en
règle générale, ne travaillent pas tellement
sur ce sujet, à part un des tout meilleurs laboratoires,
le Dynamical and Evolutionary Machine Organisation (DEMO) Lab de
l'université Brandeis, où travaille Jordan
Pollack(4). A l'inverse, il y a
des laboratoires dans d'autres pays qui sont plutôt spécialisés
dans les approches évolutionnistes, notamment à l'université
du Sussex en Grande Bretagne ou encore en Suisse, à Lausanne...
AI : Revenons aux collaborations
: avec des programmes comme les Actions Concertées Incitatives
"Jeunes chercheurs", "Cognitique"(5), "Neurosciences intégratives et computationnelles",
des programmes du CNRS comme ROBEA, voyez-vous des améliorations
pour vous, ne serait-ce qu'en termes de connaissance des autres
disciplines pour vos travaux ?
Jean-Arcady Meyer : Oui, c'est
spectaculaire, et c'est tout récent. Les programmes que vous
évoquez, auxquels on peut rajouter "Cognition et traitement
de l'information", favorisent en effet les approches pluridisciplinaires.
Signalons aussi deux programmes européens qui s'insèrent
parfaitement dans notre problématique. Le premier, intitulé
"Machine that live" est bouclé maintenant. L'autre, "Biomimetic
sensor" est en cours. L'Europe s'y intéresse donc.
Pour revenir à notre situation par rapport à nos collègues
étrangers, il n'est pas inutile de signaler que nous avons
été les premiers à lancer en 1990 une conférence
sur les animats, que nous organisons depuis tous les deux ans. La
dernière, qui s'est tenue en septembre 2000 au Collège
de France à Paris a réuni 350 participants, dont quelque
80 français. La majorité des chercheurs présents
étaient âgés de moins de trente ans, ce qui
témoigne du dynamisme de notre discipline, produisant des
exposés de très haut niveau, ce qui veut dire que
ces chercheurs sont très bien encadrés et qu'ils sont
passionnés. Notons d'ailleurs l'existence d'enseignements
nouveaux qui prennent lieu dans un certain nombre de DEA ou d'écoles
d'ingénieurs. Pour notre part, nous enseignons dans le DEA
d'intelligence artificielle de Paris VI. Cet enseignement attire
les jeunes et les passionne, ce qui est plutôt rassurant.
L'Ecole Centrale nous contacte également pour venir y donner
des cours.
AI : Vous risquez d'être
submergés...
Jean-Arcady Meyer : Oui. Mais
si nos étudiants peuvent être introduits dans le système
et peuvent à leur tour favoriser cette discipline et l'enseigner,
alors ce sera gagné. Car finalement, nous avons moins besoin
d'argent que de postes. Agnès Guillot : C'est
vrai que cela va mieux pour notre discipline. Il y a encore quelques
années, nous avions quelques scrupules à orienter
les étudiants dans notre voie, ne sachant si nous pourrions
leur trouver des débouchés. Il y a malgré tout
plus de postes accessibles pour eux aujourd'hui qu'il y a 5 ans.
Avant nous nous demandions si "nous ne les envoyions pas au massacre".
AI : Si vous faisiez partie du
Gouvernement, que diriez-vous au Premier ministre. Créer
un Institut en ce domaine, dont vous seriez les patrons ?
Agnès Guillot : Non,
je lui dirais surtout de créer des filières académiques
vraiment interdisciplinaires, avec des enseignements adéquats,
des départements, et reconnaître les originalités
de ce domaine... Il y aurait matière à créer
un DEA ou un DESS uniquement axé sur notre discipline. Nous
pensons que la reconnaissance devrait partir du système universitaire
: des postes pour des chercheurs dans ce domaine. Et des laboratoires...
AI : Un "Plan robotique" aurait-il
un sens ?
Jean-Arcady Meyer : Tout dépend
pour quoi faire. N'étant pas roboticien, je ne sais pas si
un tel plan serait ou non utile à la robotique. En ce qui
concerne notre spécificité, je n'en ressens pas le
besoin. Au sein de notre discipline, nous essayons de créer
des systèmes qui s'auto-organisent et s'auto-adaptent. J'ai
tendance à penser qu'il faudrait mettre les mêmes principes
en uvre pour assurer le développement de notre discipline.
Laissons les équipes concernées s'auto-organiser et
interagir. J'allais dire laissons-les vivre : les ACI et les différents
programmes visant notamment à mettre en contact des biologistes
avec des informaticiens sont exactement ce qu'il fallait faire.
C'est une très bonne chose, mais il faut aussi assurer un
certain de nombre de positions d'ancrage à ce bourgeonnement,
sinon les individus de qualité qu'il génère
risquent de disparaître du système et il perdra sa
mémoire. Il faut que les jeunes talentueux obtiennent des
postes fixes au sein de cette dynamique, dans les universités
et dans les organismes de recherche publics et privés. Mais
c'est difficile parce qu'ils ont une étiquette pluridisciplinaire
dans le dos, et donc ne seront pas recrutés par un département
académique purement informatique, ou purement biologique.
Pour le moment, un chercheur qui commence à émerger
a toutes les chances de disparaître. Si l'on peut combattre
cela, je pense qu'il y aura ensuite auto-organisation. Agnès Guillot : L'important
est de savoir comment nous pouvons collaborer. Nous avons bien sûr
des contacts avec nos collègues européens ou américains,
mais si nous ne sommes pas reconnus dans notre propre pays, la collaboration
ne sera pas facile. Il faut des échanges d'étudiants,
des échanges de professeurs, de chercheurs. La recherche
est quelque chose d'ouvert. Et si cela est récupéré
uniquement par les industriels, cela sera vraiment fermé
- par exemple à cause de la confidentialité des publications
correspondantes - et nous ne le voulons pas. Nous travaillons surtout
avec ceux qui veulent donner des échos aux résultats.
La boîte de jeux vidéo avec laquelle nous collaborons,
Nevrax, et la société Wany dont nous parlions plus
haut sont des exemples d'ouverture dans ce domaine.
AI : Passons à un tout
autre domaine : qu'évoque pour vous le terme de "conscience
artificielle" pour un robot ?
Agnès Guillot : C'est
vrai que c'est l'affaire de notre collègue Alain Cardon,
mais cet aspect n'est absolument pas dans l'ordre de nos préoccupations
pour l'instant. Nous préférons traduire cette notion
par le fait que nos robots auraient peut-être besoin, comme
on le suggère pour certains primates, non pas d'un "concept
de soi", mais d'un " modèle kinesthésique de soi "
qui leur permettrait d'améliorer leur capacité d'adaptation
en sachant jusqu'où ils peuvent aller trop loin avec leur
corps. De même, ça pourrait leur être utile qu'ils
se fassent une représentation du comportement d'autrui et
de ce que cela a comme conséquence pour eux. Mais la conscience
- qui représente sans doute quelque chose de typiquement
humain - nous en sommes vraiment en retrait car nous avons tellement
d'autres choses à comprendre avant...
AI : Alain Cardon ne veut plus
employer le mot de "conscience" mais plutôt des expressions
comme "systèmes multi-agents", "systèmes adaptatifs"
Agnès Guillot : Cela
fait d'ailleurs l'objet de débats épouvantables parmi
les philosophes. Nous essayons d'éviter le terme d'intelligence,
bien qu'il existe celui "d'intelligence artificielle", que l'on
mentionne encore parce qu'il évoque tout de suite quelque
chose. Nous préférons parler plutôt de "capacités
adaptatives". Jean-Arcady Meyer : Si on nous
demande ce qu'est l'intelligence, nous allons être très
embêtés pour répondre. Et si vous demandez à
Alain Cardon ce qu'est la conscience, il risque, lui aussi, d'être
bien embêté... Alors je comprends qu'il préfère
des expressions moins connotées.
AI : Oui mais nous voyons très
bien aujourd'hui que, face aux phénomènes de flux
chaotiques comme la mondialisation, les hommes politiques sont placés
en face d'un ensemble, une espèce d'hyper cerveau qui se
met en place et qui, finalement, nous détermine tous, sans
pour autant savoir où l'on va. Il nous semble donc absolument
nécessaire de pouvoir disposer de modèles qui serviront
non pas à faire une conscience intelligente, une conscience
artificielle, mais à tenter de modéliser ces processus
complexes, ces automates complexes et chaotiques auxquels personne
ne comprend rien. Nous pensons que cela viendra quand même
un jour en sous-produit de vos recherches...
Agnès Guillot : Peut-être.
Mais nous ne sommes pas les seuls concernés. Les philosophes
devraient y participer aussi. Des américains, comme Daniel
Dennett, se préoccupent effectivement de ces questions. Mais
de là à dire : "nos robots sont dotés d'une
conscience "... C'est le même problème que pour les
émotions. Nous avons une perspective fonctionnelle : notre
objectif est que nos robots aient la possibilité de s'adapter
à des environnements changeants. Si les émotions -
ou l'équivalent forcément - servent à quelque
chose, si la nature a trouvé cela, comment peut-on l'intégrer
pour que cela donne un mieux à nos animats? C'est de la même
façon que nous aborderons le problème de la conscience,
si nous l'abordons.
AI : Ne faudrait-il pas quand
même, du côté des sociologues ou des politologues,
de l'ensemble de ceux qui essaient de comprendre les sociétés
ou les organismes sociaux, une réflexion "Conscience artificielle",
non pas pour l'adapter à des robots, mais pour essayer de
mieux décrypter les processus mis en jeu. Plus on élaborera
de représentations en cette matière, plus le décideur
pourra agir en connaissance de cause.
Jean-Arcady Meyer : la référence
à Dennett est parfaite de ce point de vue. Dennett collabore
avec Brooks sur le projet COG. C'est un très grand philosophe
qui collabore avec un très grand roboticien.
AI : Vos connaissances, vos compétences,
votre horizontalité n'auraient-elles pas besoin d'un "Collège
de France" qui vous permette de communiquer, d'élargir, de
ne pas rester dans la gestion courante de votre laboratoire qui
vous prend certainement beaucoup de temps...
Jean-Arcady Meyer : Comme
cela a été souvent évoqué plus haut,
notre discipline s'est heurtée à ses débuts
à des pesanteurs sociologiques et humaines considérables.
Aussi, avant de pouvoir me poser des questions sur la gestion courante
de mon laboratoire, j'ai personnellement perdu un temps et une énergie
considérable dans le passé à survivre scientifiquement
et à me donner les moyens de poursuivre des recherche qui
me passionnaient. Contrairement à ce qui est vrai pour nos
animats, je ne suis pas sûr que ce parcours initiatique était
indispensable, et je soupçonne que ce temps et cette énergie
auraient été probablement mieux utilisés à
autre chose D'un autre côté, il paraît que
tout ce qui ne tue pas rend plus fort Quoi qu'il en soit,
à force de nous battre pour assurer notre survie, nous avons
réussi à créer autour de notre problématique
une revue internationale - appelée Adaptive Behavior - une
conférence internationale organisée tous les deux
ans - appelée Simulation of Adaptive Behavior : From Animals
to Animats - et deux sociétés internationales - l'une
dévolue aux comportements adaptatifs et l'autre à
la vie artificielle. Ces deux sociétés regroupent
plus de 1000 chercheurs dans le monde et cela fait quelques années
que nous n'avons plus de problème pour communiquer et d'élargir
pour reprendre vos termes. Heureusement. Agnès Guillot : Et dans
l'enseignement universitaire, on pourrait justement intégrer
des réflexions et des séminaires sur ce sujet.
AI : Agnès Guillot, trouvez-vous
qu'il y a suffisamment de femmes dans votre discipline ?
Agnès Guillot : Il
est vrai que l'on m'a souvent prise pour la secrétaire (rires)...
Et j'ai vite compté les éléments féminins
dans notre option de DEA de Paris 6 sur la vie artificielle. Comme notre domaine est largement interdisciplinaire, il peut
y avoir des recherches qui relèvent de compétences
où les femmes sont plus représentées. J'encourage
souvent des étudiantes qui sont dans les sciences humaines
à venir travailler chez nous, où elles pourront se
faire des places très intéressantes. Mais c'est vrai
que d'une manière générale, en physique ou
en maths, on trouve moins de filles que de garçons. C'est
dommage.