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15 octobre 2005
Propos
recueilis par Jean-Paul Baquiast
Michel Cassé
Astrophysicien,
directeur de recherche au Commissariat à l’Energie Atomique,
Michel
Cassé est astrophysicien, directeur de recherche au
Commissariat à l’Energie Atomique. Il a écrit
de nombreux ouvrages scientifiques et de vulgarisation dont
on trouvera une liste résumée dans cette page
de la FNAC http://www3.fnac.com/item/author.do?id=66365
Nos
lecteurs portent beaucoup d’intérêt aux questions
théoriques et pratiques intéressant l’astrophysique
et la cosmologie. C’est la raison pour laquelle nous leur
donnons une place croissante dans cette revue. On sait que depuis
les origines de ces sciences, comme plus récemment depuis
l’apparition de la physique quantique, les hypothèses
formulées par les chercheurs ont toujours été
reprises et exploitées par les défenseurs d’une
conception mystique du monde. Ils y trouvent amplement matière
à expliquer que ces hypothèses prouvent la vérité
des affirmations des Ecritures et autres textes fondateurs dont
les religions sont riches(1).
Cette attitude, qu’illustre aujourd’hui jusqu’à
saturation les promoteurs du Dessein Intelligent, est évidemment
inacceptable par le matérialisme scientifique. On doit toujours
distinguer le travail de la science et les interprétations
plus ou moins intéressées qu’en donnent les
religions. Notre revue se fait un devoir d’ajouter sa voix
à ceux qui refusent toute exploitation idéologique
des travaux scientifiques.
Cependant,
même entre scientifiques, des débats ont toujours existé
entre ceux qui considèrent avec méfiance les hypothèses
les plus contraires au sens commun formulées par les théoriciens
et ceux pour qui la science n’avance que grâce à
de telles hypothèses. C’est évidemment l’expérimentation
instrumentale qui sert de pierre de touche. Un fait constaté
par un instrument et non explicable par les modèles dominants
ne peut être négligé, même s’il
conduit à des hypothèses explicatives « bizarres
» (weird ou spooky, en anglais). Si réciproquement,
une hypothèse bizarre ne peut être immédiatement
confirmée par une preuve expérimentale, elle ne doit
pas pour autant être rejetée. Cette preuve peut être
apportée des années plus tard.
Nul
n’ignore que ce débat est au plus fort actuellement
à propos de la théorie des cordes ou supercordes,
ainsi qu’aux hypothèses en partie liées à
la précédente concernant l’ « existence
» des univers multiples. Nous avions précédemment
donné la parole à l’astrophysicien Christian
Magnan pour qui ces hypothèses ouvrent grande la porte de
la cosmologie aux spiritualistes, faute de pouvoir être démontrées,
dans l’état actuel de l’instrumentation(2).Nous
avons également présenté le dernier livre de
Lee Smolin, pour qui la théorie des cordes éloigne
la recherche de voies plus immédiates permettant de faire
progresser la gravitation quantique(3).
Mais à l’inverse, car ce n’est pas à nous
de trancher dans ce débat, nous avons présenté
chaque fois que le thème était évoqué
en termes nouveaux, les articles des défenseurs de la théorie
des cordes et du Multivers(4).
Dans
le camp, si l’on peut dire, de ces derniers se trouve l’astrophysicien
français Michel Cassé. Connaissant la renommée
internationale de ses travaux, nous sommes heureux de présenter
l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder sur ces
sujets. Il n’échappera pas que c’est la conception
que l’on peut se faire non seulement de l’univers, mais
plus généralement des sciences en général,
qui en découle. Automates Intelligents
Jean-Paul Baquiast, pour Automates Intelligents
(JPB):
La cosmologie contemporaine, comme d’ailleurs la physique
quantique, reposent sur des modèles du monde dont le moins
que l’on puisse dire est qu’ils sont contre-intuitifs.
Mais certains le sont plus que d’autres.
Michel
Cassé (MC)
La cosmologie a atteint un certain niveau de consensus, dont la
notion d’expansion de l’univers constitue la base. Des
preuves expérimentales indiscutables ne permettent plus d’en
douter, non plus que du Big Bang et des Trous noirs. Mais il faut
établir une frontière entre ce qui est relativement
bien établi, même si on ne peut en expliquer la cause,
et ce que l’on découvre et qui oblige à compléter
ou modifier les modèles en vigueur.
JPB.
: Vous évoquez par exemple ce que l’on nomme désormais
la matière noire et l’énergie noire ?
MC.
Oui, mais avant que ces questions ne se posent, il y en a eu d’autres,
notamment l’anti-matière. Il serait anormal que de
nouveaux modèles n’en tiennent pas compte. Or aujourd’hui,
le concept de matière (ou d’Univers) se voit élargi
à travers le modèle du plurivers (ou multivers) et
la théorie des cordes. Ces hypothèses font valoir
l’existence d’une infinité d’univers, tous
différents les uns des autres mais tous aussi cohérents
les uns que les autres.
JPB. : Chacun avec leurs propres lois
fondamentales ?
MC.
: Tout dépend de ce que l’on appelle loi. Même
le plurivers, dans cette approche, est régi par la physique
quantique, la relativité générale et l’union
des deux dans la gravitation quantique. Voilà une super-loi.
Mais les modalités que prend cette loi selon les univers
sont différentes du fait que la théorie des supercordes
admet l’existence, outre les trois dimensions d’espace-temps
que nous connaissons, de dimensions supplémentaires extrêmement
petites et repliées. Selon la manière dont on les
replie, on obtient des particules de masses variées et des
interactions plus ou moins intenses. Si on appelle physique la somme
des particules et de leurs interactions, ce qui correspond à
la vision matérialiste des choses, les propriétés
des particules et le nombre des dimensions n’ont aucune raison
d’être identiques d’un cosmos à l’autre.
JPB.
: Voilà bien ce qui inquiète l’homme se voulant
raisonnable. Comment faire cohabiter la raison avec l’existence
d’un tel arrière-monde ?
MC.
: La cosmologie ne demande pas à croire sans preuve.
Je pense que l’arrière-monde en question est ou sera
accessible à l’expérimentation. C’est
sur ce point que je veux prendre position. La théorie des
supercordes peut être testée, ou tout au moins ses
éléments particuliers qui relèvent de ce que
l’on appelle la brisure de symétrie dans le modèle
dit de la supersymétrie (celle-ci met en relations les bosons
qui véhiculent les forces et les fermions qui en sont les
réceptacles). Si ce modèle était valide, nous
verrions apparaître un sélectron, l’hypothétique
partenaire supersymétrique de l’électron. Cette
particule aurait les mêmes propriétés que l’électron
(même masse, même charge, même spin) mais au lieu
d’être un fermion régi par le principe d’exclusion
de Pauli, qui interdit de mettre deux fermions dans le même
étant quantique, elle serait un boson. On pourrait mettre
des fermions ensemble et donc ce qui était particule de matière
deviendrait une particule de force.
Or
le sélectron n’a pas encore été découvert.
Cela veut-il dire que la supersymétrie est fausse ? Il est
de fait que si le sélectron avait la même masse que
l’électron, on l’aurait déjà découvert.
Comme ce n’est pas le cas, on doit supposer qu’il dispose
d’une masse bien plus grande. On va donc le rechercher dans
le grand collisionneur à hadrons du CERN, dès que
ce nouvel accélérateur entrera en service. Si on le
trouve, l’hypothèse de la super symétrie sera
validée. Celle-ci ramène l’espace-temps de la
théorie des supercordes de 28 dimensions à 10 dimensions,
voire à 11 dans la théorie M (M Theory) de
Edouard Witten(5).
JPB.
: Toutes ces hypothèses ne sont évidemment pas gratuites.
On essaye de faire apparaître certaines de leurs conséquences
dans les appareils. C’est ce qui sépare la science
de la mythologie.
Ne
pas condamner la pensée spéculative
MC.
Oui. Je veux bien que l’on condamne la pensée spéculative,
Mais c’est fort dangereux. On aurait ainsi largement jeté
à la corbeille les travaux d’Einstein. Concernant la
physique quantique, le cas est un peu différent car elle
est fondée uniquement sur l’expérience et mathématisée
dans des mathématiques très particulières,
telles que les mathématiques non commutatives. Nul ne s’avise
plus aujourd’hui de remettre en cause ses constatations, démontrées
des milliers de fois.
Ceci
dit, la Relativité générale, œuvre d’un
esprit unique, on l’oublie trop souvent, a été
testée très rapidement. Quant à Dirac, sa prédiction
d’un monde d’anti-matière, quasiment symétrique
au nôtre, est bouleversante. Or elle a été prédite
et vérifiée au bout de 2 ans. La supermatière
a été prédite il y a trente ans. Le neutrino
a été prédit par Pauli dans les années
trente et son existence a été mise en évidence
dans les réacteurs nucléaires 30 ans après.
Donc ce n’est pas parce que des théories ne sont pas
vérifiées très rapidement qu’il faut
les considérer comme métaphysiques. Elles sont fondées
sur des principes logiques.
JPB.
: Les discussions entre matérialistes et non-matérialistes
(ou spiritualistes) proviennent en partie de différences
dans la définition de ce que l’on appelle la matière.
Pour les premiers, les manifestations de ce que l’on appelle
l'esprit font partie de la matière.
MC.
: La métaphysique ne doit pas précéder
la physique, elle doit la suivre. Elle doit être ajustée
à l’évolution de la compréhension que
nous avons de cette dernière, laquelle évolue sans
cesse compte tenu des progrès instrumentaux. Nous devons
donc être très ouverts dans la définition que
nous donnons de la matière. La théorie des supercordes
dit que la matière est une modalité, une sorte de
conséquence, des vibrations d’objets infiniment petits,
les cordes. C’est très pythagoricien. C’est presque
platonicien. Sauf que ces cordes ne sont pas dans un arrière-monde.
Elles ne sont pas au delà ou en deçà de l’espace-
temps. Elles sont dans l’espace-temps. La matière est
ce qui est dans l’espace-temps. Si on étend le nombre
de dimensions de l’espace-temps, on doit développer
une autre conception de la matière. Mais il n’y aura
pas lieu à évoquer une quelconque transcendance ou
immanence. Tout ceci est « matière à penser
». Le statut de la matière est à repenser en
permanence.
JPB.
: Comme il faut repenser le statut de la science. Et donner pour
cela en priorité la parole aux physiciens. Pouvez-vous nous
rappeler à ce niveau de notre entretien votre itinéraire
de chercheur ?
MC.
: Je me suis d’abord intéressé à
l’origine et au statut des atomes, la nucléosynthèse
dans le Big Bang puis dans les étoiles, la synthèse
des éléments légers par le rayonnement cosmique
qui fragmente les noyaux de carbone et d’oxygène produits
par les étoiles. A mon sens tout ceci est aujourd’hui
compris, d’une façon que je qualifierais d’admirable
– mais qui est loin d’être encore admise par le
public. C’est ainsi que l’astrologie, toujours si populaire,
établit un rapport scandaleux entre les planètes et
les éléments chimiques. Ceux-ci ne proviennent pas
des planètes mais des étoiles.
Je me suis tourné plus récemment vers la matière
noire, qui est peut-être faite de particules sypersymétriques
mais peut-être d’autres choses. J’ai développé,
toujours en liaison avec l’observation, une théorie
de la matière noire, avec Pierre Fayet de l’ENS(6).
On observe un rayonnement d’annihilation électron-positon
dans la région centrale de la galaxie, que ne peut expliquer
aucune théorie d’astrophysique classique. D’où
l’hypothèse de l’existence d’une autre
forme de matière dont l’annihilation produirait des
rayons gamma.
Je
travaille encore ce sujet, mais ma véritable préoccupation
est l’énergie noire qui constitue 70% du contenu de
l’univers et est la plus grande énigme du moment. On
constate à ce sujet des désaccords flagrants entre
la physique des particules et la cosmologie. Mais s’il y a
désaccord, c’est une bénédiction. Les
2 petits nuages d’incompréhension qui flottaient dans
la physique de la fin du 19e siècle ont donné naissance
à la physique quantique et à la relativité.
Là, aujourd’hui, nous sommes en présence d’un
nuage de même nature.
JPB.
: Pour travailler sur l’énergie noire, je suppose que
vous restez ce que vous êtes, c’est-à-dire un
astrophysicien observateur ?
MC.
: D’abord, quand les modèles sont très différents,
j’essaye de comprendre pourquoi. Ensuite, j’essaye de
trouver des tests permettant d’éclairer les hypothèses
que l’on peut faire. Par exemple, la question se pose de savoir
si l’énergie est oui ou non assimilable à un
Big Bang type. Mais qu’est-ce qu’un Big Bang type ?
Pour progresser, il faut fouiller la théorie quantique des
champs. Or cette théorie quantique des champs suppose un
espace plat, euclidien. La relativité générale
ne peut donc pas s’en contenter. Il faut donc sonder la théorie
quantique des champs en espace courbe. Le premier qui a fait cela
est Stephen Hawking. Il a démontré que les Trous noirs
n’étaient ni trous ni noirs mais qu’ils brillaient.
Alors l’astrophysique dit : " situons le Big Bang (ou
le Trou noir) en espace courbe. Le premier calcul indique que le
Big Bang a rayonné dans les rayons gamma, c’est-à-dire
en très haute énergie. Or je suis l’un des responsables
scientifiques d’un satellite de l’agence spatiale européenne
qui justement observe le ciel dans les rayons gamma : Integral(7).
Le
développement des connaissances sur le mode darwinien
Revenons
sur la définition que je voudrais donner de la physique Je
vais faire une petite inversion dialectique. L’astrophysique
résulte du mariage du ciel et de la terre dans la pensée
humaine. Pour comprendre les astres, on a fait valoir des principes
de physique. Aujourd’hui, j’aurais tendance à
inverser les arguments et dire que l’astronomie, au service
de la physique dans tous ses aspects, et pour tester ses théories
spéculatives, fait revenir au monde les théories les
plus abstraites sur la matière et l’espace-temps. Si
l’espace- temps comporte 10 dimensions, s’il existe
une matière que l’on ne voit pas, cela m’intéresse.
Voyez les neutrinos postulés par Wofgang Pauli. On ne les
a pas encore vu. Ce n’est pas pour autant qu’ils n’existent
pas. Donc prudence sur la notion d’existence. Est-ce que quelque
chose qui ne laisse pas de trace peut exister ?
JPB.
: Cela paraît évident. Ce n’est pas parce que
nos sens, même prolongés par des prothèses,
sont limités, qu’il faut limiter l’univers à
ce qu’ils voient.
MC.
: Ces prothèses sont-elles suffisantes ? La question
de la réalité se pose. Qu’est-ce qui est réel
?
JPB.
Les prothèses sont des instruments. Les instruments évoluent
en fonction de développements technologiques qui obéissent
à des lois propres, rarement volontaristes. On voit donc
se développer un monde instrumental qui fourni aux cerveaux
humains, de façon presque aléatoire, des éléments
pour se représenter le monde. Nous sommes en face d’un
système que l’on pourrait presque qualifier d’auto-complexificateur.
MC.
C’est exact. Ce système répond souvent à
des besoins militaires. Mais ce n’est pas important, sous
cet angle. Une partie des découvertes en astrophysique a
été obtenue à partir de satellites militaires.
C’est ainsi que les rayons gamma ont été découvert
par des instruments américains qui surveillaient la Terre
afin d’y détecter des explosions atomiques.
JPB.
: Quand on disposera un jour prochain de robots dotés de
sens très évolués et interagissant entre eux
pour mettre en forme leurs expériences, on obtiendra des
conceptions du monde qui ne seront pas nécessairement celles
des humains. Ceux-ci devront y réagir comme ils le feraient
pas exemple face à des conceptions du monde produites par
des extraterrestres.
MC
: Oui, bien sûr.
JPB
: Nous sommes donc dans un monde de connaissance qui ne se développe
pas selon un plan préétabli.
MC.
: Tout à fait. Il s’agit d’un mécanisme
darwinien. Concernant les univers multiples, je voudrais insister
sur un point qui aura peut-être des résonances pour
vous. C’est que la théorie des multivers a au moins
un avantage : supprimer le mirage de la création. C’est
une théorie quasi métaphysique. Il y a beaucoup de
cosmos et tout se joue éternellement partout. Il n’y
a plus de nécessité de grand Dessein. Mais c’est
une théorie qui est quand même fondée sur un
raisonnement de physicien.
JPB.
: Encore que les croyants répondront que tout cela fait partie
d’un mégamonde créé par Dieu.
MC.
: Je ne crois pas. La mécanique quantique n’est pas
intentionnelle. Les fluctuations comportent une partie de hasard.
Quelle est l’origine des lois de la mécanique quantique.
Les religions diront : voilà, vous ne pouvez pas l’expliquer.
Je dirai : je ne peux pas l’expliquer, mais ce n’est
pas mon problème. Je n’ai jamais imaginé trouver
l’explication d’une loi. Ce que je dis, c’est
qu’il peut y avoir d’autres mécaniques quantiques,
d’autres mathématiques. Le principe darwinien appliqué
aux mathématiques rend tout possible. Il n’y a pas
nécessité d’une création ex nihilo.
On rejoint la vieille philosophie grecque évoquant le substrat
incréé du monde.
JPB. : Je suppose que pour vous, puisque
nous en parlons, les mathématiques elles-mêmes sont
liées à l’organisation du cerveau humain ? Il
n’y a pas d’entités mathématiques existant
pour soi dans le cosmos. On entend pourtant parfois dire que l’univers
est mathématique…(8).
MC.
: Cela n’a pas de sens pour moi.(8) Les
mathématiques sont dans l’espace-temps, comme les supercordes.
Vérifier
les supercordes au CERN
JPB.
: Revenons sur celles-ci, si vous voulez bien. Vous êtes tout
à fait favorable à la théorie des supercordes,
un cordiste convaincu, comme on dit parfois.
MC.
: Oui et non. J’ai traduit un livre qui va absolument
contre cette théorie « Not even Wrong »
de Peter Woit, qui paraîtra en français sous le titre
« Pas même fausse ». Il met les supercordes d’un
côté et la physique de l’autre. J’ai considéré
qu’il était de mon devoir de le traduire car c’est
une attaque sensée. Maintenant, quelle est sa portée
? Pour ma part, je reste absolument ouvert sur cette question. La
théorie des supercordes est la seule aujourd’hui qui
unifie la physique quantique et la relativité générale.
Elle entraîne des conséquences qui devraient être
vérifiables par l’expérimentation. J’aimerais
pour cela aller plus avant, dans le cadre de ce qui va se produire
au CERN. Tout passe par la possibilité de créer des
mini-Trous noirs. Il s’agirait de quelque chose de nouveau,
qui se désintégrerait aussitôt, donc sans créer
de risques d'accrétion généralisée.
Aujourd’hui de nombreux programmes sont orientés dans
ce but. On ne peut donc pas dire que la théorie des supercordes
ne pourra pas être testée.
JPB.
: Comme quoi, la dépense engagée par le CERN, qui
met l’Europe en pointe sur ce sujet essentiel, ne sera pas
inutile, quoi qu’il arrive.
MC.
: Bien sûr. J’en profite pour dire qu’indépendamment
des conséquences qu’aura le LHC sur l’avancement
des connaissances, l’infrastructure qui a été
produite pour concevoir et mettre en œuvre le collisionneur
a eu des retombées considérables. Les instruments
électroniques qui ont été développés
au CERN se retrouveront partout.
Mais
revenons-en à la physique. Pour la physique fondamentale,
comme vous savez, les enjeux de recherche sont le boson de Higgs,
les particules supersymétriques, les superdimensions. Si
on ne trouve rien, ce sera déjà une indication précieuse.
Concernant la cosmologie, je suis pour ma part déjà
en alerte. Je me demande si, avec l’astronomie gamma et l’astronomie
des neutrinos, on ne serait pas déjà en mesure de
mettre en évidence ou, au contraire, de déclarer l’absence
d’effets que ces théories physiques sont conduites
à prédire. J’utiliserai donc l’astrophysique
pour tester les théories abstraites.
J’essaye
comme vous voyez d’être un trait d’union entre
théorie des supercordes, astrophysique et cosmologie. Je
voudrais faire apparaître une forme de pensée nouvelle
qui ne serait pas une pensée ésotérique.
Notes
(proposées par Automates Intelligents) (1)
On sait que le pape Pie XII avait avancé devant l’Académie
Pontificale des Sciences, en 1951, l’idée que le Big
Bang, alors hypothèse toute neuve, illustrait la «
vérité » du Fiat Lux. L’abbé Georges
Lemaître, un des pères de cette hypothèse, lui
avait conseillé de renoncer à une telle confusion
des genres, entre science et religion. Voir La Recherche, N°
412, Dictionnaire des idées reçus en sciences.
(2)Voir notre article "Pour
mieux connaître Christian Magnan".
(3)Voir notre article sur l'ouvrage de Lee Smolin,
"The
Trouble with Physics, the Rise of String Theory, the Fall of a Science
and what comes next".
(4) Voir par exemple David
Deutsch.
(5) Edward Witten, né en 1951, professeur
de physique théorique à l'Institute for Advanced Study
de Princeton. Il a reçu la Médaille Fields en 1990.
Il a présenté sa Théorie M en 1995, ce qui
a généré un grand nombre de nouveaux développements
au sein de la théorie des cordes. On a parlé d’une
seconde révolution des supercordes.
(6) Voir Michel Cassé " L’énigme
des positons du bulbe galactique " http://clrwww.in2p3.fr/jet04/transpa/Casse.doc.pdf
(7)Le satellite Integral http://isdc.unige.ch/index.cgi?Outreach+integral_fr
(8) Voir “Reality by numbers. What is
the universe really made of”, par Max Tegmark , NewScientist
15 septembre 2007, p. 38. Voir aussi du même auteur «The
mathematical universe»
http://www.arxiv.org/abs/0704.0646