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3 décembre
2009
Propos
recueilis par Jean-Paul Baquiast
Michel Gondran
Expériences EPR, interaction d'échange et non-localité
Michel
Gondran,
est président de l'Académie européenne
interdisciplinaire des science (AEIS),
dont nous avez plusieurs fois relaté les manifestations
Parallèlement à une carrière consacrée
à la Direction des Etudes et Recherches d'Electricité
de France, il a approfondi les questions liées à
l'interprétation de la mécanique quantique.
Sur l'actualité
du thème de l'onde pilote et du déterminisme
dans le monde quantique, nous conseillons à nos lecteurs
de relire l'article que nous avions publié en mars
2008 «Et
si le monde quantique était déterministe»
Jean-Paul
Baquiast, pour Automates Intelligents, AI : Cher Michel
Gondran, merci d'avoir accepté cet entretien pour le
compte des lecteurs de Automates Intelligents. Vous êtes
le président depuis 3 ans de l'AEIS, Académie
européenne interdisciplinaire des sciences, dont vous
nous avez plusieurs fois relaté les manifestations(1).
Ceci vous donne des responsabilités importantes dans
le domaine de la promotion et de la diffusion des travaux scientifiques.
Mais par ailleurs, parallèlement à une carrière
consacrée à la Direction des Etudes et Recherches
d'Electricité de France, vous avez approfondi les questions
liées à l'interprétation de la mécanique
quantique. Vous soutenez aujourd'hui une hypothèse considérée
par la majorité des physiciens comme probablement non
pertinente, celle qui avait été présentée
par le physicien français Louis de Broglie(2)
en 1927 et reprise par David Bohm(3)
en 1952, popularisée par le concept d'onde pilote(4).
Elle est également connue sous le terme de théorie
des «variables cachées» dite aussi de l'ordre
implicite, selon laquelle les particules, au lieu d'être
soumise à l'indétermination quantique, sont déterminées
à chaque instant, en position et en impulsion, par des
variables cachées. Louis de Broglie, père de la
mécanique ondulatoire, avait au début de sa carrière,
développé cette hypothèse. Il l'avait ensuite
abandonnée, puis reprise à la fin de sa vie(5).
Nous
avons plusieurs fois évoqué dans cette revue
la question du réalisme en science physique, c'est-à-dire
celle qui postule l'existence d'une réalité
indépendante des observateurs. Selon ce réalisme,
dit aussi des essences, la science peut espérer approcher
de plus en plus précisément la réalité
mais ne peut prétendre la décrire de façon
exhaustive. Très proche de l'essentialisme philosophique,
platonicien ou kantien, le réalisme a été
remis en cause pas l'interprétation de Copenhague
dominant la physique quantique aujourd'hui. Au réalisme
des essences, cette dernière oppose le constructivisme,
selon lequel le réel ne peut être décrit
que de façon probabiliste, dans la relation entre un
réel inconnaissable en soi, l'observateur (ou
ses instruments) et son cerveau. Comme cependant l'interprétation
probabiliste donne des résultats applicatifs très
satisfaisants, la question de savoir ce qu'est le monde
microscopique en soi, si par exemple les particules (photon,
électron, etc.) existent ou non et peuvent donc être
observées à titre individuel, a été
laissée de côté.
Nous
sommes donc curieux de savoir pourquoi vous-même avez
pris le risque de reprendre et actualiser la théorie
de Broglie-Bohm sur les variables cachées. Comment la
situez vous aujourd'hui au regard de l'interprétation
de Copenhague et quelles conséquences pensez vous pouvoir
tirer de votre approche. Nos lecteurs apprendront avec intérêt
que vous avez rédigé un ouvrage sur cette question
qui devrait paraître prochainement. Il comportera deux
parties, une discussion en termes de philosophie des sciences,
destinée à tous publics, et la présentation
des équations qui vous permettent d'appuyer vos hypothèses,
que se réserveront les spécialistes.
Michel
Gondran MG. : Revenons un peu en arrière.
Vous savez qu'aux débuts de la physique quantique
s'était instauré un grand débat
qui s'était concrétisé au Congrès
Solvay de 1927. Vous aviez d'un côté Bohr,
Born, Heisenberg, Pauli…et de l'autre côté
Einstein, de Broglie, Schrödinger…. L'objet
du débat était de savoir s'il fallait
renoncer au déterminisme et à la réalité
objective. C'était un choix fondamental. Finalement
l'équipe menée par Bohr a renoncé
au déterminisme et à l'existence d'une
réalité en soi, indépendante de la mesure.
Ses membres se sont mis d'accord sur l'interprétation
qu'ils avaient présentée un peu auparavant
au congrès de Côme, après d'ailleurs
de longues discussions entre eux. Les autres sont arrivés
au congrès Solvay en ordre dispersé. De Broglie
avait deux interprétations, Schrödinger une. En
fait tous les membres étaient implicitement d'accord
sur l'interprétation statistique.
AI.
: Celle selon laquelle on peut décrire les phénomènes
du réel physique en termes de populations statistiques,
indépendamment de ce que sont ou non en soi les particules
générant ces phénomènes…
MG.
: Oui. Ce que les seconds réfutaient était
que celle-ci soit l'unique interprétation possible. Ce
qui est intéressant en terme d'histoire des sciences,
et qui rapproche un peu celle-ci de l'histoire des relogions,
est qu'une fois la séparation acquise entre les deux
écoles, il fut impossible de revenir en arrière.
Einstein a toujours réfuté l'approche probabiliste
en tant que décrivant objectivement la réalité.
On connaît son expression : «Dieu, autrement dit
la nature, ne joue pas aux dés». De Broglie, jeune
maître de conférences à Paris et enseignant
la physique quantique à Paris, a d'abord renoncé
à son interprétation pour se rallier au point
de vue de Pauli et de ses collègues, dite de Copenhague.
Schrödinger de même. Par contre, de Broglie, dans
les années 55, est revenu à son interprétation
première.
AI.
: C'est là qu'était intervenu Bohm…
MG.
: Oui. Quand de Broglie a appris qu'un jeune américain,
David Bohm, venait de retrouver l'interprétation
qu'il avait proposée en 1927, il s'est
relancé dans cette approche et l'a approfondie
jusqu'à la fin de sa vie. Bohm avait inventé
seul une interprétation voisine de celle de de Broglie,
qu'il avait présentée à Einstein.
Celui-ci lui a indiqué qu'il s'agissait
en fait de la théorie de de Broglie de 1927. Précisons
que le jeune Bohm était un esprit indépendant.
Attaqué par le Maccarthisme, il a été
obligé de quitter Princeton pour l'Amérique
du Sud, en sacrifiant sa carrière à ses idéaux.
AI.
: Précisément, quel était le
débat ?
MG.
: Le débat était le suivant : Est-ce
que la mécanique quantique était complète,
l'équation de Schrödinger suffisant à
représenter toute l'information ? Fallait-il
au contraire affirmer, avec la théorie de l'onde
pilote, celle de de Broglie, elle-même reprise par Bohm
et plus tard par Bell, qu'elle n'était
pas complète et qu'il fallait rajouter la possibilité
de connaître instantanément la position et la
vitesse de la particule, l'onde pilotant la particule.
Cela permettait de retrouver la dualité onde particule,
la particule pouvant être individualisée à
tous moments au sein de l'onde. Ce que l'on appelle
la variable cachée correspond à la position
de la particule. Ce qui est intéressant, comme le disait
Bell, est qu'en fait, la plupart du temps, la variable
que l'on mesure est la position. La fonction d'onde,
description probabiliste de l'état quantique
de la particule dans la base de dimension infinie des positions,
résultant de l'application de l'équation
de Schrödinger, n'est jamais mesurée. En
pratique, c'est l'impact de la particule sur un
écran, c'est-à-dire la position, qui est
mesurée. Il s'agit en fait de la variable cachée
dans la théorie. A l'inverse, la vraie variable
cachée, dans cette approche, est la fonction d'onde,
puisqu'elle n'est jamais mesurée directement.
Elle n'est mesurée que par sa densité,
celle-ci étant déterminée par l'impact
de plusieurs particules.
AI.
: Que pouvez-vous dire dans ces conditions des expériences
faites par Aspect et autres pour vérifier les inégalités
de Bell(6)?
Les
deux EPR
MG.
: C'est un des points fondamentaux. Si l'on n'a pas une interprétation
de ces inégalités, s'appuyant sur le type de particules
intriquées en cause, on se perd. Je vais peut-être
rappeler deux choses. La question a été lancée
en 1935 par Einstein, Podolsky et Rosen, sous le nom de paradoxe
EPR(7) . Ils ont imaginé
deux particules manifestant une certaine intrication. Si on
mesure la position de l'une, on devrait avoir la position de
l'autre, ce qui parait contraire à la physique quantique.
Il s'agissait évidemment à l'époque d'une
expérience de pensée. A partir de là, Bohm
a défini une 2e expérience, que l'on peut appeler
EPRB, prenant en considération le spin des particules.
Il envisage deux particules intriquées par le spin(8).
Bohm a donc proposé de conduire l'expérience EPR
avec spin. Ce point de vue a été généralisé.
Aujourd'hui, lorsque l'on fait des expériences d'intrication,
on ne parle que du spin. Cette différence, expérience
sans spin et avec spin, va avoir au point de vue de l'interprétation,
un rôle essentiel.
Or
le point que je veux rappeler est qu'en 1920, Einstein
a écrit plusieurs articles sur l'interprétation
de la relativité générale. Ils sont peu
connus mais essentiels pour le débat. Einstein revient
sur l'existence d'un éther. Il rappelle
qu'il avait éliminé l'éther
en ce qui concernait la relativité restreinte. Mais
pour la relativité générale, il avait
du introduire un éther, une sorte de tenseur d'espace,
qui n'est pas sensible à la position ni à
la vitesse, mais qui est sensible à l'accélération
et à la rotation. C'est l'éther
de la relativité générale. Il développe
ce point dans un grand cours qu'il donne à l'université
de Leyde, où il refait l'historique de tous les
éthers.
Si
maintenant on reprend les expériences EPR et EPRB (avec
des spins), on voit en faisant une simulation numérique
de EPRB que la position ne bouge pas. Il n'y a pas d'interaction
à distance entre les positions non plus qu'entre
les vitesses, il n'y a que des interactions à
distance entre les spins. Cela justifie l'affirmation
selon laquelle cette interaction ne peut pas transporter de
l'information.
AI.
: L'expérience EPRB est donc très différente
de l'expérience EPR ?
MG.
: Absolument. Quand Einstein dit qu'il ne peut pas y avoir de
transmission à distance, il se place dans l'expérience
EPR qu'il avait définie en 1935. Or les inégalités
de Bell porte sur EPRB et ont été proposées
en 1964. Les expériences d'Aspect ont eu lieu en 1980.
Donc Einstein ne les avait jamais connues. Selon le paradoxe
EPR, il ne peut y avoir d'interaction à distance portant
sur la position et la vitesse. C'est conforme à ce qu'Einstein
dit lui-même dans son article de 1920. Par contre, l'interaction
instantanée peut se faire pour la rotation et l'accélération.
Or le spin, c'est de la rotation. Je dis donc pour ma part que
l'interaction à distance entre des particules définies
par leurs spins n'est pas en contradiction avec l'interprétation
de la relativité générale présentée
par Einstein lui-même en 1920.
C'est
un point qui a été soulevé par Karl Popper
en 1982(9). Juste après
les expériences d'Aspect, Popper a réécrit
la préface de son livre sur la physique quantique. Il
y dit ce que je viens de dire : il faut distinguer entre l'EPR
et EPRB. Il montre donc qu'Einstein n'était pas en contradiction
avec lui-même puisque son expérience EPR n'était
pas l'expérience EPRB. Selon Popper, Einstein n'aurait
jamais dit que dans le cas de l'EPRB avec spin, s'il l'avait
connue, il ne pouvait pas y avoir de transmission à distance.
Cela
me donne une explication réaliste de l'expérience
EPRB : il y a bien réalisme et interaction à
distance, mais cette interaction à distance n'est
pas en contradiction avec la relativité générale.
Elle ne viole pas la relativité. La vitesse de la lumière
n'est une limite que pour les positions et les vitesses,
pas forcément pour les rotations dans l'espace.
C'est très subtil, mais on ne peut pas éliminer
d'emblée un texte d'Einstein de 20 pages
donnant son interprétation de la relativité
générale. Il est vrai que dans les textes suivants,
il n'a jamais été aussi net.
Les
expériences d'Aspect sont très intéressantes,
mais, comme le dit Popper, il faut les interpréter comme
justifiant l'existence de l'éther dont Einstein n'avait
pas besoin pour la relativité restreinte mais dont il
a besoin pour la relativité générale, pour
la rotation et l'accélération. Les expériences
d'Aspect peuvent donc être considérées comme
un test de l'existence de la vitesse.
Concilier
réalisme et non réalisme
AI.
: C'est la thèse que vous reprenez personnellement
?
MG.
: Oui, c'est mon interprétation de l'EPR et
de l'EPRB en cohérence avec la relativité générale.
Il y a deux réels, un réel ontologique non mesurable
déterministe et réaliste et un réel mesurable
non déterministe et non réaliste qui vérifie
les relations d'incertitude d'Heisenberg. En effet, on ne voie
quelque chose que par l'intermédiaire de photons. Or
les photons vont perturber le système que l'on observe.
On ne verra donc jamais la réalité exacte. Elle
sera invisible. Ce que je mesure n'est pas exactement la réalité
mais cela commence à s'en rapprocher très fort.
AI.
: Comment dans ces conditions conciliez-vous non réalisme
et réalisme ?
MG.
: Très simplement. Si je garde l'équation
de Schrödinger, j'ai le réel statistique. Pour les
particules libres indiscernables, je dois ajouter la position
de la particule, que je ne connais pas mais qui existe; j'ai
alors le déterminisme et j'ai le réel. Pour les
particules liées, c'est plus complexe: on peut encore
proposer des modèles déterministes et réalistes
compatibles avec les expériences, mais ils ne sont encore
pour moi qu'hypothétiques.
AI.
: Quelles conséquences tirez-vous de cette façon
de voir le réel ? On peut facilement voir les commentaires
que pourront en faire les philosophes des sciences. Mais qu'en
serait-il en pratique ?
MG.
: J'y vois trois conséquences pratiques. La première,
pratique mais théorique, me permet de faire avec ce postulat
la liaison avec la relativité générale.
Je m'explique. Actuellement la mécanique quantique est
supposée être non réaliste, la relativité
générale est supposée être déterministe
et réaliste. Dans l'état actuel, ces deux grandes
théories, prouvées dans leurs domaines par de
nombreuses expériences, ne peuvent pas collaborer. Pour
les rapprocher, les théoriciens explorent deux voies
: soit rendre non déterministe et non réaliste
la relativité générale. C'est ce que vise
à faire la théorie des cordes. Beaucoup de gens
y travaillent. Ils développent des hypothèses
plus spectaculaires les unes que les autres. Laissons-les travailler.
La deuxième voie propose de garder la relativité
générale déterministe et réaliste,
mais elle propose une interprétation déterministe
et réaliste de la mécanique quantique. J'obtiens
un autre cadre plus simple pour faire le rapprochement entre
quantique et relativité. C'est sur ce cadre que je travaille
actuellement.
Conséquences
pratiques
AI.
: Qu'en est-il au plan des applications ?
MG.
: Regardons l'ordinateur quantique. Celui-ci suppose que le
qbit existe et que la fonction d'onde soit complète pour
représenter ledit qbit. Dans l'interprétation
de de Broglie, ce n'est pas vrai. Le qbit n'existe pas. Plus
exactement, la fonction d'onde du qbit existe mais il faut y
ajouter
la position de la particule. Quand on veut obtenir le spin,
dans l'interprétation de de Broglie, il faut disposer
de deux particules afin de représenter un même
qbit, c'est-à-dire revenir à des particules classiques.
Or on vous dira que l'ordinateur quantique existe. On en a même
fabriqué et Isaac Chuang d'IBM a proposé en 2001
un ordinateur quantique théoriquement à 7 qbits
factorisant le nombre 15 en utilisant l'algorithme du mathématicien
Shor de factorisation des grands nombres(10).
Mais
voyons ce qu'a fait Chuang après cela. Il a indiqué
par la suite qu'il arrêtait ce type de recherche.
Pourquoi ? Son ordinateur quantique (utilisant la technique
RMN) n'utilisait pas des objets quantiques individuels, mais
un ensemble statistique de plus de 100 millions de molécules.
Or il a constaté que chaque fois qu'il ajoutait un
qbit, le signal était divisé par 2. Ceci confirme
l'interprétation de de Broglie, puisque dans
ce cas, le qbit n'existant pas, il faut le simuler par
2 bits. Donc, affirmer que l'ordinateur quantique existe
me parait inexact. Ce type d'ordinateur, basé
sur le spin, en tous cas, n'existe pas. Chaque fois
que quelqu'un annonce avoir fabriqué un ordinateur
quantique, je regarde la proposition en détail et je
constate qu'elle ne vérifie pas les propriétés
d'un ordinateur quantique supposé. On explique
qu'en fait, l'ordinateur quantique doté
d'un nombre suffisant de qbits n'est pas réalisable,
pour des raisons techniques liées à la décohérence.
Pour moi, il ne s'agit que de raisons accessoires. Il
n'est pas réalisable, mais pour des raisons fondamentales.
AI.
: Vous pensez donc que l'ordinateur quantique ne sera
jamais possible. Cela va mettre au chômage beaucoup
de laboratoires qui travaillent sur cette question, et ruiner
les espoirs en une augmentation quasi infinie des puissances
de calcul…
MG.
: L'ordinateur quantique faisant appel au spin
ne sera en effet, selon moi, jamais possible. Je pense qu'il
en est de même des autres approches comme celles basées
sur les ions piégés. Ceci dit les travaux des
laboratoires dont vous parlez ne sont pas inintéressants
et pourront avoir d'autres retombées que celles
des prétendus calculateurs quantiques.
Mais
je vais prendre une autre application pratique de ce que j'avance,
concernant les nanotechnologies. Les physiciens qui travaillent
dans ce domaine supposent implicitement que leurs objets existent.
Ils ne tiennent pas compte des points de vue théoriques.
Par contre, ils tiennent compte du fait que la mécanique
quantique joue aux petites échelles. Elle ajoute à
la mécanique classique le fait que les particules à
ces échelles ne sont pas indépendantes. Il y
a donc une dépendance découlant de la physique
quantique qui leur impose des comportements inhabituels. Mais
ceci n'a rien de bloquant. Nous ne sommes pas là
face à une impossibilité comme dans le domaine
de l'ordinateur quantique. Il suffit d'étudier
ce qui se passe. Pour utiliser les nanotechnologies, on peut
considérer que l'on manipule des états
ou réalités classiques « augmentés
» par le quantique.
AI.
: Concernant la cosmologie, ce que vous proposez
peut-il avoir des implications permettant de mieux comprendre
ce qui se produit aux états extrêmes de la matière,
ou concernant des formes encore mystérieuses, noires,
de matière et d'énergie ?
MG.
: J'en ai bien quelques petites idées, mais je
les considère encore comme un peu farfelues. Je préfère
ne pas en parler. De toutes façons, je pense que les
cosmologistes observationnels n'en savent pas assez
pour faire des hypothèses théoriques susceptibles
de vérifications pratiques. Mais, encore une fois,
je suis là trop loin de mes bases pour me prononcer.
AI.
: Cela vous honore.
Garder
à la fois de Broglie/Bohm et Schrödinher
MG.
: Pour en revenir à de Broglie-Bohm, je voudrais préciser
que je diffère un peu d'eux. Je montre, mais
c'est assez mathématique, que dans certains cas,
leur interprétation est obligatoire, mais que dans
d'autres cas, elle n'est pas possible. Dans les
cas où les particules sont libres et qu'il n'y a pas
de champs, je démontre mathématiquement l'exactitude
de l'interprétation de de Broglie-Bohm. C'est
en particulier le cas de l'expérience des fentes
de Young. Dans d'autres cas tels que la transition de
l'atome d'hydrogène, l'on peut montrer
qu'elle est inapplicable. Dans le premier cas, je suis
alors là en contradiction avec l'interprétation
de Copenhague. Cela est mon point de départ, celui
dont je suis sûr, autant que l'on puisse l'être
en sciences. Je montre ensuite que l'on peut étendre
l'interprétation de Broglie-Bohm à des expériences
comme celles de Stern et Gerlach et de l'EPRB. Dans l'interprétation
de de Broglie-Bohm, la fonction d'onde, le champ, se
calcule en passant par les deux fentes bien que la particule
ne passe que par une des fentes. J'ai même proposé
une petite expérience à cet égard.
Ceci
pour moi a été rendu encore plus évident
à la suite des expériences faites en 1999 concernant
le C60 ou fullerène. En nanotechnologie, on désigne
ainsi le petit ballon de foot-ball constitué d'atomes
de carbone, d'une taille d'un nanomètre.
Si vous faites l'expérience des fentes de Young
avec le fullerène, la taille des fentes doit être
de 60 nanomètres (rapport de taille entre un terrain
de foot-ball et le but). Dans ce cas, il parait évident
que le fullerène ne passe que par l'une des fentes.
Il ne se coupe pas en deux morceaux. Or il produit des franges
d'interférences sur l'écran. Les
interférences sont le résultat des impacts individuels.
Ceci se simule très bien en utilisant l'interprétation
de de Broglie/Bohm. Cette expérience montre clairement
qu'il n'y a pas de limites entre le quantique
et le macroscopique dans le cas des particules libres. Tout
est quantique. Je suis très assuré là-dessus.
Par
contre, je suis très assuré aussi du fait que
je ne peux pas interpréter à la manière
de Broglie/Bohm l'équation de Schrödinger dans le
cas de la transition entre deux états de l'atome d'hydrogène.
Cela veut dire que de Broglie/Bohm est faux dans certains cas.
Dans le cas où la particule est peu liée, on peut
avoir d'autres interprétations, mais là je ne
suis pas certain de la validité de ces interprétations.
Dans ces cas, on peut comprendre l'attrait de l'interprétation
de Copenhague.
Mon
interprétation finale est que l'on avait à
la conférence Solvay deux groupes de chercheurs de
très haut niveau. Chacun était sûr d'avoir
raison dans une certaine classe de problèmes. Mais
ils ont peut-être sur-généralisé
leurs conclusions, ce qui les a rendues incompatibles. C'était
naturel et inévitable. Mais pour moi s'explique
ainsi le renforcement de leurs désaccords et leurs
incompréhensions ultérieures. En simplifiant
un peu, je dirais que chaque groupe avait raison sur la moitié
des cas, selon qu'il s'agissait soit de particules
libres soit de particules liées. Cela peut correspondre
à l'opposition spectre continu des équations/spectre
discret. Mais là je ne suis pas certain de ce que j'avance.
AI.
: Voici donc résumé très rapidement l'hypothèse
que vous proposez aujourd'hui. En avez-vous discuté
avec des collègues ?
MG.
: J'ai écrit quelques articles que j'ai eus un peu de
mal à publier. Certains cependant sont parus dans l'American
Journal of Physics. Je vous en donnerai les références.
Ceci est intéressant car ces documents sont utilisés
pour l'enseignement. Cela prouve que mes idées sont reconnues
par au moins une petite partie de la communauté. Dans
les discussions, la difficulté à laquelle je me
heurtais jusqu'à présent est que je n'avais pas
encore élaboré une théorie complète,
grâce à laquelle j'aurais pu expliquer l'EPR et
toutes les autres expériences, fentes de Young et autres.
AI.
: Je pense que vous sous-estimez la portée de vos travaux.
Vous vous êtes engagé dans ce que l'on
pourrait appeler la grande unification entre déterminisme
et réalisme.
MG.
: Disons que, si j'ai raison, tous les gens qui s'étaient
braqués sur le non-déterminisme devront au moins
voir ce que recèlent les points que j'évoque.
Le problème est que le coût d'entrée
mathématique dans le paradigme plus ouvert que je propose
n'est pas nul. J'ai pour ce qui me concerne établi
une petite corde pour démontrer l'équation
de Schrödinger, avec un principe de moindre action. Mais
je ne suis pas du tout sûr de l'intérêt
de cette voie. Il s'agit seulement d'une hypothèse
me permettant de penser que la direction que je propose n'est
pas totalement illusoire. Il s'agit d'une autre
façon d'approcher la mécanique quantique
et la relativité. Cela m'a aussi aidé
à redécouvrir des auteurs plus anciens, tels
que Newton, dont peu de gens savent qu'il avait déjà
pressenti les différentes questions évoquées
ici.
AI.
: Je retiens de notre entretien que les hypothèses
que vous proposez sont extrêmement séduisantes
au plan théorique. Elles permettent de rapprocher des
points de vue différents, d'où le terme
effectivement d'unification. Vous avez eu le mérite
d'aller les chercher dans les écrits originaux
des scientifiques en question. De plus, au plan pratique,
vous posez des questions qui ne devraient pas rester sans
provoquer de réactions. Je pense en particulier à
vos propos sur l'ordinateur quantique.
Je
vous propose de nous en tenir là aujourd'hui,
mais je suis persuadé qu'il y aura des suites
à cet entretien. Vous pourrez peut-être vous
appuyer sur notre revue pour y aider – hors formalismes
mathématiques évidemment. Lorsque vous aurez
publié votre livre et mis en place un site, nous serons
en tous cas heureux d'y faire écho.
Notes (NDLR : notes proposées par Automates
Inteligents) (1) AEIS : http://www.science-inter.com/ (2) Sur Louis de Broglie, voir wikipedia
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_de_Broglie (3) Sur David Bohm, voir wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Bohm (4) Sur l'onde pilote, voir wikipedia : http://wapedia.mobi/fr/Th%C3%A9orie_de_l%27onde_pilote (5) Comme l'indique l'article de Wikipedia
cité en référence, «à
l'origine, de Broglie pensait qu'une onde réelle (c'est-à-dire
ayant une interprétation physique directe) était associée
aux particules. Il s'est avéré que l'aspect ondulatoire
de la matière est formalisé par une fonction d'onde
gouvernée par l'équation de Schrödinger qui est
une pure entité mathématique ayant une interprétation
probabiliste, sans support d'éléments physiques réels.
Cette fonction d'onde donne à la matière les apparences
d'un comportement ondulatoire, sans pour autant faire intervenir
des ondes physiques réelles. Cependant, de Broglie est revenu
vers la fin de sa vie à une interprétation physique
directe et réelle des ondes de matière, en reprenant
les travaux de David Bohm. La théorie de de Broglie-Bohm
est aujourd'hui la seule interprétation donnant un statut
réel aux ondes de matière et respectant les prédictions
de la théorie quantique. Mais présentant un certain
nombre de problèmes de fond, et n'allant pas plus loin dans
ses prédictions que l'interprétation de Copenhague,
elle est peu reconnue par la communauté scientifique». (6) Sur le paradoxe EPR, voir wikipedia
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_EPR (7) Sur le spin, voir wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Spin (8) Sur les inégalités
de Bell, voir wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/In%C3%A9galit%C3%A9s_de_Bell (9) Sur Popper, voir wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Popper#.C5.92uvres (10) Sur l'algorithme de Shor, voir wikipedia
: http://fr.wikipedia.org/wiki/Algorithme_de_Shor Voir aussi
notre article : "Pour
un grand programme européeen, l'ordinateur quantique".