Jerry, américain de 62 ans, aveugle depuis l'âge de 36 ans "voit"
et reconnaît des lettres de six centimètres de haut à
une distance d'un mètre cinquante (soit une vision de 20/400). Le
secret : une micro-caméra reliée à un
micro-ordinateur, lui même relié au cerveau du patient
par le biais de 68 électrodes disposées à la surface
du cortex cérébral responsable de la vision.
Fruit de recherches démarées il y une trentaine d'années,
cet appareil réalisé par le Dobelle
Institute de New-York et de Zurich représente le travail de
plus de 300 scientifiques, ingénieurs et médecins qui ont
participé à sa mise au point.
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© Photos
: Dobelle Institute
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Les lunettes que porte Jerry sont équipées
d'une caméra miniature (couplée à des
senseurs à ultrason) reliée à un micro-ordinateur
de quatre kilogrammeset demi porté à la
hanche. Un télémètre miniaturisé,
placé en haut de la tempe gauche, permet d'évaluer
les distances.
Cet appareillage simplifie les images vidéo et les
signaux indiquant la distance, et déclenche un second
ordinateur qui transmet des impulsions à des électrodes
de platine implantés sur le cortex.

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Les signaux sont transmis au cerveau par le biais de 68
électrodes insérées dans la boîte
crânienne, derrière l'oreille droite.
Ces électrodes agissent sur certaines cellules du
cerveau, qui ont pour fonction de percevoir les points de
lumière. Ce sont elles qui nous indiquent la limite
entre les zones claires et sombres.
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Les 68 électrodes, faites de fils de platine de 1
millimètre de diamètre, dessinent un réseau
hexagonal sur la feuille de platine qui les porte. Chaque
électrode est reliée par un fil isolé
par une gaine en téflon à un
connecteur enfermé dans un boîtier en carbone, fixé
sur le crâne et d'où part un câble branché
sur l'ordinateur. Celui-ci reçoit les images captées
par la microcaméra et les traite pour en extraire des signaux,
adressés à chacune des électrodes.
Ces dernières délivrent des impulsions
électriques de 10 à 20 volts dans le lobe occipital droit.
Pour produire une image,
les électrodes reçoivent un train de six pulsations
de 1 millisecondes chacune, à une fréquence de 30
Hz. Les essais ont montré qu'un rythme de quatre images par seconde
donnait les meilleurs résultats, chaque électrode engendrant
la création de un à quatre phospènes (points lumineux
se détachant sur fond noir) très rapprochés.Ce
sont ces points blancs sur fond noir, que l'aveugle apprend à
"lire", lui procurant une acuité visuelle (restant cependant
très faible), dans un champ de vision étroit, limité
à 69 degrés, à cause du type de caméra
employée. Ce qui n'a pas empêché Jerry de pouvoir se
déplacer dans un environnement non familier, y compris dans le métro
de New-York. Avec ce système, Jerry est capable, par exemple,
de compter les doigts d'une main.
Avec de nouvelles améliorations, dont un plus grand nombre
d'électrodes (qui permettrait d'améliorer la
résolution) et des ordinateurs plus puissants, le système
pourrait fournir un traitement pour la plupart des cécités
de l'enfant et de l'adulte. Il pourrait par ailleurs être utile pour
des personnes dont la vue est très basse car le cerveau des voyants
répond aux mêmes stimulations que celui des aveugles.