Trois chercheurs - Arvid Carlsson, parmacologue suédois, Paul Greengard
et Eric Kandel, neurologues américains - se partagent le prix Nobel de
médecine 2000. Il vient couronner des recherches qui ont permis de
mieux comprendre la mécanique qui régit la transmission
de signaux entre les différentes cellules nerveuses, rendant
ainsi possible certains traitements médicamenteux (dépression
nerveuse, maladie de Parkinson, psychoses...).
Dans ses attendus, l'Insitut Karolinska qui attribue les prix souligne
que ces découvertes "ont été déterminantes pour
la compréhension des fonctions normales du cerveau et des
conditions dans lesquelles des perturbations dans la transmission
du signal peuvent induire des maladies neurologiques ou psychiques".
Ainsi, plus que la distinction d'une seule recherche, c'est la succession
de travaux en cette matière que retient aujourd'hui l'Académie
suédoise.
A 77 ans, Arvid Carlsson est un pionnier
: dès 1950, débutant sa carrière à l'université
de l'université de Lund , il tente de comprendre pourquoi de la
réserpine administrée à des rats (subtance utilisée
alors contre l'hypertension) provoque un état de catatonie (passivité
totale, inertie psychique et motrice). La clé, pense-t-il ,
se trouve dans leur cerveau : la réserpine a dû entraîner
une modification biochimique, hypothèse qu'il confirme par l'observation
d'une chute de la dopamine dans celui-ci, substance chimique indispensable au
fonctionnement des cellules nerveuses. Le chercheur pense alors à administrer
à ces animaux la dopamine qui leur manque, mais sans aucun résultat,
celle-ci n'étant même pas retrouvée dans leur cerveau.
Sachant que la dopamine franchit mal les membranes, le pharmacologue a alors
l'intuition d'utiliser de la L-dopa (précurseur de la dopamine) qui,
elle, permettra de normaliser la dopamine des rats sous réserpine. Finalement,
Arvid Carlsson a pu démontrer qu'un déficit du neurotransmetteur
dopamine dans le cerveau était à l'origine de la maladie
de Parkinson, menant à la mise au point d'un médicament compensateur
(la L-dopa)* qui reste à ce jour, jusqu'à un certain point, le
traitement de base de cette maladie ainsi que le développement d'une
nouvelle génération d'anti-dépresseurs.
* La première administration à l'homme date de 1967
(travaux publiés en 1969 par l'américain Cotsiaz dans le New England
Journal of medicine)
Paul Greengard, 74 ans, du laboratoire
de neurologie moléculaire et cellulaire de l'université Rockefeller
(New-York), s'est plus précisément attaché à
la compréhension du mode d'action de diverses molécules chimiques
-dont la dopamine- dans le système nerveux. Il se voit récompensé
pour ses travaux sur la transmission synaptique dont il a précisé
le fonctionnement. Le neurologue américain a établit que
le dialogue entre cellule nerveuses passait par une modification de leurs protéines
résultant de leur charge électrique. Plus précisément,
dans le cas de la dopamine, il a montré qu'un second messager cellulaire
(AMPc) était libéré dans le cytoplasme lorsque celle-ci
se liait à son récepteur à la surface de la celule
nerveuse. Ce messager, à son tour, active des enzymes possédant
un rôle de phosphorylation* ou de déphosphorylation des protéines,
qui induit une modification de l'excitabilité de cellules et une plus
grande sensibilité à d'autres stimuli nerveux.
* Ajout de radicaux chimiques (phosphates) attachés aux protéines,
dont ils modifient la structure spatiale et la fonction (déphosphorylation
: retrait de ces radicaux chimiques)
Eric Kandel, 71 ans dans moins d'un mois, travaillant au Centre
de neurobiologie et de sciences du comportement (université
de Columbia à New-York) est récompensé pour avoir montré
l'importance des modifications des synapses* et les mécanismes moléculaires
qui commandent ce processus.
Ses travaux ,utilisant pour modèle le cerveau de l'aplysie (mollusque
gastéropode marin), ont permis de comprendre comment
l'animal pouvait acquérir une mémoire instantanée grâce
au jeux de ses synapses et de ses neurotransmetteurs. Le chercheur est
parvenu à la conclusion que les modulations du fonctionnement des
synapses sont essentielles pour l'apprentissage et la mémoire, apprentissage
impliquant principalement une activité présynaptique, caractérisée
par une augmentation de la libération de médiateurs en diversité
et en quantité. La phosphorylation des protéines dans la synapse
joue un rôle important pour l'apparition d'une forme de mémoire
immédiate. La constitution d'une mémoire à long terme demande
de plus une synthèse des protéines qui induisent, entre autres,
des modifications dans la forme et le fonctionnement de la synapse.
*Points de contact spécifiques par lesquels se fait la transmission
des messages neuroniques