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ITER : un défi technologique pour la robotique
de maintenance
par Christophe Jacquemin
On
devrait connaître fin février, si la date n'est pas
encore repousée, le lieu final d'implantation d'ITER,
décision encore sujette aujourd'hui à d'âpres
négociations entre les pays partenaires (voir
notre article du 21/12/2003. Alors qui hébergera
ce projet visant à démontrer la
faisabilité scientifique et technologique de la production
d'énergie par la fusion des atomes ?
La France, dont le site de Cadarache a reçu le soutien de
l'Europe, de la Chine et de la Russie, ou bien le Japon, dont le
site japonais de Rokkasho-Mura est soutenu bien sûr par ce
pays, mais aussi par l'Amérique et la Corée du Sud
?
S'en tiendra-t-on à choisir entre les deux sites (ce qui
semble un peu difficile actuellement sachant que la décision
doit intervenir à l'unanimité) ou va-t-on finalement
procéder à un arrangement bancal en répartissant
le projet ça et là, l'affaiblissant d'autant ? A moins
que l'on assiste au revirement d'une Europe qui, forte de son expérience
déjà acquise en matière de fusion et consciente
de l'enjeu fondamental et économique - à long terme
- que représente ITER, décide finalement de claquer
la porte des négociations et de réaliser le projet
chez-elle à Cadarache, aidée en cela par la Chine
et la Russie...
Quoi qu'il en soit, ITER est un
véritable défi technologique. Il s'agit en effet de
réaliser les bases scientifiques et technologiques d'un futur
réacteur à fusion, offrant un rapport supérieur
à 10 entre la puissance thermonucléaire produite et
celle injectée pour le chauffage(1).
Au final, ce prototype doit servir de base à la construction
d'un réacteur industriel. Même s'il s'agit d'une machine
expérimentale, on comprend que de nombreuses sociétés
seront impliquées dans la fabrication
des ses composants, débouchant sur des avancées technologiques,
qu'il s'agisse de la fabrication de matériaux à forte
durée de vie résistants aux contraintes thermiques
et à l'irradiation (qualités assurées par une
superposition de matériaux, impliquant des méthodes
inédites d'assemblage) ou qu'il s'agisse du développement
de bobines supraconductrices à faible consommation électrique,
supportant des champs magnétiques très élevés
(problème notamment de tenue mécanique à de
tels champs), avec un câblage pouvant encaisser plusieurs
dizaines de kiloampères...
Mais un autre défi technologique
est également à considérer, assez peu souvent
évoqué : celui de la robotique de maintenance.
La machine ITER, soumise à rude épreuve, nécessitera
le remplacement de composants internes. Si, au départ, les
hommes pourront intervenir directement (pas d'utilisation de tritium
ni d'énergies trop élevées au début
des essais), il n'en sera plus de même après plusieurs
années de fonctionnement. Et là, il n'y aura que
les robots pour intervenir au sein d'un milieu hostile constitué
de matériaux chargés des neutrons issus de la réaction
de fusion. Ainsi, certains de ces robots - dont les composants mécaniques
et électroniques devront être capables de résister
à la température et aux radiations - seront spécialement
conçus pour réaliser des inspections(2),
d'autres pour assurer la maintenance en manipulant des pièces
(quelquefois très lourdes) à l'intérieur de
l'enceinte - voire intervenir à l'intérieur de la
tuyauterie pour assurer la maintenance des circuits de refroidissement
- avec opérations de découpe ou de soudage si nécessaire...
Robots qui par ailleurs ne devront laisser aucune impureté
dans les endroits où ils seront allés, sous peine
de diminuer les performances du plasma à cause d'un amoindrissement
de la pureté de l'atmosphère dans l'enceinte.
Outre la fiabilité à
toute épreuve des robots, on imagine aussi l'importance à
apporter à la conception de l'interface homme/machine permettant
aux opérateurs de les manier... Comment assurer de la télémanipulation
dans certaines zones de la chambre du réacteur qui ne permettront
pas le retour d'images vidéos à cause d'un niveau
élevé de radiations ? La solution consistera à
recréer l'image en réalité virtuelle de l'espace
où intervient le robot, et donc une interface spécifique
pour la supervision de l'ensemble des opérations. On imagine
alors aussi l'importance des développements à réaliser
en matière d'haptique, gage de mouvements les plus précis
de manipulation pour les opérateurs humains.
Notes (1) La puissance thermonucléaire prévue
est de 500 MW pendant 400 secondes. Seront aussi mis en oeuvre des
temps plus longs, mais avec un rapport de 5 entre puissance produite
et puissance injectée. (2) Un prototype modulaire, baptisé IVP
(In-Vessel Penetrator) est à l'étude. Propulsé
par des moteurs électriques, il mesure quelque 8 mètres
de long et 15 cm de diamètre. Ses cartes embarquées
utilisent la technologie HCmos développée par les
militaires. La lubrification mécanique fait appel à
des solutions à base de téflon (résistante
aux radiations et non polluante). Les essais devraient être
réalisés au Japon.